Celui qu’on prête à Pie XII n’en finit pas de faire du volume. À intervalles réguliers, depuis les années 1960, la même polémique fait surface, apparemment inchangée, à ce détail près que la légende ignoble du « pape de Hitler » semble prospérer à l’unisson de l’inculture historique et religieuse. Pour un peu, le pape deviendrait le principal responsable de l’Holocauste. Curieusement, on ne parle guère du silence de Roosevelt ou de celui de De Gaulle.
Je lis un peu partout, comme tout le monde, que les milliers ou les dizaines de milliers de Juifs sauvés par l’action de Pie XII ne comptent pas face à l’effet décisif qu’aurait eu une prise de parole solennelle de sa part, condamnant sans ambages l’antisémitisme nazi.
Le cas est singulier.
Au cours du XXe siècle, on a plutôt eu tendance à reprocher aux papes de parler trop. Eux-mêmes ont volontiers adopté la posture dite « prophétique », consistant à dénoncer à la face de la terre les maux qui ravagent le cœur des hommes. L’idolâtrie de l’État, le communisme, le nazisme, le capitalisme sauvage, l’avortement… la liste est longue, des « erreurs » ou des « fautes » véhémentement condamnées depuis la chaire de Pierre.
Est-il indélicat de remarquer que, dans l’ensemble, ces hautes paroles très « prophétiques » ont globalement résonné dans le vide ? que le siècle s’est montré remarquablement sourd à ces injonctions dont la réitération même semble souligner à l’envi l’inefficacité ?
Ce n’est pas que depuis trente ans que la voix des papes retentit dans le désert.
Quand Benoît XV, élu en 1914, suppliait des nations qu’il croyait encore chrétiennes de se hâter vers la paix, on l’appela chez nous le « pape boche » (il était pour les Allemands le « pape français »). Impuissance du pape à sauver la civilisation qui se vautrait dans le massacre de masse.
Impuissance de son successeur à enrayer la diffusion du communisme. Impuissance du suivant à éviter une nouvelle guerre, et le triomphe du nazisme en Allemagne. Impuissance partagée par tous les pontifes face à la sécularisation de l’Europe, face à l’emprise croissante de la technique et du calcul sur la vie des hommes.
J’admets qu’on puisse faire une exception pour Jean-Paul II, dont le rôle dans la chute de l’empire soviétique n’est guère contesté, même si tous ne s’accordent pas sur l’ampleur de sa contribution. Mais ce pape était quand même le septième depuis 1917 à s’affronter au communisme. Il aura fallu du temps. Et si même Jean-Paul II doit être crédité de ce succès, il ne saurait faire oublier le flot de ses paroles qui subit la même indifférence glacée, ou la même hostilité farouche, que les discours et les écrits de ses prédécesseurs.
Il semble acquis depuis un bon gros siècle que les papes sont en retard sur leur époque, et l’on aurait tort d’oublier que nazisme et communisme se présentèrent, eux aussi, comme des voies d’avenir et de progrès. C’est la sempiternelle rengaine. Le pape dérange, le pape ferait mieux de se taire, le pape parle trop, et il ne comprend jamais rien aux besoins de l’époque.
Dans la conjoncture historique qui est celle de la papauté au XXe siècle, je ne vois guère d’autre occasion que la Seconde guerre mondiale où un pape se soit trouvé en position d’agir plutôt que de parler. Je ne connais d’autre circonstance, sauf peut-être celle des territoires contrôlés par l’Union soviétique, où l’antique réseau des couvents et des séminaires ait pu recouvrer sa vocation médiévale de refuge et d’asile. Et assurément, il n’y avait pas d’autre ville que Rome où les ordres directs du pontife pussent être promptement et efficacement exécutés.
Dans un siècle qui fut celui de la plus grande impuissance des papes, Pie XII semble avoir fait le choix de l’action, aux rares moments où celle-ci était réellement possible. Je comprends mal au nom de quels mérites ce siècle qui se montra extraordinairement sourd à la parole des papes pourrait faire grief de son « silence » au seul qui préféra parfois le geste qui sauve au verbe qui tombe dans le vide.
La nuit qui commence est celle d’un autre silence, où s’accomplit pourtant le plus grand prodige de l’histoire du monde. « Tandis que tout reposait dans un profond silence, et que la nuit était déjà au milieu de son cours, chante ce soir la liturgie catholique, ton Verbe tout-puissant, Seigneur, vint du ciel, de ton trône royal. »
J’espère que ce billet de vigile ne déparera pas le climat de paix qui, que l’on soit ou non croyant, est pour toujours celui de Noël. À tous, mes meilleurs vœux. Je vais me taire aussi, quelques jours.
25 décembre 2009 at 11:33
[...] à ce qui a déjà été dit par Koz, Le Chafouin, Laloose, Patrice de Plunkett et d’autres sur l’injustice faite à Pie XII. Tout est dit et l’on vient trop tard… Je [...]
25 décembre 2009 at 18:56
Je ne m’en remets toujours pas de vos billets limpides, clairs, synthétiques, et, pour ainsi dire, définitifs (que reste-t-il à argumenter devant tant d’évidence ?).
Comme en début 2009, j’apprécie énormément ces polémiques sur l’Eglise catholique dans l’actualité en ce qu’elles me permettent d’apprendre énormément par les analyses et explications qu’elles occasionnent, en particulier ici.
Puisqu’il est un peu tard pour vous souhaiter un joyeux Noël, je vous adresse tous mes voeux pour la nouvelle année.
28 décembre 2009 at 23:43
[...] This post was mentioned on Twitter by koz, Bzavier. Bzavier said: RT @koztoujours: Silences « L'esprit de l'escalier http://bit.ly/81gurS [...]
29 décembre 2009 at 08:24
[...] Et un pearltree complet d’un autre blogueur catho, Koztoujours et son billet sur Pie XII, ce héros. Enfin, des posts sur Thomas More des Pensées d’outre politique de L’esprit d’escalier. [...]
29 décembre 2009 at 14:33
Merci pour ce bon billet.
Je vous souhaite avec retard un saint Noël, et en avance une non moins belle année 2010.
29 décembre 2009 at 18:51
Si vous voulez lire un article vraiment scandaleux sur Pie XII, il y a un sommet, un Anapurna de malveillance et d’incompétence, à l’adresse suivante:
http://www.causeur.fr/pourquoi-pie-xii-pourquoi-maintenant,3508
L’auteur prête dans un premier temps à Benoît XVI une théologie de la substitution qui a été condamnée clairement par Vatican II. C’est au nom de cette théologie, reconnue comme hérétique, que Benoît XVI entreprendrait de réhabiliter Pie XII, dont l’auteur ne prend pas soin de démontrer qu’il aurait partagé cette vision des choses… Passons, ce n’est pas le plus grave.
Car l’auteur prétend ensuite, avec un aplomb qui laisse pantois, que Pie XII se serait fort bien accommodé de l’extermination des juifs sous prétexte que le triomphe de la vérité chrétienne supposerait la disparition du judaïsme!!!
