Le blogueur, désespérément à court de temps, ne sait que faire pour mettre un peu d’animation dans l’escalier. Il craint même d’ignorer l’art subtil de rédiger un billet expliquant qu’il n’a pas le loisir de rédiger un billet – ce qui est pourtant une façon élégante d’honorer l’espèce de contrat moral qui, me semble-t-il, s’établit qu’on le veuille ou non entre le rédacteur et son lecteur (noter ce singulier prudent…).
30 octobre 2009
Un changement de méthode dans la communication vaticane ?
Posted by Philarête under Religion, Revue de presse[8] Comments
John Allen est probablement l’un des meilleurs chroniqueurs religieux du monde. L’analyse qu’il fait, dans le National Catholic Reporter, de la nouvelle situation faite aux anciens anglicans dans l’Église, est un modèle du genre : bien informée, pondérée et limpide. Il attire à juste titre l’attention sur le fait que les détails de la Constitution apostolique annoncée ne sont pas encore connus : et pour cause, celle-ci n’étant pas encore publiée. Il est donc trop tôt pour se livrer à des spéculations sur l’avenir de cette décision. Ce qui n’empêche pas Allen de dresser une liste convaincante des points qu’il sera intéressant d’observer. Du point de vue de l’avenir du dialogue œcuménique, Allen écarte intelligemment le soupçon d’« uniatisme » que M. Kubler, dans La Croix, a cru bon de relayer. Tout l’article d’Allen mérite, à la vérité, d’être lu. J’en sélectionne cependant un passage particulièrement heureux, qui concerne le changement manifeste de la communication vaticane.
30 octobre 2009
Anglicans at the gates
Posted by Philarête under Religion | Mots-clefs: anglicans, Benoît XVI, Hans Küng |[14] Comments

Evêques anglicans réunis à la conférence décennale de Lambeth (2008)
Avec la tribune du vieil Hans Küng que vient de publier Le Monde, la politique du pape à l’égard des anglicans risque d’attirer l’attention du badaud. « Un véritable drame ! », rien de moins : c’est ainsi qu’est qualifié un événement œcuménique dont, hélas, le lecteur du Monde aura du mal à déceler la portée, tant Hans Küng mêle à plaisir vindicte personnelle, procès d’intention et désinformation pure et simple. Avec tout le respect qu’on doit au grand théologien qu’il fut, la vérité oblige à dire que son texte est incompréhensible et fielleux. Je me propose donc de partager ici le résultat de la petite enquête que j’ai dû faire pour comprendre ce dont il est vraiment question dans l’offre de Benoît XVI aux anglicans. Je partais d’assez loin : pour moi, comme pour pas mal de catholiques je crois, un anglican était une espèce de protestant qui reconnaît pour pape la reine d’Angleterre. Je ne suis pas déçu du voyage qui m’a fait découvrir que la réalité était à la fois plus compliquée et plus passionnante.
27 octobre 2009
Descartes était-il sarkozyste ?
Posted by Philarête under Nouvelles du blog, Philosophie, Politique[17] Comments

On peut se poser la question, à lire ce portrait du « bon prince » que l’auteur du Discours de la méthode dresse dans une de ses lettres à la princesse Elizabeth. Il est question de la façon dont un prince doit user avec le peuple. Le plus important, dit Descartes, est pour le prince d’éviter de se rendre odieux ou méprisable. Et pour ce dernier point, la chose paraît aisée, pourvu que le prince
retienne tellement sa dignité, qu’il ne quitte rien des honneurs et des déférences que le peuple croit lui être dues, mais qu’il n’en demande point davantage, et qu’il ne fasse paraître en public que ses plus sérieuses actions, ou celles qui peuvent être approuvées de tous, réservant à prendre ses plaisirs en particulier, sans que ce soit jamais aux dépens de personne ; et enfin qu’il soit immuable et inflexible, non pas aux premiers desseins qu’il aura formés en soi-même, car d’autant qu’il ne peut avoir l’œil partout, il est nécessaire qu’il demande conseil, et entende les raisons de plusieurs, avant que de se résoudre ; mais qu’il soit inflexible touchant les choses qu’il aura témoigné avoir résolues, encore même qu’elles lui fussent nuisibles ; car malaisément le peuvent-elles être tant que serait la réputation d’être léger et variable.
19 octobre 2009
Descartes, penseur du social ?
Posted by Philarête under Philosophie, Politique | Mots-clefs: Condorcet, Descartes, individualisme |[37] Comments

Descartes, par Franz Hals
Les aimables contraintes de la vie universitaire, en m’empêchant de poursuivre pour l’instant la réflexion sur Internet et la démocratie, me donnent l’occasion de lire abondamment Descartes. C’est un exercice auquel je ne m’étais pas livré depuis longtemps, et qui procure des satisfactions dont je n’avais plus idée. Stimulé peut-être par les échanges qui ont lieu ici même autour de la notion de communauté, j’ai été frappé de la constance et de la fermeté des idées de Descartes en matière politique. Elles ne ressemblent pas à l’image qu’on s’en fait habituellement.
Pour nous, Français, Descartes appartient non seulement à notre patrimoine intellectuel, mais à notre légende nationale. Consciemment ou non, nous tendons à faire remonter jusqu’à lui les origines de la Révolution française. (Lire la suite…)
12 octobre 2009
Internet, démocratie et utopie
Posted by Philarête under Politique, Société | Mots-clefs: Copé, démocratie, Internet, utopie |[87] Comments

