Le grand Bossuet, qu’on ne peut guère taxer de laxisme, n’avait aucun doute sur la question :
« Il ne faut pas mépriser le péril des âmes, ni leur refuser les préservatifs nécessaires… »
Il est vrai qu’il songeait au danger de l’hérésie, et sa phrase se poursuit d’une façon qui serait aujourd’hui peu goûtée, puisque l’évêque de Meaux parlait des «préservatifs nécessaires contre des livres qui corrompent en tant de manières la simplicité de la foi». Bref, il parlait de la censure des ouvrages dangereux. On peut ainsi mesurer le chemin parcouru depuis trois siècles. À l’époque, le salut des âmes justifiait tous les préservatifs, aujourd’hui c’est celui des corps. Le ton, cependant, reste le même: «on ne doit pas mépriser le péril des corps, ni leur refuser les préservatifs nécessaires!». Et par un savoureux retournement, c’est aujourd’hui le pape en personne qui fait figure d’hérétique absolu. Qu’on le brûle! Il ne sera pas dit que nos bûchers auront laissé le pape germain répandre ses erreurs dans nos contrées. Ab aquilone omne malum… La devise biblique qui servait à dénoncer dans l’Allemagne le foyer de toutes les hérésies n’a pas perdu de son emprise sur nos esprits, c’est un fait curieux de permanence des archétypes.
Dans la langue classique, donc, un préservatif est un remède qui a la vertu de préserver. Voyez Littré sur ce point, qui m’a fourni la citation de Bossuet, et qui me propose également la déclaration passionnée de la marquise de Sévigné à sa fille bien aimée, que je ne cite que pour le plaisir du beau français:
« Si vous êtes mon préservatif, comme vous le dites, je vous suis trop obligée, et je ne puis trop aimer l’amitié que j’ai pour vous.»
Encore un texte qu’on ne pourra plus étudier en classe, sous risque de contresens majeur…
Mais ce n’est pas le sujet. Fidèle à l’esprit éponyme de ce blog, je reviens sur le champ de bataille après le cessez-le-feu (provisoire, sans aucun doute), non pour distribuer les bons et mauvais points, mais pour tenter de comprendre et de faire un petit bilan. Le sens ancien de ce terme de l’art, «préservatif», me servira de guide, car il me semble que, dans cette affaire, les imprécations et le brouillard des passions ont efficacement contribué à nous «préserver» d’un débat qui aurait été assez salutaire.
Ce que le pape a dit, et qui n’a pas été entendu
Dans l’émotion qui a suivi les déclarations du pape dans l’avion qui volait vers Yaoundé, le 17 mars, certains ont pu avoir l’impression qu’une fois de plus, la «communication» vaticane était gravement prise en défaut. Ce n’est sans doute pas entièrement faux — j’y reviendrai — mais il ne faudrait pas, pour autant, céder à la tentation facile de resservir la même explication chaque fois qu’il se produit un heurt entre la parole de Benoît XVI et ce qu’on appellera par commodité l’opinion publique (qui n’est peut-être qu’une partie spécialement visible de celle-ci, et qui, dans le meilleur des cas, n’est de toutes façons que l’opinion publique occidentale). Le 17 mars, il n’y a pas eu à proprement parler un problème de «communication». Nul communicant ne s’est interposé entre les journalistes et le pape, et ce dernier a manifestement dit exactement ce qu’il voulait dire. La remarque en a été faite assez vite, par exemple par Stéphanie Le Bars dans Le Monde: ces questions avaient été préparées, sélectionnées, et le pape avait eu tout le loisir de préparer ses réponses. Sa langue n’a pas fourché, les journalistes ont bien entendu et, le message a finalement été transmis dans sa teneur authentique.
Il n’en reste pas moins, évidemment, que la seule mention du préservatif, une «première» dans la bouche d’un pape, a passablement brouillé le message essentiel. Lorsqu’on relit tranquillement la question de Philippe Visseyrias (France 2) et la réponse de Benoît XVI, un premier constat s’impose: le pape ne s’adressait pas à l’Afrique, mais à l’opinion publique occidentale. Il entendait manifestement rectifier une connaissance beaucoup trop parcellaire, chez nous, de l’état et des priorités de la lutte contre l’épidémie du sida.
Le journaliste, en bon professionnel, s’est fait l’écho d’une interrogation largement partagée dans son propre pays (la France): le discours de l’Eglise sur les moyens de lutter contre le sida ne sont-ils pas foncièrement inefficaces et irréalistes? Le journaliste ne parle pas de préservatif, il ne mentionne pas explicitement l’abstinence et la fidélité, mais tout le monde peut comprendre que c’est à tout cela qu’il pensait, et c’est ainsi que le pape a compris la question.
Il ne me semble que trop vrai que, pour beaucoup d’entre nous, ce soit en effet en ces termes que se pose le problème du sida: préservatif ou fidélité (et abstinence hors mariage)? C’est évidemment ce qui a conféré à la réponse du pape son caractère explosif. Puisque, pour nous, la meilleure réponse à l’épidémie reste le préservatif, le pape se rendait coupable, par son option totalement irréaliste, d’une complicité objective avec l’épidémie. Or la fausse alternative, «préservatif ou fidélité?» repose sur une méconnaissance gravissime de la situation africaine. Dès que celle-ci est prise en compte, la réponse du pape perd sa charge polémique et sonne bien plutôt comme un rappel opportun.

Romantisme urbain
Je m’inclus volontiers au nombre des personnes qui n’ont qu’une conscience approximative de l’état de l’épidémie. Comme tout le monde, j’ai été largement exposé aux campagnes de prévention. Je sais que «Paris protège l’amour» en faisant flotter des capotes dans les couchers de soleil. J’ai entendu mille fois qu’il fallait sortir couvert, même en plein été. J’ai vu pousser dans le métro, lancinant rappel de mes responsabilités de citoyen moderne, des distributeurs de préservatifs qui ont remplacé les tirettes à chewing gum de mon enfance. Et, comme tous les catholiques, je sais que la norme est pour moi l’abstinence hors du mariage, et la fidélité dans ses doux liens sacrés. Mais Benoît XVI possède un talent certain pour mettre ses auditeurs au travail. De même que, en janvier, je m’étais senti obligé d’ouvrir un Code de droit canonique, je me suis donc plongé dans la littérature sur le sida accessible au modeste profane.
Ma conclusion est que le pape devait avoir une solide connaissance du dossier avant de monter dans l’avion. Les priorités qu’il évoque dans sa réponse correspondent largement à celles qui sont mises en avant dans le dernier rapport de l’UNAIDS (organisme de l’ONU chargé de la lutte contre le VIH/Sida).
La situation de l’épidémie en 2008 peut, d’après ce rapport, être résumée ainsi: il y a un sida des pays riches et un sida des pays pauvres. Au virus près, ce n’est pas la même maladie.
«Dans pratiquement toutes les régions autres que l’Afrique subsaharienne, le VIH affecte de façon disproportionnée les consommateurs de drogue par injection, les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes, et les travailleurs sexuels» (Rapport cité, p. 9).
Ainsi, la première catégorie citée représente entre 100 et 300 nouvelles infections par an en France, Allemagne ou au Canada. La seconde catégorie représente entre 1000 et 3000 nouvelles infections, dans les mêmes pays.
L’Afrique sub-saharienne (11% de la population mondiale) totalise les deux tiers (67%) de la population vivant avec le VIH, et les trois quarts (72%) des morts dues au sida. Dans cette région, plus de la moitié des porteurs du virus sont des femmes, et la courbe est en hausse lente. 1,8 million d’enfants sont porteurs du virus, soit 90% de la population infantile mondiale affectée par le VIH. Le sida en tue un toutes les 30 secondes. Et 11 millions d’enfants de cette partie du monde sont orphelins à cause du sida. La courbe est dramatiquement en hausse (cf. rapport de l’UNAIDS, p. 21).
On ne lutte pas contre la maladie avec les mêmes dispositifs lorsqu’elle affecte une petite partie de la population, dans une société imprégnée des valeurs individualistes, et lorsqu’elle est une pandémie au sein d’une société traditionnelle. Le message ne peut pas être le même, pas plus que les moyens.
Le consensus invisible
La réponse du pape a manifesté cherché à faire partager aux occidentaux le consensus qui s’est désormais établi parmi les acteurs réellement engagés dans la lutte contre l’épidémie en Afrique. Le vacarme qui a suivi sa déclaration a hélas eu pour principal résultat de masquer durablement ce consensus. Il fut, assurément, le très efficace préservatif de notre ignorance. Celle-ci affecte directement les trois points essentiels de la réponse de Benoît XVI.
1. La lutte contre l’épidémie passe par un changement des comportements sexuels. Le consensus est unanime sur ce point. Personne ne croit que c’est un objectif utopique, tout le monde sait que c’est à la fois possible (de fait, ça marche) et indispensable.
