Ce blog n’a que trois mois, à peine, mais si je dois faire un petit bilan de l’expérience à ce jour, ce sera pour dire que je suis très honoré et admiratif de la qualité des commentaires que suscitent mes pauvres billets. Je n’ai jamais eu, pour l’instant, à user de mon pouvoir de modérateur : tous les commentaires proposés ont pu être publiés, sans qu’aucune censure ait été nécessaire. Je me suis contenté parfois d’une modeste intervention pour corriger une faute de frappe (hélas, il n’existe pas pour l’instant de moyen simple, sur la plateforme que j’utilise, pour donner aux visiteurs la faculté d’éditer leurs propres commentaires – mais il est toujours possible de m’écrire pour suggérer une modification, y compris en envoyant un mail à philarete36 [chez] yahoo.fr).
Ce qui m’attriste parfois est de songer que tel ou tel commentaire de grande qualité risque de passer inaperçu de ceux qui ne sont pas déjà impliqués dans la discussion et suivent par conséquent le « fil ». En espérant de froisser personne, ni dans son amour-propre ni dans sa modestie, je me permets d’attirer ici l’attention sur certains des enrichissements substantiels apportés par divers commentateurs aux discussions en cours, sur la torture d’une part, le libéralisme d’autre part.. C’est pour moi un grand plaisir de faire ainsi remonter à la surface quelques pépites que leur densité même dirige trop souvent tout en bas des pages de discussion…
Torture et guerres insurrectionnelles
La discussion va bon train, animée notamment par Polydamas, très à l’aise comme souvent dans son rôle de contestataire des évidences confortables de la bonne conscience, par Physdémon et Tschok qui lui tiennent la dragée haute.
« À tout seigneur… », cependant, je commence en saluant la récente visite de François Duran, qui tient le blog Théâtre des Opérations, et qui n’est pas venu les mains vides. Il nous signale deux articles, ou série d’articles, qu’il a lui-même publiés sur son blog, à propos de deux auteurs importants dans le domaine de la réflexion sur la guerre insurrectionnelle :
Roger Trinquier, auteur de La Guerre moderne, écrit dans le contexte des guerres coloniales (Indochine et Algérie). L’ouvrage est analysé et commenté avec profondeur. Je cite un passage fort éclairant, à mes yeux, d’un des articles de Duran :
Car la guerre moderne, c’est la guerre pour la conscience, pour l’esprit de l’homme, non plus collectivement parlant, comme population, mais individuellement, personnellement sommé de prendre parti en tant qu’être humain, combattant ou non, volontaire ou pas. La guerre moderne oblige chacun et chacune à s’impliquer dans la guerre comme un acteur et plus comme un simple spectateur. C’est sans doute en ce sens que le concept a repoussé encore un peu plus les limites de la guerre dans l’activité, dans la pensée de l’homme.
L’autre auteur capital étudié est David Galula, auteur de Contre-Insurrection, Théorie et pratique. Galula, lieutenant-colonel en Algérie, tardivement connu en France (son livre n’a été publié que récemment chez Economica – ce qui est très souvent un gage de qualité et… de prix élevé !) mais très étudié aux États-Unis, où Galula s’était « exilé ». Son livre est un véritable « manuel » de la guerre contre-insurrectionnelle – vocable qui s’est imposé aux États-Unis (counterinsurgency) pour désigner ce qui est appelé assez couramment chez nous la guerre contre-révolutionnaire. Il est assez fascinant de mettre en parallèle le résumé du livre proposé par François Duran et les étapes successives des opérations de la Coalition en Irak, par exemple.
Ces lectures m’inspirent deux remarques qui pourraient être développées ultérieurement. La première est que ces auteurs, marqués l’un et l’autre par la guerre d’Algérie et la manière dont elle a été perçue et analysée sur le moment dans les milieux militaires, mettent l’accent sur l’aspect politique du conflit – le contexte étant pour eux, pour le dire simplement, la lutte de l’Occident et du monde communiste. On peut estimer qu’ils sous-estiment dramatiquement la dimension religieuse des « événements » d’Algérie, c’est-à-dire le rôle mobilisateur joué par l’islam pour l’adhésion des populations à la cause du F.L.N.
