
Descartes, par Franz Hals
Les aimables contraintes de la vie universitaire, en m’empêchant de poursuivre pour l’instant la réflexion sur Internet et la démocratie, me donnent l’occasion de lire abondamment Descartes. C’est un exercice auquel je ne m’étais pas livré depuis longtemps, et qui procure des satisfactions dont je n’avais plus idée. Stimulé peut-être par les échanges qui ont lieu ici même autour de la notion de communauté, j’ai été frappé de la constance et de la fermeté des idées de Descartes en matière politique. Elles ne ressemblent pas à l’image qu’on s’en fait habituellement.
Pour nous, Français, Descartes appartient non seulement à notre patrimoine intellectuel, mais à notre légende nationale. Consciemment ou non, nous tendons à faire remonter jusqu’à lui les origines de la Révolution française. Une fois encore, Condorcet est un admirable témoin de cette filiation imaginaire, par laquelle l’acte inaugural cartésien, la position d’un sujet conscient de lui-même, annonce déjà le sujet des droits de l’homme et la remise en cause des autorités traditionnelles. Dans son Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, après avoir salué la contribution de Francis Bacon et de Galilée au recul de la superstition, il exalte en ces termes l’œuvre de Descartes :
Il agita les esprits, que la sagesse de ses rivaux n’avait pu réveiller. Il dit aux hommes de secouer le joug de l’autorité, de ne plus reconnaître que celle qui serait avouée par leur raison ; et il fut obéi, parce qu’il subjuguait par sa hardiesse, qu’il entraînait par son enthousiasme.
L’esprit humain ne fut pas libre encore, mais il sut qu’il était formé pour l’être.
Descartes est l’instigateur, le véritable pédagogue de la modernité. En ne reconnaissant sur l’homme que l’autorité de la raison, il préparait les peuples à secouer le double joug de la superstition et du despotisme, c’est-à-dire celui des prêtres et celui des rois. C’est pourquoi la dernière « époque » du Tableau historique est celle qui va « depuis Descartes jusqu’à la formation de la République française ». Maurice Thorez, alors secrétaire général du PCF, pouvait se vanter d’en avoir sous le pied, lorsqu’il exaltait, en 1946, « la force révolutionnaire » contenue dans l’appel de Descartes à la raison…
Il est à peine besoin de remarquer que cette vision d’un Descartes pré-révolutionnaire fut endossée sans hésitation par les penseurs contre-révolutionnaires, et plus largement par les « anti-modernes » : on songe au fameux livre de Jacques Maritain, Trois Réformateurs, qui fait de Luther, Descartes et Rousseau les fourriers successifs de « l’individualisme » qui synthétise tous les maux de la modernité.
En général, cependant, la généalogie cartésienne de la Révolution ne s’intéresse pas aux idées politiques de Descartes. C’est sa métaphysique qui est invoquée, en tant que celle-ci met l’évidence indubitable de l’existence personnelle (« je pense, donc je suis ») au fondement de toute connaissance certaine. On ne nie pas, habituellement, que Descartes fut, en matière pratique, un authentique conservateur ; mais on suggère qu’il est cohérent de prolonger sa pensée au-delà d’elle-même, et d’étendre les principes de sa métaphysique à la subversion de toutes les autorités constituées. Elles aussi, comme les docteurs de la scolastique, doivent être tôt ou tard convoquées devant le tribunal de la raison. Si Descartes ne l’a pas fait, du moins se croit justifié de dire qu’il aurait dû le faire, et que ceux qui, plus tard, le feront pour de bon, pourront à bon droit se réclamer de l’héritage cartésien.
Il n’est sans doute pas illégitime de s’interroger sur les « conséquences politiques de Descartes ». Si je devais le faire, si je devais réfléchir à ce que les idées bien connues de Descartes impliquent dans l’ordre politique, ce n’est pas immédiatement à la contestation des autorités traditionnelles que je songerais. Je verrais d’abord en Descartes le défenseur de la « lumière naturelle » de l’esprit humain : quelqu’un qui pense que tous les esprits convergent vers le vrai, et que, par conséquent, l’accord raisonnable est toujours possible. Cette idée ne s’oppose pas d’abord à l’autorité constituée : de façon bien plus immédiate, elle s’oppose au postulat de divergence qu’on voit à l’œuvre chez un penseur comme Hobbes, dont on a déjà un peu parlé.
Si l’intérêt propre est le moteur exclusif de l’action humaine, si chacun ne cherche que ce qu’il croit être son bien particulier, si la raison n’est qu’un instrument au service des désirs, alors la politique doit être ce qu’elle est pour Hobbes : l’ordre coercitif qui, par la crainte du châtiment, empêche les individus de se nuire les uns aux autres. Alors il n’y aurait de justice que dans la force, de droit que dans le fait : aucun idéal transcendant de justice et de vérité ne pourrait jamais servir de pierre de touche pour évaluer l’ordre politique réel. Si, en revanche, il existe quelque chose comme une lumière naturelle qui éclaire chaque esprit, si la vérité est en droit accessible à tous, alors on peut concevoir une société politique où la discussion raisonnable, la confrontation argumentée des points de vue, peuvent guider la délibération collective. Alors on peut vouloir qu’une autorité soit juste et non seulement forte, qu’un pouvoir soit respecté et non seulement craint.
Ce disant, je ne fais qu’envisager spéculativement ce que la pensée de Descartes, dans son noyau scolaire – ce que, peut-être, nous avons retenu des premières leçons de philosophie en classe de Terminale – pourrait impliquer dans l’ordre politique. Quant à savoir si ce que pensait réellement Descartes par ailleurs, lorsqu’il abordait le domaine politique, s’accorde avec cette hypothèse, c’est une question bien épineuse, et d’autres bien plus savants que moi s’y sont essayés.
Cela ne doit pas pour autant détourner le lecteur curieux des quelques textes où, de fait, Descartes parle de politique. On peut toujours les lire naïvement, et même y trouver matière à réflexion, quitte à oublier ce qu’on sait, ou croit savoir, à propos de leur auteur. Pour le dire d’un mot, il me semble que ces textes invitent à se défaire du lien tenace que nous établissons entre Descartes et l’individualisme. En politique, Descartes est tout sauf individualiste : c’est un penseur de la totalité, c’est-à-dire de l’appartenance des personnes singulières à des touts qui les dépassent et dont elles reçoivent de plus grands biens qu’elles ne pourraient jamais se procurer par elles seules.
Ainsi de ce texte admirable, qu’on trouve dans la correspondance de Descartes avec la princesse Elizabeth, à la date du 15 septembre 1645 :
Après qu’on a ainsi reconnu la bonté de Dieu, l’immortalité de nos âmes et la grandeur de l’univers, il y a encore une vérité dont la connaissance me semble fort utile : qui est que, bien que chacun de nous soit une personne séparée des autres, et dont, par conséquent, les intérêts sont en quelque façon distincts de ceux du reste du monde, on doit toutefois penser qu’on ne saurait subsister seul, et qu’on est, en effet, l’une des parties de l’univers, et plus particulièrement encore l’une des parties de cette terre, l’une des parties de cet État, de cette société, de cette famille, à laquelle on est joint par sa demeure, par son serment, par sa naissance. Et il faut toujours préférer les intérêts du tout, dont on est partie, à ceux de sa personne en particulier ; toutefois avec mesure et discrétion, car on aurait tort de s’exposer à un grand mal, pour procurer seulement un petit bien à ses parents ou à son pays ; et si un homme vaut plus, lui seul, que tout le reste de sa ville, il n’aurait pas raison de se vouloir perdre pour la sauver. Mais si on rapportait tout à soi-même, on ne craindrait pas de nuire beaucoup aux autres hommes, lorsqu’on croirait en retirer quelque petite commodité, et on n’aurait aucune vraie amitié, ni aucune fidélité, ni généralement aucune vertu ; au lieu qu’en se considérant comme une partie du public, on prend plaisir à faire du bien à tout le monde, et même on ne craint pas d’exposer sa vie pour le service d’autrui, lorsque l’occasion s’en présente ; voire on voudrait perdre son âme, s’il se pouvait, pour sauver les autres.
