
«Vos papiers!», une certaine idée de l'identité nationale…
Une tribune opportunément parue dans Le Monde du 12-13 juillet me donne l’occasion d’aborder la question délicate de « l’identité nationale ». Cela nous fait à peine dévier de la discussion entamée sous le précédent billet, et il serait dommage de ne pas marquer la Fête nationale – avec juste le retard qui sied aux adeptes de l’esprit d’escalier.
En cette veille de 14 juillet, donc, Le Monde fit paraître une tribune au titre provocateur : « La France sans terre ni mort ». L’auteur, Marcel Detienne, est un savant réputé, anthropologue et helléniste, qui enseigna longtemps à l’École pratique des hautes études. Avec l’apparente légèreté dont seuls sont capables les hommes de haute culture, il propose sa propre généalogie de la notion d’identité collective, en partant du cas français, qu’à juste titre il estime exemplaire. C’est à peu près mon seul point d’accord avec lui.
Nous savons tous, bien sûr, combien il importe, chez nous, de tenir en suspicion « l’identité nationale ». Marcel Detienne adopte sans réticence la thèse caractéristique d’une certaine gauche intellectuelle pour qui l’unique objet d’une identité collective est de tracer des frontières pour « exclure l’étranger et l’immigré ». Sa généalogie de la notion fait défiler exclusivement les périodes sombres de notre histoire, avec « Vichy » en symbole inusable et le fameux « ministère de l’identité nationale » en indice décisif de la filiation honteuse qui relie Sarkozy à Pétain en passant par De Gaulle.
Soit dit en passant, le texte semble avoir été rédigé au lendemain de la création de ce fameux ministère, ici décrit comme « flambant neuf » : on soupçonne que cette tribune sommeillait dans les cartons de la rubrique « Débats » du Monde depuis deux ans, et qu’il a semblé judicieux de la publier une veille de 14 juillet, à des fins de remplissage tout autant que d’édification. Alors que le dit ministère en est à son deuxième occupant, je m’étonne toujours que le clergé intellectuel de notre République s’obstine à trouver que ce qui doit choquer, dans cette affaire, est l’idée même d’une « identité nationale », plutôt que l’initiative saugrenue d’en confier la tutelle à un quelconque ministère.
Quoi qu’il en soit des circonstances exactes de la rédaction de l’article, il est révélateur d’un malaise typiquement français. Ce malaise, dont il a déjà été question ici, plonge précisément ses racines dans notre… identité nationale. À son corps défendant, en effet, Marcel Detienne se fait le porte-voix d’une haute tradition française, exemplairement illustrée par « nos » Lumières (par opposition aux Lumières anglaises ou allemandes), bien que son origine remonte au moins à l’époque classique, comme le suggérait le texte de Durkheim que j’avais cru pouvoir longuement citer.
Cette tradition est celle qui porte un Français à se penser essentiellement et avant tout comme « être humain », et comme « Français » seulement de manière secondaire et accidentelle. C’est donc une tradition universaliste ou, si l’on veut, « cosmopolite » : le Français se voit volontiers comme l’avant-garde de l’humanité en général ; son « histoire nationale », notamment depuis les débuts de la période moderne, n’est pas celle du développement d’un génie « autochtone », mais se confond en fait avec les « progrès de l’esprit humain », pour reprendre le titre fameux de Condorcet. Comme on le sait, en effet, son Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain (1794), qui va en gros de Socrate à la fondation de la République française, s’achève sur une dernière « époque » qui commence avec Descartes et conduit tout droit à la Révolution. La dernière étape historique du « Tableau » est celle qui voit la France porter à elle seule la destinée universelle de l’esprit humain.
Un paradoxe est donc installé au cœur de « l’identité nationale » française : celui d’un pays particulier qui nie en permanence sa propre particularité pour se mettre consciemment au service de l’universel. Dans sa critique de l’idée même d’une « identité nationale », Marcel Detienne est à son insu porteur d’une idée française par excellence – celle qui veut que tout individu humain soit porteur de l’humanité entière, appartenant par pur accident à une communauté nationale, mais réellement voué à une fraternité universelle qui mettrait enfin terme aux errements du « repli identitaire » et de son inévitable cortège : l’exclusion de « l’étranger ».
Ce paradoxe français explique largement, je crois, les erreurs de fait et les sophismes qui tissent l’argumentation de Detienne.
Dans son propos, il y a toute une partie qui doit simplement être abandonnée, malgré ses commodes implications politiques. C’est ce qu’on peut appeler la généalogie « policière » de l’identité nationale. Je cite :
Dans “identité nationale”, le terme identité est premier. Chacun peut savoir que, au XIXe siècle, c’est un terme technique de la médecine légale : il renvoie à la reconnaissance d’une personne en état d’arrestation, d’un prisonnier évadé, d’un cadavre ou squelette soumis à l’examen des services de police judiciaire pour établir s’il est bien celui de tel individu distinct, en principe, de tous les autres. “Identité” surgit entre le mort et le vif.
Cette première procédure s’ouvre directement sur l’objet matériel baptisé “carte d’identité”, tout au long d’une histoire tumultueuse, passant par les techniques d’identification policière, l’invention des empreintes digitales et les différents labyrinthes juridiques pour aboutir en 1941, sous le régime de Vichy, à la création d’un “carnet signalétique individuel” des Français, suivi de près, en 1947, par le modèle “définitif” de la carte d’identité. Entre Pétain et de Gaulle, l’Etat français avait donné au “national” son support technologique en identification.
Par delà le brio qui rappelle le Michel Foucault de Surveiller et punir, Detienne vise ici totalement à côté. S’il y a en effet quelque chose comme un « mystère de l’identité nationale », comme il le suggère lui-même plaisamment, ce mystère commence précisément lorsqu’on tourne le dos à l’acception ordinaire de « l’identité » – celle qui intéresse en effet la police lorsqu’elle recherche un suspect. L’identité de quelqu’un, c’est ce qui permet de le distinguer de tous les autres, c’est un « signalement » qui n’a d’utilité pratique que s’il est réellement « identifiant » : il doit permettre de savoir que la personne X que la police vient d’arrêter est « la même personne » que celle qui a commis tel délit quelque temps plus tôt. Pour être réellement « identifiante », l’identité de quelqu’un doit contenir exclusivement des traits singuliers : nom et prénom, pour commencer, et pour contourner l’obstacle des homonymes et des éventuels pseudonymes, une date de naissance (dûment certifiée), une adresse et quelques traits physiques caractéristiques, qu’un enquêteur pourra compléter en explorant les souvenirs significatifs du suspect et le récit de ses récents faits et gestes.
Or l’identité dont il est question dans l’expression « identité nationale » n’a rien à voir avec ce sens ordinaire de l’identité – celui que tout le monde comprend. L’identité qui fait mystère ne date pas du XIXe siècle, mais de la première moitié du XXe, lorsqu’on recourt à ce concept pour désigner la réponse existentielle que quelqu’un peut donner à la question « Qui suis-je ? ». Cette question n’est justement pas celle de l’interrogatoire de police : il serait vain d’y répondre en mentionnant un nom propre ou des caractéristiques personnelles. On attend au contraire une réponse du type : « Je suis un Breton exilé », « Je suis un militant ouvrier qui lutte pour la libération du prolétariat », « Je suis un catholique français », « Je suis un homosexuel », etc. Ce que l’on appelle désormais « l’identité personnelle », c’est ce à quoi je « m’identifie », l’appartenance fondamentale qui est réputée me fournir un principe d’orientation dans l’existence. Le concept apparaît lorsque surgissent les inévitables « conflits » ou « crises » d’identité typiques d’une humanité en voie de modernisation : vient un moment, nous dit la vulgate existentielle de notre temps, où je dois définir mon « projet de vie », faire le choix de mon existence, décider si je serai fils de bourgeois ou artiste maudit, fidèle à mes « racines » ou avant-garde de l’époque nouvelle.
On l’a remarqué : le trait singulier de ce nouveau concept d’identité est qu’il sert à définir une personnalité, non par ses particularités individuelles, mais au contraire par son appartenance à un groupe humain. L’identité au sens classique – « policier », si l’on veut, bien que je trouve toujours curieux qu’on prenne toujours l’exemple de l’enquête de police : le même problème d’identification se pose aussi lorsque les organisateurs d’une tombola cherchent à identifier le gagnant du premier prix, c’est-à-dire la personne qui se trouve être détentrice du billet gagnant – l’identité au sens classique, donc, est celle qui laisse de côté tout ce qui « fait sens » aux yeux d’un sujet en quête de son « identité » au sens moderne. Son nom n’est pour lui qu’une étiquette arbitraire, son physique est sans rapport avec son vrai « moi », et son histoire personnelle n’importe que pour la partie qu’il est prêt à assumer pour définir à partir d’elle celui qu’il « se sent » être ou qu’il veut devenir.
Le sophisme majeur commis par Marcel Detienne est de faire comme si notre « carte nationale d’identité » était en réalité une « carte d’identité nationale » : comme si elle servait uniquement à prouver que son détenteur est français, et non qu’il est, sur la foi d’un document émis officiellement par l’autorité de son pays, tel individu portant tel nom et né à tel endroit. La police, même sous les pires régimes, serait pourtant bien embarrassée si une carte d’identité se bornait à préciser la nationalité de son porteur ! « Nous recherchons un Français qui a commis tel délit, or le présent document prouve que vous êtes Français, donc vous êtes notre suspect » : ce serait pousser l’arbitraire un peu trop loin, me semble-t-il.