Dans le rapport de l’UNAIDS, les actions visant à modifier les comportements sexuels sont au cœur des priorités. Il préconise notamment la mise en place à grande échelle de programmes orientés vers l’égalité entre les sexes, «avec une attention particulière aux interventions auprès des hommes et des garçons» (p. 11).
Mentionnant également l’importance des stratégies en faveur de l’indépendance économique des femmes, le rapport cite des études récentes montrant que les femmes qui manquent de nourriture sont, à 70%, plus exposées à des rapports sexuels non contrôlés, à 80% plus exposées à la prostitution de survie, à 70% plus exposées à des rapports sexuels non protégés — que des femmes correctement nourries (quoi que l’on pense du préservatif, ces données montrent clairement que la solution passe par l’indépendance alimentaire des femmes).
Autre priorité: lutter contre la précocité des rapports sexuels — qui concerne plus particulièrement les garçons. Une partie importante des nouvelles infections est due, en effet, aux rapports sexuels avant 15 ans. Les garçons sont en général plus conscients que les filles que le préservatif peut protéger du HIV, mais moins conscients qu’elles qu’avoir un seul partenaire fidèle peut aussi protéger (rapport cité, p. 14).
Enfin, «les efforts de prévention doivent devenir plus stratégiquement centrés sur le parteneriat sexuel (sexual partnership)», notamment pour «réduire la prévalence des relations concurrentes multiples» (p. 17). Il s’agit (encore une découverte pour moi) de l’habitude, qui n’a rien à voir avec la «promiscuité», d’entretenir en même temps des relations suivies avec une épouse et une maîtresse, un mari et un amant, qui est très répandue en Afrique sub-saharienne. L’enjeu crucial d’une action dans cette direction a été mis en évidence, notamment, par les travaux de Helen Epstein, qui a montré que les relations concomitantes (multiple concurrent partnerships) expliquaient la faible efficacité du préservatif dans certaines populations (elle n’est pas elle-même opposée au préservatif, je le signale):
Il devient évident que les seuls préservatifs n’arrêteront pas le virus, parce que la transmission a souvent lieu dans des relations à long terme dans lesquels les préservatifs sont rarement utilisés. Par conséquent, ce qui est crucial est un changement collectif dans les normes sexuelles, notamment la réduction du nombre de partenaires. Cette information, hélas, arrive bien trop tard pour beaucoup de gens. (Interview publiée sur le site de Philanthropy Action).
2. Le second point mis en évidence par Benoît XVI est l’importance de l’aide mutuelle, de la compassion, de la proximité avec ceux qui souffrent. Là encore, il existe un vaste consensus, ignoré seulement de ceux qui, comme moi, projetaient inconsciemment sur l’Afrique les particularités du sida dans nos pays. Deux réalités m’ont frappé dans les textes que j’ai lus. D’une part, l’étendue de la stigmatisation qui frappe les personnes malades du sida en Afrique. Elle se traduit dramatiquement par la faiblesse des ressources allouées par les Etats dans ce domaine. Les malades du sida sont facilement isolés, évités, les aides ne leur parviennent pas, sont détournées par des profiteurs sans scrupules. D’autre part, évidemment, l’importance du nombre d’enfants touchés par le sida, soit directement (infection transmise par la mère enceinte), soit indirectement (enfants rendus orphelins par le sida). Dans ce domaine, ce sont les antirétroviraux qui sont l’arme prioritaire (pour éviter la transmission du VIH), et d’autre part la prise en charge des orphelins, leur scolarisation et, d’une façon générale, tout ce qui évitera d’en faire des cibles pour la prostitution et la misère.
3. Le troisième point, qui était en réalité le premier dans la réponse du pape, était de souligner l’efficacité de l’action de l’Eglise dans le domaine de la lutte contre l’épidémie. Là encore, je sous-estimais sans doute le phénomène, mais je constate qu’il est bien connu des experts. L’Eglise, à travers ses ordres religieux, ses dispensaires, sa capacité à mobiliser des volontaires africains ou non pour travailler dans des programmes spécifiques, est une des forces principales engagées sur le terrain depuis l’origine de l’épidémie. Elle le fait avec ses méthodes, ses priorités, ses principes. Mais le rapport de l’UNAIDS, toujours lui, ne cesse de préconiser les actions ciblées, adaptées aux réalités locales, et encourage les initiatives nées de la foi (faith-based organizations).
Dans le type de société caractéristique de l’Afrique sub-saharienne, l’action efficace et réaliste est celle qui est capable de susciter un engagement collectif, qui fasse appel aux valeurs portées par les communautés touchées. Or, comme le dit encore Helen Epstein, l’Eglise est particulièrement bonne dans ce type d’action:
«Le programme [en Ouganda] reposait sur un processus très africain de mobilisation communautaire, d’action collective, de compassion et d’aide mutuelle. Ce sont des choses que l’Eglise a toujours bien su faire. De fait, l’Eglise est souvent bien meilleure pour promouvoir l’action collective que le personnel de la Santé publique, qui tend à adopter une approche plus individualiste».
J’ai été aussi frappé de ce témoignage d’un évêque sud-africain présenté par le Times comme s’opposant au pape sur la question du préservatif. Interrogé, il explique, d’une part, qu’il n’a pas besoin d’en distribuer lui-même, car l’Etat sud-africain s’en charge. D’autre part, l’action considérable qu’il développe dans son pays ressemble étrangement à celle que soulignait Benoît XVI:
— Y a-t-il des défis culturels particuliers pour obtenir des changements dans les pratiques sexuelles?
— Assurément. En Afrique du Sud, plus encore qu’aux Etats-Unis, il existe des pressions très fortes qui engagent les jeunes hommes à un comportement sexuel irresponsable et à «avoir» autant de filles qu’ils peuvent. Dans ce fort système patriarcal, les femmes sont dans une situation vulnérable, elles sentent qu’elles n’ont qu’à se soumettre. Nous essayons de travailler avec les femmes pour édifier leur estime de soi et les rendre conscientes qu’elles sont d’une infinie valeur aux yeux de Dieu. Nous avons aussi des groupes qui vont dans les écoles primaires pour instruire sur la sexualité en termes de respect de soi et de responsabilité à l’égard des autres si vous avez déjà le virus.
2 avril 2009 at 20:52
Merci pour cet article
Je vais mettre son lien sur des blogs qui ont décidé de mettre des préservatifs dans les troncs des Eglises le jour de Pâques…
Je regrette ça vivement
Ce qui se veut comme une lutte “courageuse” contre le sida ou plutôt le pape! ne va servir qu’à blesser des croyants qui souffrent de la situation de leur Eglise blessée
Je spécifie que je ne suis pas pratiquante
juste croyante dans les valeurs humaines
2 avril 2009 at 20:56
Merci, Coumarine. Je crois en effet que cette action stupide en dit long sur l’incompréhension qui règne chez nous. Ça risque en effet de blesser les croyants, mais ça nuit aussi à ceux qui s’enfoncent ainsi dans la bonne conscience.
Je trouve qu’on sent bien, sur votre blog, le prix que vous accordez aux valeurs humaines. Le lire est apaisant…
2 avril 2009 at 21:29
Merci pour cet article. Il éclaire comme d’autres les problèmes qu’il nous faut envisager avant de porter un avis péremptoire sur la question. Les valeurs qui sous-tendent la position de l’Eglise sont respectables même si je continue à penser qu’elle devrait faire un effort de communication sur ce qu’elle soutient. En faire l’économie est, à mes yeux, une erreur stratégique. Je pense que nous ne devons pas nous tromper de combat et qu’il nous faudra rapidement réinventer les préservatifs qui protégeront les hommes et femmes leur donnant de vivre des relations respectueuses dans des engagements de fidélité l’un à l’autre que ce soit sur le plan sexuel ou sur les modes relationnels choisis pour partager leurs vies.
3 avril 2009 at 07:56
Bonjour
j’ai mis le lien chez vous à divers endroits
le blog où la discussion fait “rage” est celui-ci: http://medcelin.canalblog.com
A partit de celui là, vous pourrez aller sur d’autres, notamment celui de Tilleul qui est une croyante navrée de ce qui se passe…
Merci de vous intéresser à ceci
Je ne suis en aucun cas agressive, mais je donne l’autre son de cloche que celui de ceux qui crient harro sur le baudet
Je ne suis pas du tout “pro pape”, ni “pro Eglise”, je suis simplement touchée de ce que cette impossibilité qu’ont la plupart des gens de s’informer valablement
Bonne journée à vous
3 avril 2009 at 08:22
Mais comment faites-vous pour écrire des articles aussi lumineux et pertinents ?
3 avril 2009 at 14:13
Ne flattez pas, Novice!