On peut lire ce fragment comme une exaltation de l’austère vertu romaine, si chère à l’âge classique, ou comme une anticipation de Rousseau, qui dira que « le bon s’ordonne par rapport au tout, et que le méchant ordonne le tout par rapport à lui ». La phrase finale n’est pas non plus exempte d’échos évangéliques. On est loin, en tous cas, de l’individualisme, dont la formule est que chacun est un tout pour lui-même : ici, chacun, bien qu’étant évidemment une « personne séparée des autres », doit se concevoir comme une partie d’un tout, et celui-ci s’appelle tantôt État, tantôt société, tantôt famille, dont les intérêts prévalent sur ceux de la partie. J’aime cependant, et je crois que c’est une empreinte typiquement cartésienne, la mention de la « mesure et discrétion », qui ne se retrouvera guère chez Rousseau quand il évoquera le nécessaire dévouement du citoyen à sa patrie. Et je goûte la richesse savoureuse de ce français d’Ancien régime, où les mots de « demeure », de « serment », de « naissance », où « l’amitié », la « fidélité » et la « vertu » semblent encore pleins de sève, chargés de significations intensément concrètes.
Dès que le temps me le permettra, je tâcherai de citer quelques autres textes, qui montrent que cette approche de la politique en termes d’intégration des parties dans le tout s’articule, chez Descartes, à une pensée de l’amour. En attendant, à défaut d’avoir à exposer ma vie pour le service d’autrui, je dois retourner à la préparation de mes cours. Ce sont les modestes intérêts du tout auquel me lie ma profession qui doivent, ici et maintenant, primer sur le plaisir que j’ai à batifoler dans les bas-côtés du cartésianisme.
19 octobre 2009 at 10:10
Quoi, Philarête? Tu dis du bien de Descartes? Tout arrive!
19 octobre 2009 at 13:16
Merci à Philarète pour ce beau billet : une excellente façon de célébrer, en ce 19 octobre, la saint René.
Descartes faisant partie de mes “auteurs de chevet”, je me permets, pour une fois, d’intervenir un peu longuement sur ce blog.
@ Physdémon : Il me semble que lorsqu’on a “l’esprit bon” (comme Philarète) et qu’on “lit abondamment” Descartes (comme Philarète encore) il est difficile de ne pas en penser au moins un peu de bien. C’est tout de même de la pensée “très haut de gamme”, formulée avec une attention à la “clarté et distinction” des idées qui fait défaut à bien d’autres philosophes. En particulier, une telle (re)lecture de Descartes amène à reconnaître qu’une bonne partie des caractéristiques du “cartésianisme” tels que l’ont compris ses partisans “modernistes” aussi bien que ses adversaires “anti modernes” n’a qu’un lointain rapport avec la pensée de Descartes considérée en elle-même.
Philarète l’explique très bien dans ce billet, à propos de l’individualisme ou de la posture philosophiquement a-sociale généralement prêtés à Descartes. Lui attribuer de telles thèses repose, je crois, sur deux simplifications.
• Il y a effectivement chez Descartes un “grand moment de solitude” délibérée : celui du doute dit “hyperbolique”. Mais il ne s’agit qu’un d’un moment, artificiellement provoqué, qui se justifie par des considérations de méthode et dont il est entendu qu’il doit être dépassé. Bref, quand on a fini de douter (ce qui, chez Descartes, arrive assez vite), il n’y a aucun problème pour réintégrer une dimension sociale ou politique dans les réflexions philosophiques. C’est même sans doute une exigence.
• On a eu tendance à identifier la “pensée” ou la “philosophie” de Descartes à sa seule métaphysique, ce qui est réducteur. Dans les “Méditations métaphysiques”, qui présentent, comme leur nom l’indique, sa “métaphysique”, Descartes ne parle effectivement presque pas d’autrui (hors quelques fameux passages sur les fous, les manteaux et les chapeaux, etc.), ni de la société, ni de la politique, etc. Mais selon Descartes, la métaphysique n’est qu’une partie de la philosophie : avant de dire que Descartes ignore autrui, le social, la politique, etc., il faut aller vérifier que c’est aussi le cas dans les autres parties de sa philosophie. Et là, un certain nombre d’évidences ou d’idées reçues sur le “cartésianisme” se compliquent. Par ailleurs, le fait que la question du “rapport à autrui” (pour le dire vite) ne soit pas abordée dans des méditations “métaphysiques” signifie peut être que cette question n’est précisément pas de celles qu’on peut bien traiter avec les outils et les démarches propres à la métaphysique (laquelle constitue tout de même, et sans rentrer ici dans les détails, une façon assez particulière de faire de la philosophie) = que c’est dans d’autres domaines ou sections de la philosophie (par exemple la morale, la politique) qu’il faut prioritairement envisager cette question pour bien y réfléchir. Le fait que le texte cité par Philarète appartienne à la correspondance de Descartes avec la princesse Elisabeth, c’est-à-dire à des textes où le philosophe aborde justement des questions de “morale”, n’est pas insignifiant. Et l’on peut se demander si l’une des sources de l’individualisme moderne, en tant qu’il se réclame parfois de Descartes, ne réside pas dans le fait d’avoir envisagé la question de la “subjectivité” de façon trop exclusivement “métaphysique”. De ce point du vue, le problème de l’individualisme moderne ne serait pas, comme on le dit parfois, d’avoir “oublié la métaphysique”, mais au contraire d’en avoir trop fait, ou d’avoir négligé de compléter l’approche métaphysique de la réalité par d’autres points de vue qu’on peut avoir sur elle. Si jamais cela intéresse quelqu’un, je pourrais à l’occasion essayer de préciser ce dernier point, mais je ne suis pas sur que mes idées à ce sujet soient parvenues au degré de clarté et de distinction qui convient.
Pour finir, deux suggestions de lecture. Pour prolonger la citation donnée Philarète, il me semble que la correspondance entre Descartes et Elisabeth (éditée par ex. à part en “garnier-flammarion”, avec une très bonne introduction de M et JM Beyssade) est une bonne et agréable façon de prendre contact avec cet “autre Descartes” évoqué dans ce billet. En plus, c’est écrit dans une langue absolument magnifique. Sur la façon dont “Descartes appartient non seulement à notre patrimoine intellectuel, mais à notre légende nationale”, et sur les multiples et plastiques figures du “cartésianisme” en France du XVIIe siècle à nos jours, voir le très bon livre de François Azouvi, Descartes et la France, Histoire d’une passion nationale (Fayard).
Bonne saint René à tous !
19 octobre 2009 at 13:47
à wendrock,
merci pour ces beaux développements sur Descartes, qui m’auraient convaincu de l’excellence de sa pensée, si je ne l’étais déjà…
19 octobre 2009 at 20:22
Merci à Wendrock pour son intervention: je n’en attendais pas moins de lui! Et les précisions qu’il apporte sont non seulement bienvenues, mais salutaires. Je compte puiser abondamment dans la correspondance de Descartes avec Elizabeth pour poursuivre un peu la route avec lui, Dieu aidant et si les «aimables contraintes» me le permettent.
Je ne m’étais même pas aperçu que c’était la saint René!
Quant au livre d’Azouvi, c’est en effet une mine. J’ai hésité, puis renoncé, à en extraire cette autre superbe citation de Thorez, qui résume bien l’équivoque que j’évoque en commençant:
19 octobre 2009 at 20:47
à Wendrock et Philarête
parmi les bonnes thèses de Descartes pas assez exploitées, il y a aussi la théorie de la perception de la VIème méditation.
Descartes y développe une théorie pragmatique de la perception, disant que la perception ne nous fait pas voir les choses telles qu’elles sont mais telles qu’elles nous sont ordinairement utiles pour les commodités de la vie.