Detienne part donc sur une fausse piste. Ce n’est pas l’identité au sens de la « carte d’identité » qui peut servir à introduire la notion d’« identité collective », mais l’identité au sens de l’« identité personnelle » d’un sujet en quête du sens de son existence. Entre cette identité personnelle et l’identité collective, le lien n’est plus artificiel : il est au contraire nécessaire, à partir du moment historique où « ce que je suis » semble devoir être défini par mon appartenance à une communauté plus vaste, c’est-à-dire à partir du moment où « je suis tel ou tel » s’explique par le fait que je participe en quelque façon aux traits caractéristiques d’une identité collective.
Or, lorsqu’il aborde enfin cette question, par le détour improbable que je viens de critiquer, Marcel Detienne commet, je crois, une nouvelle erreur, non plus conceptuelle mais historique. Aveugle, probablement, aux traits singuliers de l’identité française dont il est à bien des égards un porteur exemplaire, il croit pouvoir définir l’identité nationale française en termes ethniques. La France aurait en effet été, d’après lui, le laboratoire privilégié d’une notion d’identité collective qu’il décrit ainsi :
« ce qui permet à des êtres humains de croire qu’ils appartiennent à un groupe dont les individus se ressemblent plus que d’autres, parce que, comme il se dit, ils sont nés d’un même sol ou possèdent le même sang depuis toujours. »
C’est évidemment ce point de départ qui autorise aussitôt à évoquer Vichy et Pétain, les historiens nationalistes et l’extrême droite, en bref la mythologie d’une France de « la terre et les morts » (Detienne reprend ici un titre fameux de Maurice Barrès : il aurait été passionnant d’expliquer comment l’écrivain adepte du « culte du moi », donc de la singularité individuelle, s’est mué précisément en chantre d’une certaine « identité nationale » – « L’âme de la France » et ces sortes de choses. On aurait pu saisir ici le lien qui unit la quête post romantique de la singularité individuelle et la revendication nationaliste).
Erreur historique, disais-je : c’est qu’en effet la tradition intellectuelle de « la terre et les morts » est chez nous la tradition minoritaire. Ce qui nous est propre, c’est l’idée d’une identité nationale élective et non pas ethnique. Faudra-t-il citer la fameuse définition de Renan, conçue précisément pour faire pièce à l’ethnicisme germanique ?
Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L’existence d’une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de vie. (E. Renan, « Qu’est-ce qu’une nation ? », 1882)
Ce sont ici les mots « consentement », « désir clairement exprimé », et surtout le « plébiscite de tous les jours », qui portent la variante française de l’identité nationale. Ce ne sont pas la race ni le sang, ni la terre ni les morts, qui définissent essentiellement l’appartenance française, mais au contraire le consentement et le choix.
Le grand texte de Renan appartient à un moment charnière de notre histoire, et constitue sûrement un jalon décisif de notre sens de l’identité. Il intervient en effet après le traumatisme de 1870, et la perte de l’Alsace et de la Lorraine, accaparées par les Allemands au nom, précisément, d’une identité nationale de la race, de la langue, de la terre et du sang.
Le point est tout sauf anecdotique. Renan avait été formé à l’école de la science allemande, notamment celle de l’historien des religions David F. Strauss. L’Allemagne était alors pour lui, comme pour certains des meilleurs esprits de sa génération, dont Émile Durkheim, porteuse d’une mission universelle ; elle était, plus encore que la France, la véritable héritière des Lumières, et c’est à sa suite que la France devait marcher. Or voici que l’Allemagne, avec la caution de ses meilleurs savants, s’engageait dans la voie du militarisme et du nationalisme ethnique. La catastrophe de 1870 sera celle d’une inexplicable trahison : contre le vœu même des Alsaciens-Lorrains, contre leur « plébiscite de tous les instants », le voisin germanique décidait que ces terres apparemment françaises appartenaient à l’Allemagne en vertu de « l’ethnie ».
Et voici le trait singulier, ce qui rend caduque toute la « déconstruction » menée par Detienne de notre notion d’identité nationale. L’universalisme qu’il revendique, le refus des frontières ou du moins de l’exclusion, l’idée, surtout, que la seule « identité » qui soit intellectuellement et moralement acceptable est celle qui fait d’un individu quelconque un être humain, plutôt qu’un Français, un Allemand ou toute autre variante prétendument « autochtone », – cette idée est chez nous, Français, l’idée traditionnelle. Elle est l’idée qui précède le tournant patriotique provoqué par 1870. C’est l’idée qui faisait croire aux Républicains français que les guerres disparaîtraient le jour où chaque nation sera venue à maturité, sur la base d’un consentement éclairé de tous ses citoyens.
Voici ce qu’écrivait, de façon très significative, Émile Littré après le désastre, en 1871 :
« Nous qui élevions nos enfants dans un bienveillant respect des peuples étrangers ! Il faut changer tout cela… il faut leur inculquer qu’ils doivent toujours être prêts à tuer et à être tués : car c’est le seul moyen d’échapper au sort de l’Alsace et de la Lorraine, le plus triste des malheurs, la plus poignante des douleurs… »
Il faut, poursuit-il,
« nous réorganiser militairement avec une détermination inflexible… et entretenir dans tous les cœurs un sérieux amour de la patrie. Dans notre reconstitution, n’oublions jamais ce que c’est que d’être vaincu et envahi. »
Voilà ce que pouvait écrire un indéfectible républicain, positiviste convaincu, héritier s’il en est de l’universalisme des Lumières, lorsqu’un certain Bismarck le contraignit à renoncer à la simple foi dans les Droits de l’homme. Et voilà, évidemment, tout ce qui est absent de la réflexion de Marcel Detienne sur « l’identité nationale ».
On n’approche pas du problème soulevé par notre « identité nationale » tant que l’on ne cherche pas à conjoindre l’universalisme qui forme la substance de notre caractère national, et la nécessité, aussi malheureuse qu’on voudra, mais pourtant inévitable, d’un « sérieux amour de la patrie » qui rend seul capable de préserver les chances futures de l’universalisme. On ne comprend rien à notre histoire récente – celle qui, nonobstant les insinuations du docte anthropologue, comporte aussi quelques moments glorieux – sans réunir les deux éléments du drame, le désir d’unir des volontés libres et la nécessité douloureuse de rejeter ou d’exclure parfois : ne serait-ce que lorsque « l’étranger » se présente aux frontières aux commandes d’un Panzer.
Bien sûr, cela appartient au passé, et l’amitié franco-allemande est, malgré ses avatars à peu près permanents, une des réalités les plus solides de notre environnement politique. Mais rien n’interdit de réfléchir au passé lorsqu’on prétend tirer les leçons de l’histoire…
Je conclus ce billet trop long et, une fois de plus sans doute, trop aporétique, en citant une phrase lue dans le même numéro du Monde, quelques pages plus haut, dans un article consacré au voyage de Barack Obama au Ghana. Cette phrase, en effet, n’a cessé de me hanter lorsque je lisais la tribune de Marcel Detienne, comme pour me murmurer qu’il y avait forcément quelque chose qui clochait dans cette brillante « démonstration ». C’était la citation d’un propos tenu par une simple commerçante africaine :
« Barack Obama est africain comme moi, c’est mon frère. Une partie de moi gouverne l’Amérique. J’irai l’attendre à l’avion ! »
« Une partie de moi gouverne l’Amérique ! » Si l’on veut comprendre quelque chose à ce que peut être une « identité collective », c’est d’un tel propos qu’il faudrait partir. Car ce propos est, en rigueur de termes, « scandaleux » pour une conscience moderne, pour qui n’existent en droit que des individus ayant chacun leur autonomie et leur responsabilité. Et pourtant, nous comprenons fort bien ce que veut dire la femme ghanéenne. Et non seulement nous le comprenons, mais nous ne pouvons nous empêcher de trouver le sentiment qu’elle exprime foncièrement positif et enthousiasmant : inaccessible peut-être pour nous, Français modernes, mais dont la vivacité nous emplit d’une irrépressible nostalgie, et qui nous rappelle que le sentiment collectif, loin de servir d’abord à exclure et à refouler l’étranger, est en premier lieu le ressort intime de l’hospitalité.
16 juillet 2009 at 17:00
Je vous interdit de croire que ce billet est trop long !
Il est remarquable et je l’ai
lubu avec avidité (d’ailleurs, j’ai encore soif) !17 juillet 2009 at 00:18
Je l’ai trouvé plutôt pas mal le texte de Marcel Detienne, et plein d’humour aussi.
En même temps j’y vois peu de ce que vous lui prêtez… et surtout beaucoup d’ironie au sujet de l’identité française et de son ministère.
J’ai, pour ma part, peine à croire que le ministère de l’immigration et de l’identité française soit plus qu’un appeau à voix du front national. Et je serais presque d’accord sur le fait que l’incongruité réside moins dans la juxtaposition des deux mots que dans la création d’un ministère y afférent. C’est d’ailleurs ce qui me gêne le plus dans toutes ces discussion: avoir élevé une “identité nationale” au titre de valeur suprême qu’il faudrait défendre contre (évidemment) les immigrés clandestins qui l’attaquent de toute parts.
Néanmoins, et si M. Detienne fait constamment référence aux heures sombres de l’histoire française, on pourrait raccourcir votre propos par un: finalement pour vous l’identité française c’est ce qui nous réunis lorsque les “autres” franchissent nos frontières aux commandes de Panzer.