3 avril 2009 at 15:39
Je confirme les propos de Novice et pour rebondir sur le débat, votre billet invite à se demander s’il n’y a pas en effet un problème de communication dans cette affaire. Le Pape souffre depuis le départ d’un préjugé défavorable. Là-dessus, plusieurs affaires viennent confirmer en apparence le bien fondé de ce préjugé, à moins que, lues à travers le prisme de celui-ci, elles ne soient mal interprétées. Et pour couronner le tout, voici que le Pape tient un discours sur la réalité africaine à des journalistes occidentaux formatés par leurs propres préoccupations, à savoir la réputation du Pape, sa capacité ou non à admettre la réalité humaine et à s’en rapprocher, ainsi que par leur vision du préservatif, par référence à leurs moeurs à eux et à leurs conditions de vie. J’ai déjà dit ici à quel point je me méfiais de l’idée de faire entrer les préoccupations de communication dans le discours de l’Eglise, mais il faut bien admettre que lorsqu’une personnalité “passe mal”, il convient sans doute de ne pas modifier le fond du discours mais de faire un réel effeort d’adéquation de ce discours aux interlocuteurs et de pédagogie. Tiens d’aileurs, je préfère pédagogie à communication.
3 avril 2009 at 15:50
@laplumedaliocha : il me semblait avoir lu que seuls les médias français (et l’opinion française, pour ne pas accuser les seuls journalistes !) avaient réagi aussi violemment.
La France ne peut-elle s’abstraire un peu de sa propre identité et admettre que le Pape ne s’adresse pas toujours qu’à elle, et doit avoir un discours plus large.
Nous sommes remarquables pour expliquer que le Pape devrait dire ceci ou cela. Qui sommes-nous pour avoir simplement conscience de ce que signifie s’adresser systématiquement au monde entier ? Avec la diversité des auditeurs que cela implique…
Sinon, pour ceux qui avanceraient que, en dépit du remarquable exposé de Philarête, le pape se plante, je préciserai que l’infaillibilité pontificale ne s’applique pas ici : le Pape peut s’être trompé sans engager toute la communauté catholique, et sa position sur le préservatif (si elle se cantonne à ces déclarations tenues dans l’avion) pourraient être sans problème contestées par un successeur. L’infaillibilité ne joue que dans certaines formes que peut prendre son discours (encycliques, etc.). Une interview n’entre pas dans ce cas de figure.
En outre, son “infaillibilité” ne concerne que le champ de la Révélation (moeurs et dogme stricto sensu), et Benoît XVI s’exprimait ici sur l’efficacité de certaines méthodes pour éradiquer le virus du sida en Afrique : ce n’est donc ni de la morale ni de la foi. Il peut se tromper et un catholique peut être en désaccord avec lui.
Je suis ravi que Philarête ait “démontré” (ou expliqué) qu’il ne se trompait sans doute pas, et qu’il est difficile de ne pas être d’accord avec lui.
3 avril 2009 at 15:54
Je compte revenir sur cette question. Comme vous poser très bien le problème, je dirais juste, rapidement, que le pape me semble avoir pris une option, depuis longtemps, qui est peut-être discutable: en gros, celle de dire les choses clairement, même si ça fâche. Jean-Paul II avait adopté une autre approche (même si, au début, il faisait pareil). J’ai l’impression que Benoît XVI estime que les choses avancent davantage si on ne garde pas pour soi le fond de sa pensée. La question est de savoir si cette “méthode” est aussi efficace au niveau de l’Eglise que, par exemple, dans une discussion universitaire. Mais le pape actuel a visiblement l’idée qu’il est important que certaines choses soient dites, que certains problèmes ne soient pas enfouis, même si celui qui les dit va en prendre plein la tête. Il l’a fait à propos du préservatif, mais il fait pareil pour le dialogue judéo-chrétien, pour la crise dans l’Eglise, et aussi sur des sujets moins “diviseurs” comme la crise économique, la corruption en Afrique, etc.
Ce choix a sa grandeur, mais aussi ses risques et ses limites — celles que vous évoquez, justement. On en reparlera!
3 avril 2009 at 16:07
@novice : J’ai lu dans courrier international des papiers anglais, allemands et italiens au vitriol, mais il est possible que CI ait fait un choix confortant ses propres analyses. Pour l’esprit français, vous avez raison. Peut-être avons-nous encore ce petit complexe de supériorité qui nous fait croire que nous sommes toujours des éclaireurs en matière de droits de l’homme, peut-être aussi sommes-nous incapables de débattre tranquillement. Sur le cas particulier des journalistes, ils sont très imprégnés par l’opinion publique et c’est normal même si c’est regrettable. Veillons cependant à faire la part des choses entre leurs analyses et la virulence des réactions qu’ils recueillent. On leur reproche souvent des propos qu’ils ne font en réalité que retranscrire et auxquels ils ne souscrivent pas nécessairement.
@philarête : cette attitude de Benoît XVI n’est pas pour me déplaire. La communication a fini par vider l’expression et la pensée de tout contenu à force de ne pas vouloir choquer et d’espérer l’adhésion. Enfin, une certaine vision de la communication, car les spécialistes vous diront que seul l’intensité du bruit importe et que l’adhésion au message est secondaire.
3 avril 2009 at 16:08
Rien à ajouter à ce billet à la fois clair et parfaitement cadré sur l’essentiel. Cela démontre tout l’intérêt de votre approche, originale pour un blog: aborder le problème à froid. J’attends la suite avec intérêt !
3 avril 2009 at 17:45
@ vous deux…
Peut-être que le “coup d’envoi” a été la France (ou les pays francophones), où la nouvelle est arrivée très vite. Et nous avons le rare privilège d’avoir compté un certain nombre de politiques de premier plan parmi les premières voix qui se sont exprimées. Deux jours après, toute la presse occidentale en parlait, ça c’est sûr.
Reste que, depuis ma modeste tour de guet, il n’y a que hors de France que j’ai vu des articles défendant peu ou prou le propos du pape (dans le Guardian et le Times, dans le Washington Post, et j’en ai sûrement loupé).
Chez nous, il y a eu des “tribunes” (ce qui est assez différent) mais, à part le tout récent article d’Eric Favereau dans Libé, je n’ai pas vu de journaliste cherchant à infléchir intelligemment les termes du débat. Le sujet, c’était plutôt le scandale soulevé par Benoît XVI, pas tellement la question de fond.
Mais peut-être me goure-je? Je suis loin d’avoir tout lu!
3 avril 2009 at 18:25
Je vous promets d’arrêter les compliments si vous promettez de ne plus écrire d’articles de qualité…
3 avril 2009 at 22:25
Voila un article, qui dit beaucoup mieux que moi ce que j’ai compris et essaie de faire comprendre sur différents blogs, sans succès apparemment, en parcourant les sites, en essayant de comprendre.
Merci Philarete, c’est clair et structuré. je vais m’en servir
http://www.koztoujours.fr/?p=3675#comment-92731
3 avril 2009 at 23:03
Non, j’ai lu votre commentaire à l’instant, il est parfait! Et vous avez répondu “à chaud”, ce qui était plus difficile. Bon courage, ce n’est pas facile de tenir le langage de la raison… mais ça vaut la peine (à la longue!).
4 avril 2009 at 15:26
Sans vouloir vous vexer, vous avez une petite tendance à enfiler des tautologies dans votre billet. Nul ne doute que la multiplication des relations sexuelles accroît le risque d’attraper le sida, nul ne conteste à l’église catholique le droit de faire valoir l’abstinence et la fidélité comme levier pour lutter contre l’épidémie. Le rapport de l’Onusida n’a scandalisé personne, me semble-t-il.
Ce qui hérisse en revanche beaucoup de gens, à commencer par l’Onusida (http://www.sudpresse.be/actualite/monde/2009-03-18/onu-preservatif-essentiel-sida-690827.shtml), c’est la propension de l’église à jeter un certain discrédit sur le préservatif, au mieux en n’en parlant pas, au pire en mettant en doute son efficacité de manière plus ou moins catégorique.
Rappelons quelques faits :
- 90% des couples séro-discordants au Burkina Faso n’utilisent pas de préservatifs
- 42% des contaminations en Ouganda se passent au sein de couples séro-discordants
Or le préservatif tient une part importante dans la réussite de certains pays africains :
“Quelque 80 millions de préservatifs ont été distribués l’an dernier dans le cadre du Programme [en Ouganda]. Ce chiffre devrait atteindre 120 millions cette année, contre seulement quatre millions en 1990. Un rapport publié en juin 2000 signale d’ailleurs une hausse de l’utilisation de préservatifs dans le pays. A Kampala, 51 % des personnes interrogées en 1998 ont affirmé avoir recours aux préservatifs, contre 42 % en 1995. Le rapport indique également une légère diminution de la proportion des partenaires sexuels de rencontre, qui passe de 14,1 % en 1995 à 13,7 % en 1998. En revanche, l’utilisation des préservatifs avec des partenaires de rencontre a augmenté considérablement, de 58 % à 76 %”
Ne retournons donc pas le problème : l’évolution des comportements sexuels est un levier pour lutter contre le sida, sans doute, mais en aucun cas elle ne se substitue au préservatif. Elle s’y additionne.