Lorsqu’on revoit aujourd’hui le fameux film très engagé, très politique, justement, de G. Pontecorvo, La Bataille d’Alger (1966), on est frappé du décalage entre le discours tenu par le film, qui se veut d’une stricte orthodoxie marxiste, et ce que montrent les images elles-mêmes – des foules qui défilent en brandissant les drapeaux verts de l’islam, des scènes de prière, etc. On peut se demander si la guerre d’Algérie n’a pas été au moins autant le prélude de la montée de l’islamisme que l’un des derniers actes des guerres de libération inspirées par l’idée révolutionnaire marxiste. Et ce, à l’insu même, peut-être, des intellectuels et leaders des mouvements de libération.
L’autre réflexion, suggérée cette fois par le débat autour des positions défendues par Polydamas, est finalement assez banale : il y a plus qu’une analogie entre un positionnement libéral (d’aucuns diraient : « ultralibéral ») en économie, et l’idée qu’à la guerre, la fin justifie à peu près tous les moyens. Cela apparaît aussi bien dans la discussion sur la torture que dans celle, engagée plus tôt sur ce blog, autour de l’utilisation de l’arme nucléaire. L’idée commune serait que l’économie comme la guerre sont des sphères de l’activité humaine qui sont régies par leurs lois propres, et que la moralité proprement dite appartient à une autre sphère, qui a elle aussi ses propres lois, mais qu’il serait intellectuellement et pratiquement dommageable de confondre ces sphères.
Pour un apport théologique de haute volée sur la question de la torture, je signale ce commentaire de Physdémon. Merci aussi, et encore, à Polydamas et Tschok, dont les arguments méritent vraiment d’être lus, autour de l’argument classique de la « bombe à retardement ».
Dans un ordre d’idée voisin, François Duran, dans le commentaire déjà loué, signale ce résumé passionnant du livre du P. Peninou, un aumônier militaire en Algérie, qui a rédigé à l’intention de ses ouailles, qui étaient aussi des soldats, une réflexion de haute volée sur les dangers de la guerre et le problème de la torture.
Crise économique et critique du libéralisme
Sous le billet consacré à la conciliation difficile du libéralisme économique et du conservatisme moral, où se déroule encore un échange fort intéressant, WebOL (rien à voir avec l’Olympique Lyonnais, mais par les temps qui courent c’est plutôt mieux…) attire l’attention sur deux article d’Amartya Sen (prix Nobel d’Économie). Je n’ai pas encore eu le temps de lire ces articles, mais à les survoler il est clair qu’ils promettent d’être très éclairants.
Le temps manque pour remercier Aliocha, Polydamas et Physdémon de leurs contributions à ce débat. Je me promets d’y revenir plus longuement, tant la question du libéralisme, de sa genèse et de ses présupposés philosophiques est aujourd’hui d’une actualité brûlante.
30 avril 2009 at 15:07
Vous me faites trop d’honneur… :)
Mais si les discussions ont ce niveau, c’est bien parce que le blog est d’une qualité rare, dès le début. Il faut de la bonne matière première pour de bons échanges.
30 avril 2009 at 15:44
Et de la goyave!
30 avril 2009 at 15:52
Faudra quand même penser à m’expliquer cette histoire de jus de goyave. Tant que ça se passe chez Aliocha, je supporte d’être hors du coup, mais maintenant que c’est mon blog qui se transforme en bistrot, je tiens à être mis au parfum (aux fruits exotiques)…
30 avril 2009 at 19:05
J’aime beaucoup les compliments, surtout quand ils viennent de Philarète. Aïe, je sens mes chevilles qui enflent!…
Merci à Polydams, Tschok, Gwinfrid et Aliocha! Cela fait du bien de discuter avec des interlocuteurs francs et loyaux…comme des placages de rugby! Prenez cela comme un compliment de ma part!
30 avril 2009 at 19:17
Bah, je veux bien renoncer au prix Albert Londres et au Pulitzer si je suis récompensée par le prix Philarête ;) Entre nous justement cher Philarête,, je ne sais pas ce qui leur a pris avec ces histoires de goyave, je n’y ai rien compris, mais quelque chose me dit que l’explication n’est pas dans le fruit. Physdémon, prenez garde à Tschok, il est facétieux et place des goyaves partout dont nul ne saisit le sens, sauf étrangement ceux qui jouent à la bataille navale. Quant à la discussion franche et loyale comme un placage de rugby, ah! mon cher, quel plaisir rare en effet !
30 avril 2009 at 22:50
@Aliocha
Pas grave pour les facéties de Tschok, Aliocha. Je suis bonne poire à défaut d’être goyave.
@ maître des lieux:
Il y a juste un truc qui me chagrine. Quel accent faut-il mettre sur Philarete. Le grave ou le circonflexe?