Du même coup, il y a place chez Descartes pour toute une connaissance probable, qui n’a pas la certitude de la science, mais a une certaine valeur pragmatique en dépit de son incertitude théorique. C’est important pour développer une théorie de l’action…
Voilà qui complète les belles pages du Discours de la méthode sur la maxime de résolution. On savait par le Discours qu’il était possible et même nécessaire d’agir avec résolution même dans l’incertitude. Avec la théorie de la perception de la VIème méditation, on découvre qu’il y a place pour une théorie cartésienne de la “prudence”.
En somme, le cartésianisme ne se contente pas d’osciller entre le zéro du doute hyperbolique et l’infini de la certitude métaphysique: il offre aussi la possibilité de penser l’entre deux du probable, dans le cadre particulier d’un savoir proportionné aux besoins de l’action.
20 octobre 2009 at 10:22
Un savoir proportionné aux besoins de l’action???
Oh?
Évidemment! (chuis con)
Tout le monde sait qu’Enstein s’est dit: “je découvre la théorie de la relativité et puis après, c’est promis, je m’arrête”.
20 octobre 2009 at 16:46
Qu’il est taquin ce tschok!
20 octobre 2009 at 20:33
à Tschok,
Si vous pensiez à la bombe atomique comme application de la physique d’Einstein, j’en ai une autre version plus cartésienne:
“je pense, donc je nuis”.
20 octobre 2009 at 20:50
Dans la même veine, il y a le mot de Desproges, qui attribuait aux intellectuels rive gauche la devise suivante : “je pense donc tu suis”.
20 octobre 2009 at 22:02
Il y en a plein : “ Je pince ” ou “ Je ponce, donc je suis ”, dit le bricoleur ; “ J’éponge, donc j’essuie ”, dit le garçon de café ; “ Je panse, donc je suis ”, dit l’infirmière ; “ Je pense qu’on me suit ”, dit le paranoïaque ; “ Je passe ou je suis ”, dit le joueur de poker ; “je dépense donc je suis” dit-on pendant les soldes ; “ Je pense, donc je boude ”, dit l’amateur de contrepèteries, etc.
Vous m’en donnez d’autres pour ma collection ?
On entend ou trouve donc ce genre de calembour aussi bien sur des blogs de haut niveau intellectuel que dans de joyeux repas de famille. Cela montre sans doute que le “cogito” est un des rares, sinon le seul, énoncés de philosophie a être devenu réellement “populaire”. C’est un beau destin pour une proposition philosophique.
20 octobre 2009 at 22:48
Pour moi, l’infirmière dit même: «je panse, donc j’essuie». Prophylaxie oblige. Le fiévreux dit aussi: je pisse, donc je sue.
Reste à savoir si nous sommes ici sur un blog de haut niveau intellectuel ou dans un joyeux repas de famille…
21 octobre 2009 at 00:03
N’oublions pas non plus la devise de l’intellectuel déserteur:
“je pense, donc je fuis”;
celle de l’éphèbe à la une de Têtu:
“je pose, donc j’en suis”;
et celle du Père-la-morale:
“je tance, donc j’ennuie”;
Maintenant, la très haute considération que j’ai pour Philarête et la simple bienséance m’obligent à taire la devise du pétomane hurleur et celle de Rocco Priapik!…
21 octobre 2009 at 08:31
Ce blog n’est sans doute pas d’un haut niveau culturel puisque je le lis régulièrement, à moins que ma présence ne fasse baisser la moyenne. Encore que je suis relativement intelligent, compte tenu de l’étendue de ma bétise.
21 octobre 2009 at 13:28
@Physdémon : vous avez oublié “Plus je pense, moins je suis” de Pierre Reverdy.
Sujet de dissert de philo d’hypokhâgne.
21 octobre 2009 at 13:36
à Novice:
Sans oublier M. Mékeskidi:
“plus vous pensez, moins je vous suis”
21 octobre 2009 at 14:10
A Philarête,
Je m’en voudrais d’avoir détourné l’attention sur des futilités.
Car il y a un problème de fond à soulever:
Descartes reprend à son compte des préceptes de morale stoïcienne: l’individu doit savoir se sacrifier au tout dont il fait partie. Vouloir le bien consistera à toujours subordonner son intérêt particulier à l’intérêt du Tout (la famille, la cité, l’ordre cosmopolitique, le cosmos).
Mais si Descartes reprend en surface une morale d’inspiration stoïcienne, (exigence de subordination de la partie au tout), il change radicalement la vision du monde qui servait de justification à cette morale:
-pour les stoïciens, le “principe hégémonique”, c’est-à-dire la “partie directrice de l’âme” est une partie du “Feu artiste”, ‘”l’Energie créatrice”, le “Zeus des philosophes”) dont est constitué le Principe directeur qui a produit le cosmos.
-de même pour eux, le cosmos est une totalité organique, c’est à dire un être vivant dont chaque partie contribue à la vie du tout et n’a d’existence que par sa participation à la vie du tout.
Par conséquent en sacrifiant sa personne au Grand Tout, le sage stoïcien agit conformément à sa propre nature qui est d’être et de se savoir identique en son essence au Principe directeur du Cosmos.”Vivre en accord avec la nature”, “avec le cosmos”, c’est être “en accord avec la Raison universelle” qui n’est autre que ce en quoi le principe directeur de l’âme s’identifie au Principe directeur du Cosmos.
Or, Descartes achève de détruire la cosmologie et la psychologie panthéistes qui fondaient la morale stoïcienne.
_ en identifiant l’âme à la conscience, radicalement distincte en son essence de l’Essence du Dieu créateur (en quoi descartes est chrétien);
_ en élaborant une physique mécaniste qui ruine la cosmologie organiciste des stoïciens.
Du coup, la sagesse stoïcienne se trouve privée de son support dogmatique.
Cela n’est pas gênant tant que la morale de Descartes n’est qu’une “morale provisoire” (ou “par provision”).
Mais s’il s’agit d’une morale définitive, on se demande alors ce qui permet de la justifier, d’un point de vue cartésien, sachant que d’après la Lettre-Préface aux “Principes de la philosophie” la morale doit pouvoir recevoir ses principes d’une métaphysique et d’une physique.
En somme la question est la suivante: est-ce que la morale cartésienne est un rejeton de la morale stoïcienne mais séparé des racines qui la rendait florissante (une morale provisoire reçue en attendant mieux)? ou est-ce que Descartes aurait proposé une morale rejoignant les conclusions du stoïcisme mais reposant sur de nouveaux principes (mais lesquels)?
De plus, on pourrait se demander si le simple fait de détacher la morale de la physico-théologie stoïcienne ne constitue pas en soi une décision philosophique majeure engageant l’éthique sur la voie de son autonomisation par rapport à d’autres formes de pensée. A moins qu’au contraire la morale de Descartes ne conserve de la sagesse stoïcienne que ce qu’elle a en commun avec la morale chrétienne, de sorte que loin de nous mener vers une autonomisation de la morale, il constaterait l’impossibilité d’édifier une morale philosophique selon les méthodes du rationnalisme cartésien: la morale cartésienne serait en ce cas une sagesse chrétienne qui ne s’avoue pas (un peu comme il y a chez lui une “ontologie grise” comme l’a montré brillamment Jean-Luc Marion, à qui je n’ai pas toujours rendu justice sur ce site)?
Alors Descartes a-t-il scié la branche sur laquelle était assise sa morale? l’a-t-il greffée sur un nouvel arbre? a-t-il planté un nouvel arbre ressemblant à un ancien arbre vermoulu qu’il fallait remplacer? ou bien a-t-il cueilli un rameau sur l’arbre chrétien pour le déposer sur l’arbre mécanique qu’il avait forgé, faute de pouvoir produire lui-même le feuillage de son arbre?
That is the question.
21 octobre 2009 at 17:19
@ Maraudeur, com 13,
Pour ma part, j’ai une définition complètement perverse de ce qui est de “haut niveau”= tout ce que je comprends pas.
Là, en ce moment par exemple, c’est un blog de haut niveau.
Quand je pense que Descartes a dit “je pense donc je suis” alors que précisément en ce moment j’ai vraiment l’impression de me dissoudre.