Manifestement, l’auteur de l’article, avant de se lancer dans des spéculations théologiques aurait bien fait d’apprendre son catéchisme. Car c’est exactement le contraire qui est vrai : pour le catholicisme, la subsistance du peuple juif est indispensable à la foi chrétienne.
Il y a en effet une doctrine des fins dernières qui ne permet aucune hésitation sur ce point. L’Eglise vit dans l’attente du retour du Christ dans la gloire (ou Parousie), qui marquera la fin des temps et précèdera le Jugement Dernier. Selon cette doctrine, le retour du Christ sera précédé de la conversion de toutes les nations, le dernier peuple à reconnaître Jésus pour Messie étant le peuple juif.
Bref, si le peuple juif venait à disparaître intégralement, que ce soit sur le plan physique ou culturel, les prophéties du Nouveau Testament seraient prises en défaut.
Le texte de référence sur la perpétuité du peuple juif est l’Epître aux Romains, chap 9-11, voir en particulier chap. 11, v. 25 sq.
Ce point de doctrine, qui n’a jamais prêté à contestation dans le sein de l’Eglise fait partie du B-A BA de l’eschatologie traditionnelle. Elle a eu des incidences concrètes sur la pratique ecclésiale et n’est méconnue de nos jours que par la négligence de nos pasteurs à enseigner l’eschatologie à leurs fidèles (alors que cela passionne tous les moins de 50 balais).
Ainsi, si les chrétiens prient tous les vendredi saints pour la conversion des juifs, c’est en vue de hâter la fin des temps, la conversion des juifs étant le dernier signe à attendre avant la Parousie.
Cette perspctive eschatologique permet en outre de comprendre l’attitude traditionnelle des papes vis-à-vis des juifs: ils les ont protégés (car les juifs devaient devaient survivre) sans chercher à les convertir massivement (c’était impossible avant que tous les autres peuples soient évangélisés) et en les mettant à part (pour éviter qu’ils n’influencent les chrétiens ou se laissent entièrement assimilés). Précisons que dans les Etats de l’Eglise, cette politique a été bien acceptée par les cadres de la communauté juive qui y voyaient un moyen d’échapper au risque d’assimilation par la culture environnante.
En somme, pour le catholicisme, la subsistance du peuple juif à travers les âges fait partie de l’économie du salut aussi bien que la perpétuité de l’Eglise catholique. De sorte que si vous voulez détruire l’Eglise catholique, il y a deux méthodes possibles: tuer tous les évêques (de façon à détruire la structure apostolique de l’Eglise), ou à détruire tous les juifs (de façon à réfuter les promesses de l’Ancienne Alliance et les prophéties de la Nouvelle).
Pie XII avait donc deux raisons plutôt qu’une d’être horrifié par l’entreprise génocidaire nazie:
1) comme tout le monde, il jugeait que tuer des innocents c’est mal!(Curieux, n’est-ce pas?)
2) comme théologien catholique, il savait que la disparition du peuple juif constituerait une réfutation expérimentale de la foi catholique.
La seule question que je me pose est de savoir dans quelle mesure les nazis étaient conscients qu’en liquidant physiquement les juifs ils pouvaient espérer ruiner spirituellement le christianisme.
Quoi qu’il en soit, on peut déplorer qu’un journaliste se lance dans des spéculations théologicoparanoïaques sans avoir acquis les compétences nécessaires… Consternant!
Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose…
29 décembre 2009 at 21:03
Comme beaucoup de gens, je suis un peu navré de toute cette polémique, qui n’a pas grand fondement historique, et qui semble surtout renvoyer à des préjugés anti-catholiques.
Quelques réserves cependant:
1) Je n’ai pas étudié la cause de la sainteté ou non de Pie XII, mais je ne vois pas très bien pourquoi il faudrait canoniser la plupart des papes. Il se pourrait évidemment qu’ils soient saints, qu’ils aient été même souvent élus entre autres pour cette raison, mais je trouve que cela fait un tout petit peu “self-serving”.
2) Si Pie XII est devenu, pour de mauvaises raisons, le symbole de l’antijudaisme catholique (qui, lui, a bien existé), jusqu’à quel point faut-il éviter de blesser des sensibilités: ce n’est après tout pas le but d’une canonisation. (NB: je n’ai rien contre le fait qu’on canonise pour provoquer de manière saine, s’il le faut.)
3) Retrospectivement, on peut quand meme se demander si une Eglise dont l’action passe notamment par des paroles, n’aurait pas dû à cette occasion se montrer “prophétique”, un peu plus véhémente, quitte à en souffrir. Le débat est infini, je le sais. Mais il me semble qu’en tous cas, face à des crimes peu ordinaires, il reste que la question se pose. Je pense en particulier au point de vue juif: pour les juifs, l’Europe est, ou était chrétienne. Que des autorités politiques soient restées silencieuses, c’est évident; que le chef de la chrétienté soit resté discret, cela reste un sujet de réflexion légitime.
Remarques banales, mais je suppose que c’est notamment le sujet qui veut ca… tout semble avoir déjà été dit, et l’on garde cependant des impressions, dans un sens ou l’autre.
29 décembre 2009 at 21:43
à eps,
Si j’ai bien compris votre position 3, elle rejoint celle de François Mauriac souvent citée de manière tonquée par les détracteurs de Pie XII, dans sa Préface au “Bréviaire de la haine” de Léon Poliakov:
“Nous surtout, catholiques français… n’avons pas eu la consolation d’entendre le successeur du Galiléen Simon Pierre condamner clairement, nettement, et non par des allusions diplomatiques, la mise en croix de ces innombrables “frères du Seigneur”.
Mais Mauriac dit ensuite:
“Nul doute que l’occupant n’ait eu des moyens de pression irrésistibles et que le silence du pape et de la hiérarchie n’ait été un affreux devoir; il s’agissait d’éviter de pires malheurs”.
Discuter de l’opportunité d’une déclaration solennelle que Pie XII n’a pas faite, pourquoi pas?
En revanche, ce qui est scandaleux est de nier la droiture d’un homme dont on a déjà prouvé, de manière irréfutable, l’aversion pour le nazisme et la compassion pour les victimes de persécutions. Les documents existent. Les accusations des contempteurs de Pie XII reposent sur du vent, mais les preuves sont là.
Cf. Pierre Blet sj, “Pie XII et la seconde guerre mondiale d’après les archives du Vatican”, Perrin, 1997.
Voir aussi les billets de Koztoujours qui s’appuie sur le livre du Rabbin David Dalin.
Un dernier mot. Vous dites:
“on peut quand même se demander si une Eglise dont l’action passe notamment par des paroles, n’aurait pas dû à cette occasion se montrer “prophétique”, un peu plus véhémente, quitte à en souffrir”
A cela je réponnds par Jn, 18, 8-9:
Au moment de son arrestation par les gardes du Grand prêtre …
“Jésus répondit: “Je vous ai dit que c’est moi. Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez ceux-là s’en aller”, afin que s’accomplît la parole qu’il avait dite:
“ceux que tu m’as donnés, je n’en ai pas perdu un seul”.”