1 mai 2009 at 04:00
Il suffit de lire quelques paragraphes sur ce blog pour voir qu’il ambitionne de mener des réflexions approfondies, sur des sujets pas faciles. Donc, tout naturellement, il attire des commentateurs qui sont dans le même état d’esprit, et il les incite à creuser les sujets traités. Merci beaucoup à tous, à commencer par Philarête !
(L’inconvénient, c’est que je vais finir par manquer de temps pour tout lire, et plus encore pour répondre).
1 mai 2009 at 08:28
@ Philarête,
La goyave: au début c’était une private joke entre Fantômette et moi. A propos d’un internaute à qui Fantômette et, de mémoire Dadouche, tentaient chez Eolas de faire comprendre leur point de vue, mais en vain, j’avais fait remarqué à Fantômette que leurs efforts avaient le même effet qu’une goyave mure projetée à grande vitesse contre le blindage d’un T 72.
Et, à une autre reprise, toujours chez Eolas, à propos d’un autre internaute, j’ai repris la même image en l’appliquant au blindage du bismarck, histoire de changer.
A partir de là, avec d’autres internautes facétieux, on a commencé à délirer chez Aliocha (et aussi chez Eolas).
Bon, voilà, je crois que vous avez saisi l’image. Ca décrit la capacité d’un interlocuteur à accepter la parole d’autrui (non pas pour s’y soumettre, mais pour la discuter sérieusement).
Prendre un jus de goyave est, en somme, le constat que les arguments qu’on met en oeuvre ricochent sur la carapace, sans même atteindre le cerveau.
1 mai 2009 at 08:32
@ Physdémon,
Mais je vous en prie, c’est un plaisir. et je vous lis également avec intérêt, ainsi que Gwyndfrid, qui expose mieux que moi et avec plus de sérieux des idées que je peine à articuler.
1 mai 2009 at 09:01
@ Philarête,
Je souhaiterais juste faire une remarque de vocabulaire, à propos de ce post.
Personnellement je distingue le libéralisme, qui est un courant philosophique, qui s’est constitué en une doctrine (qu’on ne peut pas vraiment qualifier d’idéologie) à travers une analyse de nature, donc, philosophique, qui s’est appliquée à la sphère politique, social et économique notamment.
Sous cette angle, le libéralisme est l’un des piliers de la société française actuelle.
A côté de cela il y a le néo libéralisme, qui est une doctrine essentiellement économique et qui s’est développée en gros de l’entre deux guerres jusqu’à l’école de Chicago. Cette doctrine est une idéologie dans la mesure où elle repose sur des dogmes et qu’elle forme un corpus cohérent, avec des penseurs et des gouvernants qui la mette en application.
A coté de cela encore il y a l’ultra libéralisme, qui n’est pas une doctrine, mais un ensemble d’idées vagues et surtout de comportements économiques qui reposent essentiellement sur une volonté.
L’ultra libéralisme est un volontarisme, si j’ose dire. C’est la volonté de s’enrichir, de profiter de la vie totalement et immédiatement, sans souci pour les conséquence, c’est la volonté de mettre en avant l’ego hypertrophié de l’individu, en tant que vainqueur d’une épreuve qui est le "struggle for life", le combat pour la vie.
En gros, c’est "moi, ma gueule, ma gueule et moi et après moi le déluge".
Dans le discours de gauche, très prégnant dans la société française, particulièrement dans les sphères intellectuelles, on ne distingue pas ces trois formes, très différentes, du "libéralisme", alors qu’elle n’ont rien à voir.
Cette assimilation des différentes formes du libéralisme a des causes historiques: c’est une méthode de la lutte idéologique employée par les marxistes pour "diaboliser" le libéralisme. Dans l’entre deux guerres, la même méthode avait été employée, mais par assimilation au fascisme.
Je me permets de rétablir la distinction entre les formes de "libéralismes" car, à l’époque, l’assimilation faite par les marxiste a finalement contribué à une grande confusion des idées, qui s’est révélée très favorable au nazisme,c’est à dire aux extrêmes.
Or, on est un peu dans le même contexte aujourd’hui avec de nouveaux extrêmes, de nouveaux fanatismes et, en dépit de l’effort louable de certains hommes de gauche, qui se sont proclamés libéraux au grand dam des militants, la gauche dans son ensemble n’a toujours pas renoncé à l’assimilation du libéralisme en tant que philosophie politique, économique et sociale, et ses deux lointains cousins: le néo libéralisme anglo saxon et l’ultra libéralisme des hommes d’affaires.