Indépendamment de ce que vous aussi semble t-il vous ne faites pas là référence aux moments les plus festifs de notre histoire, vous faites peut être aussi l’impasse sur le fait qu’une fois les Panzer chez nous, il me semble que l’identité nationale française se soit retrouvé découpée en plusieurs petits morceaux moyennement réconciliables.
De plus et quand bien même, taper sur un ennemi commun ne signifie pas qu’on a plus en commun que cet ennemi. Les Panzer s’en sont retourné chez eux, certes grâce au courage inestimable des résistants français (seuls vrais tenants de la véritable identité nationale estampillée label rouge), mais aussi à l’alliance des USA et de la Russie :-)
:-)
Bonne nuit
17 juillet 2009 at 01:16
C’est vraiment dommage que M.Détienne choisisse d’aborder sous cet angle le thème d’une identité nationale qui semble lui écorcher la bouche.
Il colore ce concept de pages sombres essentiellement sorties du XIXè siècle, utilisant un procédé qui consiste à pourrir en germe une idée en la teintant de ce XIXè siècle bourgeois, poussiéreux et petit esprit.
Je ne sais pas si certains de nos intellectuels sont bien conscients de l’ironie dans laquelle ils tombent avec facilité ou bien s’il s’agit chez eux d’une posture quasi-naturelle.
L’ extrait que vous choisissez indique qu’il existait en ces temps un débat plus ouvert que le cliché sur lequel semble s’appuyer M.Détienne.
Vous posez en lien une page du site “l’encyclopédie de l’AGORA” qui porte en chapeau l’extrait suivant écrit par Ernest Renan :
“L’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu’exige l’abdication de l’individu au profit d’une communauté, elle est légitime, elle a le droit d’exister.”
Une agrégation saine d’esprit et chaude de coeur, une conscience nationale, une grande solidarité, un plébiscite de tous les jours….
il me semble que ces mots donnent toute la chair, tout le supplément d’âme nécessaires à la construction de cette agrégation tant la nation est sujette à la désagrégation, comme tout corps composé.
il faut reconnaître qu’il y a dans ces deux extraits d’Ernest Renan un appel au sacrifice, à l’abdication qui n’est pas très bien porté aujourd’hui mais il suffit d’abandonner l’image martiale du sacrifice contre celle des sports d’équipe pour que cette idée redevienne humaine.
C’est vrai que le Français paraît écartelé entre un particularisme qu’il étouffe et qu’on lui pointe facilement sous le nez dès qu’il sort de ses frontières, et cette tentation vers l’universel qui le rend parfois risible.
Mais dont il tire aussi souvent toute sa noblesse.
Kouchner alliant le plus noble et le plus ridicule.
17 juillet 2009 at 07:44
Ha,donc en fait il s’agit de parler d’un concept abstrait dont on rejette la preuve de l’existence a plus tard. Il s’agit donc de choisir une posture purement idéologique.
A ma gauche: pas de substance et le concept est connoté négativement.
A ma droite: il en a une (prouvé grâce à une assertion du type: c’est difficile à définir, mais au fond nous le sentons tous confusément au fond de nous) et c’est un concept positif.
“Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de coeur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation.”
C’est très poétique mais couplé à la première phrase de Renan (pas de géographie), ça pourrait s’appliquer à plein de trucs dont je ne suis pas certain que vous ou Philarête, vous les appelleriez une nation. Non?
17 juillet 2009 at 10:37
Il me semble qu’en ce moment vous êtes en train de déconstruire un ensemble de raisonnements que nous ne tenons même plus tellement ils nous semblent naturels, intuitifs, évidents.
Ce billet en est un exemple, de même que le précédent qui nous faisait voir que nous n’acceptions que quelqu’un défende sa tradition que s’il la présentait comme choix personnel.
C’est pourquoi j’attends la suite avec impatience, avec l’idée (peut-être illusoire) qu’après avoir démoli méthodiquement et de manière convaincante beaucoup de concepts, vous en proposerez une nouvelle définition.
Tiens, dans le même genre (hors sujet, mais déclinaison d’une même posture logique) : le gouvernement actuel ne présente ses réformes que comme avantageuses pour les salariés. Adoptant ainsi la manière de voir de la gauche en quelque sorte, il n’envisage pas de dire que le travail du dimanche, par exemple, c’était demandé par les employeurs et que ce sera très avantageux pour la bonne santé de multiples entrepreneurs. L’argumentaire officiel est : c’est une mesure en faveur des salariés. Toute autre manière de présenter les choses serait sans doute “illégitime”.
17 juillet 2009 at 12:42
Tout à fait d’accord avec Novice, depuis quelques temps je vois voler en éclats ici un nombre incroyable d’idées toutes faites et de poncifs. C’est aussi courageux de la part de l’auteur que salutaire pour les lecteurs.
17 juillet 2009 at 13:57
@ Novice (et Aliocha)
J’espère ne pas être aussi destructeur (ou “déconstructeur”) que vous semblez le penser! C’est vrai que j’essaie de montrer certaines incohérences dans des discours familiers… mais je ne suis pas certain d’avoir toujours sous la main une solution de remplacement! À tout le moins, je me dis que, en prenant conscience de certaines faiblesses dans nos raisonnements, nous pouvons essayer de trouver des formules moins paradoxales, moins contradictoires, pour exprimer des principes capables de guider la réflexion et l’action…
Cela dit, je vais tout de même essayer de suggérer quelques solutions! Ça prendra le temps que ça prendra ;-) et je n’y arriverai pas tout seul…
17 juillet 2009 at 14:13
@ khazan # 2
Dans la tribune de M. Detienne, je vois beaucoup plus d’ironie à l’égard de «l’identité nationale» qu’à l’égard du Ministère du même nom (dont d’ailleurs, deux ans plus tard, on peine à discerner les traces de son action…).
Référence aux Panzers mises à part, ce qui me semble fondamental dans cette affaire c’est bien de suggérer la nécessité, pour n’importe quelle société, d’arriver à un moment ou un autre à se penser comme «une». C’est à ce moment-là, je crois, que commence vraiment la politique.
Ce qui arrive en général — comme l’a montré en partie la discussion sous le billet précédent — c’est que, lorsque nous voyons notre société «de l’intérieur», ce sont d’abord les différences qui nous sautent aux yeux. Nous apercevons facilement ce qui nous distinguent de notre voisin, de l’adversaire politique, de «l’ennemi de classe». Il peut nous sembler n’avoir «rien de commun» (un commentateur au moins l’a dit à peu près en ce termes) avec le «catho tradi» ou le cadre bobo, le syndicaliste ou le curé — chacun selon son propre bord.
Pourtant, et je crois que c’est tout de même la leçon d’un siècle de sociologie, il est possible d’englober en réalité toutes ces différences dans un ensemble de valeurs et de représentations communes. C’est l’expérience que chacun de nous peut faire lorsqu’il voyage à l’étranger: on est alors frappé, non par les différences internes au pays qu’on visite, mais au contraire par un «air de famille» — ce que j’appelle ici, avec bien d’autres, une «identité collective». C’est à cerner cette identité, ou ce «caractère national», que s’est par exemple exercé Tocqueville en écrivant La démocratie en Amérique, et c’est pourquoi ce livre est un ouvrage fondateur pour la sociologie.
Certes, il peut être difficile d’articuler en peu de mots une telle identité collective — la tâche n’en est pas moins utile et parfois indispensable. Il se trouve que c’est souvent lorsqu’il se sent menacé qu’un pays prend ainsi conscience de ce qui l’unit et, par là même, le rend différent des pays voisins. Avec toutes les dérives que l’on sait, bien sûr — mais celles-ci n’épuisent pas la question, je crois.
17 juillet 2009 at 15:11
Cette singularité française à nier le particulier et le charnel pour invoquer l’universel et le “plébiscite de tous les instants” est un mythe. Comme tout mythe les gens y croient un temps mais aujourd’hui, alors que les Algériens, Maliens, Sénégalais, Chinois et Turcs colonisent la France tout en y exprimant une identité charnelle toujours plus bruyemment, chaque Français encore lucide a bien compris que si le mot même de “Français” doit survivre il devra redevnir charnel. Le mythe des Lumières, universaliste et républicain, a vécu; mais dans la réalité la pièce de théâtre continue de se jouer au mépris du réel qui cogne et cogne toujours plus fort. L’idéologie républicano-athée continue de détruire ce qu’il reste du peuple français, et nous entraîne toujours plus vers le point de non-retour.
17 juillet 2009 at 15:32
@ Novice et Laplumedaliocha,
je ne perçois pas Philarête comme un féroce déconstructeur.
Il me semble que ses billets relatifs à l’identité nationale nous invitent plutôt à des replacements dans la construction du concept en suivant les exemples de Braudel, Renan et maintenant la démarche de Tocqueville.
Je n’ai pas l’impression de me trouver devant un chantier en devenir toujours remis à demain, comme semble l’envisager khazan mais plutôt devant un livre qu’on a négligemment laissé de côté et qu’il s’agirait d’ouvrir à nouveau avec nos yeux d’hommes du XXIè siècle.
Et j’insiste encore : avec le sourire et non parce que les Panzer sont à nos portes.
@ Khazan,
Une autre agrégation saine d’esprit et chaude de coeur ?
Oui, j’en vois une : la famille.
On a besoin de mythe et de poésie !
Sans ces deux piliers qui fixent l’un une direction et l’autre une tonalité, on n’avance pas.
Il nous appartient de définir les contours de ces deux piliers, ce que fait d’ailleurs M.Détienne en croyant le refuser !