En somme, s’il est légitime de s’exposer soi-même au martyre, il ne m’appartient pas d’y exposer autrui.
Ou alors il y a quelque chose qui m’échappe dans la morale chrétienne…
30 décembre 2009 at 10:57
Cher Physdémon,
Voulez-vous dire qu’en acceptant d’être davantage persécutée, l’Eglise aurait été moins en mesure d’aider les juifs en pratique? Et donc, qu’en acceptant le martyre pour elle-même, elle en imposait un plus grand aux juifs? Si c’est ce que vous voulez dire, je ne suis pas sur de comprendre, puisque les juifs ont été de toute façon martyrisés.
30 décembre 2009 at 12:59
eps soulève assurément de bonnes questions — notamment la 2) et la 3) qui vont au fond du problème: comme quoi il est difficile d’éviter la “diplomatie”, tant en 40-45 qu’aujourd’hui…
La question 1) est également bienvenue, mais pour une autre raison, je pense. Au fond, si l’on résume la polémique actuelle, nous avons d’un côté des gens qui estiment que l’attitude de Pie XII pendant la guerre est une raison suffisante pour ne pas le canoniser; et d’un autre côté, par un jeu de miroir un peu dangereux (auquel j’ai conscience d’avoir sacrifié par ce billet, non sans hésitation d’ailleurs), des gens qui risquent de finir par soutenir que l’attitude de Pie XII pendant la guerre est une raison suffisante… de le canoniser.
Ainsi le débat s’enferme dans la période historique de la Seconde guerre, et de la Seconde guerre telle qu’elle est perçue aujourd’hui, c’est-à-dire au crible exclusif de l’Holocauste. On sait tous que ce n’est pas ainsi qu’elle a été vécue par ses acteurs, en tous cas par la plupart d’entre eux — y compris parmi ceux qui ont œuvré le plus efficacement pour la défaite du nazisme.
Il me semble clair que, du point de vue d’une éventuelle canonisation, la question que pose la période 40-45 (voire 33-45), c’est uniquement de savoir si Pie XII a commis des fautes majeures: s’il a agi par peur, pusillanimité, pure prudence humaine, etc. Spéculer sur “ce qui serait arrivé si seulement…” (il avait parlé autrement, etc.) est utile jusqu’à un certain point, mais c’est un exercice risqué, aux résultats discutables. On peut débattre pour savoir si Pie XII a commis des erreurs de jugement, et pour quelles raisons; mais beaucoup de saints ont commis de telles erreurs, qui n’enlèvent pas forcément à leur foncière bonté morale.
Ensuite, ce qui reste manifestement à découvrir, ou plutôt à redécouvrir, c’est la sainteté de Pie XII au long de toute sa vie, et notamment durant son long pontificat. Elle semble avoir été assez largement reconnue de son vivant et au moment de sa mort. Elle est, depuis, nimbée de doute ou de ténèbres, en raison de la polémique sur son «silence».
C’est un des aspects des nombreux travaux suscités depuis le Vatican durant ces dernières années: colloques, rencontres judéo-chrétiennes, études théologiques, etc.
S’agissant d’un pape, un des enjeux les plus nets est celui de son magistère: il fut un pape très prolifique (plus de 40 encycliques…), et pour résumer d’un mot ce qui importe peut-être le plus aujourd’hui, son enseignement constitue, après la Sainte Ecriture, la référence la plus abondante dans les textes du concile Vatican II.
Ce qui n’est pas seulement un argument de poids en faveur de «l’herméneutique de la continuité» dont parlait Benoît XVI à propos du concile, mais atteste aussi de la profondeur du magistère de Pie XII, décisif et novateur (à la manière “prudente” de Pie XII) sur la nature de l’Eglise et, partant de là, sur la liturgie et la Sainte Ecriture.
Tout cela est bien résumé dans ce discours du pape actuel lors d’un colloque récent sur Pie XII:
http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/speeches/2008/november/documents/hf_ben-xvi_spe_20081108_congresso-pioxii_fr.html
Pour la bonne bouche, et en revenant au sujet de la guerre, je signale ce point de vue assez frappant de Serge Klarsfeld, recueilli dans Le Point, sous le titre «Il n’y a aucune raison pour que Pie XII ne devienne pas saint»:
http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2009-12-24/interview-serge-klarsfeld-il-n-y-a-aucune-raison-pour-que-pie-xii-ne/920/0/407982
30 décembre 2009 at 14:28
à EPS,
ce qui me gêne dans votre interprétation de mes propos, c’est que vous raisonnez en évoquant de vastes entités collectives: “l’Eglise” et “les Juifs”.
Je voulais dire d’une manière beaucoup plus prosaïque ce que bien d’autres ont dit avant moi: si Pie XII parlait, il risquait non seulement sa propre vie mais celles de beaucoup de personnes engagées dans diverses actions humanitaires, dont la protection des nombreux Juifs du diocèse de Rome.
C’est déjà beaucoup de demander à un homme de risquer sa vie pour celle d’autrui, mais peut-on exiger qu’il risque celle de ses ouailles?
Cela pourrait peut-être se discuter si le gain à espérer était considérable: peut-être que dans l’espoir de sauver 3 millions de Juifs, Pie XII aurait dû risquer celle des quelques milliers de Juifs que les couvents et maisons religieuses du diocèse de Rome protégeaient. Mais n’avait-il pas quelques raisons de croire que cela n’aurait pas d’incidence positive sur les actions exterminatrices des nazis, bien au contraire? Est-il légitime de mettre en péril la vie de personnes dont on a la responsabilité directe dans l’espoir très incertain d’en sauver d’autres, certes en plus grand nombre?
Il me semble qu’il y a au moins de quoi hésiter.
Cela dit, je suis tout à fait prêt à concéder que Pie XII n’a peut-être pas saisi le kairos, le moment opportun, pour faire une déclaration solennelle qui aurait pu être efficace. L’analyse des archives du Troisième Reich pourra nous instruire à ce sujet.
La seule chose contre laquelle je m’insurge, c’est le fait de mettre en doute la droiture de Pie XII en raison d’un silence qui s’explique fort bien par des considérations de prudence.
A entendre certains propos moralisateurs, je suis stupéfait de voir le nombre de héros en puissance qu’il y a dans notre pays, et un peu inquiet de voir à quel point on traite avec négligence toutes les considérations de “prudence”( dans tous les sens de ce terme)…
31 décembre 2009 at 12:24
à Philarête,
Je ne suis pas sûr qu’il y ait beaucoup de gens qui pensent que l’attitude de Pie XII pendant la guerre soit une raison “suffisante” de le canoniser… Je crois que les catholiques qui s’efforcent de défendre la mémoire de Pie XII ont généralement conscience que la question de la sainteté ne se réduit pas au fait de s’être bien ou mal comporté en telle ou telle circonstance, surtout si par “bien” ou “mal” on n’entend pas “moralement bien” ou “moralement mal”, mais “de manière efficace” ou “opportune”.