L'Utopie de Thomas More
La position de Copé en faveur d’une régulation d’Internet se laissait, je crois, assez aisément rattacher à un type de conception politique – celle qui est formulée dans le Léviathan de Hobbes (cf. billet précédent). Il est plus difficile d’identifier la nature des résistances ou des rejets qu’une telle position suscite. Certains semblent s’opposer à toute idée de régulation du Web pour la raison que l’entreprise serait matériellement impossible. Espace mouvant, fluide, décentré, Internet se jouerait comme une anguille de toute tentative de main-mise. Il suffit d’y fermer une fenêtre – par exemple, un site de téléchargement de musique ou de films – pour qu’une autre s’ouvre un peu plus loin. Mon incompétence technique m’interdit heureusement de pousser plus loin l’examen de cette position pragmatique. D’autres adversaires de Copé arguent plutôt d’une sorte d’incompatibilité essentielle, et pour ainsi dire éthique, entre l’idée du Web et la régulation, qui offre plus de prise à ma réflexion. (Lire la suite…)
5 octobre 2009
Internet et démocratie : le point de vue de Copé
Posted by Philarête under Philosophie, Politique | Mots-clefs: démocratie, Internet, Jean-François Copé, liberté, régulation |[42] Comments
Avec le développement du numérique, disent les bons esprits, « nous sommes en train de basculer dans un nouveau monde ». L’antienne est entonnée avec conviction par Jean-François Copé, dans une tribune qui suscite sur la Toile un débat instructif. Car si nouveau monde il doit y avoir, la question se pose de savoir à quoi nous souhaitons qu’il ressemble. Plus précisément, puisqu’il s’agit de politique, la question est de savoir à quoi doit ressembler la démocratie de l’ère numérique.
Copé, après avoir répété sa conviction qu’« Internet et les nouvelles technologies sont une chance pour tous et pour la politique en particulier », qu’Internet peut « offrir une véritable respiration démocratique », fait ce rappel qu’il croit de bon sens : « sur Internet comme ailleurs, l’absence de règles n’est pas liberté mais anarchie ». C’est l’application, au cas particulier d’Internet, d’une conception de la vie sociale aujourd’hui largement partagée – même si la version qu’en donne Copé soulève à mes yeux de graves questions, qui sont l’objet du présent billet.
2 octobre 2009
De la démocratie en numérique
Posted by Philarête under Philosophie, Politique, Société[30] Comments
C’est un sujet récurrent de polémique, en même temps qu’un enjeu majeur de réflexion : Internet est-il un atout ou un danger pour la démocratie ? Pour les plus enthousiastes, Internet est en train de révolutionner les pratiques démocratiques, et l’on salue déjà l’avènement, imminent dit-on, de la « démocratie numérique », qui serait caractérisée par une forme inouïe de « participation citoyenne ». Cette participation, qui prend parfois la forme d’un contrôle accru des faits et gestes des responsables politiques, suscite chez ceux qui s’en estiment victimes des réactions parfois irritées, dont on a eu récemment des exemples. Plus largement, cependant, des voix s’élèvent pour dénoncer les « dérives » de l’Internet, ou les risques qu’il fait courir aux pratiques démocratiques.
29 septembre 2009
La discussion annoncée dans le dernier billet sur « Internet et la démocratie » va devoir attendre un peu. Je suis un peu trop accaparé en ce moment par d’autres tâches qui relèvent toutes de ce qu’on appelait avant mes « devoirs d’état », et qui doivent par conséquent passer avant le plaisir. Demain, peut-être… Au moins pour un début. Je ne saurais être trop prudent, de toutes façons, avant d’aborder de front (ou même de biais) un sujet aussi épineux, et pour lequel je me sens d’ailleurs assez peu armé. Il me faut donc rassembler mon courage pour me décider à étaler ma naïveté…
25 septembre 2009
Galilée et les ovnis
Posted by Philarête under Revue de presse, Société | Mots-clefs: complot, Galilée, Lumières, mythe |[58] Comments

Orson Welles annonce « La guerre des mondes » (1938)
Privé du loisir nécessaire pour écrire un billet qui me tourmente (« Internet et la démocratie », rien que ça), je me contente de pointer vers un dossier très instructif du Monde diplomatique (juillet) consacré aux extra-terrestres. Je n’ai jamais goûté ces histoires-là, et la science-fiction me laisse généralement de marbre. Mais en tant que phénomène populaire, elle est évidemment une porte d’entrée sur notre imaginaire social – nos hantises et nos rêves s’y trouvent souvent projetés, et elle peut nous en apprendre long sur nous-mêmes.
Tout le monde a entendu parler de la panique créée, en 1938 aux États-Unis, par le faux bulletin d’information imaginé par Orson Welles pour introduire une émission sur La guerre des mondes. On cite souvent cet exemple pour illustrer les phénomènes de foule ou le pouvoir de la publicité. Bonne nouvelle : cette « panique » semble relever de la pure légende. C’est un mythe pur et simple, dont Pierre Lagrange explique la genèse. D’autant plus intéressant que le mythe a notablement contribué à accréditer toutes sortes de thèses sur la manipulation des foules et l’incapacité des auditeurs – bientôt, des téléspectateurs – à distinguer le vrai du faux, l’info de l’intox, la légende de la réalité…