21 octobre 2009 at 17:24
@ Physdémon,
La bombe atomique?
Euh ben non.
J’ai pensé beaucoup plus paresseusement qu’il m’est très simple de proportionner mon action à mon savoir, mais que faire l’inverse suppose un tel degré d’organisation dans l’ignorance que cela implique d’en savoir beaucoup trop pour le faire.
Vous voyez ce que je veux dire?
(chuis pas certain d’être clair, là)
21 octobre 2009 at 18:17
à Tschok,
ce que je voulais dire, c’est que pour Descartes, la perception ne nous manifeste pas la nature intime des choses mais qu’elle nous empêche de foncer tête baissée dans le mur qui se trouve en face de nous.
En revanche, il croit qu’il existe d’autres facultés que la perception pour nous découvrir l’essence des choses matérielles: l’entendement, par exemple.
Voilà pourquoi pour Descartes la science physique nous fait connaître un monde de choses caractérisées par des propriétés mathématiques (un monde en noir et blanc où tout est affecté de grandeurs numériques mesurées par la science) alors que la perception nous livre un monde coloré, pittoresque où les rapports numériques entre les choses nous échappent complètement.
Du coup, la perception me donne des représentations des choses qui ne sont pas des vérités scientifiques (j’ai tendance à croire qu’un kilo de plume est plus léger qu’un kilo de fonte) mais qui sont très commode sur le plan pratique (quand je remue des coses dans mon armoire, ce n’est pas grave si je me prends le paquet de couettes sur la figure; par contre, il faut que je fasse attention au fer à repasser, qui n’est pas plus lourd, scientifiquement parlant, mais beaucoup plus dangereux).
Bref, la perception nous livre une représentation des choses qui n’est peut-être pas vraie sur le plan théorique mais utile sur le plan pratique (ou pragmatique).
C’est pourquoi, Dieu, qui est vérace mais aussi soucieux de notre bien, nous a pourvu d’une perception adaptée aux “commodités de la vie”, en mêm temps que d’un entendement qui a lui pour fonction de nous faire connaître des vérités d’ordre théorique aussi bien concernant le monde visisible que les réalités invisibles (les essences mathématiques, l’âme, Dieu, votre ange gardien etc)…
Est-ce plus clair?
21 octobre 2009 at 23:43
Une chose m’amuse au sujet de Descartes, c’est son expertise en matière d’optique.
Du coup, on est quand même bien obligé de se dire que le cartésianisme doit être, avant tout, une façon de voir.
22 octobre 2009 at 10:07
@ Physdémon,
Mmmh… C’est une façon compliquée de me dire que vous aviez raison de penser qu’on proportionne notre savoir à l’action?
En passant par le truchement des “commodités de la vie” et l’opération du saint esprit qui nous a doté d’une perception nous permettant de les saisir et d’un entendement nous permettant de connaître les vérités d’ordre théorique?
Descartes fait partie de ces derniers philosophes savants qui utilisaient leur propre corps, leurs sensations charnelles, comme instrument de mesure et d’exploration de l’univers.
Dans les générations qui ont suivi, le savant est devenu un homme essentiellement outillé. L’exploration de l’univers s’est progressivement mécanisée et technicisée.
Aujourd’hui la pensée scientifique réfléchit beaucoup à la neutralité des instruments de mesure et de la mesure elle-même: il ne faut pas que les modalités de l’expérience déforme les résultats de l’expérience.
La pensée cartésienne, dans son compartiment dédié à la réflexion sur la perception, nous est bizarrement étrangère alors que Descartes se posait des problèmes du même ordre, mais relativement à ses propres perceptions et à l’effet que produisait sur sa conscience le fracas du monde.
Sans être un grand lecteur de ses Méditations ou un penseur absolu (et même relatif) de sa Méthode, je ne crois pas avoir jamais lu la moindre ligne dans Descartes qui postulerait que notre volonté cognitive serait subordonnée d’une quelconque façon aux besoins de l’action que nous envisageons d’entreprendre.
Je l’ai peut être compris de travers, mais je crois qu’il voulait dire exactement l’inverse: notre volonté cognitive n’a pas de limite. Et précisément, nos perceptions ne sont pas une limite à notre cognition, dès lors qu’on intègre l’entrave qu’elles représentent et dont on peut se libérer en acceptant le fait que derrière la perception gît une vérité théorique qui est toujours pensable.
En somme, pour sauter l’obstacle, il faut penser ce qu’il y a derrière.
C’est un geste totalement disproportionné.
Mais je ne suis sans doute pas le meilleur lecteur de Descartes qu’on puisse trouver sur ce blog et dans les 20.000 km² environnant.
22 octobre 2009 at 14:13
à Tschok,
ce que je dis sur l’orientation utilitaire de la perception chez Descartes se fonde sur les dernières pages des “Méditations métaphysiques”, p. 65-66 de l’édition GF, présentée par Jean-Marie Beyssade. Ensuite Descartes discute une série d’objections puis réaffirme sa thèse p. 71.
D’autre part, l’orientation utilitaire de la perception concerne cette seule faculté et non l’entendement ni nos facultés de connaître en tant que telles. Et elle ne rend pas raison de la “volonté de connaître” qui a d’autres motivations.
D’autant moins que du point de vue cartésien le caractère utilitaire de la perception montre plutôt que celle-ci n’est pas essentiellement une faculté de connaître mais bien plutôt une faculté d’agir, idée que Bergson reprendra par la suite.
22 octobre 2009 at 14:17
Ça me démange d’intervenir dans cette discussion — comme dans l’autre, sur la communauté… J’espère qu’il ne sera pas trop tard quand je serai sorti de ma période charrette…
22 octobre 2009 at 18:30
Un billet intéressant comme toujours, et qui m’amène a laisser pour une fois un commentaire (pour lequel je demande la plus grande clémence).
Vous écrivez, Philarète, que « consciemment ou non, nous tendons à faire remonter jusqu’à [Descartes] les origines de la Révolution française ». Descartes, penseur du social ? Par extension, sur le plan économique, j’oserai pour ma part présenter une théorie sans aucun doute fumeuse, celle que nous pourrions faire remonter jusqu’a lui les origines de la Révolution tout court, celle du Grand Soir. C’est d’ailleurs une idée que vous abordez en citant Maurice Thorez.
C’est que la devise cartésienne de « se rendre comme maitre et possesseur de la nature » (in le Discours de La Méthode) me semble conduire a l’idée même de l’économie administrée. Le raisonnement selon lequel l’homme peut contrôler par la raison son univers me semble annonciatrice des Lendemains Qui Chantent, d’une révolution qui détournait les fleuves de leurs cours et asséchait les mers dans leurs lits. Dans leurs discours de propagande, ces régimes ne se réclamaient-ils d’ailleurs pas des lumières de la raison de Descartes ?
Cette tradition rationaliste a solidement marqué la tradition et l’imaginaire français. On citera notamment la politique interventionniste de Colbert pour les ministres ou des Saint-Simonistes pour les penseurs (pas le saint-Simon des Mémoires). C’est la pensée cartésienne que l’esprit est plus fort que la matière, qui annonce d’une certaine manière le Plan Soviétique. Par sa caricature j’en conviens volontiers, mais par une filiation réelle tout de même… « De chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins » présuppose une vision rationnelle de la société et de ses individus, vision précisément annoncée par la révolution cartésienne.
On pourrait d’ailleurs broder en soulignant combien l’esprit français est encore imprégné de cette certitude que la volonté politique peut davantage que la réalité économique. En la matière, force est de constater que nos compatriotes sont nombreux a préférer l’administration au marché, sans rentrer dans des considérations sur leur efficacité respective. C’est un trait caractéristique des Français que de préférer la rationalité (présumée) d’un système étatique a la confusion (supposée) d’un ordre spontané.
Après tout, la France n’est-elle pas le seul pays occidental a s’être jamais doté d’un organisme de planification économique, a la soviétique ? Avec planification quinquennale, nationalisation et objectifs chiffrés de production… Et rappelons que le commissariat au Plan en France s’est termine en 2006 seulement !