Mais je te sais gré de nous mettre en garde contre le risque de se laisser enfermer par cette polémique dans le cadre d’une problématique trop étroite.
Dans cet esprit, j’aimerais nuancer mon propos du com. 6. Je protestais contre un article d’Antoine Mercier qui accusait Pie XII (et Benoît XVI) de considérer qu’au fond le peuple juif ne devrait plus exister puisque l’Eglise a été établie et serait le “véritable Israël”. Cet article voyait dans cette conception théologique (en laquelle on reconnaît la théologie de la substitution du Nouvel Israël à l’Ancien Israël, théologie condamnée à Vatican II) une raison de la supposée indifférence de Pie XII envers le génocide.
Cette idée que la survivance du peuple juif soit une anomalie dans “l’économie du salut” est irrecevable, puisque saint Paul a dit exactement le contraire dans l’Epître aux Romains, chap. 9 à 11. (cf.#6)
L’accusation d’Antoine Mercier repose donc sur l’imputation à Pie XII (et à Benoît XVI) de conceptions théologiques contraires à la foi catholique. Et même si la théologie de la substitution n’a été condamnée qu’après le pontificat de Pie XII, je maintiens que Pie XII lui-même n’aurait pu voir dans la subsistance du peuple juif une anomalie dans l’économie du salut mais un signe providentiel, en raison de l’évidence de cet enseignement de l’Epître aux Romains intégré à l’enseignement eschatologique le plus commun. Je maintiens donc fermement que les spéculations théologiques de ce journaliste sont fausses, infondées et égarantes.
Cela dit, je n’oserais pas affirmer avec certitude que Pie XII (ni non plus les nazis d’ailleurs) ait eu pleinement conscience des enjeux théologiques d’une extermination du peuple juif.
Ne serait-ce que parce que Pie XII, comme la plupart des chefs alliés qui ont reçu des informations sur les camps a sans doute sous-estimé la qualité de ces informations: il a vraisemblablement tenu pour des exagérations la description des aspects industriels du système génocidaire. (D’où la surprise de tous les chefs alliés et de toutes les puissances neutres à l’occasion de la libération des camps, surprise que Jules Isaac a cru lire sur le visage de Pie XII lorsqu’il lui décrivit le système concentrationnaire nazi lors de leur première entrevue).
Ne serait-ce que parce que, à ma connaissance, le génocide ne visait que les Juifs d’Europe. La subsistance du peuple juif, notamment dans la diaspora américaine, n’était donc pas directement en cause.
Donc, jusqu’à preuve du contraire, je dirai que l’attitude du pape Pie XII me semble avoir été motivée non par des considérations théologiques eschatologiques (il faut que les Juifs subsistent car leur subsistance comme leur endurcissement fait partie d’un plan de salut surnaturel), mais plus simplement par des considérations de simple humanité.
Je précise cela, car pour réfuter Antoine Mercier, j’avais été obligé de me placer sur un terrain qui n’est pas pertinent à mes yeux…
C’est d’ailleurs à ce niveau que je n’exclurai pas une possible complaisance de beaucoup d’ecclésiastiques avec un antijudaïsme traditionnel lorsque ce sont mises en place des politiques de discrimination à l’encontre des Juifs dans les pays alliés ou satellites de l’Allemagne (cf. France, Italie, Slovaquie etc) , politiques qu’il ne faut pas confondre avec la politique génocidaire mise en place par les nazis à partir de l’été 1941.
En France, la nostalgie d’une Europe intégralement chrétienne a donc pu jouer un rôle dans la relative indifférence de l’Eglise devant le statut des Juifs établi par Vichy dès octobre 1940. Tout cela ne présageait nullement une quelconque approbation des déportations, auxquelles certains évêques se sont courageusement opposées deux ans plus tard (Mgr Gerlier et Mgr Salièges). Tout cela avait encore moins à voir avec une quelconque complaisance envers le génocide sur lequel les différents acteurs de l’époque (Croix-Rouge, Churchill, Roosevelt, Pie XII), à l’exception des principaux chefs nazis, n’eurent que des informations partielles et de toutes façons jugées peu fiables (à tort, malheureusement).
Bref, je n’exclus pas que Pie XII, comme les évêques de France, ait pu fermer les yeux sur des politiques discriminatoires qui privaient les Juifs de la plénitude de leurs droits civiques. Cela choque notre conscience démocratique et libérale, mais encore à cette époque l’Eglise s’accommodait fort bien de modèles d’organisation politiques ni démocratiques ni libéraux (cf. Le franquisme en Espagne). En revanche, je pense important de laver Pie XII de tout soupçon de complaisance avec la logique persécutrice et exterminationiste nazie. Cela me paraît complètement étranger à la tournure d’esprit qui était la sienne pour autant que je puisse en juger d’après les livres que j’ai consultés (Pierre Blet, Pie XII et la Seconde guerre mondiale; Hubert Wolff, Le pape et le diable).
Un dernier mot, je ne sais pas si Pie XII mérite d’être canonisé, et je ne tiens pas à forger une représentation idéalisée de sa personne et de son oeuvre, mais je suis sensible au fait que Pie XII a contribué à ancrer l’Eglise dans le camp des démocraties libérales. Ce que dit Pierre Blet sur les bonnes relations de Pie XII avec Roosevelt me paraît significatif. Tout en restant neutre sur le plan diplomatique (ce qui était sage d’un point de vue stratégique) Pie XII souhaitait clairement la victoire des Alliés de l’Ouest et la mise en place d’un ordre international conforme aux aspirations des démocraties libérales. En quoi Pie XII s’inscrit dans la continuité des pontificats de Léon XIII (le ralliement à la république), Pie XI (la condamnation de l’Action Française, du nazisme et du communisme).
Ah! Que l’Histoire est complexe!. Dès qu’il s’agit de dire quelque chose de nuancé, on en a pour des heures. Désolé d’encombrer ainsi ton blog, cher Philarête.
2 janvier 2010 at 14:35
Certes l’histoire est complexe, mais elle fournit aussi les clés de ses propres mystères si l’on accepte de la remettre dans l’ordre chronologique. En l’occurrence, un modeste fait souligné par Philarète est assez éclairant : la polémique sur le “silence” de Pie XII n’a commencé que dans les années 60. Auparavant, on n’entend qu’un concert de louanges sur son action dans un moment où, me semble-t-il, on ne ménageait pas particulièrement ceux dont on estimait qu’ils avaient été coupables de complaisance à l’égard du pouvoir nazi.
J’ignore si la pièce “Le Vicaire” de Ralf Hochhut, en 1963, peut être considérée comme le déclencheur de la polémique ou si elle n’en est que le premier révélateur. Mais comme le film de Costa-Gavras qui lui fit écho quarante ans plus tard, elle procède de l’illusion que l’histoire était connue à ceux qui l’ont vécue à peu près de la même façon qu’à nous qui avons vu, au collège, ‘De Nuremberg à Nuremberg’ ou ‘Au revoir les enfants’. Et aussi, je crois, d’un certain besoin de se disculper de l’horrible crime en le faisant partager à tous ceux qui ‘étaient là et n’ont rien fait’.