Je pense que c’est un tort de maintenir cette assimilation car elle fait le jeu des fanatismes.
1 mai 2009 at 09:10
J’aurais dû mieux lire. Apparemment c’est le circonflexe.
Mais j’aurais cru que l’accent grave correspondait mieux à l’étymologie.
Ou plutôt je devine un jeu de mot entre:
-arètê : la vertu, l’excellence, en grec (qui appelle l’accent grave);
-arête: l’os du poisson qui nous gratte la gorge, et nous empêche d’avaler la nourriture que nous avalons sans attention;
-arête : la frontière commune de deux faces d’un polylyèdre, qui permet de se tenir à la limite des deux faces que l’on peut voir d’ailleurs sous deux angles différents.
-arête : la ligne de crête de la montagne, qui permet d se tenir au plus prêt du ciel;
-arrête: l’impératif du verbe s’arrêter.
Bref, Philarête: tu aimes les vertus morales telles que les voyaient les grecs, c’est-à-dire non la triste vertu moralisatrice des Victoriens, mais ces qualités d’âme, louées par les grecs, qui inclinent à la bienveillance, à l’humanité et à la joie.
Tu aimes nous empêcher d’avaler toute la mauvaise nourriture intellectuelle qui circule sur la toile;
Tu te tiens à la limite de plusieurs plans contradictoires pour essayer de concilier des vérités partielles provenant d points de vue différents: tu aimes mettre les choses "en perspective".
Tu aimes aller vers le sommet pour te rapprocher du ciel.
Tu aimes que l’on s’arrête pour réfléchir à des sujets que le flot de l’actualité risquerait d’emporter trop vite au loin.
Bon pseudo, vraiment. J’aurais dû prêter plus d’attention à ce petit accent…
1 mai 2009 at 09:36
D’accord avec vous Tschok pour distinguer diverses variétés de libéralismes. On peut affiner, mais votre esquisse débute bien.
Ne pas oublier non plus que le libéralisme avant d’être une doctrine économique était un courant de pensée politique: cf. John Locke, Spinoza, Montesquieu…
On peut donc être économiquement libéral sans être politiquement libéral (cf. tout un courant de pensée qui va de Hobbes à Pinochet, voir la Nomenklatura chinoise actuelle; peut-être aussi notre ami Polydamas, que je salue bien).
Et vice-versa, on peut être libéral politiquement sans l’être économiquement (voir tout les sociaux- démocrates depuis Bernstein, Kautsky et les partis politiques "socialistes" hostiles à la Troisième Internationale (la SFIO, puis le PS en France).
De nos jours, à vrai dire, tous les partis politiques susceptibles de remporter des élections sont "libéraux" au sens politique du terme, puisque tous reconnaissent le lieu commun suivant:
"la liberté est le droit de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui" (Déclaration des droits de l’homme du 26 août 1789, art.4).
Philosophiquement, il est très intéressant de discuter cette définition, qui ne va pas de soi, car elle permet de mieux comprendre la nature profonde de notre civilisation ("une civilisation est faite de préjugés" dixit Chesterton). Passons.
Par ailleurs, comme vous l’avez bien montré, il existe de nos jours plusieurs degrés dans le libéralisme économique, que seule l’extrême gauche et la gauche extrême rejettent purement et simplement. En fait la plupart des "socialistes" de gouvernement sont de nos jours des libéraux au sens large du terme.
Voilà pourquoi quand la gauche modérée critique "le libéralisme" , elle n’en critique qu’une espèce extrême, de manière à dissimuler à la gauche extrême qu’elle adhère depuis longtemps aux formes modérées du libéralisme économique. Mais personne n’est vraiment dupe de cette rhétorique, au moins depuis que Mitterrand, en 1988, s’est fait réélire sur le programme "ni…ni…" et en pratiquant l’ouverture.
Mais il faut encore travailler sur la caractérisation des idéologies politiques qui mêlent parfois dans le lit d’un même fleuve des flux hétérogènes.
1 mai 2009 at 10:24
Alors voilà!
Je viens lire régulièrement ce blog dont les sujets m’intéressent (je me dis que je vais devenir plus intelligente de cette façon)
Je ne lis pas tout, d’abord parce que c’est long et les billets renvoient à d’autres liens, et …ouf pas toujours le temps. Dommage pour mon intelligence, mais bon…
Les commentaires aussi sont intéressants oh! combien! Mais parfois si longs que… bon, pas le temps. Et c’est dommage! (et c’est dit sans ironie, hein!)