Voila pour ma théorie fumeuse sur Descartes et une autre vision du Social (elle semble bien réductrice de la pensée cartésienne – d’ailleurs j’avoue peiner a retrouver les textes de Descartes desquels j’ai tiré cette idée il y a quelques années !).
23 octobre 2009 at 21:14
@ Henri : Je peine moi aussi à voir de quels textes de Descartes on peut tirer cette hypothèse (= “de Descartes à la planification soviétique, la conséquence est bonne”).
Ce sont tout de même des rapprochements hardis, et quelque peu “cavaliers”, au moins au sens où on fait de la “perspective cavalière”, depuis un point de vue tellement surplombant qu’on y perd le détail des choses. Du coup, c’est le genre d’hypothèse interprétative, ou “d’intuition”, à proprement parler invérifiable. Ce qui signifie aussi, il est vrai, qu’on ne peut pas montrer que vous n’avez pas raison.
@ Tschok : Merci pour votre commentaire # 21. Ca me “donne à penser”, comme on dit. Et c’est le genre de chose qui me confirme dans l’impression de lire un blog de “haut niveau intellectuel” (si je vous ai bien compris, bien sûr …, cf com 17)
@ Philarete : J’attends avec impatience votre descente de charrette.
23 octobre 2009 at 23:36
à Tschok,
vous me dites:
“Mmmh… C’est une façon compliquée de me dire que vous aviez raison de penser qu’on proportionne notre savoir à l’action?”
Attention, chez Descartes, cen’est as le sujet qui “proportionne son savoir à son action”.
Vous n’y êtes pas du tout!
C’est Dieu qui nous a créés avec une nature telle que notre perception est structurée de de façon utilitaire.
Ce que je dis n’est pas une interprétation de Descartes, mais un simple résumé des dernières pages des Méditations
Attention, seule la perception a une telle inclination utilitaire, chez Descartes, pas l’entendement qui lui peut connaître les choses par l’appréhension d’idées claires et distinctes qui en expriment l’essence.
Je n’ai pas le temps ce soir, mais si vous le voulez, je peux vous citer les textes de Descartes, sur ce point de sa pensée.
24 octobre 2009 at 11:25
Et si certains veulent pinailler sur le fait que tout résumé constitue en soi une interprétation, je veux dire en ce cas que c’est simplement une interprétation littérale, ras des pâquerettes, de la paraphrase, quoi!…
27 octobre 2009 at 18:39
@ Physdémon,
Ne vous embêtez pas à me citer les références des textes de Descartes, je crois que le problème n’est pas là.
Nous avons juste de la friture sur la ligne qui nous empêche de bien nous comprendre.
Je reprends: en com 5 vous affirmiez, en parlant de l’entre deux du probable, que Descartes offre un cadre où le savoir est proportionné aux besoin de l’action.
En com 6, sur le mode de la boutade, je contestais qu’il puisse exister une seule occasion où l’on proportionne par un acte volontaire son savoir à l’action qu’on souhaite entreprendre.
réagissant à votre com 8, je développais rapidement l’idée que l’organisation de l’ignorance suppose déjà d’en savoir trop.
Comme vous le savez, l’ignorant ignore qu’il ignore: l’organisation de l’ignorance est donc peu probable à l’état naturel. Elle peut résulter d’une construction, ce qu’on retrouve, en gros, dans toutes les constructions intellectuelles sectaires, c’est à dire organisées autours de la négation du savoir objectif, dans le but d’imposer l’exclusivité d’un savoir subjectif (subjectif dans le sens “qui soumet son sujet).
Mais Descartes ne parle pas du tout de cela.
Il parle de découvrir un savoir objectif à travers l’écran des perceptions subjectives.
L’idée est ancienne: les grecs parlaient du ciel des idées et des idées pures en se situant par rapport au cosmos. La pensée grecque est une cosmologie.
Descartes, lui, c’est le cogito. C’est une façon plus moderne de poser un problème ancien. Avec un degré de complexité supplémentaire: la pensée cartésienne n’est pas facile d’accès.
En com 19, justement, vous développez ce thème, sans pour autant reprendre votre proposition de départ (plus précisément, celle qui m’avait fait réagir) selon laquelle Descartes propose un modèle qui, dans l’entre deux du probable, permet de proportionner notre savoir au besoin de l’action.
Proposition à laquelle je n’adhère pas, tant elle me semble illogique (cap’tain). A moins de raisonner dans le cadre de l’hypothèse d’une organisation de l’ignorance de type sectaire, ce qui n’est pas notre sujet.
En com21, je vous réponds en utilisant un mot: cognition. Il me semble approprié. Pour faire court, je pense que le cogito est le siège de la volonté cognitive de l’homme. Savoir est une manifestation de la volonté, donc de l’être. L’être veut, parce qu’il est et il est parce qu’il veut. Le vouloir savoir devient avec Descartes un geste naturel du vouloir être. Il coule de source.
Descartes vivait dans un monde où il y avait une organisation de l’ignorance: lui propose une organisation du savoir qu’on peut nommer connaissance, ou entendement.
je vous réponds donc avec ces idées en tête, tout en tenant d’une main la proposition de départ: un savoir proportionné à l’action. Pour la critiquer.
En com 22 vous évoquez une “orientation utilitaire des perceptions” chez Descartes. Là, je me dissous car c’est un concept que je ne connais pas. En bref, je nage.
Je tente de reboucler avec le com 24 d’Henri, en me fondant sur l’idée qu’avec un peu de bol un autre internaute établira une connexion que je vois pas. Mais rien, nada. La planification est un geste disproportionné, mais dans l’autre sens: quand je planifie, j’ai la prétention d’en savoir plus que la réalité. Je crois savoir, donc je pense pouvoir. En réalité, souvent, je n’ai qu’une faible connaissance des “besoins de l’action”. D’où la référence aux deux types de planifications qu’on connait: la soviétique et la française.
Donc, com 24: syntax error. Je suis en échec.
Com 25 de Wendrock: message de soutien à mon petit cogito en détresse. A croire que l’Internet véhicule des ondes.(Merci Wendrock).
Com 26: vous reprenez votre proposition de départ et vous faites comme si c’est moi qui la soutenais. Et vous me dites que j’ai tort.
Ca oui, je vous crois.
Mais vous mettez dieu dans la course: ce n’est pas le sujet qui se limite, c’est dieu qui nous a conçu tels que nous sommes, dites vous. Bon.
Et rebelote avec le concept d’utilitarisme. Bon.
Là, je perds pied.
D’abord, dieu, je comprends pas ce qu’il fout là: on est peut être dans la métaphysique, mais on parle de problèmes humains. La perception et l’entendement. Dieu est au dessus de tout ça. C’est nos problèmes, pas les siens.
Faut quand même comprendre que ce mec nous emmerde avec SES problèmes, mais nous on l’emmerde pas avec les nôtres. Nous, on meurt. Alors, dieu, il reste où il est, c’est à dire là haut, au dessus de la mêlée.
C’est pas parce qu’on parle de métaphysique que dieu doit s’inviter. On lui a pas mis son rond de serviette que je sache.
Ensuite, l’utilitarisme.
J’ai toujours pas compris ce que vient faire l’utilitarisme dans le truc. Plutôt que chercher des références, éclairez ma lanterne.
Et en com 27, vous parlez de tondre le gazon.
Si vous me répondez que, chez Descartes, la perception croit en dieu, et que l’entendement s’en libère, d’une part je vous répondrais que c’est facile et d’autre part, je vous répondrais que c’est faux.
Alors, cékoi ce bordel?
28 octobre 2009 at 15:45
Bonjour tschok,
A mon avis, lorsque Physdémon nous parle d’un cartésianisme qui “ne se contente pas d’osciller entre le zéro du doute hyperbolique et l’infini de la certitude métaphysique mais “offre aussi la possibilité de penser l’entre deux du probable, dans le cadre particulier d’un savoir proportionné aux besoins de l’action, il parle d’un cartésianisme déjà sous-tendu par Dieu ; c’est bien pour ça que Dieu fait irruption dans ses propos ultérieurs.