Il écrit à sa manière une généalogie du concept d’identité nationale qui correspond à un mythe qui lui convient. Philarête nous rappelle qu’il ne semble pas être conscient qu’à sa manière, il est plus Français qu’il ne le croit.
17 juillet 2009 at 15:35
Oups !
la première partie de mon commentaire s’adresse à Novice et Laplumedaliocha, et non à Khazan.
Philarête: je l’ai corrigé. C’est magique.
… Et j’ai encore oublié de cocher la case qui me permet de recevoir automatiquement les commentaires.
Grrrrr !
17 juillet 2009 at 16:39
@omicron : c’est sans doute que vous êtes beaucoup plus savant que je ne le suis ou beaucoup moins perméable à la pensée ambiante. Voire les deux ! Je ne dis pas que Philarête déconstruit une pensée solide et cohérente, mais plutôt qu’il dissipe le brouillard d’approximations qui empêche de raisonner juste. Pour quelqu’un comme moi qui travaille dans les médias, c’est hautement salutaire…Il faut bien admettre que le brouhaha médiatique se nourrit de quelques idées phares souvent aussi erronées que la soi-disant concentration de fer dans les épinards mais qui ont la peau dure et finissent à force d’être répétées par être considérées comme des vérités. D’où l’intérêt de les déconstruire et cet intérêt me parait si grand, qu’elles pourraient bien n’être remplacées par rien que ça ne me dérangerait pas. Mieux vaut pas d’idée que des idées fausses, enfin je crois.
17 juillet 2009 at 21:10
@Philarête
Excusez moi de faire le taquin de service :-)
en fait ce qui me gêne, mais visiblement je suis le seul donc ca n’est pas bien grave, c’est que vous tentez de remplacer des “idéologies gauchistes fumeuses” par “des voeux pieux” (sans vouloir sembler agressif ni aux uns, ni aux autres).
Ainsi de:”…ce qui me semble fondamental dans cette affaire c’est bien de suggérer la nécessité, pour n’importe quelle société, d’arriver à un moment ou un autre à se penser comme «une». C’est à ce moment-là, je crois, que commence vraiment la politique.”
Nécessité n’est pas réalité.
Là ou l’intello gauchiste dit: (en simplifiant): l’identité nationale… bof ca n’existe pas en tant que réalité et de toutes façons en tant qu’idéologie, ca nous ramène aux heures sombres de notre histoire.
Vous répondez (en simplifiant toujours): non, ca ne ramène pas *que* aux heures sombres de notre histoire et il est nécessaire que ca existe.
Je ne suis pas plus en accord avec la fin de votre réponse. Encore une fois parce qu’il me semble s’agir plus d’un voeux pieux qu’autre chose. Vous écrivez: “Avec toutes les dérives que l’on sait, bien sûr — mais celles-ci n’épuisent pas la question, je crois.”
Moi, j’ai bien peur que ces dérives épuisent en grande partie la question ou, en tout cas, affaiblissent violemment la porté de l’exemple.
Quand des français en font déporter d’autres, quand des français en tuent d’autres, quand des français représentent une France à Vichy et d’autres une autre France à Londre et que les deux camps ne se mettent pas d’accord sur qui est le vrai représentant de l’identité nationale…
… expliquez moi comment vous y voyez vous la France devenir “une” face à l’ennemi.
@Omicron
Le problème c’est que je ne comprends pas bien où vous voulez en venir.
Oui vous en voyez une: la famille.
La famille est elle une nation ? non. donc la définition de Renan pose problème :-)
Je pensait plutôt (pour ma part et puisque Philarête à parlé d’électivité) à d’autres possibilités: L’international socialiste par exemple :-)
Puisque vous citez Renan, je copie/colle ce passage de l’article Wikipedia:
Renan, devant le monolithisme culturel de la Prusse, prévoit que cette attitude ne pourra « mener qu’à des guerres d’extermination, analogues à celles que les diverses espèces de rongeurs ou de carnassiers se livrent pour la vie. Ce serait la fin de ce mélange fécond, composé d’éléments nombreux et tous nécessaires, qui s’appelle l’humanité »[
Tiens, Renan aurait il été partisan du multiculturalisme si le mot avait existé?
@Aliocha
“Mieux vaut pas d’idée que des idées fausses, enfin je crois.”
Je n’en suis pas certain.
En même temps c’est intéressant comme commentaire. quand Detienne déconstruit l’idée de l’identité nationale pour ne la remplacer par rien… ca semble ne pas emporter votre adhésion.
Mais quand Philarête déconstruit la déconstruction de Detienne… vous applaudissez des deux main.
Pour être cohérente vous devriez applaudir des deux mains et Detienne et Philarête :-)
Ou alors c’est que peut être vous avez une idée sur la question.
Savoir si elle est vraie ou fausse est une autre histoire. Disons que vos commentaires semblent plutôt aller dans le sens de, j’ai la même idée que Philarête qui est dans le vrai.
Cmme Philarête le dit lui même, il ne se contente pas que de déconstruire ce qui lui semble faux… il indique aussi (en creux il est vrai) ce qui lui semble vrai :-)
17 juillet 2009 at 23:15
@ tous ceux que ça intéresse,
FRANCE CULTURE : demain l’émission “Répliques” d’Alain Finkielkraut (à 9h) a pour thème :
“La France, la République et les identités” avec, comme invités :
Mona Ozouf et Jean Baubérot.
Certainement les conséquences d’un lendemain de 14 juillet.
Quant à moi, je vais laisser quelque temps en suspens ce débat riche car je m’en va t’a Avignon me gaver de théâtre.
Je vais y retrouver tout un public globalement assez rétif à l’idée d’identité nationale, mais peu m’importe, il y a une autre énergie qui se dégage d’Avignon où le théâtre (contemporain) met en scène nos blessures, nos questionnements, parfois avec outrance et complaisance, mais j’y trouve le plus souvent l’expression d’une humanité profonde et qui affiche ses failles.
@ Aliocha,
j’ai peu de culture et d’érudition et j’apprends au fur et à mesure.
Pour moi, quelqu’un qui déconstruit est quelqu’un qui s’intéresse plus aux doutes qu’à des essais de réponses, ce qui n’est pas pareil.
De plus, il emploie souvent un ton empreint de cynisme, d’ironie ou de persiflage qui relève plus d’une construction psychique irrespectueuse que d’un échafaudage conceptuel.
Le doute comme figure esthétique.
Des noms ? C’est là que mon manque de culture fait tache, mais dans le cas qui nous occupe, Détienne ne semble pas être loin de cette figure esthétique lorsqu’il dit que le XIXè siècle européen fut victime d’un virus transmis par les grecs et qui provoque “l’hypertrophie du moi”. De tels procédés mis en musique par l’emploi de certains enchaînements de mots mettent les rieurs de votre côté de même que les supposés bon esprits du moment.
Où est la solidité de l’échafaudage intellectuel ?
Certainement dans les raccourcis que s’autorise ce penseur.
Toute ces choses me semblent absentes dans ce blog où l’on semble tâtonner et offrir un contrepoint.
Je tenais à apporter cette précision (longue) sur ma vision du “féroce déconstructeur” parce que je pense que dans le fond il n’y a aucune différence entre nous.
18 juillet 2009 at 00:05
@ Khazan,
Au vu de ce que j’ai lu ici, je pense que personne n’est pour le monolithisme culturel déjà dénoncé par Renan.
En tout cas, il est clair que ce n’est absolument pas mon cas.
Toute la difficulté qui questionne les intervenants semble résider dans l’action de faire rentrer dans une boîte construite par nos prédecesseurs et qui est aussi la leur, boîte qui a sa propre forme, son goût, son odeur, ses flux, ses échanges, une nouvelle population tout en remplisant deux conditions, en fait trois :
- Quelle que soit leur nature, il faut que les “déjà dans la boîte” s’y sentent toujours bien.
- Quelle que soit la nature de la boîte qui était la leur, il faut que les “Attention ! Je saute dans la boîte” s’y trouvent bien.
- Quelle que soit sa nature, il faut que la nouvelle boîte nécessairement reconfigurée soit toujours aussi solide et belle, en hommage à nos ancêtres, par respect pour les nouveaux venus et pour l’épanouissement de nos enfants.
Et tout ceci est une sacrée, sacrée gageure où nous aurons besoin de rester sain d’esprit, solidaires, lucides, parfois exclusifs aussi pour obtenir un plébiscite de tous les jours.
Vous trouverez certainement mon langage un peu trop lyrique, ça m’arrive par goût pour le théâtre, mais je ne peux me passer de toute cette “chair” nécessaire à la définition d’un projet commun, et c’est pourquoi je fais référence à la famille à simple titre d’analogie, sans plus.
Et comme je manque de connaissances, je laisse les intellectuels monter les échafaudages conceptuels autour de cette idée de conscience nationale.
Je les critique souvent, comme les hommes politiques et les journalistes, mais nous avons besoin d’eux.
18 juillet 2009 at 15:22
@ khazan
Vœu pieu? C’est peut-être plutôt ma tendance déplorable à m’exprimer de façon trop abstraite… Ce que je voulais dire est en fait assez simple: il y a «politique» lorsque n’importe qui d’entre nous (vu qu’on est en démocratie) se demande «Que faut-il faire?», lorsque le sujet de l’action est le pays. Par exemple: que faut-il faire pour sortir de la crise? que faut-il faire face à la burqa? que faut-il faire avec les «sans-papiers», etc.