Je constate (pardon si je me trompe) il n’y a ici que des philosophes intelligents au MASCULIN
Ah non! il y a Aliocha chez qui je n’ose aller (pas trop le temps non plus)
Je me demande comment vous faites tous
1) pour publier des billets longs et si bien documentés
2) pour lire attentivement, comprendre et commenter de manière intelligente, ces billets intelligents
3) restez-vous tous dans votre sphère de philosophes et de penseurs, ou allez-vous tâter l’atmosphère ailleurs, là où grouille la vie au quotidien très très banal (chez moi par exemple…
Il m’arrive de sourire en vous lisant tous (gentiment hein! je suis une très gentille, je ne mords pas promis!) je souris parce que je lis des choses sérieuses (même si intéressantes…)
Comme quoi les grands esprits se rencontrent.
En tous cas, bravo pour ce blog qui n’a que trois mois!
Il faudra voir ce que cela donnera sur la durée (presque 5 ans en ce qui me concerne, et beaucoup de passage, soyons modestes, mais disons les choses comme elles sont)
A tout hasard, un éditeur m’a contactée il y a deux ans pour que je raconte cette aventure du blog au quotidien, avec ses aléas, ses richesses, ses dessous de table et tout le reste. C’est chose faite, le livre est belge (tout comme moi, désolée…)mais néanmoins intéressant (c’est ce qu’on en dit, et je partage cet avis!)
Bon premier mai, n’oubliez pas de donner un brin de muguet à votre épouse…ce petit geste pour l’amour tout simplement…
1 mai 2009 at 10:47
Bien qu’ayant beaucoup de retard sur la discussion (et j’ai bien du mal à tout rattraper), je vais essayer de me raccrocher au dernier wagon…
Tout cela est vraiment passionnant.
Je partage entièrement l’avis de Physdémon, et il me semble aussi que Philarète, dans un précédent billet (celui sur Vaneste), avait parlé de différentes formes de libéralisme (ou du moins, de différents champs d’application).
Plus encore que la distinction libéralisme politique/libéralisme économique, on pourrait parler de théorie libérale du droit (il doit exister des droits individuels fondamentaux qui ne peuvent jamais être remis en cause au nom du bien commun, par exemple) ou de théorie libérale des moeurs (est-ce que celles-ci doivent être encadrées ou pas?).
C’est sans doute lié à une forme de libéralisme politique, mais chacun de ces champs d’application d’une théorie libérale ne se réduit pas à l’autre.
J’ai hâte de lire la suite des discussions, en espérant trouver le temps pour cela.
1 mai 2009 at 11:13
Bonjour, Coumarine.
Pour ma part, si j’ai eu du temps pour intervenir sur ce blog, c’est uniquement parce que mes élèves sont en train de passer leurs écrits de concours. Mais ils vont bientôt revenir passer leurs oraux, puis les programmes de l’an prochain vont tomber à leur tour. Ce qui fait que j’aurai à nouveau un gros travail de préparation cet été.
Donc je suis en période creuse.
J’en profite pour rendre visite à Philarête qui est un ami de bientôt vingt ans, avec qui j’apprends toujours plein de choses très, très utiles dans ma profession! Mais je serai bientôt beaucoup moins interventionniste.
D’autre part, je suis heureux de voir une belge parmi vous. J’ai des ancêtres qui étaient d’Anvers. Vive "le petit pays à la grande âme" comme disait Bergson!
1 mai 2009 at 11:21
Merci pour l’explication, c’est très savoureux!
Et intéressant aussi, d’observer comment une expression peut apparaître et se codifier, se répandre (pour l’instant, à petite échelle, mais qui sait?)…
Espérons qu’ici, le jus de goyave ne coulera pas à flots…
1 mai 2009 at 11:25
oups monsieur Physdémon, pas de reproche dans mon comm…juste une interrogation…
Et peut-être le désir de me sentir acceptée ici dans mes petites paroles inutiles.
Je suis venue ici à propos du billet que le patron de ce blog a écrit sur l’intervention du pape, et qui m’avait TRES fort intéressée…
Bonne journée à vous
1 mai 2009 at 11:29
Oui, merci pour ces distinctions, évidemment nécessaires. Sur le détail, on pourrait finasser encore, mais l’essentiel est dit.
Je concède que l’expression «ultra libéralisme» est surtout polémique, et qu’elle n’a d’autre effet, en général, que de masquer les véritables enjeux d’une discussion.