Quand le pape aura pris la peine de corriger sa phrase pour dire clairement : « en cas de conduite à risque, il vaut mieux mettre un préservatif que de risquer de tuer son partenaire » et « les couples séro-discordants peuvent utiliser un préservatif », on aura fini de développer des argumentations byzantines pour justifier des bouts de phrase passablement scandaleux. Et vous, êtes-vous prêts à l’écrire ?
4 avril 2009 at 16:07
Cher Augustissime, je vous attendais, à vrai dire, avec une certaine impatience. Tout d’abord, je me réjouis infiniment d’avoir écrit des banalités, surtout si elles sont effectivement de notoriété publique. Ayant lu ici ou là que la lutte contre le sida ne pouvait raisonnablement passer par un changement des comportements sexuels, je suis heureux si tout le monde partage avec vous la conviction contraire. Et je constate avec plaisir que l’article de Sudpresse que vous citez va lui aussi dans le même sens. Figurez-vous que, avant la phrase de Benoît XVI, on ne lisait guère ce genre de choses. On les écrivait sans doute, mais sans doute pas au bon endroit, car pas grand monde n’avait l’air au courant. Le rapport de l’Onusida n’a scandalisé personne, il est vrai. Il ne semble pas non plus avoir été lu par beaucoup de monde.
Vous citez un texte impressionnant (pouvez-vous m’envoyer le lien, qui n’apparaît pas? Je le corrigerai dans votre commentaire) sur les progrès de la distribution des préservatifs. Magnifique. Je ne trouve pourtant pas la donnée qui m’intéresse, moi, c’est-à-dire l’effet de cette manne céleste sur la prévalence du sida. Peut-être est-il encore trop tôt pour la mesurer?
Vous avez une idée très précise sur ce que le pape devrait dire. Moi pas. Même si mon prochain article devrait en parler, et que j’essaierai de comprendre pourquoi le pape n’a pas l’air décidé à dire, lui, ce que vous suggérez. Il y a juste un certain nombre de gens, sérieux et même pas catholiques, qui pensent que le pape aide plus la lutte contre l’épidémie en faisant son rôle de pape, qui est de rappeler les principes et d’attirer l’attention sur des risques réels. Sur le terrain, on fait du cas par cas. On ne balance pas des messages irresponsables, genre “même si vous êtes porteurs du VIH, baisez sans capote”. Sur le terrain, on ne fait pas des grandes phrases, on traite des personnes particulières, dans des situations spécifiques, et on peut adapter son discours et son action à ce qu’on sait. On s’occupe de prostituées, de couples séro-discordants, de gamins de 15 ans, de femmes déjà violées 12 fois, de paisibles villageois. Ceux qui travaillent là-bas me semblent bien connaître leur métier, et leurs responsabilités. Comme je ne vis pas en Afrique (vous non plus, me semble-t-il), j’essaye de m’instruire sur ce qui se passe là-bas, et j’avoue ne pas avoir encore trouvé de raison de penser que le pape a eu foncièrement tort. Il aurait pu s’abstenir, lui aussi, mais je ne crois pas qu’il ait commis la moindre faute.
Je respecte l’avis de ceux qui pensent que son “bout de phrase”, comme vous dites justement, peut avoir des effets désastreux. Que le pape décourage des gens d’utiliser le préservatif alors que le risque de contamination est réel. Mais ces gens me semblent inspirés par une vision totalement irréaliste de la situation, y compris du poids de ce bout de phrase auprès des personnes concernées en Afrique.
Et puis, autant vous le dire, plus vous voulez me forcer à écrire ce que vous dites, moins j’ai envie de le faire. Je n’ai jamais voulu forcer qui que ce soit à changer d’opinion, et si mes arguments ne le convainquent pas, ce n’est pas mon problème. Ne pourriez-vous pas vous-même être un petit peu moins terroriste?
4 avril 2009 at 16:40
Chic alors, un choc des titans, ça me manquait depuis qu’Augustissime avait déserté Eolas ! Je pensais comme vous au départ Augustissime et puis à force d’en discuter, notamment sur les blogs, il m’est apparu quelque chose d’au moins aussi choquant que la sortie du Pape sur le préservatif aux yeux de certains, c’est la capacité que nous avons presque tous à prendre Benoît XVI pour un imbécile hors des réalités. Je salue au fond la liberté d’esprit que nous avons conquise au fil des siècles pour en arriver là, mais je me demande en même temps si cette perte de respect pour les élites ne nous mène pas à les sous estimer gravement. C’est cette idée qui transparaît en filigrane dans le billet de Philarête et je trouve qu’au stade où nous en sommes de la discussion, il serait peut-être utile que des gens plus savants que moi sur ce sujet nous rappellent qui est Benoît XVI. J’ignore tout de lui à ma grande honte, mais je me refuse à croire au portrait qu’on nous en dresse ces derniers temps.
4 avril 2009 at 18:34
C’est drôle, je suis en train de lire un livre sur “la pensée de Benoît XVI”, rédigé avant son élection, et qui donne en effet une image de lui assez éloignée des caricatures. Je pense même qu’un non chrétien pourrait en conclure à une sorte de “drame” de Joseph Ratzinger, arraché à la sphère pure de l’intelligence pour assumer des fonctions de plus en plus importantes au sein de l’institution par excellence, la plus ancienne en tous cas de notre civilisation actuelle. “Drame”, parce que le penseur se trouve soudain soumis à toutes sortes de contraintes qui n’ont rien à voir, a priori, avec celles du pur intellect. Ce qu’un théologien écrit dans son coin, pour être lu par quelques autres experts qui se comptent en quelques dizaines dans le monde, et qui peut être discuté de façon privée, sans incidence visible sur la vie sociale, n’a plus rien à voir avec ce qui arrive à la parole d’un pape, répercutée aussitôt à l’échelle de la planète. Mais Ratzinger ne parlerait sûrement pas de “drame”. Pour lui, d’abord, tout est “appel de Dieu”, et a donc le sens mystérieux d’une vocation. En outre, il a toujours conçu le travail de théologien comme un service de l’Eglise, qui possède déjà en lui-même ses propres contraintes, ou plutôt sa loi interne, qui n’est pas la même que pour n’importe quel intellectuel. L’élection comme pape a, manifestement, bouleversé ses plans personnels (de retraite studieuse), et de façon définitive. Je ne sais pas s’il y a beaucoup de “job” comme ça sur terre… Et pourtant, il semble y avoir vu une manière paradoxale de continuer la seule chose qui lui importe vraiment, celle de “servir” quelque part.
Curieusement, c’est encore le théologien qu’il est qui semble lui avoir donné la clé de son nouvel emploi: le rôle de “Pierre” est de rendre témoignage à la vérité (Ratzinger avait beaucoup écrit là-dessus, comme théologien). En grec, “témoignage” se dit “martyre”, et le pape le dit sans aucune connotation victimaire. Il prend seulement acte du fait que sa raison d’être désormais est de rendre visible, à son époque, ce qui est pour les chrétiens la vérité reçue de Dieu. Il pourrait presque dire, comme une petite paysanne du 19e siècle qui devait porter un tel message à des sceptiques: “Je ne suis pas chargée de vous le faire croire, je suis chargée de vous le dire”. (c’est une phrase de Bernardette Soubirous…). À la limite, et c’est ça le plus choquant, je crois, pour un homme d’aujourd’hui, ce n’est même pas une attitude de “dialogue”, encore moins de “communication”. Le théologien “dialogue”, le pape affirme. Et le pire, si je puis dire, c’est qu’il n’affirme même pas quelque chose qu’il a trouvé tout seul, qui pourrait valoir comme une expression de son génie… Il affirme un message qu’il peut juste se vanter d’avoir reçu en dépôt, avec pour mission exclusive de le transmettre intact à son successeur, en ayant consacré toutes ses énergies à le diffuser entre temps.
je conçois que cela puisse passer pour le comble de l’arrogance, ou du fanatisme, mais je crois que l’on peut aussi voir là autre chose, d’un peu terrifiant peut-être, d’écrasant pour celui qui a cette charge, mais aussi de terriblement nécessaire.
4 avril 2009 at 21:56
Diantre, poser une simple question relève du terrorisme, ce n’est pas rien. Et remettre en cause l’argument ontologique, c’est l’équivalent d’un génocide, je suppose ?
Il est tout de même frappant que quand on vous demande : “pensez-vous qu’il faille recommander le préservatif aux couples séro-discordants ?” vous fassiez un blocage, un peu comme le pape en quelque sorte. Vous rendez-vous compte que des vies sont en jeu ?
Bon, j’ai bien lu toutes vos explications : il faut regarder les cas particuliers, les gens sur place connaissent le terrain, il ne faut pas regarder tout ça avec nos yeux d’occidentaux. C’est sûr. Mais essayer de compliquer la question ne change pas fondamentalement les données du problème. Et notez que les spécialistes de la lutte contre le sida, et l’Onusida, n’ont pas été les derniers à réagir aux propos du pape.