Nous nous posons ce genre de question à peu près tous les jours en lisant le journal (dans la mesure où cet exercice participe à la substance d’une vie démocratique aujourd’hui), et singulièrement en période électorale. Nous nous posons alors des questions de «citoyen», qui s’efforce de dépasser son point de vue et son intérêt particulier, pour déterminer ce qui serait, d’après lui, la meilleure ligne d’action commune. Donc c’est bien le problème du «nous»: que devons-nous faire, nous qui participons à la destinée de ce pays — ne serait-ce que par le vote.
Quand on se pose ce genre de question, on se demande: qu’est-ce qui serait bon pour nous, qui serait dans notre intérêt (pas forcément égoïste), favorable à la paix et la prospérité pour nous, etc. Ou encore: qu’est-ce que nous nous devons à nous-mêmes de faire — qu’est-ce qui est digne de nous, à la hauteur de ce que nous prétendons être, etc.
Je soutiens simplement que l’identité collective est ce qui donne un contenu et un sens à ce «nous» qui est inhérent à toute délibération politique.
18 juillet 2009 at 16:51
@Philarête
Vous entendez donc par identité collective la capacité des individu à se penser non seulement comme individus mais aussi comme membre d’une collectivité. OK.
Vous soutenez ensuite que “quelque chose” donne un contenu et un sens à cette capacité sociale des individus… et que ce contenu serait “commun” aux francais et serait donc défini comme l’identité culturelle francaise.
C’est là que je ne vous suis pas.
Pour que je vous suive, il faudrait que vous prouviez l’existence de ce quelque chose et que vous en explicitiez le contenu.
Je vous rassure, ce n’est pas une question d’abstraction :-)
18 juillet 2009 at 23:10
Je ne crois pas qu’il y ait opposition entre le “droit du sang” et le “droit du sol”, mais plutôt une affaire de circonstance au contraire.
Prenons l’exemple de l’Allemagne et de son droit du sang.
Depuis la division du Saint Empire Romain-Germanique, le peuple allemand s’est trouvé morcelé en une multitude d’Etats, de cités autonomes, de colonies éparpillées, etc. … divisions auxquelles s’est ensuite ajouté le morcellement religieux (selon le principe “Cujus regio, ejo religio” consécutif à la Guerre de Trente Ans).
Les seules caractéristiques communes auxquelles pouvait s’identifier ce peuple ont donc été la langue commune et une certaine culture… qui sont transmises d’ancêtres à descendants.
D’où une nation fondée sur le droit du sang.
En France, c’était l’inverse.
Nous avons eu dès la fin du premier millénaire un territoire national à peu près défini, uni sous le pouvoir d’un seul roi. Les grands du royaume avaient certes de larges possessions personnelles, mais étant eux-mêmes sujets du roi, les habitants de leurs terres l’étaient aussi.
Même les populations soumises au roi d’Angleterre l’étaient en tant que vassaux du Duc d’Aquitaine, et non en tant que sujets du Roi d’Angleterre.
Il en résulte que la France n’a pas eu besoin d’un droit du sang pour définir les contours de sa nation, puisque son territoire était suffisamment défini depuis suffisamment longtemps pour que suffise un droit du sol.
D’un côté, les Allemands éparpillés, mêlés à d’autres populations, passant d’un souverain à un autre et d’un envahisseur à un autre, leur territoire s’appelant successivement Allemagne, Empire d’Autriche, Pologne ou Danemark.
De l’autre, les Français, population globalement épargnée par les invasions, destructurations, restructurations, morcellements et réunifications pendant un millénaire.
J’ai pris l’exemple des Allemands parce que c’est le plus proche de nous, mais celui des Amérindiens actuels, des ethnies africaines, etc. conviendrait tout aussi bien.
Si la notion de nation dérive progressivement en France du droit du sol vers le droit du sang, chez les “Français de souche”, c’est que nous nous trouvons mêlés de plus en plus à des populations avec lesquelles nous n’avons rien en commun et qui partagent le même territoire.
Tant que ces populations restaient minoritaires (comme l’ont été les Juifs pendants des siècles – tiens, un autre droit du sang), cela n’impliquait pas de changement majeur dans la définition de la nation. En réalité, ces populations minoritaires demeuraient “étrangères” aux yeux des Français (et à leurs propres yeux) tant qu’elles ne s’étaient pas suffisamment mêlées à la population pour devenir réellement “française”… et ce même après avoir officiellement reçu la nationalité française.
La définition de la nationalité française selon un “droit du sol” n’est en fait qu’une construction idéale et administrative, qui ne fonctionne concrètement qu’à la Nème génération intégrée et mélangée à la population déjà présente et identifiée comme “française”.
Ce qui fonctionne instinctivement, qu’on le veuille ou non, c’est le droit du sang.
D’ailleurs, les grandes cérémonies nationales exaltant “nos ancêtres qui se sont battus en 14″ ou les pitoyables excuses “pour les crimes commis par nos ancêtres” témoignent bien de ce sentiment inconscient… et inavouable selon l’idéal “Déclaration-des-droits-de-l’homme”iste de l’universalité des valeurs françaises.
18 juillet 2009 at 23:15
Je crois que mon post précédent est un peu confus…
Pour résumer (ou pour conclure), le “droit du sang” et le “droit du sol” ne sont pour moi qu’une seule et même notion, en réalité.
La première version s’appliquant à des peuples au territoire morcelé ou se trouvant mêlés de force à d’autres populations ; la deuxième s’appliquant à des peuples vivant pendant une très longue période sur un territoire défini, et constituant de fait un ensemble à peu près identifiable et homogène.
La seule différence entre les deux versions étant par conséquent : avoir ou ne pas avoir un Etat pour soi.
18 juillet 2009 at 23:34
Je viens de découvrir ce blog et ce texte. Ce post est limpide et votre réflexion a le mérite de faire avancer le débat.
L’article de M. Detienne nous offre la vision de l’identité nationale par les “élites mondialisées”. J’ai fortement pensée à cette formule de J-P Chevènement en lisant l’article.
Vous rappelez avec justesse que l’identité française (comme la nationalité) se fonde sur le sol et non sur le sang. C’est une vraie spécificité. En France nous avons la Nation (entité artificielle, constituée par un attachement commun à des valeurs), en Allemagne par exemple nous avons le Volk (le peuple, entité “charnelle” constituée de personnes du même sang).
Enfin, une identité nationale ou individuelle se fonde sur deux mécanismes contradictoires mais complémentaires : adhésion et exclusion (à des valeurs, à une culture, une histoire…). Une nation exclue nécessairement car elle a besoin de ce mécanisme pour se constituer se défendre et survivre.
20 juillet 2009 at 20:15
Euh…
Dites les gars, le système est mixte en France: droit du sol et du sang combiné.
Je suis français parce qu’un de mes deux parents l’est, même si j’étais né à l’étranger.
Si aucun de mes parents n’est français, mais que je suis né en France, je peux devenir français (selon différentes modalités qui varient suivant les époques).
Je peux même le devenir si je ne suis pas né en France et qu’aucun de mes parents n’est français.
En Allemagne, vous retrouvez également cette mixité du système sol/sang avec des procédures d’acquisition de la nationalité allemande qui n’ont rien à envier à leurs cousines françaises, étant précisé que la “germanité” peut concerner des ressortissant de pays étrangers en raison de leur appartenance à des minorités germanophones: de nationalité étrangère au regard du droit allemand ces ressortissant ont une vocation naturelle à la nationalité allemande s’ils en font la demande.
Il s’agit d’une application extensive du concept de droit du sang, habituellement regardé comme un système qui préserve la “pureté du sang national” des influences exogènes, ce qui n’est donc pas exact dans le cas de l’Allemagne.
Bref, il est difficile d’opposer les systèmes sol/sang qui sont trop souvent perçus comme la clef de voute des identités nationale, alors que leur rôle réel semble bien plus secondaire.
@ Philarête: j’aurais dû commencer par lire cet article puisqu’effectivement vous reprenez les différentes formes de l’identité de façon explicite (l’identité qui rend identique par l’appartenance à un groupe, celle qui distingue, donc qui permet l’identification au sens policier, ou si l’on préfère l’individualisation, et l’identité ontologique, celle de l’être ou du Moi (l’individualité).
Les deux premières sont une variation sur le même thème: la taxonomie. Il s’agit de ranger dans une catégorie qui permet une identification de plus en plus fine. Par exemple, Rex est un chien, car j’ai décidé que les mammifères de sa sorte sont des chiens. C’est un berger allemand, ce qu’atteste son pédigrée, il s’appelle Rex et il est très gentil. Son tatouage permet de l’identifier en tant que chien s’appelant Rex s’il se perd.
J’ai donc trois niveaux: chien, berger allemand, Rex. Je peux en rajouter si je veux: mammifères, canidé, chien méchant ou sympa.
Mais je ne fais que de la taxonomie: j’identifie en rattachant à un groupe auquel je décide que Rex appartient, ce qui me permet de l’identifier in fine en tant qu’individu Rex grâce à son tatouage, sa morphologie particulière, son caractère, ou le simple fait qu’il accoure à l’appel de son nom.
En revanche je ne sais rien du Moi de Rex car il ne me parle pas (quoique ça se discute).
Si Rex était un homme il parlerait et j’aurais une idée plus précise de son identité au sens ontologique.
En somme j’ai donc deux types de systèmes d’identification: l’identité par appartenance à un groupe (quand j’appartiens à un groupe je me rends identique aux autres membres de ce groupe qui peut être un régiment de soldats, un club, une profession, une religion, etc).