Pour le «néo-libéralisme», je vous suis également, à cette nuance près qu’il me semble pertinent de distinguer aujourd’hui une nouvelle variante de ce «néo-libéralisme» déjà classique qui est bien représenté par l’école de Chicago. Ce «néo-néo-libéralisme», si l’on veut, tient compte de la «financiarisation» sans précédent de l’économie, c’est une doctrine, ou du moins un faisceau d’idées, qui emprunte au libéralisme classique mais qui en reformule certaines thèses pour tenir compte des nouvelles caractéristiques de l’économie.
1 mai 2009 at 11:35
Je suis très loin d’avoir pensé à tout ça, mais ton exégèse me plaît bien!
Je suppose en effet que l’orthographe «Philarète» serait plus logique, mais le circonflexe possède un charme particulier, ce petit toit protecteur et gentiment désuet, qui peut évoquer aussi un chapeau chinois et, pourquoi pas?, suggérer subliminalement tous les sens que tu as discernés, me convient décidément.
Et puis, quand j’en ferai vraiment trop, on pourra toujours me lancer «Philarête ton char!»…
1 mai 2009 at 11:43
Il est impossible, savez-vous, de douter que vous soyez gentille…
Vous avez bien raison de vous moquer — gentiment, donc — de notre sérieux parfois trop imperturbable. Je crois malgré tout que la plupart d’entre nous (je ne veux pas généraliser à outrance) avons largement l’occasion aussi de tâter de la vraie vie, que ce soit pour faire vivre une famille, se confronter à des élèves plus ou moins dociles, ou planter des clous… Mais peut-être ressentons-nous aussi le besoin de vivre un peu dans la sphère de l’esprit, qui est sacrifiée plus souvent qu’à son tour au nom des impératifs du quotidien…
Je n’ai pas de réponse quant à la relative majorité de philosophes masculins. Ce n’est peut-être qu’un hasard statistique. Je penserai spécialement à vous lorsque je ferai les billets que je prévois sur quelques grandes figures féminines de la pensée.
1 mai 2009 at 13:31
merci d’avoir compris mon second degré/ j’avais envie de taquiner les philosophes ce matin ;-))))
je relève ceci:
"Mais peut-être ressentons-nous aussi le besoin de vivre un peu dans la sphère de l’esprit, qui est sacrifiée plus souvent qu’à son tour au nom des impératifs du quotidien…"
Pour moi, qui suis une "littéraire", j’ai le même besoin de me retrouver entre "pairs"
A propos de votre dernière phrase, je serai curieuse de vous lire concernant les grandes figures de la pensée féminine…pardon, les grandes figures féminines de la pensée, comme vous l’avez écrit! (étonnant comme le déplacement d’un adjectif peut fausser le sens d’une phrase…)
1 mai 2009 at 13:56
Coumarine, vous oubliez la contribution de Fantômette. Mais je dois reconnaître que vous avez raison quand même pour ce qui est de la majorité masculine dans ces pages. Je n’ai pas d’explication.
En réponse à vos questions: pour ma part, de même que Physdémon, je suis en période creuse et j’en profite, d’autant plus que c’est tout à fait exceptionnel.
Pour ce qui est de la longueur et du sérieux des commentaires, je dirais que j’aimerais bien pouvoir dire les mêmes choses avec plus de concision… mais je ne sais pas faire. Même chose pour ce qui est du sérieux: faire dans l’humoristique exige plus d’effort et plus de talent que je n’en ai à disposition.
Pour finir, côté "vie réelle", j’ai ce qu’il faut aussi. En fait, le temps passé à commenter ici, c’est aussi une parenthèse par rapport à ça.
Bon premier mai à vous aussi. Le muguet n’est pas de tradition ici, c’est le genre de détail qui finit par s’oublier quand on est loin de la France. Merci donc pour le rappel !
1 mai 2009 at 13:58
Merci beaucoup pour le compliment, que je vous réciproque sans hésitation.
1 mai 2009 at 14:24
Quelques mots pour couper le fil de la discussion – veuillez m’en excuser – afin de revenir au papier premier…
Je suis un peu chiffonné de voir transformés Trinquier et Gallula en penseurs. Sortant de la prose du second, je peux affirmer qu’il fait la preuve que l’armée française n’était pas du tout ‘en dehors du coup’ pendant les ‘événements’ d’Algérie. Il s’agit d’un homme intelligent et respectable. Bien.