Ce n’est pas l’homme qui proportionne son savoir au besoin de son action, c’est dieu qui a proportionné le savoir que nous étions capables d’acquérir par le seul truchement de notre perception, au besoin de notre action.
Il nous a fourni des instruments d’une portée limitée (voire, dans certains contextes, susceptibles de nous induire en erreur), mais qui nous permettent grosso modo de maintenir un cap et d’arriver à peu près là où nous voulons arriver, donc d’agir.
Dans les termes de cette analyse, notre perception est une sorte d’outil d’aide à la décision. Plus qu’un moyen de comprendre le monde, il s’agit d’un moyen d’y agir et y réagir.
Ou disons que c’est un moyen de le comprendre en gros, juste assez pour s’y diriger.
Pour aller plus loin, il y faut notre entendement, qui passera et dépassera le mince et fragile savoir que notre perception a pu nous permettre de construire (et qu’il faudra peut-être partiellement déconstruire).
Ainsi (sous réserve que je comprenne aussi bien Descartes que Physdémon), notre entendement, s’il est source d’un savoir plus solide et étendu que notre seule perception, ne peut servir de fondement à un principe d’action.
En ce sens, et je rejoins alors la thématique du billet suivant, Descartes serait bien sarkozyste.
30 octobre 2009 at 16:24
Bonjour Fantômette,
Pour vous être agréable, je veux bien m’embarquer dans une discussion sur dieu.
Mais seulement en vous posant une question: vous avez l’impression que dieu a mis en place une stratégie de retardement?
Pourquoi nous donner seulement à moitié les moyens?
Sur l’autre aspect de votre com, sa conclusion:
“Notre entendement, s’il est source d’un savoir plus solide et étendu que notre seule perception, ne peut servir de fondement à un principe d’action.”
Mais, quand Descartes dit “je pense, donc je suis” n’est il pas en train d’affirmer très exactement le contraire de ce que vous dites?
Etre, n’est il pas le fondement même d’un principe d’action?
A part ça, je file lire le billet suivant.
1 novembre 2009 at 22:25
à Fantômette,
Votre com 29 contient un excellent résumé de ce que je voulais dire sur Descartes.
Une précision: chez Descartes, la perception à une orientation utilitaire. Pas l’entendement. La perception est trompeuse dans l’exacte mesure où elle est utilitaire.
En revanche, l’entendement, qui n’a pas une orientation utilitaire, n’est absolument pas trompeur. Au contraire, lui seul juge parfaitement bien: il discerne le vrai du faux infailliblement chaque fois qu’il est en présence d’idées claires et distinctes.
C’est pourquoi, je ne vous suivrai pas tout à fait si vous faites dire à Descartes:
“notre entendement, s’il est source d’un savoir plus solide et étendu que notre seule perception, ne peut servir de fondement à un principe d’action.”
Car en un sens, selon Descartes, l’entendement peut servir de fondement à l’action: ainsi une théorie des passions construites par l’entendement permet de mieux comprendre les passions que le vécu affectif des passions elles-mêmes. Voilà pourquoi un “médecin des âmes ayant lu le traité des Passions de l’âme de Descartes saura mieux comment remédier à la colère que le colérique lui-même. Dès lors la question est plutôt de savoir si l’entendement peut “suffire” à fonder l’action, en l’absence de perception, et plus généralement de tout savoir empirique.
Or, je crois qu’il y a là une zone d’ombre dans la pensée de Descartes. Celui-ci a élaboré une “morale provisoire” (Discours de la méthode, 3ème partie) où il s’efforce de construire une éthique de l’incertitude: sa question est : “que dois-je faire, quand je ne suis certain de rien?” Sur ce sujet, il s’en sort brillamment. Mais par ailleurs, son projet d’une morale définitive (annoncé dans la Lettre-préface aux “Principes de la Philosophie”) est resté inabouti, même si le Traité des Passions de l’âme et la Correspondance avec Elisabeth nous en donne quelques aperçus. Mais on est loin du système bien ordonné qu’il s’était promis d’élaborer.
Mais sur le fond du problème, je pense que Descartes ne pouvait qu’échouer pour la raison que vous avez parfaitement vue, Fantômette: on ne peut élaborer une éthique ou une philosophie de l’action sans prendre en considération que le savoir engagé dans la décision repose non seulement sur des concepts rationnels mais aussi des éléments empruntés à la perception et plus généralement à une expérience ordinaire où se trouvent investies notre affectivité et notre subjectivité…
En somme je crois que vous avez mieux compris Descartes qu’il ne s’est compris lui-même. Du coup, il va falloir que je vous cite dans mes cours sur Descartes, de même que je dois vous citer dans mes cours d’esthétique (à propos du génie)…
1 novembre 2009 at 22:34
à tschok,
Si j’ai parlé de Dieu plus haut, c’est simplement parce que Descartes voit en Dieu le concepteur de notre système perceptif.
Mais si voulez, vous pouvez penser que l’évolution des espèces a sélectionné nos facultés de percevoir non pour leur capacité à nous faire voir le monde tel qu’il est mais de façon à nous faire percevoir quel parti tirer des choses en vue de notre survie et de notre reproduction.
Vous ne seriez pas le premier à raisonner ainsi.
Bergson, dans L’Evolution créatrice (1907) a repris à Descartes l’idée d’une orientation utilitaire de la perception, qu’il élargit à une orientation utilitaire de l’entendement (qu’il appelle intelligence). Mais chez Bergson, c’est l’évolution qui ici fait que nous voyons bien les groseilles se détacher du groseillier ou que nous autres mâles repérons tout de suite si les personnes du beau sexe ont les dispositions requises pour apporter une nourriture copieuse à leurs nourrissons (cette dernière hypothèse n’est en fait pas du prude Bergson mais de Schopenhauer dans sa “Métaphysique de l’amour”).
3 novembre 2009 at 22:46
Bonjour tschok,
Vous m’êtes agréable dans n’importe laquelle de nos discussions, très cher.
Une précision, car je m’aperçois à la relecture de mon com que ce n’est pas clair. Mon com #29 ne reflète pas mon opinion, mais propose un résumé de la position cartésienne telle que je crois la comprendre.
Pour répondre à votre question, non, pas du tout. Je ne crois pas que dieu ait mis en place une stratégie de retardement.
Ma réflexion se situait à un niveau plus terre à terre.
Pour comprendre le monde, comme pour nous y comporter, (y agir, donc) nous disposons de plusieurs “instruments” (j’utilise ce terme avec guillemets car je n’aime pas l’idée qu’il véhicule d’être une chose extérieure à nous-mêmes, idée qui me semble fausse).
Ici, nous en évoquons deux : nos perceptions, et notre entendement.
Nos perceptions nous permettent d’accumuler une première strate de connaissances sur le monde, fondées sur notre capacité à l’observer. Elles nous permettent un accès au “monde perceptible”. Mais nos perceptions, d’une part, ne nous permettent pas de tout observer, ce en quoi elles démontrent une limite, et d’autre part, ne nous permettent pas de tout comprendre, puisque nous pouvons observer des phénomènes dont l’apparence ne reflète pas la réalité.
L’entendement est l’une des facultés qui nous permettent dans un second temps (mais qui est peut-être un second temps “logique” plus qu’un second temps “historique”) de pallier la faiblesse (ou les erreurs) d’une compréhension du monde qui ne passerait que par nos seules perceptions.
Comme le disait Paul Valery, “il fallait être Newton pour apercevoir que la lune tombe alors que tout le monde voit bien qu’elle ne tombe pas”.
Cette jolie phrase est plus subtile que cela, mais à très gros traits, elle oppose le monde “perceptible” (dans lequel la lune est fixées au ciel) au monde “entendu” (par Newton, qui comprend que d’une certaine façon, si, la lune tombe – simplement elle n’en finit pas de tomber).