Que j’y adhère ou non, je conserve mes caractères propres, qui permettent de m’individualiser, en ce sens l’individualisation est neutre: ma carte d’identité m’identifie, mais je ne m’identifie pas à ma carte d’identité.
Reste l’identité ontologique qui est une application du “je pense donc je suis” de Descartes. C’est mon individualité.
C’est le canevas.
La difficulté est de le faire passer au niveau collectif: une nation a deux différences fondamentales par rapport à Rex.
Rex est un chien, il n’est donc pas une fiction. Or, la nation en est une: c’est une œuvre de l’esprit (elle n’est pas soumise à droit d’auteur ce qui est rare).
Une nation parle, alors que Rex aboie: une nation est constituée de millions d’individus morts ou vivants qui ont parlé, parlent et parleront.
Comment faire pour s’y retrouver? Comment faire en sorte de trouver dans ce brouhaha un élément, un dénominateur commun qui me permette de dire “l’identité nationale c’est ça”?
Comment?
Mystère…
21 juillet 2009 at 06:03
@ Tschok :
J’ai l’impression que c’est justement cela, le piège : tenter de définir une liste de critères objectifs permettant d’identifier de façon certaine un individu appartenant à la nation française.
On reconnaît à peu près immanquablement un touriste britannique au premier coup d’oeil. Même chose avec un Allemand ou un Italien.
Sur quels critères ? Honnêtement, je n’en vois pas, sinon le très taupin : “Ben ça se voit !”
En France, le modèle (érigé en perfection universelle) est celui du droit du sol. Même si vous faites remarquer avec raison que cela ne correspond pas à la réalité, il n’empêche que c’est LE modèle-officiel-certifié-conforme-républicain-à-la-française.
Il s’ensuit que la nationalité qui l’accompagne ne peut être définie que par l’adhésion à des valeurs communes, puisque le droit du sang n’est pas sensé apparaître (en théorie). C’est d’ailleurs un poncif qu’on répète à l’envi dans tous les cours d’éducation civique et les discours politiques creux.
C’est se tromper de cible à mon sens, dans la recherche de ce qu’est une nation.
Parce qu’une nation est avant tout une appartenance. Indépendamment de ses idées, de sa religion, de sa vie, de ses choix… C’est le sentiment profond, viscéral, inconditionnel, d’appartenir à quelque chose de plus grand que soi.
Et dont on est fier. Non pas parce que cela mériterait qu’on en soit fier. Non pas qu’il y ait une supériorité objective de cette nation sur une autre. Mais parce que sa propre nation est nécessairement la meilleure. Comme un enfant considère sa mère comme la plus belle des mamans : c’est un axiome, une vérité universelle, et ça ne se discute pas. Ce n’est fondé sur aucune justification rationnelle, mais justement : une nation est, elle ne se justifie pas.
C’est peut-être parce que nous l’avons oublié que l’idée même de nation dépérit : parce qu’une nation n’est pas une adhésion à quoi que ce soit, c’est une adhésion tout court.
C’est une appartenance suffisamment évidente et déraisonnable pour qu’on y sacrifie sa vie. Parce qu’il faut aussi laisser tomber cette image d’Epinal du soldat qui meurt pour des valeurs : on se bat pour défendre ceux qu’on aime, les siens, ceux auxquels on est lié (peu importe comment)… pas pour des idées.
Quand vous êtes en train de crever de terreur sous la mitraille, au milieu des explosions et des hurlements, vous n’en avez strictement rien à cirer, de “Liberté-Egalité-Fraternité”. Par contre, vous pouvez vous raccrocher à l’idée que vous vous battez pour les vôtres (vos camarades, vos enfants…) pour les protéger, leur offrir un avenir… ou pour l’honneur de mourir avec eux. Parce que mourir ensemble, c’est mieux que mourir tout seul ou laisser mourir tout seul. C’est irrationnel, mais ça ne se discute pas.
Pour moi, l’identité nationale, c’est ce sentiment injustifiable d’appartenance à une nation, déraisonnable et viscéral. Ce quelque chose qui est, et qui ne se démontre pas. Qu’on ne parvient pas à identifier quand on se trouve entre compatriotes, mais qui permet d’identifier à coup sûr un compatriote au milieu d’étrangers. Une sorte “d’air de famille” (ou “d’air de nation”) indéfinissable mais qui ne trompe pas.
C’est également pour cette raison que je remarquais dans mon post précédent que l’appartenance à une nation, pour un “nouvel entrant”, demande nécessairement du temps, parfois plusieurs générations : il faut du temps passé ensemble, les uns mêlés aux autres, pour que finisse par ressortir cet “air de nation”… pour que se fasse l’intégration, en fait.
Finalement, une nation, plus que du sang ou des valeurs, c’est une façon d’être et une conscience d’être.
21 juillet 2009 at 06:16
Dans le même ordre d’idée, la suspension du service national a probablement causé un tort immense à l’idée de nation en France, en supprimant l’une de ses manifestations concrètes les plus visibles.
Certes, il reste la fête nationale et les commémorations des armistices. Mais ce qui unit, plus que les symboles, c’est l’expérience commune. Le service militaire, peut-être inutile en apparence, imposait un souvenir commun, une sorte de “marque de fabrique” à la française sur tous les citoyens.
De sexe masculin, parce qu’ils l’avaient vécu. De sexe féminin, parce que leurs frères/fiancés/maris l’avaient vécu et qu’elles avaient été privées de leur présence pendant la même durée.
C’est dans les joies et les difficultés partagées que naît la cohésion. Pas dans des symboles creux.
D’ailleurs, un service volontaire n’aurait pas de sens, dans la mesure où tout le monde ne serait plus égal face à la corvée.
Pour préciser le post précédent : la nation est une façon d’être et une conscience d’être, nées d’expériences et d’émotions partagées.
22 juillet 2009 at 18:55
@ AncillaDomini, com 22,
“C’est le sentiment profond, viscéral, inconditionnel, d’appartenir à quelque chose de plus grand que soi.”
Un sentiment qui peut faire peur autant qu’il soulage. Mais c’est un sentiment qui fait naître une sorte d’engouement, d’enthousiasme, de passion parfois dangereuse.
Là on aborde le côté mystique de la chose et sa dimension mythologique et psychologique: on ne parle plus du concept même de nation, mais de l’effet qu’il produit sur la psyché humaine et qui, s’il faut en croire les historiens, est une donnée récente (deux siècles?).
Vous dites que c’est une adhésion “tout court”. Je ne sais trop qu’en penser.
Voyez vous cela comme une sorte de contrat d’adhésion, un contrat auquel on ne peut adhérer qu’en l’acceptant en bloc sans pouvoir en discuter les termes? Mais dans ce cas il nous reste encore la faculté de refuser de le signer.
Voyez vous cela comme le contraire d’un contrat: un ordre auquel nous sommes tenus de nous soumettre, et que nous sommes contraints d’exécuter dans sa totalité,sans discuter et sans même pouvoir se dérober?
Dans ces deux cas nous sommes bien loin du “plébiscite permanent” qui contient quand même le germe du contractuel et de la liberté démocratique.
Si la chose est obligatoire, alors comment partager, pour reprendre votre dernier com?
Le partage de l’expérience et de l’émotion ne dépend pas d’un ordre ou d’une obligation. C’est quelque chose de spontané qui se satisfait bien mieux d’un environnement contractuel et libre que d’un carcan d’obligations imposées d’en haut.
Ou bien alors le pouvoir “nationaliste” doit organiser des grandes messes, convier ses citoyens à la célébration du partage lors de grandes fêtes patriotiques ou autres. On pourrait même brûler quelques livres histoire de mettre l’ambiance.
Je crois pas que ce soit notre style. Et surtout je ne crois pas que lors de ces grandes messes on célèbre autre chose que le culte de l’Etat, ou celui d’un parti, qui n’est pas la nation.
En fait j’ai plutôt une question à vous poser: si on vous demandait de faire l’inventaire de toutes ces expériences dans votre éducation, ou dans votre vie d’adulte, qui constitueraient d’après vous une ou des célébrations de la nation, que répondriez-vous?
Ou pour le dire plus simplement, de quelle façon célébrons nous la nation en France? De quelle façon la cultivons nous?
22 juillet 2009 at 22:05
En fait, cette appartenance à la nation, je la rapproche avec l’appartenance à une arme, à un régiment, ou à une compagnie. En plus fort, puisque la nation est plus grande, et qu’on n’en change pas.
Ce mode d’appartenance n’est probablement plus ressenti que par les militaires, c’est pourquoi j’ai tenté d’en donner une description. Mais il est difficile de rendre compte d’une transcendence qui se vit essentiellement, et reste toujours amputée si on tente de la décrire.
Je n’y vois pas du tout une adhésion par contrat. On ne choisit pas la nation à laquelle on appartient, en général.
Et si ceux qui se choisissent une nation ressentent toujours le besoin (qui peut être transmis à leurs descendants) de justifier cette appartenance, c’est justement parce qu’elle est sensée exister par elle-même et non pas être accordée. Sous cet angle, se voir accorder une nationalité est vu comme un privilège pour lequel on ressent le besoin impérieux de montrer sa gratitude.
Combien d’enfants d’immigrés naturalisés français se sont engagés dans l’armée autrefois et illustrés par leur vaillance, afin de montrer qu’ils n’avaient pas “usurpé” leur nationalité ?
D’ailleurs, n’est-ce pas implicitement ce qu’on reproche aux immigrés de 1ère, 2ème ou 3ème génération, quand on dénonce le fait qu’ils profitent des avantages de leur pays d’accueil sans rien donner en échange : ne voudrait-on pas qu’ils la “méritent”, cette nationalité ?