Ses propos, transformés en paroles d’Evangile non contextualisés, témoignent un demi-siècle plus tard de la pauvreté MAGISTRALE de la pensée militaire occidentale. Il n’y a donc rien d’autre à se mettre sous la dent ?!! Je me trouve au coeur du problème, constatant que le ‘manuel de contre-insurrection’ a été transformé en livre de chevet à Coëtquidan ou au Collège Interarmées de Défense… Comme si on prêtait une grenade dégoupillée à des enfants.
1 mai 2009 at 17:17
Mais chère Coumarine, je ne le prenais pas comme un reproche!
Simplement, je voulais profiter de l’occasion pour rassurer ceux qui s’imaginent que les profs n’ont rien à faire de l’année.
1 mai 2009 at 17:23
Si j’avais su qu’on risquait d’être soupçonnés de manquer à la parité, j’aurais pris un pseudonyme féminin…
Ce n’est pas parce qu’on a des idées qu’on n’a pas de fantasmes!
1 mai 2009 at 17:51
Il me semble quand même que dans l’expression "ultra-libéralisme", il y a l’idée d’un libéralisme que des institutions internationales imposent aux autorités politiques.
Le libéralisme de nos jours en France ou ailleurs n’est plus l’objet d’un choix fait par les peuples d’adopter tel ou tel modèle économique: il s’impose de l’extérieur comme une nécessité inéluctable, en particulier par le biais de traités internationaux qui prévalent sur la législation des Etats (cf l’Union européenne depuis Maastricht, où les parlements doivent de plus en plus se contente d’entériner des directives européennes comme s’ils étaient de simples chambres d’enregistrement).
En ce sens je comprends dans "ultralibéralisme", un libéralisme imposé d’au delà de nos frontières, comme il y avait autrefois dans l’Eglise un ultra-montanisme (les Eglises locales n’ayant aucune initiatives propres, les évêques étant vus comme de simples préfets du pape etc.)
Cela permet de voir entre le libéralisme classique d’avant 1992 et l’ultra-libéralisme d’aujourd’hui une différence de nature et non de degré. Ce n’est plus le politique qui organise le marché, c’est le marché qui impose sa loi au politique.
Nous avons une économie de marché non parce que nous l’avons choisie, mais parce qu’elle s’impose à nous. Voilà en quoi consiste en pratique l’ultra-libéralisme: le politique se trouve dépossédé du droit de choisir son mode d’existence économique.
Cela dit, je reconnais ma très grande incompétence en économie. Je vous dis simplement comment il me semble possible d’interpréter une formulation polémique dont l’usage manifeste un sentiment de malaise qui a peut-être quelques fondements dns la réalité.
Le mot "capitalisme" me semble-t-il était lui aussi au départ une étiquette polémique utilisée forgée par des disciples de Marx, car à ma connaissance, Marx ne l’emploie jamais (si un internaute pouvait confirmer…).
2 mai 2009 at 15:40
C’est révélateur de la complexité des pratiques du web, ou les échanges (ou allusions) commencent sur un blog, se prolongent sur un autre — et pour peu que les commentateurs soient férus de réseaux sociaux, rebondissent encore sur Twitter et Facebook, après avoir fait un détour par plusieurs boîtes mail.
Les propos éclatent, la pensée se fait fragment.
Au regard de cette évolution votre blog ne ressemble pas aux autres : vous persistez dans des billets longs et denses (et vos commentateurs rivalisent en ce sens).
Et pourtant vous obtenez un résultat phénoménal.
Moi, je ne comprends pas (et je m’en réjouis) !
[Par ailleurs je n'envie pas ceux qui se posent la question de l'archivage du web, et les historiens qui se pencheront sur ces archives !]
3 mai 2009 at 10:28
Oui, enfin, encore heureux tout de même que tu n’aies pas choisi de t’appeler "Physdémone", je t’assure que cela aurait quelque peu nuit à ta crédibilité!
3 mai 2009 at 10:30
"Phénoménal" est tout de même très exagéré! Ce sera déjà bien si nous croissons lentement… Mais il est vrai que je suis vraiment heureux de voir ici les commentaires rivaliser de pertinence, dans un esprit de discussion sans concessions ni dérapages.
3 mai 2009 at 10:40
Je suis bien content qu’un autre que moi, et autrement plus qualifié, attire l’attention sur le risque de "canoniser" des analyses faites à chaud. J’ignorais que le CID et l’ESM prenaient aujourd’hui ces ouvrages très au sérieux.