Aliocha, je ne prends pas le pape pour un imbécile, c’est bien le problème. Le christianisme est très largement imprégné d’une conception qui ne tolère le sexe que dans le cadre du mariage, et encore, à des fins de procréation. Certains chrétiens prennent un peu de hauteur par rapport à ce dogme, le pape reste très près de la doctrine originelle. C’est une forme d’intégrisme et, comme tous les intégrismes, cela peut conduire, à un moment ou un autre, à mettre sa foi avant la vie terrestre d’autrui… ne serait-ce qu’en prétendant que le préservatif peut jouer un rôle négatif dans l’épidémie de sida.
4 avril 2009 at 22:35
QUOI! Vous remettez en cause l’argument ontologique, en plus???
Blague à part, je ne fais pas un blocage, je m’amuse simplement à vous refuser une satisfaction qui me semble dérisoire, parce que votre exigence est soit insultante (pour mon bon sens) soit ridicule. La phrase qui vous tient à cœur n’a pour moi aucune importance, parce que, sur ce blog, je ne prétends donner de conseil à personne. Que je l’écrive ici (cette phrase) ne sauvera hélas aucune vie, et que je refuse de l’écrire pour vous faire bisquer ne fera mourir personne. Il y a longtemps que j’ai perdu le goût de réfléchir à des questions du type “si vous savez qu’il y a une bombe dans un stade et que vous avez le terroriste sous la main, refuseriez-vous toujours l’usage de la torture?” ou encore “si vous saviez qu’une seule bombe atomique peut sauver 3 millions de vies humaines en en sacrifiant 10.000, etc.”
Ce sont des questions que j’appelle terroristes, parce qu’elles n’ont d’autre intérêt que d’acculer quelqu’un soit à renier ses principes, soit à passer pour un salopard. On en cause dans les salons (ou sur les blogs), bien au chaud, et ça ne change pas un poil à la vie, à la santé ou au bonheur des gens. Et celui qui pose ce genre de question peut bien en retirer une satisfaction intellectuelle ou la conviction d’être, lui, un type réaliste qui ne laisse pas aveugler par les principes quand des vies sont en jeu mais, en fait, il n’y a aucune vie en jeu.
J’ajoute — je ne suis pas énervé et, au cas où ça ne serait pas évident, je vous apprécie beaucoup — que vous ne connaissez rien de ma vie ni des situations auxquelles j’ai pu être confronté. J’ai déjà eu, comme tout le monde je suppose, ma dose de cas de conscience et de situations extrêmes. Et donc aussi quelques occasions assez bonnes de réfléchir aux principes, à la réalité, et à ce qu’on peut faire quand des vies sont menacées pour de vrai. Je ne doute pas une seconde de votre bon cœur et de votre bon sens, mais j’ai parfois l’impression, un peu pénible je l’avoue, que vous prenez vos interlocuteurs pour des monstres froids (froids et cons à la fois) qu’il faut absolument amener à confesser leur ignominie. Ça vous donne, parfois, un petit air d’inquisiteur, ne croyez-vous pas? Vous voulez tant que ça extirper le mal de moi (à défaut de pouvoir causer directement avec le pape de son problème avec le sexe)?
4 avril 2009 at 23:12
La différence entre “si vous savez qu’il y a une bombe dans un stade et que vous avez le terroriste sous la main, refuseriez-vous toujours l’usage de la torture?” et le problème du préservatif chez les couples séro-discordants, c’est que dans un cas on a affaire à un hypothèse d’école, sans grand intérêt et, dans l’autre, à un problème bien réel qui se pose tous les jours. Libre à vous de considérer comme terroristes les petits jeux intellectuels gratuits, mais il est très abusif de ranger dans cette catégorie des problèmes de santé publique majeurs (je rappelle que dans certains pays, 40% des contaminations se déroulent au sein de couples séro-discordants).
Bon, par ailleurs, je crois que votre clavier fourche quand vous écrivez qu’en fait “il n’y a aucune vie en jeu”. Il y en a beaucoup. Et vous vous trompez quand vous dites “Que je l’écrive ici (cette phrase) ne sauvera hélas aucune vie, et que je refuse de l’écrire pour vous faire bisquer ne fera mourir personne.” Comme celui du pape, votre silence sur ces questions et le discrédit lancé par petites touches sur le préservatif peuvent faire bien des dégâts. Les idées tuent plus sûrement que les armes.
Bon, pour finir, quand je lis “j’ai déjà eu, comme tout le monde je suppose, ma dose de cas de conscience et de situations extrêmes”, je suppose que vous plaisantez. Ce n’est pas une situation extrême d’être marié à un séro-positif et il est assez sidérant que cela se traduise par un cas de conscience pour certains chrétiens.
5 avril 2009 at 21:25
Une longue exégèse de la parole papale en introduction aux “quatre malheureux mots” contraires au bon sens et surtout à la réalité. J’attends la suite avec impatience.
En attendant je suis d’accord avec :
“La lutte contre l’épidémie passe par un changement des comportements sexuels”
L’utilisation systématique des capotes par exemple.
“l’importance de l’aide mutuelle, de la compassion, de la proximité avec ceux qui souffrent”
Et j’ajoute l’importance d’éviter que des nouveaux cas viennent grossir cette population.
“l’efficacité de l’action de l’Eglise dans le domaine de la lutte contre l’épidémie”
Ce qui rend intéressant que l’église propose l’utilisation des capotes pour faire mieux passer le message, comme c’est le cas de certains évêques portugais qui se montrent plus réalistes que BXVI.
Si vraiment BXVI a essayé “de faire connaître aux habitants des pays riches ces trois aspects essentiels d’une réalité qu’ils ignorent largement” c’est le pire communicant que je connais. Il ne lui reste plus qu’à corriger son message.
5 avril 2009 at 21:50
Merci!
Pour l’utilisation systématique des capotes, je propose le conditionnement chimique de tous les Africains, ou alors de poster un soldat de l’ONU à côté de chaque personne ayant des velléités de copulation.
“L’importance d’éviter que des nouveaux cas, etc.”, est un peu redondante avec la première option, mais soit.
Quant à l’efficacité des capotes pour faire mieux passer le message, ça ne marchera pas, les capotes ne laissent rien passer, il paraît, c’est même pour ça qu’on les recommande.
Je transmets la dernière recommandation aux autorités compétentes, car je ne crois pas compter le pape parmi mes lecteurs.
6 avril 2009 at 06:48
Il n’est pas question de fliquer les gens Philarête mais de leur faire comprendre l’intérêt d’aider (de s’aider aussi) à juguler une épidémie. Et il ne s’agit pas des Africains dont il est question mais de tout le monde, y compris des Africains, pas de discriminations SVP.
Ce ne sont pas les capotes qui pourraient mieux faire passer le message mais le clergé. Il y en a quelques uns qui ont eu l’intelligence pour qualifier de “moralement obligatoire” l’usage des capotes par les séropositifs [Mgr Porto Manuel Clemente] et pour signaler que l’interdiction de leur usage “revenait à consentir à la mort de nombreuses personnes” [Mgr Januario Torgal Ferreira].
La bibliographie sur ce que les capotes laissent (fluides) ou pas (virus, bactéries) passer est abondante et vieillotte maintenant. Les autorités [religieuses] compétentes semblent globalement ignares sur le sujet. Les autorités [médicales] compétentes semblent globalement au courant.
Une façon de transmettre le message au clergé est la Capote Pascale, glissée dans le tronc, ou dans le panier de la quête.
Avec votre volonté affichée pour transmettre la recommandation j’espère que vous participerez .
6 avril 2009 at 08:51
OK, pardonnez ma réaction un peu vive d’hier. Cela dit, malgré ma boutade idiote, je pense réellement que, si un usage “plus” systématique du préservatif est possible, le 100% idéal est impossible à obtenir, pour plein de raisons assez évidentes, je crois. Or, je soutiens que les autres mesures indispensables pour endiguer l’épidémie ont très, trop souvent, tardé à être mises en place, et que c’est en partie parce que la lutte a été axée au début uniquement sur le préservatif. L’évolution de la position de l’ONUsida sur ce point est très significative, je crois: il y a eu une prise de conscience tardive de la nécessité d’une réponse multiple.
Or, alors même que tout le monde somme le pape de retirer ses propos, je n’ai jamais lu ou entendu parler de reconnaissance publique des erreurs commises dans les années 90. Il y a des personnes qui, par une distribution massive de capotes, sans explication, sans pédagogie, avec une brutalité et une arrogance inouïes, ont été responsables de contaminations. Simplement parce qu’elles ont encouragé des relations sexuelles qui n’auraient pas eu lieu sans cela.
Je n’ai pas le goût d’instruire des procès, mais tant qu’à faire, j’aimerais bien que, de temps en temps, les promoteurs du préservatif de la première heure admettent qu’ils ont eux aussi commis des erreurs graves, avec des conséquences directes.