Et puis, “parfois – comme l’écrit Michael Marshall Smith – “les choses sont exactement ce qu’elles semblent être”.
Mais, personnellement, je n’opposerais pas diamétralement entendement et perception.
Et je ne crois pas que, si l’on prenait en compte l’ensemble du parcours de Descartes, on trouverait qu’il les oppose si nettement que cela non plus.
Descartes était un philosophe, mais également un scientifique. Or, il me semble rationnellement périlleux de séparer son parcours scientifique de son parcours philosophique.
Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de comprendre le monde – et pour l’avoir compris, comprendre la place que l’on y occupe et comment s’y conduire.
Descartes travaillait sur la lumière et l’optique. Toute une partie de ses travaux a été postérieurement validée, et a par la suite servi à construire des instruments d’optique.
La nature même de ses travaux devrait l’avoir empêché d’opposer nettement le savoir acquis par le biais des perceptions et le savoir acquis par le biais de l’entendement.
Son propre entendement a travaillé à corriger la faiblesse de nos perceptions, en permettant d’y avoir recours avec de meilleurs instruments. Et réciproquement, comme tout scientifique, il tendait à démontrer ses hypothèses par le biais de ses observations.
Donc, son “entendement” n’a pas été le deuxième étage de la fusée, qui prend le relai du premier, après l’avoir largué dans l’océan. Ça n’a pas du se passer comme ça.
Je ne suis (de loin) pas une spécialiste de la pensée cartésienne. Mais ses travaux illustraient une façon de procéder plus subtile, ses observations lui permettant d’élaborer des hypothèses que son entendement lui permettait (ou non) de démontrer, et que de nouvelles observations permettaient ou non de confirmer.
Bref.
Cela m’a un peu éloignée de la question du principe d’action, mais pas tant que ça.
Parce qu’au final, ces allers-retours entre ces deux façons de se représenter et comprendre le monde se retrouvent aussi bien lorsqu’il s’agit d’élaborer un principe d’action.
Enfin, sur votre dernière question : “Être, n’est il pas le fondement même d’un principe d’action?”.
Sa condition préalable, plutôt, non ? Pour parler un langage de juriste ?
5 novembre 2009 at 13:04
Ah, Fantômette!
En vous lisant, il me vient une idée.
Vous savez que je ne suis pas un intellectuel et qu’il me faut, passé un certain temps, un cas pratique.
Chez Aliocha se trouve un billet consacré à un article publié sur Agoravox par un certain Paul Villach.
Il critique violemment l’élaboration d’un code déontologique par les journalistes pour trois raisons qu’il développe dans son billet et qu’Aliocha reprend, pour les contredire, dans le sien.
Parmi ses trois raisons, il y en a une qui se rattache directement au sujet qui nous concerne. C’est la première.
Selon lui, les journalistes commettraient une erreur en posant une distinction entre le fait et son commentaire.
Pour lui:
“on n’accède pas à « un fait », mais à « la représentation d’un fait » ! Tout « fait » est prisonnier de la gangue de commentaires qui l’énoncent. Vérification et souci du contexte permettent seulement de s’assurer que « la représentation du fait est la plus fidèle possible ». Paul Watzlawick dit qu’on n’accède jamais au « terrain » mais seulement à « la carte qui le représente ». Quant à Magritte, il a prévenu : « Ce n’est pas une pipe » qu’il a peinte, mais la représentation d’une pipe. Il devient fatigant de le répéter.”
Il en déduit que toute tentative d’accéder directement à un fait est un leurre. Par conséquent, tout code déontologique qui procèderait de cette distinction n’est qu’un leurre.
En fin d’article, Paul Villach rétablit assez péremptoirement SA vérité, sur le mode du “si on m’écoutait le monde serait meilleur”, sans se douter qu’il parle d’un métier qui n’a pas été le sien, mais sur lequel il a beaucoup publié, si j’en juge par le CV disponible sur Agoravox (enseignant pendant 34 ans) et une biblio longue comme le bras sur les médias).
Je pense que Paul Villach n’a rien compris, mais mon opinion est très secondaire.
J’aimerais, uniquement si vous en avez le temps et l’envie, que vous réfléchissiez à son argument fondamental, relativement à ce que dit Descartes et à la façon dont il règle ce problème, et que vous me donniez, si cela vous plait, votre opinion.
L’article de Paul Villach:
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-leurres-de-la-deontologie-64062
Celui d’Aliocha:
http://laplumedaliocha.wordpress.com/2009/11/01/un-code-de-deontologie-moderne-enfin-2/
Je vous propose cela comme un petit exercice intellectuel, histoire de ne pas perdre de vue que Descartes reste actuel et… incompris.
Et je dis cela sans en être un spécialiste.
5 novembre 2009 at 13:19
Bonjour Physdémon,
Chuis content de vous voir.
Non, je ne pense pas du tout ça.
Je pense que l’émergence de la conscience et de l’intelligence dans l’espèce humaine a produit un phénomène de turbulence.
C’est à dire qu’on été introduits dans la chaîne du chaotique, de l’aléatoire et du non linéaire.
Donc, tout système de pensée qui prétend dire de façon définitive “voilà comment ça se passe” n’est éventuellement exact que pendant un instant T.
En clair, il faut passer d’un mode de pensée photographique (l’instantané) à un mode cinématographique (le dynamique).
Pour reprendre votre propos, en le plaçant dans cette dynamique, on peut dire que la sélection de certaines fonctionalités biologiques naturelles relativement à un environnement donné n’est qu’un moment de l’évolution. C’est pas le seul. Et ce processus de sélection n’est pas l’évolution. C’est un des éléments.
C’est un petit morceau du truc, ce n’est pas le truc, et ça ne l’est que pendant un moment. Plus ou moins long.
L’utilitarisme est un tout petit ressort dans cette mécanique en perpétuel mouvement.
5 novembre 2009 at 22:34
Tiens, à propos de Descartes, il y a un bel article de la non moins belle Cynthia Nielsen sur “Per Caritatem” (indiqué sur le blog roll de Philarête)…
6 novembre 2009 at 06:56
Bonjour tschok,
Intéressant exercice.
La distinction fait-perception du fait/commentaire – distinction dont la pertinence est contestée par Villach, tandis que son efficacité est soulignée par Aliocha – renvoie, en un sens, à la distinction cartésienne dont nous discutons, perception/entendement.
La perception est ce par quoi nous tendons à accéder au fait. L’entendement, ce par quoi nous tendons à accéder à sa compréhension.
La différence entre Villach et Descartes tient essentiellement (mais significativement) dans leur différence de point de vue.
Comme je l’écrivais plus haut (#20)(et ce n’était pas une critique) le cartésianisme me semble être une façon de voir. Cette façon de voir dépend, primitivement, de l’endroit d’où l’on se tient.
Il est intéressant de noter que Villach – tout en prétendant ne saisir la réalité que par les ombres qu’elle projette sur nous – demeure finalement dans une posture objectiviste. Tout son champs lexical est objectif. Il parle fait, représentation du fait, commentaire de la représentation du fait.
Par parenthèse, à ce sujet, dire que “tout est fait“, ou que “tout est représentation du fait” c’est établir deux propositions formellement équivalentes. Cette assertion est donc (à mon sens) tout à fait stérile.
Descartes, pour sa part, et plus logiquement, adopte un point de vue subjectiviste, qui me semble plus juste.
Armé de sa redoutable expertise du doute, mais tirant toutes les conséquences de son propre raisonnement, plus modestement, mais plus rigoureusement, il part de lui-même et nous parle moins de la réalité, que des facultés qui sont les nôtres, et nous y ramènent.
Perception, et entendement.
La façon de voir cartésienne me semble plus fructueuse, car moins bouclée sur elle-même, et permet de s’enraciner dans une réalité qu’elle a le mérite d’établir: le cogito.
Maintenant, pour reprendre un peu le propos du post 33, je pense que la distinction fait-représentation du fait/commentaire renvoie à la distinction perception/entendement, mais ne la recoupe pas.