Un fait récent, plus divertissant et moins dramatique, illustre le même type de phénomène : un homme politique français un peu candide a eu l’imprudence de laisser entendre qu’il “savait” que le mur de Berlin allait tomber, et qu’ainsi il avait pu se trouver sur les lieux le jour même. On ne s’est pas fait faute de lui mettre le nez dans son anachronisme : comment donc pouvait-il savoir ce que personne ne soupçonnait ?
Mais la Shoah, c’est si énorme, si tragique… et si loin maintenant, que l’on nie à ceux qui ont vécu pendant qu’elle se déroulait le droit de l’avoir ignorée ou sous-estimée.
6 janvier 2010 at 12:10
Bonjour Philarête,
Bonne année.
Je comprends votre point de vue: Pie XII a été un saint dans son coin. Un saint coin coin.
Autour de lui le monde était bouleversé par la guerre la plus inouïe de toute l’histoire de l’humanité, mais lui était un saint. Un saint de bureau, qui trouvera son alcôve dans le vaste panthéon des saints.
Ca se tient.
Mais c’est un saint aux petits pieds. Pas très large d’épaules, le type.
Si c’est ça l’image moderne du saint que veut promouvoir le pape, pourquoi pas? Moi, ça ne me dérange pas.
L’idée d’une église recroquevillée dans son bureau pendant que le monde change me va même très bien.
C’est une bien curieuse façon de rendre hommage à tous ces prêtres qui, en France ou ailleurs, se sont impliqués dans des actes de résistance et l’ont parfois payé cher, mais après tout c’est l’affaire de l’église.
A moins que ce ne soit au contraire une façon de faire oublier qu’il a existé une église de la collaboration, une église du franquisme, une église du fascisme et même une église du nazisme, l’obéissance des églises allemandes n’ayant pas été obtenue qu’à coups d’assassinats de prêtres (elle a aussi été spontanée, adhésive même).
Bref, un saint homme, pendant que les églises cathos européennes étaient plutôt du côté de ceux qui donnaient les coups et pas de ceux qui les prenaient.
Un bien bel exemple pour nous tous.
Amen.
6 janvier 2010 at 22:37
Ah, merci Tschok, on peut compter sur vous pour réveiller le débat quand les gens sont trop d’accord entre eux.
Mais ne pourrait-on pas accuser de Gaulle, en ce cas, de ne pas s’être pas fait parachuter sur la France en compagnie de Churchill pour organiser lui-même la résistance, voire, pourquoi pas, casser du boche une grenade à la main. N’avait-il pas une certaine sympathie pour le petit moustachu, finalement, pour se contenter de faire des annonces à la radio au lieu d’y aller lui aussi de son petit héroïsme ? Ah, le vilain petit général d’officine, le petit officier d’opérette, le crypto-nazi. D’ailleurs, ne portait-il pas la moustache, lui-aussi (Comme Pétain, tiens tiens)…
Non, sérieusement, il me semble que vous vous méprenez sur ce qu’est un pape, ou du moins que vous jugez bien à l’aise en décidant pour lui qu’il aurait pu ou dû faire ceci ou cela. D’ailleurs que savez-vous exactement de ce qu’il a fait ? On nous rebat les oreilles de ce qu’il n’a PAS fait, mais c’est un peu court…
Et non, il n’y a pas eu une “église de la collaboration” une “église du nazisme”. Pour que ces “églises” aient existé, il aurait fallu une prise de position officielle des églises des pays concernés ou du pape (tiens encore un truc qu’il n’a pas fait ?). Vous ne pouvez pas faire grief à l’église de tous les non-actes d’héroïsme non-accomplis par des croyants ou des prêtres, pas plus qu’on ne peut glorifier l’église de tous les actes d’héroïsme accomplis par d’autres croyants ou prêtres.
Il y a bien eu une prise de position officielle de l’église sur la question du nazisme, nettement hostile. Je crois aussi qu’à titre personnel Pie XII a essayé d’exorciser Hitler (à distance). Cela peut faire rire, mais il se trouve que le pape avait plus d’armes spirituelles que de divisions blindées. C’était ses grenades à lui, mais bien sûr, il est facile de les balayer du revers de la main comme des bondieuseries. Mais dans ce cas, autant dire tout de suite que Dieu étant une plaisante fiction, le pape n’est le pape de personne et que rien de ce qu’il fait n’a ni sens ni utilité. Si on lui reconnaît sa sincérité (et c’est sacro-saint, aujourd’hui, la sincérité), on ne peut pas lui en vouloir d’avoir agi conformément à ce qu’il était : un pape. Pas un général de brigade, pas un prêtre dans une paroisse française, autrichienne ou espagnole. Juste un pape.
Au passage, mais je sens que si on va dans cette direction ça va déraper, sur la question du franquisme, il faudrait plusieurs billets. Mais une chose seulement : on peut difficilement le rapprocher du nazisme sur le plan de l’interaction avec la religion. Pour autant que j’en puisse juger, au cours d’une guerre civile où la religion avait une place importante (ce n’était pas le cas en Allemagne) Franco s’est posé, tactiquement ou sincèrement, en défenseur de l’Espagne catholique contre le communisme. On peut comprendre, avec un peu de recul, que les clercs aient eu plus tendance à apprécier ceux qui leur disaient “bonjour mon père” que ceux qui leur tiraient dessus. Je conviens avec vous que c’était là une attitude imparfaitement chrétienne, mais je ne suis pas absolument certain que j’aurais fait mieux à leur place. Je ne sais pas s’il y a eu une prise de position officielle du siège de Rome en faveur de Franco. C’est une question intéressante. Vous avez des infos ?
7 janvier 2010 at 01:50
@ Irenée,
Mais je vous en prie.
En fait je crois que nous parlons de trois choses assez différentes que par un effet d’actualité nous plaçons sur le même plan, mais qui conservent leur perspective si on les réintroduit dans une temporalité normale: la leur.
1) Il y a d’abord la valeur de l’homme, Pie XII, puisqu’après tout c’est de sa béatification dont on parle.
Que cet homme ait été bon, je n’en doute pas. Je suis même parti de ce principe et je crois pouvoir dire qu’il est tenu à juste titre pour ce que les Juifs appellent un Juste (un homme qui a sauvé d’autres hommes). Là dessus, je tiens pour acquis ce que dit Philarête.
Cela en fait il un saint? C’est la catégorie du dessus, quand même. Mais c’est à l’église d’apprécier cette question.
La question de la valeur de cet homme nous amène à celle de l’épreuve qu’il a dû affronter.
2) Son épreuve, en tant qu’homme de pouvoir. Là c’est autre chose: il s’agit d’apprécier l’action du pontife. Je ne vais pas faire long, mais si le personnage est controversé, c’est aussi parce que son action politique n’a pas été fameuse.
La trace qu’un homme politique laisse dans l’histoire peut avoir beaucoup à payer à l’injustice. Certains hommes politiques sont jugés injustement par l’histoire. Est ce le cas de cet homme?