N’est-ce pas également le sens de la nationalité française “par le sang versé” que l’on accorde aux légionnaires étrangers qui ont été blessés en combattant pour la France ?
Parce que, comme j’ai tenté de l’exprimer plus haut, une nationalité, l’appartenance à une nation, est une sorte de privilège inné. Privilège parce que la quasi totalité des humains ne l’a pas (de fait, ils n’en ont pas besoin puisqu’ils ont la leur).
Appartenir à telle nation est un privilège, non pas en soi, mais parce que les autres ne l’ont pas. Le schéma étant le même pour la nation voisine, et toutes les nations en général.
Pour reprendre une comparaison précédente : ma mère est la plus belle, parce que c’est la mienne. La mienne rien qu’à moi et pas aux autres. Des autres qui en pensent tout autant de leur mère, parce que c’est la leur. Et chacun sait évidemment que tout cela est absolument subjectif, mais on s’en moque, parce que c’est justement là qu’est l’intérêt !
De même, appartenir à une nation, ce n’est pas objectif, c’est subjectif. Ce n’est pas un contrat, c’est un sentiment d’appartenance.
Sinon, comment expliquez-vous que des gens ayant la nationalité française (le nom sur un bout de papier, le contrat par excellence) ne se disent pas français ?
Etant donné que cette appartenance est subjective, il y a inévitablement des dérives, dans un sens ou dans l’autre.
Pour filer la métaphore, certains considèrent leur mère comme la plus belle et méprisent les autres, en oubliant que la beauté de leur mère est essentiellement subjective. Appliqué à la nation, cela donne les chauvins et les bellicistes.
Certains considèrent leur mère comme une catin et voudraient bien n’importe laquelle, pourvu que ce ne fût pas celle-là : un dégoût purement subjectif et irrationnel. Comme celui des Français qui se rêvent américains, algériens ou tibétains.
La démocratie n’a rien à voir avec l’appartenance à une nation. Un sentiment ne se vote pas. Il n’est pas politique : il est ou il n’est pas.
Pour donner un exemple concret : je suis française, j’appartiens à la nation française.
Or je suis aussi royaliste, alors que l’Etat français est une république.
Mais je me ferais volontiers couper en morceaux pour cette France républicaine : la nation française n’est pas l’Etat français.
Il n’y a pas de programme politique ni de régime dans l’idée de nation. C’est une appartenance, comme l’appartenance à une famille : on ne choisit pas d’y être né, on peut la rejeter (“je n’ai jamais fait partie de la famille”, “j’en ai assez de cette famille”), on peut souffrir d’être une “pièce rapportée” et vouloir mériter sa place. Et quand on sait en faire partie, on n’hésite pas à mourir pour la protéger. Spontanément.
“Si la chose est obligatoire, comment la partager ?”
Eh bien, elle n’est pas obligatoire, justement, comme je viens de le dire au-dessus : c’est un sentiment, et ceux qui ne le partagent pas s’en excluent de fait.
“Voyez vous cela comme le contraire d’un contrat: un ordre auquel nous sommes tenus de nous soumettre, et que nous sommes contraints d’exécuter dans sa totalité,sans discuter et sans même pouvoir se dérober?”
Le totalitarisme que vous décrivez est une perversion de l’idée de nation, en ce qu’il l’assimile à une liste de principes objectifs et obligatoires, alors que c’est une appartenance subjective (cf. plus haut royalisme/république).
“Et surtout je ne crois pas que lors de ces grandes messes on célèbre autre chose que le culte de l’Etat, ou celui d’un parti, qui n’est pas la nation.
[...] Ou pour le dire plus simplement, de quelle façon célébrons nous la nation en France? De quelle façon la cultivons nous?”
La nation était célébrée “concrètement” autrefois lors de la Fête nationale et de la commémoration des armistices. Ceux qui avaient vécu la guerre étaient unis par leur expérience commune : avec deux générations de paix, ces fêtes ont tout naturellement perdu leur sens. Ou plutôt, elles n’en ont jamais véritablement eu que pour la génération de nos grands-parents et arrière-grands-parents.
Il s’agit plus d’avoir conscience d’être un tout uni que de veritablement “exalter” la grandeur de la nation (sinon, on retombe dans le bellicisme et le chauvinisme).
Ce sentiment d’union nationale naît parfois spontanément, comme lors de la victoire de la Coupe du monde de football 1998 en France (liesse nationale), ou de la chute du Concorde à Gonesse (consternation nationale). Ou lors de la tempête de 1999-2000 qui a touché presque toute la France. Ou, pour les Américains, après la chute des tours jumelles.
C’est l’instant de conscience où l’on s’aperçoit qu’on appartient à quelque chose, à un groupe humain particulier, et que ce groupe humain vient d’être touché.
C’est aussi ce qui se produit quand des Français bondissent en voyant insulter ou brûler leur drapeau : parce que plus qu’un morceau de tissu, c’est toute la nation française qu’on insulte. Et c’est parce qu’on se sent visé, comme faisant partie de cette nation, qu’on est offensé.
C’est ce qui explique la haine des combattants de toutes les conscriptions pour “les embusqués” qui font les beaux à l’abri pendant que “le peuple français” se fait tuer : implicitement, ils ne méritent pas leur nationalité.
Je ne crois pas que la nation puisse se cultiver individuellement. Ce sentiment d’appartenance naît des expériences communes, même les plus atroces (cf. le resserrement de la nation rwandaise après le génocide).
C’est pourquoi le service national était important. Et c’est pourquoi aussi l’idée de nation meurt en France : nous ne partageons presque plus rien, depuis des années.
Elle renaîtrait probablement naturellement si une guerre touchait directement le territoire métropolitain (bizarrement, la nation se réveille mieux dans l’adversité que dans la joie)… A vrai dire, je ne vois pas autre chose. Bismarck n’avait probablement pas vu autre chose que la guerre non plus, puisque c’est la raison pour laquelle il a suscité la Guerre de 1870-71 : unifier la nation allemande dans la victoire contre la plus grande puissance militaire du monde.
22 juillet 2009 at 22:19
Notez que le sentiment d’appartenance à une nation n’est pas lié à l’affection ou à l’estime que l’on a (ou pas) pour ses compatriotes.
Pour revenir à un des exemples ci-dessus, la quasi totalité des Français n’ont aucune estime pour les catho-tradis royalistes, qui eux-mêmes n’en ont aucune pour les communistes laïcards… le républicain moyen n’appréciant d’ailleurs aucun des deux. Cela n’empêche pas tout ce beau monde de faire partie d’une seule et même nation, et de le reconnaître.
Les résistants de toutes obédiences ont mis de côté autant que possible leurs querelles pour s’unir contre l’occupant allemand de 1940 à 1945 : c’était bien la défense de la nation qui primait.
Lorsque ces querelles suffisent à s’étriper entre compatriotes, c’est que l’idée de nation est pervertie, et confondue avec un régime ou un parti. L’idée “d’ennemi de la nation” émerge alors, qui ne présage rien de bon sur la suite des évènements…
24 juillet 2009 at 19:15
@ AncillaDomini,
Je vous remercie pour cette réponse très complète.
Vous êtes donc beaucoup plus dans une logique d’appartenance plutôt qu’un système disons “ontologique”.
C’est une façon de voir que je conçois parfaitement bien que cela ne soit pas vraiment la mienne.
En particulier, et même en me situant sur le strict plan de la logique d’appartenance, j’ai du mal à concevoir la nationalité (définit, donc, comme l’appartenance à la nation) comme un privilège ou à quelque chose qui se mérite.
Par ailleurs, je ne suis pas certain de partager votre optimisme en matière d’union nationale devant l’adversité. Je crois, par exemple, que l’unité nationale de la Résistance, telle que vous la décrivez, appartient largement à une histoire officielle qu’on n’ose même plus enseigner de nos jours à l’école, tant elle relève du mythe.
Mais n’êtes vous pas plutôt en train de parler d’une nation en armes, et pas d’une nation tout court?
Après tout, la nation est aussi un concept pacifié de nos jours. Elle ne sert pas qu’à faire la guerre. Non?
30 août 2009 at 19:38
Une critique intéressante des thèses de Detienne eût prise en compte les deux livres qu’il a publié sur ce sujet (Le mystère de l’identité nationale et celui sur l’autochtonie), car une tribune mondaine n’a pas l’ambition d’être définitive sur le plan des idées (c’est plus rapide à lire et plus simple à démolir).
30 août 2009 at 20:02
Il n’y a pas plusieurs concepts de l’identité mais un seul : c’est ce qui fait qu’une chose est la même qu’elle-même – votre généalogie est au passage fantaisiste : vous croyez sérieusement qu’ “au début du XXième siècle” on s’est mis à se demander qui on était ? Citez à tout le moins un texte qui fasse état de ce retournement spectaculaire ! L’identité peut être collective (e.g. nationale) ou individuelle (personnelle) : c’est sa qualification qui la fonde – le second terme. Ainsi, l’identité nationale est définie par l’idée de nation (c’est en fait ce que vise Detienne), l’identité personnelle par la personne singulière. Ce que conteste Detienne c’est qu’on puisse concevoir une nation comme on conçoit un individu : par une identité stable et immuable (pléonasme). Car pour lui définir la nation c’est immobiliser ce que l’histoire a construit : c’est une supercherie qu’il convient de démasquer (à la fin du XIXième, parler de nation c’était jouer au nationaliste). Detienne prend bien soin de ne pas se revendiquer d’aucun universalisme, mythologie dont vous le chargez bien imprudemment. Il s’agit pour lui de montrer que l’identité nationale est inacceptable en tant qu’elle obéit à des décisions politiques et non à une nature véritable (l’activité du ministère qu’il vise le montre d’ailleurs : il ne s’agit pas de dire ce qu’est l’identité nationale mais de mener certaines actions à l’égard des étrangers sur le territoire national afin de valoriser un sentiment politique : “ici on se mélange pas avec n’importe qui”). Le mieux est de lire les deux livres cités supra, les pages Débats du Monde, c’est pour le tout-venant qui croit naïvement que les grandes idées tiennent en dix lignes.