Villach est à côté de la plaque, mais pour autant, la difficulté est réelle, quoique imparfaitement décrite.
Peut-être parce que je fréquente plus de scientifiques que de journalistes, je reste étonnée de ce que ces derniers (au contraire des premiers) semblent croire que dire ce que valent les choses (les commenter) est plus difficile que de dire ce qu’elles sont (les décrire).
A mon avis, pour l’une comme pour l’autre de ses tâches, perception et entendement doivent alternativement nous permettre de les accomplir et d’en vérifier le bon accomplissement.
9 novembre 2009 at 17:43
Fantômette,
Qu’il nous soit permis de poursuivre ici, en fin de fil de dial, quand tout le monde est couché, une discussion sur un sujet qui nous intéresse et fait chier tout les gens normalement constitués.
Votre radar a détecté:
- Différence de point de vue, qui n’est pas relativisme (tout se vaut) mais considération d’un même objet en se réservant la faculté de changer d’angle; c’est la “façon de voir”, qui n’est pas qu’une façon de voir, comme on peut le dire avec facilité mais une “autre” façon de voir.
- Jeu d’ombres dans la pensée de Villach et volonté d’objectivisme: Villach est cosmogonique, comme les grecs, Descartes est dans le même élan que Newton. Il ne contemple plus l’ombre projetée sur les murs de la caverne, mais la lumière elle même. Donc, plus du tout les mêmes relations par rapport à l’objet.
- Et en ce qui concerne Descartes, son “expertise du doute”, qui est une expression que je trouve très belle et qui correspond très bien à la pensée cartésienne. Bizarrement, il peut se démerder avec un point de vue subjectiviste. Il l’accepte parce qu’il le dépasse.
Cela semble simple dit comme ça, même élémentaire.
De fait, vous dites: “Villach est à côté de la plaque, mais pour autant, la difficulté est réelle, quoique imparfaitement décrite.”
Et effectivement Descartes est moins bouclé sur lui même.
Villach veut simplement avoir raison: il auto-boucle. Il se lance dans un propos d’une grande complexité en reprochant aux journalistes de ne pas lui offrir un accès à la Vérité et de lui mentir on ne lui offrant qu’un code de déontologie.
Il voulait la Vérité, on lui répond Méthode. Obligation éthique. Déconfit et frustré, il se venge et pond un billet acide.
Et Descartes passe sous le tapis dans l’opération.
10 novembre 2009 at 11:05
Bonjour tschok,
La fin de fil de dial est un lieu délicieux, où il est souvent plaisant de s’attarder, n’est-ce pas ?
Vous résumez parfaitement le “quiproquo”, me semble t-il, lorsque vous écrivez de Villach qu’il “voulait la Vérité”, et qu’on “lui répond Méthode”.
Il y a chez Villach, comme une cécité (volontaire ou non, peu importe) qui l’empêche d’apprécier à sa juste valeur ce qui relève de ce que l’on pourrait appeler – par référence aux sciences juridiques – la procédure, ou le formalisme, qui entoure la production journalistique.
Il voit le fond, il voit l’objet – mais pas grand chose de ce qui l’encadre, le fait ressortir, le construit ou lui donne sa forme.
La lucidité de Descartes, c’est celle qui lui fait dire que, quelle que soit par ailleurs la vérité, il y a une façon – une méthode – pour partir à sa recherche, la découvrir peut-être, en rendre compte ou la définir.
Et en vous lisant, je me posais la question suivante.
Dirions-nous aujourd’hui de la Méthode cartésienne qu’elle propose une éthique du chercheur ? (J’utilise le mot chercheur au sens le plus large, et pas seulement par référence au chercheur scientifique).
10 novembre 2009 at 13:59
Une éthique du chercheur?
Là, je ne penserais pas à Descartes, mais plutôt à Kant.
Je ne sais pas si paul Villach est très intéressé par la recherche, au sens noble. Je n’en ai pas l’impression. C’est plutôt un homme de convictions et même de certitudes.
Un code de déontologie, qui n’a qu’une finalité disciplinaire, soit dit en passant, et encore, à la condition qu’il existe des instances disciplinaires chez les journalistes, ne peut que le décevoir.
Ce n’est pas une sorte d’hommes intéressée par l’expertise du doute.
Dans son article, il était essentiellement intéressé par l’affirmation des valeurs sur lesquelles devait être fondé, selon lui, un vrai code de déontologie et il tenait celui qui a été élaboré par les professionnels pour une imposture.
En cela, il est d’une banalité assez navrante. C’est à dire qu’il était plutôt dans la sphère de l’affirmation de soi, pas tellement celle de la compréhension du monde.
Agoravox offre une large palette de penseurs dont certains ont une posture militante et vaguement intellectuelle, ou “intellectualisante”. Pas cérébrale. Ce ne sont pas des gens qui pensent et ce qu’ils peuvent dire fait partie du brouhaha doucement ronronnant auquel on s’habitue.
12 novembre 2009 at 13:38
Bonjour tschok,
Je me demandais simplement si le doute – ou l’expertise du doute – était plutôt une méthode, ou plutôt une éthique de la recherche.
Je crois qu’aujourd’hui, on en parlerait plutôt comme d’une éthique.
Mais Descartes, pour sa part, en faisait un préalable à la Méthode – ou peut-être même, le fondement de sa Méthode.
A bien y réfléchir, et à relire le projet de code de déontologie de B. Frappat, je trouve qu’il évoque également une Méthode, dans le fond. Une méthode de l’élaboration de l’information – à partir du fait.
Je me suis posée la question de savoir si le mot “doute” y figurait, et je ne l’ai pas trouvé. Mais ce n’est peut-être pas significatif, non plus.
Je vous rejoins naturellement pour trouver Paul Villach riche en certitudes et pauvre en doutes.
En ce sens, sa pensée me semble assez incohérente.
L’affichage péremptoire de sa profession de foi (“nul n’a accès aux faits, sinon par le truchement d’un média”) ne fait après tout – si l’on décide de lui accorder quelque mérite – que reporter le débat d’un cran.
“Ceci n’est pas une pipe”, certes. Mais les pipes existent.
Le doute, qui devrait logiquement fonder la posture de celui qui proclame douter voir ce qu’il croit voir, ne se retrouve guère dans la façon dont il en rend compte.
Je trouve cela fort amusant.
J’y vois une incohérence interne (forme/fond) dans le discours de cet individu qui ne m’incite guère à l’admiration.
Dans le fond, il n’exprime pas une réflexion, il exprime une représentation de la réflexion.
(Arf.
“Ceci n’est pas un intellectuel”.
On lui offre de nouvelles cartes de visite?)
12 novembre 2009 at 19:46
Fantômette,
“Le doute, qui devrait logiquement fonder la posture de celui qui proclame douter voir ce qu’il croit voir, ne se retrouve guère dans la façon dont il en rend compte.”
Exactement.
C’est étrange n’est ce pas?
Et en même temps, c’est normal: dans le doute, la certitude reprend toujours le dessus.
Si je vous demande: “vous doutez?” et que vous me répondez “oui”, c’est que vous êtes certaine de douter. Vous avez donc au moins une certitude.
Le doute étant une douleur et la certitude un plaisir, on peut parier que le cerveau préfèrera le plaisir à la douleur.
On peut même dire que le plaisir est l’antidote de la douleur et donc que plus je doute – donc plus j’ai mal, plus je me fais mal – plus j’ai envie de me faire plaisir avec des certitudes. Par la médiation du soupçon par exemple.
Ainsi, les gens qui doutent de tout sont en général les plus suspicieux et leurs soupçons alimentent leurs certitudes.
Paradoxalement, les gens qui doutent de tout ont aussi les certitudes les plus inébranlables.
Et justement notre cher Villach a une pensée du soupçon à l’endroit des journalistes.
On peut le considérer comme un bon prototype, d’un point de vue doxologique.
Sur Descartes: vous avez un com sous le post suivant, je crois, qui vous intéressera, sur cette question de méthode.