Dernier point: en ce qui me concerne, je ne suis pas du tout persuadé que le pape, lorsqu’il a dit sa fameuse phrase, pensait à ces études foireuses sur la porosité du latex. Rien dans ce qu’il dit ne laisse supposer cela, en tous cas.
6 avril 2009 at 09:46
@ Oldcola :
Cette histoire de distribution de capotes dans les églises est d’un ridicule achevé. Vous voudriez braquer tous les croyants que vous ne vous vous y prendriez pas autrement. Je vous rappelle quand même que la semaine sainte est l’une des plus importante de l’année pour les chrétiens, c’est un temps de silence et de recueillement, et le week-end pascal est un temps de joie immense. Vous allez heurter beaucoup de gens, c’est idiot et inutile.
Je vis en Afrique. Sachez que vu d’ici, la polémique occidentale ne génère que de l’incompréhension. Quant à la dsitribution de capotes, cela ne fait même pas rire, sachez-le. Personne n’est au courant de cette initiative. Et c’est tant mieux. Je pense que depuis le début, tout le monde se regarde bien le nombril en Europe.
Sachez que bien que catholique pratiquante, je n’ai aucun état d’âme à vanter l’utilité de la capote dans le cadre de la prévention. Mais comme Philarête et comme BXVI, je pense que ça ne suffit pas. Vous ne semblez pas vouloir sortir du discours “la capote, rien que la capote”. Et ne vous en déplaise, l’idée de changement de comportement sexuel trouve en Afrique un certain écho. Imposer la capote dans tous les cas est utopique : vous rebondissez sans arrêt sur les couples sérodiscordants, mais pas du tout sur les relations concomittantes. Si les gens ont plusieurs partenaires mais toujours les mêmes, il est évident qu’ils ne mettront pas toujours un préservatif. Il vaudrait donc sans doute mieux les convaincre de ne pas avoir autant de partenaires. ça me semble quand même assez évident, même si ça choque la très occidentale liberté sexuelle.
@ Philarête : j’ai lu vos très intéressantes informations sur la cas de l’Ouganda (programme ABC). Mais j’ai lu ici et là que c’était la distribution de préservatifs qui avait eu un rôle majeur dans la baisse de l’incidence VIH (E. Favereau dans Libé, et ailleurs aussi mais je ne sais plus où, Augustissime peut-être?). Alors finalement, qu’est-ce qui a été décisif?
Sur ce je vous laisse, c’est la semaine sainte, et je vais essayer de faire un peu le silence en moi-même et me mettre à l’écoute. Mais je garde le contact!
6 avril 2009 at 10:38
Salut,
Il ne s’agit pas d’obtenir un effet 100%, mais “au mieux”. BXVI a poussé vers “le pire”.
Les erreurs commise par le passé, discutée dans la littérature scientifique en tant qu’erreurs, n’ont pas été commises “en connaissance”. Je suis franchement désolé si les rectifications n’ont pas été reprises par la presse généraliste.
On sait mieux que dans les années ’90, le pape sait probablement (ou devrait savoir) mieux que André Tort qui nous a servi la “porosité” et il est en position d’être mieux entendu.
Il devrait faire attention.
Ou, s’il a juste commis une “bourde”, revenir dessus, comme il a été fait pour le cas “Williamson” avec une lettre aux évêques.
Dans la version anglophone de la Capote Pascale (Easter Condom) j’ai légèrement revu l’appel pour l’adresser en priorité aux catholiques qui aiment leur prochain et souhaitent le protéger; même au mépris des paroles papales.
6 avril 2009 at 11:35
Je crois que, dans votre réponse, la mention des couples sérodiscordants ne concerne pas Oldcola mais notre cher Augustissime. Merci, en tous cas, de votre intervention mesurée et instructive.
Sur le cas de l’Ouganda, le plus clair — et tous les spécialistes s’en plaignent — est que des études décisives manquent encore. Elles sont plus importantes sur ce sujet qu’ailleurs, car la baisse de la prévalence du VIH est parfaitement établie et documentée, mais les analyses divergent. Cela est dû en bonne partie à des problèmes politiques qui, hélas, n’ont que peu à voir avec le sida, et beaucoup avec les débats suscités par la politique US soutenue à l’époque par G. W. Bush. En gros, les Républicains voulaient financer uniquement des programmes “abstinence only”, tandis que les Démocrates prônaient des programmes “préservatifs d’abord”. Les chiffres ont été manipulés, en partie avec la complicité du gouvernement ougandais qui, de son côté, en profitait pour régler ses comptes avec l’ère coloniale et l’influence néfaste des mœurs occidentales sur la moralité des Ougandais. À quoi s’ajoute l’action propre des chrétiens évangéliques qui, en Afrique comme aux Etats-Unis, avaient commencé par décréter que le sida était un châtiment de Dieu (tandis que les Eglises catholiques et protestantes étaient déjà fortement engagées sur le terrain). Vous voyez le tableau: pas facile dans ce contexte d’y voir clair!
Pour ma part, donc, je ne crois pas avoir mentionné directement le programme “ABC” (il faudra quand même que je me relise!). J’ai évoqué l’Ouganda sans spécifier, par prudence. En effet, ce programme n’est pas le seul à avoir été mis en œuvre dans ce pays et Helen Epstein, dont j’ai parlé en revanche, attribue le succès de l’Ouganda au programme “zero grazing” (on pourrait traduire “pas de libre pâture”…), orienté vers la réduction des relations occasionnelles (recours à des prostituées, “casual sex”) et, dans le meilleur des cas, vers la limitation des relations stables concomitantes (c’est-à-dire au fond une forme assez traditionnelle de polygamie, mais qui contribue à répandre la maladie à cause des inévitables “recoupements” entre “réseaux”.
Il est par ailleurs évidemment très difficile de fournir une explication claire et définitive. Pratiquement, on fait des enquêtes sur des échantillons de population, mais les enquêteurs privilégient souvent les plus accessibles, donc les populations urbaines, qui n’ont pas forcément les mêmes attitudes que dans les villages. D’autre part, il n’est pas facile de recueillir des renseignements fiables (j’ai lu une enquête où un homme avouait ne pas mettre de préservatif avec sa femme parce qu’il ne voulait pas qu’elle le soupçonne d’avoir été infidèle — et c’est ainsi qu’il l’a contaminée, car de fait il avait trompé sa femme). Enfin, l’analyse même des résultats est complexe: comment savoir quel facteur a été décisif, alors qu’on n’est jamais dans une situation où c’est soit 100% préservatif, soit 100% abstinence et/ou fidélité, etc.?
Désolé d’être compliqué, mais je ne me sens pas capable d’être aussi affirmatif que d’autres, qu’ils soient dans un “camp” ou dans l’autre. C’est déjà bien si nous sommes quelques uns à mesurer la complexité du problème, et à ne pas nous satisfaire de slogans simplistes!
Bonne Semaine sainte!
6 avril 2009 at 11:49
Salut, et merci de poursuivre l’échange.
Je crois en effet que la vraie question est de savoir si le pape a “poussé vers le pire”, intentionnellement ou non. SI sa déclaration a pour effet de décourager des porteurs potentiels du VIH (ou leur partenaire) d’utiliser un préservatif, alors le pape a une responsabilité.
MAIS je ne suis pas personnellement convaincu que c’est le cas (sans quoi, figurez-vous, je ne passerai pas tout ce temps à réfléchir sur la question…). SI quelque chose pouvait avoir un tel effet, ce n’est pas le propos du pape, mais des titres qu’on a lu dans les journaux, du style: “Pour Benoît XVI, le préservatif est inefficace”. Ça, c’est un message dangereux. Mais ce n’est pas ça que le pape a dit.
Mon sentiment profond (je suis prêt à changer d’avis si on me convainc du contraire) est que certains ont été assez irresponsables pour donner cette version du propos du pape, pour le rendre un peu plus ridicule ou odieux encore aux yeux occidentaux. Et qu’ils ne se sont pas souciés une seconde de l’impact que cette version, largement diffusée, pouvait avoir par ailleurs. Ou plutôt, je ne dis pas qu’ils l’ont fait “pour” rendre le pape odieux, mais pour montrer simplement à quel point il l’était. On a bondi sur 4 mots sortis du contexte et on a brandi ces mots comme portant condamnation morale du pape. C’était, à mon avis, irrationnel et irresponsable.
La faute du pape, c’est peut-être seulement d’avoir prononcé une phrase qui pouvait se prêter à ce malentendu. Le reste du job, ce sont les autres qui l’ont fait, et qui ont créé le malentendu.
6 avril 2009 at 12:10
Je ne vais pas essayer de défendre la façon dont les médias abordent leurs sujets (ni le contenu de leurs papiers).
Le problème n’est pas là. Le problème est à la bouche d’un leader religieux (ou avant de leaders politiques, parce qu’il ne faut pas les oublier) une contrevérité épidémiologique. Qui n’a toujours pas été rectifiée !