Sur ce point précis – sa valeur en tant qu’homme politique, je rapprocherais bien plus surement Pie XII d’un Daladier que d’un Roosevelt ou d’un de Gaulle ou d’un Churchill: il s’est fait dépasser par les événements et une fois que les nazis ont été sous ses fenêtres (ce qui s’est d’ailleurs produit de façon très concrète) il n’a eu d’autre choix que de se plier à leur joug tout en cherchant à sauver les meubles.
Il n’a donc pas cette dimension héroïque qu’on attend normalement d’un saint. Je ne dis pas qu’il a été nul, je dis qu’il a mené une politique qui la conduit à l’impasse où il s’est trouvé enfermé – au sens strict: il a été littéralement enfermé au Vatican par les Allemands – ce qui a réduit sa valeur politique à presque rien.
Hitler était très conscient de l’obstacle qu’il pouvait représenter et il a apporté à sa neutralisation tout le soin, le machiavélisme et la brutalité dont nous le savons capable. N’empêche que cela ne lui a pas pris beaucoup de temps ni demandé de grands moyens.
A la libération de Rome, les Alliés l’ont considéré avec beaucoup d’indulgence, je crois. Mais c’est celle qu’on prête à un idiot.
Il est vrai que Pie XII, homme d’Etat, n’était pas servi par une église catholique opposant au nazisme un front uni et déterminé, ce qui nous amène à la troisième question: le rôle de l’église dans un contexte de dictature, puis dans le temps de la guerre.
3) l’église catholique n’est pas un bloc: c’est une communauté de croyants qui dépasse les frontières des Etats et des classes sociales et c’est une administration constituée par des prêtres.
Pour faire bref, quitte à flirter avec la caricature, l’anticommunisme des prêtres a poussé l’église à faire preuve d’une coupable bienveillance à l’égard des dictatures franquiste, fasciste et nazie, alors même que les deux dernières étaient franchement païennes dans certains de leurs crédos et carrément brutales dans leur façon d’être.
Finalement, l’église s’est accommodée des dictatures (même si de nombreux prêtres qui s’y opposaient ont été assassinés, ce sur quoi elle a fermé les yeux). Les noces entre l’église catholique espagnole et le franquisme se sont même prolongées après la guerre et vous trouverez au sein de sa hiérarchie, encore de nos jours, un certain état d’esprit assez conservateur, voire nostalgique.
En revanche, le temps de la guerre a été une véritable épreuve: avoir des chrétiens de chaque côté du front, ça ne porte pas à conséquence quand on se fait des petites guéguerres, comme à l’époque de Napoléon.
Mais dans le cas d’une guerre mondiale, c’est à dire un conflit de très haute intensité, ça change tout.
Je crois que le pape et l’ensemble de la hiérarchie étaient très conscients du fait qu’une guerre de ce genre était potentiellement porteuse de la fin de l’église catholique en Europe.
Comment croire que le message christique pouvait résister à un tel déferlement de violence et de haine? Comment croire qu’il en sortirait intact?
Je pense que la hiérarchie catholique était très lucide là dessus et qu’elle avait parfaitement identifié le risque de destruction de la structure même de l’église. Je ne parle pas seulement de son organisation administrative, mais de son ossature même: le message christique.
A partir de là, les choses sont très simples: lorsque son existence est en cause, l’église se met systématiquement du côté de ceux qui donnent les coups. Elle peut être neutre, elle l’a été dans une large mesure d’ailleurs, mais aux côtés de celui qui donne les coups. C’est une neutralité orientée, mais sans excès car le sort des armes peut tourner et celui qui a pris les coups peut finalement vaincre et lui demander des comptes.
La règle numéro deux c’est donc la modération dans la neutralité engagée, ce qui exige une certaine dose de duplicité, fruit d’une formation exigeante et d’une histoire riche en revirements et coups de pute divers.
Cette stratégie de survie de la structure n’exclut nullement les actes individuels des prêtres qui peuvent selon leur sensibilité personnelle se mêler au massacre ou sauver ceux qu’on persécute, voire entrer dans la résistance.
Au final, cela donne une église bienveillante avec la dictature dans le temps où elle conquiert le pouvoir, et une église molle et dépassée par l’événement dans le temps de la guerre. Et puis des actes individuels positifs ou négatifs.
C’est très exactement l’image de Pie XII dans l’histoire. L’homme est à l’image de son institution. Quoi de plus juste pour un pape?
Pour un pape, oui. Mais pour un saint?
7 janvier 2010 at 20:55
Je me demande s’il n’y a pas une sorte d’angle mort dans tout ce débat. Peut-être ne se demande-t-on pas suffisamment pourquoi on attend rétrospectivement de Pie XII les paroles puissantes qu’il n’a pas cru devoir proférer.
J’ai deux hypothèses à ce sujet:
1) Les catholiques du Moyen-Age ou de l’âge baroque auraient été très surpris par notre débat: pour eux, le pape n’était qu’un évêque parmi d’autres, un primus inter pares, dont ils se méfiaient volontiers. Ils étaient gallicans en France, et les Espagnols, les Autrichiens ou les Allemands avaient leur équivalent du gallicanisme. Le pouvoir spirituel de la papauté était relativement limité, et on ne le prenait pas avec un sérieux mortel. Les catholiques attendaient d’être guidés par leurs évêques et par le consensus de la Chrétienté. Le pape jouait un rôle dans ce cadre, mais un rôle limité. Bizarrement, si on regarde les choses avec un peu de distance, on s’aperçoit que l’attente d’une parole papale dans le cadre du nazisme renvoie donc directement au grand mouvement ultramontain du XIXeme siècle. On scrute aujourd’hui tous les gestes, toutes les paroles de Pie XII parce qu’on a accepté la grande idée de Joseph de Maistre: le pape est une figure absolument déterminante dans l’histoire du monde. L’action concrète des évêques durant la Seconde Guerre mondiale, celle des curés, des nones, des simples croyants, tout cela ne compte pas tellement, finalement. Etonnante victoire du théoricien par excellence de la contre-révolution! Comment expliquer ce paradoxe? A mes yeux, c’est là un réflexe spontané du monde démocratique, qui réalise le besoin d’une sorte de pouvoir extérieur, d’un symbole vivant qui puisse nous rappeler que la volonté populaire n’est pas le Tout de la vie humaine et sociale. La papauté en est venu à jouer ce rôle, y compris parmi les non-catholiques. Le “silence” de Pie XII est évidemment un mythe, mais son manque apparemment d’héroïsme et de prophétisme est à la mesure des espérances que les démocrates ont fini par mettre en la papauté.
