Le blogueur n’est pas mort. Il traverse juste une autre période chargée, entrecoupée il est vrai d’une semaine de vacances qui, pour mériter ce nom, s’est déroulée à l’écart des ordinateurs, de l’Internet, et même, pour être complet, des journaux, de la télé et des zones couvertes par les réseaux de téléphonie mobile (de telles zones existent, même en France, si, si, il ne faut pas croire ce que racontent les opérateurs).

Tel la concierge qui est toujours « dans l’escalier », même à l’époque des ascenseurs (et d’ailleurs, y a-t-il encore des concierges ?), « je reviens de suite ». La tête farcie d’anglicanisme, prêt à étaler ma science toute fraîche et mes idées qui le sont un peu moins.

canterbury-cathedral

La cathédrale de Cantorbéry, foyer historique de l'anglicanisme.

Maintenant que la constitution apostolique Anglicanorum cœtibus a été publiée par le Saint-Siège, rien n’est vraiment digne de l’attention du public que ces « groupes anglicans » dont on vient de reconnaître la mention en latin. Il faut, c’est le cas de le dire, se faire une religion. Piger ce qu’est un « ordinariat personnel », et pourquoi l’unité des chrétiens vient de faire son pas le plus important, peut-être, depuis les lendemains du concile Vatican II ; savoir distinguer au premier coup d’œil un anglican d’un luthérien, un anglican catholique d’un anglican évangélique, un épiscopalien écossais d’un presbytérien ; situer Henry VIII, Léon XIII, le quadrilatère de Lambeth et les Trente-neuf Articles, sans se tromper dans les aditions ni les soustractions ; estimer à sa juste valeur le Book of Common Prayer et en reconnaître la trace dans le Book of Divine Worship ; fréquenter Cranmer, Newman, George Herbert, Barbara Harris et Gene Robinson, Rowan Williams et George Carey, s’apprêter à croiser Newton et Darwin. Il s’agit, mes amis, de l’unité de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, que confessent – je m’empresse de le signaler pour dissiper un impensable soupçon de parti-pris – aussi bien les orthodoxes et les anglicans que les catholiques romains dont je suis. Il s’agit donc de la gloire de Dieu et du salut des âmes : ce n’est pas le moment de craindre sa peine.

(Lire la suite…)

IntoTheWild

Tandis que mon encyclopédie anglicane repose un peu, avant sa publication « à la découpe », selon l’aimable suggestion d’Irénée (qui, comme son nom l’indique, possède l’art du compromis pragmatique), je saisis au vol la suggestion d’un autre lecteur, qui n’a pas partagé l’enthousiasme des spectateurs du film Into the Wild. Ayant occupé mon 11-novembre à gambader dans les premières neiges qui couvraient le massif du Pilat (qui court entre Saint Étienne et le Rhône), je me sens dans une humeur propice pour revenir sur ce film marquant. Je l’ai trouvé exemplaire de la façon dont le grand cinéma américain parvient, de temps à autre, à cristalliser les inquiétudes spirituelles et morales d’une époque.

(Lire la suite…)

Le blogueur, désespérément à court de temps, ne sait que faire pour mettre un peu d’animation dans l’escalier. Il craint même d’ignorer l’art subtil de rédiger un billet expliquant qu’il n’a pas le loisir de rédiger un billet – ce qui est pourtant une façon élégante d’honorer l’espèce de contrat moral qui, me semble-t-il, s’établit qu’on le veuille ou non entre le rédacteur et son lecteur (noter ce singulier prudent…).

(Lire la suite…)

John Allen est probablement l’un des meilleurs chroniqueurs religieux du monde. L’analyse qu’il fait, dans le National Catholic Reporter, de la nouvelle situation faite aux anciens anglicans dans l’Église, est un modèle du genre : bien informée, pondérée et limpide. Il attire à juste titre l’attention sur le fait que les détails de la Constitution apostolique annoncée ne sont pas encore connus : et pour cause, celle-ci n’étant pas encore publiée. Il est donc trop tôt pour se livrer à des spéculations sur l’avenir de cette décision. Ce qui n’empêche pas Allen de dresser une liste convaincante des points qu’il sera intéressant d’observer. Du point de vue de l’avenir du dialogue œcuménique, Allen écarte intelligemment le soupçon d’« uniatisme » que M. Kubler, dans La Croix, a cru bon de relayer. Tout l’article d’Allen mérite, à la vérité, d’être lu. J’en sélectionne cependant un passage particulièrement heureux, qui concerne le changement manifeste de la communication vaticane.