Je ne sais pas combien de catholiques savent dans quelles circonstances l’infaillibilité d pape est engagée, j’en connais beaucoup qui pense que c’est en continu. Et qui prennent à la lettre que l’utilisation des capotes aggrave le problème (du SIDA).
Le Vatican a essayé de cacher la bourde en la noyant dans le contexte, je vois beaucoup de catholiques essayer d’en faire autant suivant différentes méthodes.
Ma première réaction a été “laissons le dire raconter ce qu’il veut”. Mais à la longue, en voyant des gens essayer de soutenir “coûte que coûte” son propos, soit par la noyade, soit par d’autres contrevérités, je m’y suis intéressé.
Ca ne serait pas plus simple de dire que sa faute est d’avoir prononcé une contrevérité qui en plus a été mal interprétée ?
6 avril 2009 at 12:44
Il ne s’agit pas de distribution de capotes Néophyte, mais de don de capotes en tant que don de Vie et/ou de Santé.
Parce que la semaine Sainte est importante pour les chrétiens et que la fréquentation des églises est particulièrement élevée c’est un bon moment, pour “toucher” aussi les croyants des grandes occasions.
Je ne doute pas qu’il y en a qui se sentiront heurtés mais j’espère qu’il y en aura aussi d’assez intelligents pour y réfléchir. Ce sont eux qui m’intéressent.
Pour déborder un peu sur “la capote, rien que la capote” :
La capote est une mesure d’urgence. Si ça vous convient de voir des nouveaux cas de contamination HIV, soit par relations sexuelles, soit par transmission maternelle, en attendant que les comportements sexuels changent et que l’IVG soit répandue c’est votre problème. Gérez ceci avec votre conscience et l’amour du prochain qui me semble caractériser votre religion.
Ma morale d’athée est dérangée par une telle attitude.
Une analyse neutre en termes d’options philosophiques ou religieuses dirige vers la gestion de l’urgence par les moyens les plus rapides et efficaces, à l’occurrence la capote, suivi par une gestion du problème à long terme.
Et franchement, si les gens veulent batifoler l’effort doit se faire pour leur donner les moyens, pas en essayant de leur imposer un mode de vie qui n’est pas le leur.
6 avril 2009 at 13:50
La capote est une mesure d’urgence? Je ne comprends pas très bien. Il faut continuer à en distribuer, je n’ai jamais dit le contraire. C’est quoi, l’urgence? En distribuer partout? En distribuer davantage? Vous dites “la capote est une mesure d’urgence” comme si on n’en distribuait pas déjà des millions. Bien sur qu’il faut continuer. Mais j’ai tendance à penser que l’urgence, justement, c’est de réfléchir à d’autres moyens de prévention, en particulier en Afrique, et à la façon de les mettre en œuvre.
Bien sur que ça ne me convient pas qu’il y ait tous les jours de nouveaux cas de contamination. Je ne vois pas très bien d’ailleurs ce que l’IVG vient faire là-dedans : ce qui permettra de lutter contre la transmission materno-foetale, c’est un large accès aux médicaments antirétroviraux. Que le pape appelle de ses voeux, d’ailleurs.
Je ne reproche à personne de distribuer des capotes. Vous dites “en attendant que les comportements sexuels changent”: ça ne va pas se faire tout seul. Il faut que les gouvernements agissent. Il ne s’agit pas de changer son fusil d’épaule mais de rajouter une corde à son arc.
C’est tout ce que je voulais dire. Il se peut que je ne sois pas claire, car je réponds un peu “à chaud”, je suis ouverte à tous les commentaires!
PS : à propos de “en essayant de leur imposer un mode de vie qui n’est pas le leur”, vous pensez aux gens en général ou aux Africains en particulier?
6 avril 2009 at 14:00
@ Oldcola
Désolée, mais je ne vois pas de contrevérité. On distribue des préservatifs depuis longtemps. Pourtant le problème du sida s’aggrave de façon dramatique. Je veux bien penser qu’on peut en distribuer davantage. Mais il faut tenir compte de l’état actuel de l’épidémie. Si vous aviez un fils de 18 ans et que vous sachiez que dans l’endroit où vous vivez, 50% de ses camarades sont porteurs du VIH, vous lui fileriez juste une boîte de capote avec votre bénédiction, pour qu’il puisse “batifoler”, comme vous dites, ou vous essayeriez d’avoir un discours autour de la responsabilité, voire même de l’amour, voire même de l’abstinence? Ce sont vraiment des gros mots, pour vous?
@ Philarête : je croyais avoir lu cette histoire de programme ABC dans un des liens que vous donniez sur l’Ouganda, mais je peux me tromper.
En tout cas tout cela m’intéresse beaucoup, car d’une part je travaille avec des enfants des rues et nous allons mettre en place un mini-programme de prévention, et d’autre part je vais également bientôt prêter main-forte à une structure de lutte contre le sida. Dans un cas comme dans l’autre, je parlerai évidemment du préservatif. Mais peut-être pas seulement…
6 avril 2009 at 14:08
Tout ça montre qu’il y a un gros problème, mais qui est chez nous et entre nous. Votre idée charmante de distribuer des capotes à Pâques part évidemment d’une bonne intention, mais elle illustre assez bien, à mon avis, le malentendu qui est derrière toute cette histoire.
Vous prenez le risque de heurter des chrétiens — c’est votre droit, et de toutes façons, à Pâques spécialement, vous avez de bonnes chances de trouver dans l’église beaucoup de gens qui n’y vont qu’à cette occasion, a priori pas ceux qui vont être les plus intéressés par votre initiative, vu qu’ils se sentent souvent peu concernés par ce que raconte le pape. Vous allez les énerver peut-être, mais surtout parce qu’ils en savent aussi long que vous sur la capote, qu’ils s’en servent régulièrement, et qu’ils aimeraient sans doute penser à autre chose pour une fois qu’ils vont à l’Eglise.
En attendant, vous réglez vos comptes avec le pape sans que cela ait la moindre incidence sur le problème de départ, qui est l’épidémie en Afrique (je ne fais pas de la discrimination, je reviens juste sur le sujet). Ça me rappelle, toutes proportions gardées, les manifestations anti-fascistes en France avant la deuxième guerre mondiale. On faisait comme si des manifs à la République allait régler le problème de Hitler, alors que l’urgence c’était de préparer l’armée. On a vu le résultat. Maladie française de confondre les débats intérieurs et les affaires du monde. On croit toujours que nos polémiques internes ont un enjeu international.
Tout ce que je veux dire, au fond, c’est que les chrétiens qui s’occupent du sida en Afrique, ils savent très bien ce qu’ils ont à faire. Y compris recommander l’usage du préservatif quand il le faut. N’ayez aucun doute qu’ils le font, et de façon plus efficace qu’en laissant des caisses de capotes au soleil pendant 3 jours, comme ça arrive régulièrement quand passent les gentils missionnaires blancs du préservatif. Tout comme, ici en France, les chrétiens qui s’occupent de prostituées en mettent à leur disposition dans leurs camions. Je suis toujours sidéré de constater qu’on puisse imaginer sérieusement un médecin ou un volontaire quelconque, sur le terrain, qui croirait avoir fait son boulot en prêchant l’abstinence. Faut-il vraiment qu’on prenne les catholiques pour des tarés, des demeurés mentaux ou des criminels? Est-ce que vous croyez vraiment qu’ils croient éviter la contamination en parlant de l’amour du prochain?
Plus je vous lis, au fond, plus j’ai l’impression d’un monde de caricature, avec d’un côté des fanatiques débiles et enfermés dans leurs convictions surannées, et de l’autre des gentils athées bien réalistes qui, eux, ont compris qu’on n’arrête pas un virus avec de l’eau bénite. C’est ce simplisme dans la bonne conscience qui me consterne.
6 avril 2009 at 14:13
Encore un petit commentaire au sujet de l’infaillibilité du Pape : je ne comprends pas pourquoi vous avez peur à ce point là que les gens prennent les paroles du Pape sur le préservatif pour parole d’évangile, si j’ose dire, alors qu’à l’évidence les principes qu’il prône ne sont pas unanimement respectés. Les gens n’obéiraient pas à “chasteté, abstinence, fidélité”, mais s’empresseraient de jeter à la poubelle la boite de capotes qu’ils viennent d’acheter, parce que le Pape, il a dit que c’était pas bien. Je trouve cela un peu insultant pour l’intelligence des gens. A ce sujet, le billet de François Miclo “Et délivre nous du mal” m’avait bien plu : http://www.causeur.fr/et-preserve-nous-du-mal,2135
Vous connaissez beaucoup de catholiques qui pensent que l’infaillibilité du Pape est continue, moi j’en connais beaucoup qui savent très bien faire la part des choses. Ils ont peut-être plus de principes moraux que d’autres, mais croire en Jésus ne les rend pas stupides.