31 août 2009 at 09:04
@ Bardamu, # 29
Je vous remercie de ces objections qui vont au cœur du problème. Je vais tâcher d’y répondre, en reprenant votre commentaire.
Pardonnez-moi si je suis lent d’esprit, mais je ne comprends pas du tout le sens du concept ainsi décrit. Que veut dire qu’une chose est la même qu’elle-même? Je veux dire, en quoi cette tautologie n’est-elle pas entièrement vide? Est-ce que je dis quelque chose de signifiant lorsque j’énonce que ce cheval est le même que lui-même? Je ne crois pas.
Pour pouvoir manier un concept d’identité tel que celui que vous visez, il faut avoir deux choses apparemment distinctes, dont l’examen révèle qu’elles ne font qu’une. Il faut donc qu’elle soit saisie sous deux «descriptions» différentes. Par exemple, je peux avoir lu un livre de M. Emile Ajar et un livre de M. Romain Gary, et découvrir soudain que l’auteur de La vie devant soi (Emile Ajar) est en réalité le même écrivain que l’auteur de Lady L (Roman Gary). Je découvre l’identité de deux écrivains, c’est-à-dire que ces deux écrivains sont une seule et même personne. Ce pourquoi on a l’habitude aujourd’hui de préciser toujours qu’une chose A n’est jamais «la même» (tout court) qu’une chose B: elle est toujours le même X (le même animal, le même pays, le même outil, etc.) que B. Pour reprendre l’exemple classique du logicien G. Frege, Phosphorus est la même étoile qu’Hespérus (mais, par exemple, Phosphorus n’est pas le même mot du dictionnaire qu’Hesperus).
Ça, c’est le concept normal d’identité, celui qui intéresse les philosophes et les logiciens depuis l’époque de Platon. Il est vrai que les vieux manuels de logique (ceux qui reprennent des idées confuses du 19e siècle) mentionnent parfois une «relation d’identité» dont le signalement est celui que vous donnez: la relation qui fait qu’une chose est la même qu’elle-même. Mais cette «relation» est une pure chimère, heureusement délaissée. C’est une chimère, car elle repose sur l’illusion qu’on a réellement réussi à distinguer la chose d’elle-même, pour la mettre ensuite «en relation» avec elle-même. Mais si, par exemple, vous tenez un livre entre les mains, et que vous prétendez vous aviser que ce livre est le même que lui-même, vous n’avez rien découvert, rien pensé, ni rien dit. Il manque à la situation le minimum de pluralité réelle qui donne un sens au concept d’identité.
On ne s’est bien sûr pas mis à se demander qui on était au début du XXe siècle. Mais ce n’est pas ça que j’ai dit: j’ai dit qu’on avait commencé, à cette époque, à dire que cette interrogation fort légitime (et ancienne) était une interrogation sur l’identité. Ce qui est nouveau, c’est d’appeler cette quête une quête de l’identité. Le fait que le mot s’impose aujourd’hui avec une telle évidence, pour désigner ce type d’enquête, atteste la fortune de ce nouveau concept. On parlait auparavant d’une enquête sur le caractère propre, sur la personnalité, sur l’essence peut-être, ou sur la conscience de soi.
Le nouveau concept d’identité, dont la généalogie a été souvent étudiée, semble remonter aux travaux du psychanalyste Erik Erikson. C’est lui qui, le premier, a parlé de «crise d’identité» pour décrire certains troubles typiques de l’adolescence (on sait que cet âge de la vie avait été presque totalement ignoré, dans sa spécificité, par le grand Freud, et c’est le mérite d’Erickson d’en avoir théorisé les enjeux, d’ailleurs en s’appuyant sur divers travaux de Freud, dont la théorie des «identifications» et des «projections».
Ce qu’Erikson a montré, c’est que l’adolescence correspond au moment où celui qui n’est plus un enfant, et pas encore un adulte, se demande qui il est et qui il «veut» être, ce qu’il va assumer de son héritage et ce qu’il doit abandonner. Pour des raisons complexes, Erikson décida d’appeler cela la «crise d’identité», et le mot fit fortune. Il s’introduisit rapidement dans les sciences sociales, et prit le sens qu’on lui connaît aujourd’hui. Il suffit de prendre n’importe quel dictionnaire du début du XXe siècle pour constater que ce sens n’existait pas à l’époque — je vous laisse faire l’essai.
[Note biblio-cuistre: je résume ici à très gros traits l'étude de référence sur l'histoire du mot «identité» au sens actuel — celui des sciences sociales — qui est un article de Ph. Gleason, «Identifying Identity: A semantic history», Journal of American History 6 (1983), p. 910-931. On trouve facilement en ligne un travail plus récent, qui conclut dans le même sens (l'attribution à E. Erikson de la paternité du concept), de James D. Fearon, «What is identity (as we now use the word)?»]
Bien entendu, ce sens n’est pas le sens classique — par où deux descriptions différentes renvoient à une seule et même chose. Le sens nouveau est: ce qui fait qu’une chose — en général, on restreint le nouveau concept aux êtres conscients d’eux-mêmes — est ce qu’elle est; plus précisément: ce qui remplit la conscience d’un être lorsqu’il pense à ce qu’il est, c’est-à-dire l’image qu’il a de lui-même et qui lui paraît constituer le «fond» spécifique de sa personnalité, en fonction duquel il entend prendre position dans l’existence et s’orienter dans la vie.
Ce qui m’étonne, ici, c’est que vous pensiez pouvoir ainsi opposer une nation et un individu. Alors ainsi, une personne quelconque serait dotée d’une «identité stable et immuable»? Mais la logique même du concept d’identité ici mobilisé est justement de nier cette immutabilité! Les individus ont eux aussi une histoire, vous savez, et une histoire qui les construit (ou les détruit…).
Si une «identité» devait être cela, il faut évidemment la dénier non seulement aux nations, mais aux individus eux-mêmes — et ça m’étonnerait beaucoup que Detienne n’en soit pas parfaitement convaincu.
En revanche, il n’est pas si facile que cela de se passer du concept moderne d’identité, que ce soit pour parler des individus ou des nations (ou d’ailleurs de n’importe quelle entité collective, équipe de football, parti politique, Eglise, cité, communauté ethnique, etc.) Si ma «généalogie» n’est pas aussi fantaisiste que vous semblez le penser, il faut reconnaître que le concept n’est pas une invention des policiers ou des régimes nationalistes, mais des sociologues, des anthropologues et des psychologues: pas vraiment le genre de personnes à traquer les suspects ou à manipuler l’histoire…
Il se trouve juste que le concept est devenu nécessaire, à un moment de l’évolution des sciences sociales, pour rendre compte d’un certain nombre de phénomènes dont le trait commun est de mettre en jeu la relation d’un individu à son (ou ses) groupe(s) d’appartenance — ce pourquoi, d’ailleurs, on parle souvent dans ces milieux d’identité «psycho-sociale».
Je ne crois pas qu’il s’agisse d’une «mythologie», mais j’avoue ne pas voir comment Detienne pourrait critiquer la notion d’identité nationale comme il le fait, sans la conviction qu’au fond, il n’existe que des individus humains, pas des peuples, des nations ou des ethnies. C’est une forme d’universalisme (l’humanité commune prime sur la particularité), je n’y peux rien (et ce n’est pas infamant d’être universaliste).
Démasquons donc toutes les supercheries: celle des nationalistes, si vous voulez, mais aussi celle dont la tribune de Detienne me semble un échantillon exemplaire. Je ne doute pas que ses livres sont autrement mieux argumentés: mais dès lors qu’un savant de sa catégorie prend la parole dans une tribune publique, il doit en assumer les conséquences. Ce serait pitoyable de sa part de répondre à des objections en disant «mais vous n’avez pas le droit ne me réfuter sur ce petit texte, lisez donc mes gros livres!». Si c’est cela qu’il pense, alors il n’a qu’à pas écrire dans Le Monde, et se contenter de faire des gros livres.
Moi, je fais un blog, et j’assume ce que j’écris dans mes billets: vos critiques m’ont stimulé et conduit à essayer de préciser certains points, mais sans doute auriez-vous pensé que je me défilais lamentablement si, au lieu de tenter de vous répondre, je vous renvoyais, que sais-je?, à mes livres, à mes cours ou à mes articles. D’ailleurs, les grandes idées tiennent bien sûr en dix lignes, et parfois en beaucoup moins — et j’aimerais bien en avoir plus, des grandes idées, pour réussir à m’exprimer plus succintement!
Je retiens bien entendu la suggestion de lire aussi les plus gros livres de Detienne.
1 septembre 2009 at 13:47
@ Bardamu,
Mince! Et moi qui croyait naïvement que les pages débat du Monde c’était pour les intellos qui pensent (un intello, ça pense, ça croit pas) que même les idées les plus simples tiennent en 10 pages!
On est toujours le naïf d’un autre finalement.