(Lire la suite…)

Evêques anglicans réunis à la conférence décennale de Lambeth

Evêques anglicans réunis à la conférence décennale de Lambeth (2008)

Avec la tribune du vieil Hans Küng que vient de publier Le Monde, la politique du pape à l’égard des anglicans risque d’attirer l’attention du badaud. « Un véritable drame ! », rien de moins : c’est ainsi qu’est qualifié un événement œcuménique dont, hélas, le lecteur du Monde aura du mal à déceler la portée, tant Hans Küng mêle à plaisir vindicte personnelle, procès d’intention et désinformation pure et simple. Avec tout le respect qu’on doit au grand théologien qu’il fut, la vérité oblige à dire que son texte est incompréhensible et fielleux. Je me propose donc de partager ici le résultat de la petite enquête que j’ai dû faire pour comprendre ce dont il est vraiment question dans l’offre de Benoît XVI aux anglicans. Je partais d’assez loin : pour moi, comme pour pas mal de catholiques je crois, un anglican était une espèce de protestant qui reconnaît pour pape la reine d’Angleterre. Je ne suis pas déçu du voyage qui m’a fait découvrir que la réalité était à la fois plus compliquée et plus passionnante.

(Lire la suite…)

Sarkozy

On peut se poser la question, à lire ce portrait du « bon prince » que l’auteur du Discours de la méthode dresse dans une de ses lettres à la princesse Elizabeth. Il est question de la façon dont un prince doit user avec le peuple. Le plus important, dit Descartes, est pour le prince d’éviter de se rendre odieux ou méprisable. Et pour ce dernier point, la chose paraît aisée, pourvu que le prince

retienne tellement sa dignité, qu’il ne quitte rien des honneurs et des déférences que le peuple croit lui être dues, mais qu’il n’en demande point davantage, et qu’il ne fasse paraître en public que ses plus sérieuses actions, ou celles qui peuvent être approuvées de tous, réservant à prendre ses plaisirs en particulier, sans que ce soit jamais aux dépens de personne ; et enfin qu’il soit immuable et inflexible, non pas aux premiers desseins qu’il aura formés en soi-même, car d’autant qu’il ne peut avoir l’œil partout, il est nécessaire qu’il demande conseil, et entende les raisons de plusieurs, avant que de se résoudre ; mais qu’il soit inflexible touchant les choses qu’il aura témoigné avoir résolues, encore même qu’elles lui fussent nuisibles ; car malaisément le peuvent-elles être tant que serait la réputation d’être léger et variable.

(Lire la suite…)

Descartes, par Franz Hals

Descartes, par Franz Hals

Les aimables contraintes de la vie universitaire, en m’empêchant de poursuivre pour l’instant la réflexion sur Internet et la démocratie, me donnent l’occasion de lire abondamment Descartes. C’est un exercice auquel je ne m’étais pas livré depuis longtemps, et qui procure des satisfactions dont je n’avais plus idée. Stimulé peut-être par les échanges qui ont lieu ici même autour de la notion de communauté, j’ai été frappé de la constance et de la fermeté des idées de Descartes en matière politique. Elles ne ressemblent pas à l’image qu’on s’en fait habituellement.

Pour nous, Français, Descartes appartient non seulement à notre patrimoine intellectuel, mais à notre légende nationale. Consciemment ou non, nous tendons à faire remonter jusqu’à lui les origines de la Révolution française. (Lire la suite…)

L'Utopie de Thomas More

L'Utopie de Thomas More

La position de Copé en faveur d’une régulation d’Internet se laissait, je crois, assez aisément rattacher à un type de conception politique – celle qui est formulée dans le Léviathan de Hobbes (cf. billet précédent). Il est plus difficile d’identifier la nature des résistances ou des rejets qu’une telle position suscite. Certains semblent s’opposer à toute idée de régulation du Web pour la raison que l’entreprise serait matériellement impossible. Espace mouvant, fluide, décentré, Internet se jouerait comme une anguille de toute tentative de main-mise. Il suffit d’y fermer une fenêtre – par exemple, un site de téléchargement de musique ou de films – pour qu’une autre s’ouvre un peu plus loin. Mon incompétence technique m’interdit heureusement de pousser plus loin l’examen de cette position pragmatique. D’autres adversaires de Copé arguent plutôt d’une sorte d’incompatibilité essentielle, et pour ainsi dire éthique, entre l’idée du Web et la régulation, qui offre plus de prise à ma réflexion. (Lire la suite…)

hobbes_leviathanAvec le développement du numérique, disent les bons esprits, « nous sommes en train de basculer dans un nouveau monde ». L’antienne est entonnée avec conviction par Jean-François Copé, dans une tribune qui suscite sur la Toile un débat instructif. Car si nouveau monde il doit y avoir, la question se pose de savoir à quoi nous souhaitons qu’il ressemble. Plus précisément, puisqu’il s’agit de politique, la question est de savoir à quoi doit ressembler la démocratie de l’ère numérique.

Copé, après avoir répété sa conviction qu’« Internet et les nouvelles technologies sont une chance pour tous et pour la politique en particulier », qu’Internet peut « offrir une véritable respiration démocratique », fait ce rappel qu’il croit de bon sens : « sur Internet comme ailleurs, l’absence de règles n’est pas liberté mais anarchie ». C’est l’application, au cas particulier d’Internet, d’une conception de la vie sociale aujourd’hui largement partagée – même si la version qu’en donne Copé soulève à mes yeux de graves questions, qui sont l’objet du présent billet.

(Lire la suite…)

Page suivante »