La fiction, littéraire ou cinématographique, s’accapare volontiers l’histoire pour en faire la toile de fond d’une intrigue : le procédé, pourrait-on soutenir, est aussi vieux que la littérature, témoin Homère, dont l’Iliade avait, au XIXe siècle, soulevé la fameuse « question homérique » (la guerre de Troie a-t-elle eu lieu ?). Il y a pourtant un événement historique dans la mise en fiction soulève systématiquement, au moins depuis quelques années, de vigoureuses polémiques : le nazisme, évidemment. On l’a vu avec Les Bienveillantes, de J. Littell, comme plus récemment avec Inglorious Basterds, le dernier film de Tarantino. C’est aujourd’hui le roman de Yannick Haenel, Jan Karski, qui est pris à parti. L’historienne Annette Wievorka d’abord, puis, plus récemment et surtout plus bruyamment Claude Lanzmann (l’auteur du film Shoah, qui avait entre autres révélé la figure de Karski) n’ont pas de mots assez durs pour stigmatiser le livre de Haenel.

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Dans un fort intéressant billet consacré au jugement Clearstream, Eolas soulève une discussion dont la conclusion me laisse songeur. Après avoir lumineusement expliqué ce que dit le droit en matière d’appel, il s’en prend à une « théorie pernicieuse » qui apparaît dans les attendus du parquet justifiant la relaxe du prévenu Villepin : celle qui admet une « complicité par abstention ». N’étant pas juriste, je me permettrai de traiter l’argument d’Eolas comme s’il ne portait pas sur l’interprétation d’un texte de droit positif (l’article 121-7 du Code pénal, définissant la complicité), mais comme s’il soulevait une question d’ordre général qu’on me permettra d’appeler philosophique : une question de théorie de l’action, portant sur la notion d’omission. Par égard pour l’occasion judiciaire de cette discussion, je formulerai la question ainsi : peut-on être coupable de n’avoir rien fait ?

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Martin Luther King à la prison de Birmingham

Lundi dernier, aux États-Unis, on célébrait le « Martin Luther King Day ». Mon éducation catholique m’a durablement brouillé avec le leader intégrationniste : on en parlait trop. Il était l’une des vedettes imposées des panneaux de carton qu’en guise de catéchisme, nous devions couvrir d’images découpées et de slogans multicolores (l’histoire dira tout ce que les fameux sticks de colle UHU doivent à la nouvelle pédagogie, et réciproquement). À lui seul, le cantique « Gandhi, Luther King ou Jésus-Christ », tube des « célébrations » obligatoires (dire « messe » faisait ringard), était de nature à dégoûter de la religion tout adolescent doté d’un bon goût moyen, sans compter le risque d’en précipiter quelques-uns vers l’extrême-droite, par pur esprit de contradiction.

Le souci principal des « animateurs » de ces ennuyeuses récréations pompeusement nommées « catéchèse » était manifestement de nous présenter des figures édifiantes « proches de nous ». Souci louable, assurément, mais dont la mise en œuvre reposait sur une grave erreur de perspective : proche de nous par le temps, Martin Luther King en était infiniment éloigné par tout le reste. Notre quinzième arrondissement était, en effet, remarquablement épargné par la ségrégation et les émeutes raciales et, de toutes façons, nous ne voyions pas du tout le rapport entre la religion et les sit-in qui semblaient remplir d’enthousiasme les bonnes sœurs vouées à l’éducation religieuse des enfants de la bourgeoisie parisienne.

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Citation du Psaume 117, concluant le discours de Benoît XVI

Mise à jour à 16h30 : un rapide parcours des commentaires parus dans la presse aujourd’hui procure un puissant malaise. Le Monde et d’autres publications titrent sur la micro-phrase du pape concernant l’action du Saint Siège (Pie XII n’était d’ailleurs pas mentionné), dont la teneur est pourtant difficilement contestable. Il m’aurait semblé infiniment plus pertinent, dans le contexte actuel, d’attirer l’attention sur le long passage consacré aux « manquements » des chrétiens et à leur contribution aux « plaies de l’antisémitisme et de l’antijudaïsme », ou sur la forte phrase sur la Shoah, « sommet d’un chemin de haine ». On les lit dès les troisième et quatrième paragraphes ci-dessous.

La traduction proposée ce matin a été complétée pour inclure la quasi totalité du texte. C’est une exclusivité, pour l’instant. Elle peut être utile à qui souhaite se faire une opinion personnelle sur la teneur des propos du pape. Accessoirement, c’est un assez beau texte.

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Un reste d’honnêteté, hélas!, m’oblige à préciser d’emblée que le titre de ce billet est dépourvu de sous-entendus. Il ne fait que mentionner les deux premiers thèmes de cette revue de presse subjective et aléatoire.

Nul besoin d’être affamé de terreur et de sang pour en faire le constat : les films d’horreur prolifèrent. Aux marges du fantastique et de la science-fiction, l’épouvante fait recette, et les couloirs du métro, kiosques et autres colonnes Morris affichent à l’envi leurs propositions de frissons sanglants. Autant que je me souvienne, le genre était, dans ma jeunesse, plutôt confidentiel. Au lycée, ce qu’on n’appelait pas encore le cinéma gore semblait réservé aux camarades qui, de l’avis général, relevaient de la catégorie des bizarres.