6 avril 2009 at 14:45
@ Philarête au sujet de la bonne conscience simpliste : vous m’ôtez les mots de la bouche, rien à ajouter! En France je souffrais presque quotidiennement des idées reçues et propos caricaturaux au sujet des catholiques. En Afrique c’est très différent, l’athéisme est peu répandu, pratiquer une religion est chose courante et ne choque personne. Dieu fait partie du quotidien des gens, et je trouve que chez beaucoup de gens, la foi leur donne humilité et grandeur. Bref, je m’égare…
Bonne semaine à tous, et pour les participants à l’initiative “Capote de Pâques”, n’oubliez pas de nous raconter comment s’est passé votre dimanche de Pâques! N’empêche, cette initiative, ça doit être un coup du Vatican pour augmenter la fréquentation des églises! Le pape doit se dire que dans le tas, il y en aura bien un ou deux à être foudroyés par la foi, tel Saül sur le chemin de Damas, ou encore Claudel à ND de Paris…
Je rigole!
Allez bonne semaine à tous, sainte ou ordinaire!
6 avril 2009 at 17:36
Le problème de départ n’est pas l’épidémie du SIDA, le problème du départ est le propos de BXVI, ne changez pas le sujet à votre gré.
Je n’en doute pas qu’il y a des chrétiens, des chrétiens catholiques même, qui soient réalistes. C’est de leur part que j’attends une réaction comme celle de Lucerne, mais pas pour des questions d’organisation de l’église mais pour aider à enrayer une épidémie.
D’un côté les “fanatiques débiles et enfermés dans leurs convictions surannées” ? Vous voulez parler d’André Fort ? De ceux qui ont interprété la réaction contre le propos de BXVI comme une réaction de l’industrie des capotes ? Il y en a; ils sont nombreux.
Pour éviter le simplisme que j’attendais me voir attribuer (mais pour les choses simples il est bon de rester simple et éviter les longues exégèses) j’ai aussi parlé de ceux religieux qui ont une approche plus réaliste et j’ai pris des personnes du même grade ecclésiastique que Tort, Clemente et Ferreira.
J’ai même signalé que le problème n’est pas seulement celui des leaders religieux qui annoncent des contrevérités, mais aussi des hommes politiques. Pour éviter le simplisme religion/athéisme.
C’est vous qui me caricaturez, non ?
Une réaction à chaud est aisément pardonnable, tergiverser comme vous le faites je pense que non.
J’attends votre “deuxième volet” et j’en ferai le commentaire sur mon blog, vous laissant le soin de la caricature ici. Je vous rappelle mon offre de présenter les études épidémiologiques qui montreraient que l’usage du préservatif aggrave le problème du SIDA.
6 avril 2009 at 19:12
J’aimerais répondre maintenant pour faire un peu baisser la tension, mais je n’ai vraiment pas le temps. Mon idée n’étant pas que ce blog se transforme en champ de bataille, j’espère qu’on arrivera à se comprendre un peu mieux sans avoir besoin de se chamailler.
Mais là, je dois bosser grave, désolé. Ce sera pour un peu plus tard.
Amicalement.
7 avril 2009 at 13:25
Bonjour à tous
Pas de nouveaux commentaires. je pense que c’est plutôt bien, les esprits commençaient à s’échauffer, et cela fait assez rarement dire des choses intelligentes.
J’ai beaucoup réfléchi à toute cette histoire ces derniers jours, et je n’ai pas changé d’avis : les propos du Pape ont été déformés, et par ailleurs je ne pense pas que ce soit son rôle de vanter les mérites du préservatif. Beaucoup de gens le font déjà, dont c’est le rôle, justement.
Je ne pense pas, Oldcola, que les choses se passent comme vous le dites dans votre blog (ici : http://coffeeandsci.wordpress.com/2009/04/05/lavocat-le-pape-et-les-capotes/#more-2411). c’est vraiment faire bien peu de cas de l’intelligence des gens. Je pense aussi qu’il est assez illogique de penser que les gens vont s’empresser de ne pas utiliser de capote, parce que le curé dit que ça sert à rien, mais qu’ils vont avoir tout plein de partenaires et batifoler. Parce que ça, ce n’est pas vraiment l’attitude recommandée par les curés. Qu’est-ce qui vous fait croire que les croyants ne vont mettre les paroles du pape en application que lorsque cela met leur vie en danger? C’est complètement tiré par les cheveux.
J’ai l’impression que nous n’arriverons pas à nous mettre d’accord. Je suis persuadée que le préservatif est indispensable dans la lutte contre l’épidémie. Mais je crois que tout le monde devrait avoir assez d’intelligence pour constater que ça ne suffit pas, et qu’il faut trouver d’autres moyens de lutte – et les mettre en œuvre. Ce n’est pas en disant “en attendant que les comportements sexuels changent” qu’ils changeront. Cela passe par nous, par l’éducation que nous donnons à nos enfants, et en Afrique, cela passe par les gouvernements et la mise en place de programmes de prévention à grande échelle.
Il y a sans doute bien d’autres leviers à actionner. La lutte contre la misère me semble quelque chose de tout à fait essentiel, car vous pourrez distribuer tous les préservatifs que vous voulez, il y a des femmes dans le monde qui sont contraintes à des rapports non protégés pour survivre, parce que l’homme qui les entretient n’a pas envie de mettre une capote.
L’accès le plus large possible aux trithérapies est évidemment un point également essentiel, et là, si vous connaissez des moyens de lutte, de pression, des pétitions qui circulent, je veux bien les liens.
28 ans après le début de l’épidémie, l’urgence, ce n’est pas la capote, c’est de réfléchir.
Maintenant je vais arrêter avec tout ça, j’ai dit ce que je pensais, au calme, je ne pense pas revenir dessus, en tout cas pas avant dimanche. Bonne semaine à tous.
8 avril 2009 at 00:23
@ Oldocola
Ça ne serait plus simple de reconnaître que Benoit XVI n’a tout simplement pas dit ce que l’on n’arrête pas de lui faire dire ?
Voici le propos dans son intégralité :
«« Je dirais que l’on ne peut pas vaincre ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. S’il n’y a pas l’âme, si les Africains ne s’aident pas, on ne peut pas résoudre le fléau en distribuant des préservatifs : au contraire, cela risque d’augmenter le problème. »»
C’est très clair : S’il n’y pas (..), la distribution des préservatifs ne résout pas le problème. Au contraire elle l’augmente.
Cela ne veut pas dire : la distribution des préservatifs augmentent le problème.
Cela signifie juste que la simple distribution ne peut pas suffire et qu’au pire, en laissant croire qu’elle est suffisante, elle risque d’augmenter les actes irresponsables. Et pour le comprendre, il n’y a pas besoin de sortir de la cuisse de jupiter.
Dès lors, dans cette phrase, je ne vois pas où vous pouvez bien entendre Benoit XVI dire que le préservatif doit être absolument proscris dans toutes les situations.
Il dit clairement que sa distribution ne suffit pas, et que si on laisse croire qu’elle suffit, on augmente le problème. Dire que quelque chose ne suffit pas ne veut pas dire qu’on l’interdit.
J’ai l’impression de paraphraser de manière outrancière, mais que puis-je faire d’autre ? La phrase est d’une simplicité et d’une clarté qui m’oblige à ne pouvoir que la répéter.
Et puis cela ne vous étonne donc pas que les Africains eux-mêmes, pourtant directement concernés par ce sujet, trouvent cette polémique absurde et ridicule ? À moins, bien sûr, que vous considériez qu’ils sont incapables de savoir et de choisir ce qui est bon pour eux, de décider de leur manière de construire leur avenir. Mais je ne pense vraiment pas que vous ayez de telles pensées. Aussi, veuillez ouvrir les yeux, et mettez votre orgueil de côté et reconnaissez que si ce voyage papale fut un tel “succès” c’est bien parce que le pape a su toucher le cœur et l’esprit de ses auditeurs. Libre à vous de prendre ses auditeurs pour des imbéciles ou non, mais au final c’est à eux que reviens le droit et le devoir de décider de leur avenir. Pas à vous.
Pour finir, il serait également appréciable que vous vous interrogiez sérieusement sur le sens à accorder à une polémique fondée sur une phrase tronquée et sortie du contexte. Une phrase qui représente 1/40 d’une interview accordée aux journaux occidentaux au sujet d’un voyage de plusieurs jours (avec la masse de discours, d’actes et de gestes qu’il suppose) en Afrique.
Si les journaux qui ont lancés et nourrie la polémique étaient quelque peu sérieux dans cette affaire, le minimum aurait été de parler du voyage qui fut l’occasion de cette interview.
Rien que cela devrait suffire à jeter un regard suspicieux sur cette affreuse polémique.
11 avril 2009 at 09:00
[...] Je me suis intéressé à la façon de faire de Philarête, qui en deux long posts, d’environ 2600 et 3790 n’arrive pas à se prononcer clairement (vrai ou faux), ni de donner les références [...]