Je ne connais pas la culture préalable de Galula, mais ce serait intéressant de savoir dans quelle mesure il a été influencé lui-même par d’autres théoriciens de la guerre contre-révolutionnaire très influents dans l’Armée au moment de la guerre d’Algérie (est-ce que Chateau-Jobert était déjà lu et connu à l’époque?).
J’espère que vous reviendrez flâner par ici… En attendant je ne peux que re-recommander votre blog aux lecteurs.
[Désolé du temps mis pour mettre en ligne ce commentaire: j'étais loin du poste pendant quelques jours…]
3 mai 2009 at 17:20
Qu’aurais-tu dis de Philosoprosyne?
3 mai 2009 at 18:51
Votre prévenance me touche… Il n’en reste pas moins que mes compétences ne toucheront jamais à l’expertise
:-)
Sur Galula, il s’agit à mon sens d’un Saint-Cyrien qui a eu vingt ans en 1939. Pour donner un ordre de grandeur à ceux qui lisent ces quelques mots, il faut bien comprendre que l’on a changé d’époque. Au baccalauréat de 1933, il y a eu environ 15.000 reçus [ http://clio.revues.org/index612.html ]; pour une population de 40 millions de Français. J’imagine donc l’officier qui écrit son ‘Manuel’ comme quelqu’un de sa génération : plume convenable, lectures variées, et culture classique. Mais rien de plus ['qui a dit c'est déjà mille fois plus que nos étudiants...'?!!!].
PS./ Sur la place donnée au penseur par le Ministère, regardez ceci :
http://www.cdef.terre.defense.gouv.fr/publications/biblio/contre_insurect/contre_insurect.htm
3 mai 2009 at 21:44
Le second lien est particulièrement intéressant, puisque la présentation du Cdef met en avant le «pont» entre la réflexion française et américaine. Cela me rappelle un article assez retentissant publié il y a quelques années aux USA sous le titre «The French were right» (peut-être dans la National Review). L’article décidait de faire crédit aux Français d’une véritable expérience (et réussite) dans le domaine de la guerre contre-insurrectionnelle, et encourageait les stratèges de l’invasion de l’Irak à s’intéresser à la manière dont la France avait traité l’insurrection algérienne. On a l’impression que ce nouvel engouement américain pour la théorie française sert en retour à accréditer celle-ci chez nous.
3 mai 2009 at 21:50
Sur le site cité par géographedumonde, on trouve la réflexion suivante:
"La religion peut constituer un ferment d’insurrection plus dangereux encore que le nationalisme qui motivait les contemporains de Galula. Tandis que l’on pouvait souvent venir à bout d’insurgés nationalistes par la négociation, on ne maîtrise généralement les fanatiques religieux qu’en les emprisonnant ou en les tuant."
A croire que le conseiller de l’armée de terre en matière religieuse soit Caroline Fourest!
Blague à part, si l’armée de terre veut préparer un Guantanamo à la Française, qu’elle continue de bourrer le crâne des officiers avec ce genre d’idées.
Pour ma part, je ne suis pas du tout convaincu qu’il soit impossible (je ne dis pas illégitime) de négocier avec des fanatiques religieux. Encore faut-il comprendre leur mentalité pour trouver une base de dialogue. Dans les années quatre-vingts, d’ailleurs, les Américains n’avaient aucune difficulté à s’entendre avec Ben Laden en personne.
Par ailleurs,si Ben laden "fait la guerre" (mais est-ce une "guerre"?) aux Occidentaux, il a ses raisons et ses objectifs sont clairement définis: expulser les Américains du sol saoudien. Reste à voir pourquoi ceux-ci jugent cet objectif non-négociable…
Quant au Hezbollah, au Hamas, au gouvernement iranien, ils ont eux aussi des objectifs précis et s’efforcent de les atteindre à l’aide d’une rationalité instrumentale qui n’a rien à envier à celle des occidentaux.
Il n’est pas évident qu’un fanatique religieux soit plus irrationnel que n’importe quel responsable politique prêt à user de la violence contre des innocents pour atteindre ses fins: cf. Robespierre, Lénine, Harry Truman.
3 mai 2009 at 21:58
On dirait une maladie honteuse…
3 mai 2009 at 22:01
Si c’est à Philosôphrosyne (sans faute de frappe) que tu t’en prends, je trouve cela injuste. Et alors que dirais-tu de: Phénarète. C’était le prénom de la Maman de Socrate, et en toute bonne logique, "Philarète" devrait être un prénom féminin aussi. Na!
Cela dit on peut abréger Philosôphrosyne en Phrosyne, Ou Frosine : on dirait un prénom de soubrette de Molière.