2) Pourquoi le manque d’héroïsme et de prophétisme compte-t-il TELLEMENT contre lui, alors même que, bon bougre, il a fait grosso modo son possible? Tout simplement parce que la Shoah est devenu le coeur de notre religion civile – une religion de l’absence de Dieu, une religion gnostique du mal dans l’homme, une figure inversée du christianisme, où le peuple juif est sacrifié sans aucune perspective de rédemption. Notre obsession pour la Shoah (que je distingue évidemment du respect bien compris pour la mémoire des morts et pour leur souffrance) nous conduit à tout comprendre par rapport à cela. Que vient faire Pie XII dans ce cadre-là? On peut dire qu’il apparaît rétrospectivement comme ayant manqué le coche. On attend de lui qu’il offre la dénonciation de la Shoah qu’il aurait fallu. Dans la gigantomachie de la Seconde Guerre mondiale, il aurait fallu que le successeur de Pierre, le représentant par excellence du Dieu chrétien sur terre, ait adressé pour les millénaires à venir une parole absolue sur la révélation nouvelle du mal. Voilà en quoi il nous décoit: Pie XII n’a pas compris que la Shoah serait au centre de notre cosmogonie politique, il n’a pas compris que le massacre des juifs consacrait une césure absolue dans l’histoire de l’humanité. Pourquoi n’a-t-il pas compris cela? Parce que ce n’est pas vrai. La Shoah est affreuse, et on n’en dira jamais assez de mal. Mes propres arrière-grands parents sont morts à Auschwitz. Mais Auschwitz n’est pas pas notre horizon, il ne peut pas l’être.
7 janvier 2010 at 22:02
J’ajouterai une dernière remarque: au fond, on veut suggerer (puisqu’on ne peut le prouver) que l’Eglise était complice du nazisme. Pourquoi? Parce que la religion de la Shoah n’est crédible que si le christianisme est faux, que si le pape et Hitler c’est à peu près la même chose. J’exagère évidemment un peu, mais je crois cette exagération nécessaire, car dans ce débat comme dans quelques autres, les chrétiens sont sur la défensive: on les attaque, et ils ne savent pas trop pourquoi. Du reste, ceux qui les attaquent ne le savent pas toujours davantage. Pourquoi le procès a-t-il un caractère si violent, pourquoi les invectives sont-elles si fortes? Parce qu’il s’agit de prouver une religion, une nouvelle religion, et qu’il faut pour cela enterrer l’ancienne.
C’est me semble-t-il sur ce terrain que le débat devrait être mené, et pas sur un autre. Le débat historique, à peu de choses près, semble à peu près terminé. Oui, Pie XII a fait de bonnes choses pour les juifs. Oui, il n’a pas fait assez – personne n’a fait assez. Mais ce n’est pas cela l’enjeu. L’enjeu est la vérité du christianisme, la capacité du christianisme à rendre raison de la faiblesse humaine, et des misères humaines trop humaines de l’Eglise elle-même (l’actualité nous en donne de trop nombreux exemples). Les chrétiens veulent tenir deux choses en même temps: le péché originel, l’espoir d’une rédemption. Ses adversaires croient au péché originel (la Shoah, nouvelle version de la Chute), mais non en la rédemption. Ou était Dieu à Auschwitz?
7 janvier 2010 at 22:08
à eps,
Je les trouve très, très intéressantes vos hypothèses.
Bon, je ne relativiserais pas autant que vous le rôle du pape avant Joseph de Maistre: si le Grand Schisme d’Occident a provoqué un tel traumatisme dans la conscience européenne au XIV° siècle, c’est tout de même que le pape était déjà perçu à l’époque comme le chef de la chrétienté. Du reste, le gallicanisme est né après ce schisme (sous Charles VII). Entre la réforme grégorienne et le Grand Schisme d’Occident, l’influence du pape fut donc plus considérable, me semble-t-il, que ce que vous suggérez.
Mais pour le reste, je suis d’accord avec vous. Il y a une focalisation médiatique sur le pape qui repose sur une mésinterprétation de son rôle dans l’Eglise et sur une illusion rétrospective.
Votre analyse des attentes et de la déception à l’égard de Pie XII comme représentant du Dieu chrétien dans la gigantomachie qu’aurait été la Seconde Guerre Mondiale me rappelle les analyses de Tocqueville sur l’avenir du catholicisme aux Etats-Unis: il prédisait à celui-ci la capacité de séduire les esprits démocratiques parce qu’il rejoint un besoin d’unité qui les habite secrètement. (Cf. “De la démocratie en Amérique”, volume II, 1ère partie, chap. 6, “Du progrèsdu catholicisme aux Etats-Unis”). Il y a une attente démocratique à l’égard de l’Eglise catholique et du pape qu’il serait judicieux de continuer d’analyser…
Au fond, nos contemporains projettent sur le passé des attentes d’aujourd’hui. On voudrait un Pie XII Andy Warholesque dont on pourrait suspendre l’effigie au dessus d’un concert pop aux côtés de sérigraphies de Roosevelt, Churchill et Staline. Cela aurait de la gueule. Mais un pape n’est pas plus un leader d’opinions qu’il n’est un chef de guerre.
8 janvier 2010 at 08:56
Je trouve que les hypothèses d’eps complètent bien la perspective plus “psychologique” d’Irénée au n° 13: le besoin de s’exonérer d’un crime que ceux qui étaient là avant nous n’ont pas su éviter. Pie XII, “bouc émissaire” de notre mauvaise conscience, mais parce que, comme le suggère eps, le pape figure aussi dans l’esprit collectif comme celui qui devrait a priori parler au nom de la conscience universelle.
Avec comme toile de fond cette curieuse situation morale: Hitler incarne désormais à lui tout seul le mal absolu et le seul vrai mal, incontestable et unanimement reconnu. En ne faisant pas “ce qu’il fallait” contre Hitler, Pie XII aurait ainsi manqué à son seul devoir vraiment impératif, le seul qui pourrait le qualifier pour la sainteté. J.-F. Kahn l’écrit dans Marianne cette semaine: Pie XII aurait dû excommunier (!) Hitler. On comprend: c’est la seule excommunication que notre époque trouve légitime, et même indispensable.
Tout cela, cependant, n’empêche pas d’essayer de replacer plus prosaïquement l’attitude de Pie XII dans le contexte “théologico-politique” de l’époque. C’est un terrain délicat, et je n’ai pas trop le goût de m’y risquer ici. Mais, en gros, ne peut-on pas dire que la théologie d’alors, même solide, n’était pas équipée pour permettre un diagnostic adéquat quant à la persécution des Juifs?
Au fond, l’idée que l’Eglise parle “au nom de l’humanité” est, dans son acception actuelle, assez récente, et non sans lien, sans doute, avec la dernière guerre et spécifiquement la Shoah. Notamment, il n’y a pas forcément, dans la théologie traditionnelle, de ressources intellectuelles pour s’élever contre toute discrimination des Juifs: c’est uniquement lorsque celle-ci prend comme critère la “race” qu’elle est condamnée — ce qui permettait à nombre d’excellents catholiques de trouver légitime une discrimination fondée sur d’autres critères — par exemple la religion (la discrimination par la race était inacceptable parce qu’elle pouvait frapper également des Juifs convertis au christianisme; mais elle pouvait se justifier par la “réprobation” du peuple Juif traditionnellement reçue).