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Sybille Agrippa (tombeau de Philibert le Beau, église de Brou)

Le seizième est un tout petit monde. On y croise toujours les mêmes noms. Je ne dis pas ça pour le petit personnel : mais si l’on s’intéresse aux grandes familles, en tous cas, ça tient dans un mouchoir de poche. Tous cousins ou alliés, — ce qui ne préjuge pas des sentiments. Comme tous les mouchoirs, le seizième n’est pas très propre. On se fait la guerre, on s’assassine, et même les mariages ressemblent souvent à des règlements de compte. Pas étonnant que les divorces prennent parfois des allures de guerres mondiales.

C’est du seizième siècle, bien sûr, que je parle, non du seizième arrondissement de Paris – malgré d’étonnantes similitudes. Je ne sais pas si l’Europe a connu un siècle plus tourmenté, en tous cas aussi décisif pour l’avenir. La Réforme, continentale et anglicane, et les guerres de religion sont évidemment l’aspect le plus spectaculaire de ces bouleversements. C’est un lieu commun de dire que notre modernité est sortie de là, avec l’État-nation et les débuts laborieux de la tolérance, mais avec aussi les massacres, la rupture de l’unité de la foi, et les prémisses d’une guerre civile européenne qui a ensanglanté le dernier siècle.

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Celui qu’on prête à Pie XII n’en finit pas de faire du volume. À intervalles réguliers, depuis les années 1960, la même polémique fait surface, apparemment inchangée, à ce détail près que la légende ignoble du « pape de Hitler » semble prospérer à l’unisson de l’inculture historique et religieuse. Pour un peu, le pape deviendrait le principal responsable de l’Holocauste. Curieusement, on ne parle guère du silence de Roosevelt ou de celui de De Gaulle.

Je lis un peu partout, comme tout le monde, que les milliers ou les dizaines de milliers de Juifs sauvés par l’action de Pie XII ne comptent pas face à l’effet décisif qu’aurait eu une prise de parole solennelle de sa part, condamnant sans ambages l’antisémitisme nazi.

Le cas est singulier.

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Quelques remarques au fil du clavier sur la tribune présidentielle, qui me distrait un peu de la passion anglicane de ces dernières semaines.

C’est, incontestablement, un texte très « sarkozien ». On y retrouve notamment le talent du président pour formuler le sentiment des « vraies gens » face aux doctes leçons dispensées par des « élites » forcément coupées du peuple. Cela s’accompagne de l’inévitable pathos qui avait, semble-t-il, paru si séduisant lors de la campagne électorale : lorsqu’il parle au nom des vraies gens, Nicolas Sarkozy ne peut s’empêcher de prononcer le mot « souffrance », de parler de « violence », de dramatiser à l’extrême. C’est le ton de l’époque.

Le texte est également très sarkozien dans son mélange baroque d’appels à la tradition républicaine et d’invocation du nécessaire « métissage ». Un coup de chapeau à Jaurès, un appel du pied aux bobos, le salut au drapeau d’un côté, la fripe « ethnique » de l’autre. « Nation » fait plaisir à Guaino, « métissage » rassure Carla. Le mélange n’est pas forcément très stable, mais il est de nature à satisfaire beaucoup de monde et, en l’occurrence, ce n’est pas forcément un défaut.

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Les débats se disputent en ce moment les colonnes des journaux. Les minarets suisses, le changement climatique, l’identité nationale, les primes de Domenech, la réforme du lycée, le Nobel d’Obama, la guerre d’Afghanistan, l’Église irlandaise face aux abus… Difficile de savoir où donner de la tête, plus difficile encore de prétendre se faire une opinion sur chacune de ces questions. C’est déjà fatigant de faire face à celles qui se posent au citoyen français, le statut de citoyen du monde devient, quant à lui, proprement intenable. Je livre ici mon petit parcours subjectif des points de vue de la semaine qui m’ont semblé éclairants sur quelques uns de ces sujets, ceux sur lesquels je n’ai pas totalement renoncé à me forger petit à petit un point de vue.

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Thomas Cranmer

Thomas Cranmer, archevêque de Cantorbéry (1489-1556)

Embarqué depuis des semaines, même si ce n’est qu’à mes heures perdues, dans l’anglicanisme, je n’en finis pas d’élaborer ma petite synthèse personnelle. La maturation est lente et ses produits épisodiques doivent en lasser certains, en décourager d’autres, alors même que, par malchance, mon intérêt pour la question n’en finit pas de croître. Je voudrais commencer le billet d’aujourd’hui en présentant trois excuses complémentaires à cet acharnement.

La première est que je suis en convalescence (rien de grave, merci, et tout va bien), et que pour la première fois de ma vie j’ai reçu un arrêt de travail de 15 jours qui me donne beaucoup de temps pour lire. La deuxième est que, s’agissant d’un sujet qui touche à l’unité de l’Église, je veux essayer, sans renier ma propre appartenance, de m’exprimer d’une façon qui serait acceptable ou du moins compréhensible pour un anglican. C’est parfois laborieux, et le résultat ne peut être entièrement satisfaisant, mais c’est pour cela que je prends tranquillement le temps de m’instruire. La troisième excuse, que je ne découvre que depuis peu, est que l’anglicanisme, de prime abord si exotique et singulier, se révèle finalement un phénomène capital pour réfléchir sur la formation du sens religieux moderne. Lorsqu’on est habitué à raisonner à partir du cas français, beaucoup d’éléments importants échappent, qui se révèlent au contraire lorsqu’on se tourne vers l’Angleterre. Bien plus que la France, et autrement que l’Amérique, c’est elle qui servit en quelque façon de laboratoire.

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