L’opinion, aujourd’hui confinée à de micro-cercles intégristes, selon laquelle un Etat doit protéger spécifiquement la religion catholique, éventuellement au détriment des autres, était alors assez commune. Elle s’explique sans doute fort bien par un autre contexte que celui de la montée du nazisme (l’opposition catholique au libéralisme, au long du XIXe siècle), mais elle explique également une certaine passivité face à un phénomène nouveau. Hitler sut fort bien jouer de cette ambiguïté, notamment en Autriche, où l’anti-judaïsme chrétien et l’idée d’un Etat catholique était fort répandue.
Ceci n’accable pas spécifiquement Pie XII. Encore une fois, sa charité ne me semble pas avoir prise en défaut. Aucun grand chef d’Etat du monde, notamment avant la guerre, ne peut lui en remontrer sur ce plan. Mais cela contribue sans doute à expliquer notre présent malaise.
Après tout, et pour le dire finalement de manière un peu crue, je trouve personnellement difficile d’être à la fois un enthousiaste inconditionnel de Vatican II (le vrai, pas l’imaginaire), et un apologiste inconditionnel de tout ce qu’on fait les papes lorsqu’ils s’inspiraient d’une théologie non encore renouvelée par le dernier concile. En tous cas, pas pour une période si proche du concile (les années 30 et 40) que les grands bouleversements dont le concile a voulu tenir compte étaient déjà largement advenus.
8 janvier 2010 at 09:05
@ eps
Bonjour eps, et bonne année.
“Où était Dieu à Auschwitz?” demandez-vous.
Mais où était-il à Rome ?
8 janvier 2010 at 11:02
à Philarête,
“je trouve personnellement difficile d’être à la fois un enthousiaste inconditionnel de Vatican II (le vrai, pas l’imaginaire), et un apologiste inconditionnel de tout ce qu’on fait les papes lorsqu’ils s’inspiraient d’une théologie non encore renouvelée par le dernier concile.”
Je ne sais pas si tu vises mes propos précédents (com. 6) par cette critique. Mais je vais faire come si…
J’ai sans doute abusé d’une théologie postcnciliaire pour interpréter et disculper Pie XII de certaines accusations. Je précise que j’ai nuancé mes propos par la suite (com.12). Enfin, je rappelle que quoi qu’il en soit de la valeur de mes analyses, ce qui me paraît scandaleux est de croire que Benoît XVI voudrait canoniser Pie XII pour remettre en question les acquis doctrinaux de Vatican II en particulier en ce quiconcerne la place des Jiifs dans l’histoire du salut.
Que Pie XII n’ait pas été tout à fait armé théologiquement pour produire un diagnostic satisfaisant de la persécution des juifs, je le concède très volontiers.
Ce que je conteste, c’est que, quelle que fût sa théologie, elle eût pu s’accomoder d’une extermination du peuple juif, ce que certains ont osé soutenir à propos de Pie XII.
J’ai revu l’encyclique de 1943 où Pie XII définit l’Eglise comme “corps mystique du christ”. D’après certains, cette encyclique contiendrait deux paragraphes typiques de la “théologie de la substitution”.
Je ne nie pas qu’on puisse trouver sous la plume de Pie XII des éléments d’une théologie de la substitution. Ce que je conteste, c’est qu’on puisse trouver des éléments de cette théologie susceptibles de justifier l’idée que la permanence du judaïsme apparaisse comme une anomalie par rapport au plan du salut: car les Juifs doivent se convertir à la fin des temps. Or, à ma connaissance, cette croyance a toujours été une source d’inspiration de la politique des papes à l’égard des Juifs dans leurs Etats. Peut-être me suis-je trompé sur ce point, aussi faudrait-il que j’entreprenne des recherches plus approfondies pour en avoir le coeur net, mais c’est ce que j’ai retenu de mes études d’histoire en khâgne.
Par ailleurs, je me suis aperçu que l’expression “théologie de la substitution” peut être prise par les uns ou les autres en plusieurs sens.
Il y a une thématique de la substtitution qui ne pose pas problème et que l’on retrouve chez Pie XII: celle qui consiste à dire que l’Eglise continue l’oeuvre de sanctification du monde commencée par l’ancien Israêl et qu’en ce sens, tout ce qui concerne la sanctification du monde par le peuple de Dieu s’applique désormais à l’Eglise.
En revanche, ce que je ne trouve pas dans cette encyclique, c’est l’idée que les promesses de l’ancienne Alliance ne seraient plus opératoires en ce qui concerne le peuple juif.
La question n’est tout simplement pas abordée.
Certes on trouve la thèse selon laquelle la Loi a été “abolie” par le sacrifice de la croix. Mais il me semble que l’encyclique veut simplement dire àcet endroit que l’obéissance à la Loi juive (la Torah) a perdu son utilité pour le croyant, lequel est sauvé par sa foi en Jésus crucifié et ressuscité(Cf. l’Epître aux Galates).
Cela n’a rien à voir avec l’idée que la caducité de l’observance de la Loi juive comme moyen de salut entraîne de ce fait même la caducité du peuple juif comme “témoignage” de la fidélité de Dieu à son peuple élu (cf. la théologie augustienne du peuple juif comme peuple témoin développée dans la Cité de Dieu au livre XIX). D’ailleurs, il est évident que le thème d’une abolition de la Loi ne concerne pas les “préceptes moraux” comme les 10 commandements, mais les préceptes “judiciaires” et les préceptes “cérémoniels” pour reprendre les distinguos de Tomas d’aquin dans la Somme théologique (Ia IIae, q. 123).
Bref, si limitée que fût vraisemblablement la théologie utilisée par Pie XIi pour penser en profondeur la question de la permanence du peuple juif, il me semble qu’il y avait un certian nombre de “crans d’arrêts” doctrinaux qui l’empêchaient de céder à ce qui a été dénoncé ensuite dans la théologie de la substitution et a débouché sur les déclarations du Concilme Vatican II(Nostra Aetate).
Ce que je dis n’est que présomption (au sens où une présomption permet de dire que la charge de la preuve revient à l’hypothèse contraire): mais je crois raisonnable de penser que la formation de Pie XII incluait la lecture de l’Epître aux Romains chap. 11, de La Cité de Dieu de saint Augustin et de la question 123 Ia IIae de la Somme Théologique de Thomas d’Aquin où se trouvent les points d’opposition à ce qui permettra ensuite de condamner ce qu’il y a de condamnable dans la théologie de la substitution: l’idée que le peuple juif n’a plus de raison d’être depuis le sacrifice de la croix.
Ensuite, je suis tout à fait prêt à concéder que la plupart des ecclésistiques de l’époque ne voyaient pas d’objections d’ordre théologique ou doctrinal à ce que soit prises des mesures discriminatoires à l’encontre des juifs (exclusion de la fonction publique). C’est un peu triste mais entre cet antijudaïsme doctrinal et l’antisémitisme raciste, il ya une différence de nature et non simplement de degré, point qu’il m paraît important de souligner.
8 janvier 2010 at 12:51
@ Tschok
“lorsque son existence est en cause, l’église se met systématiquement du côté de ceux qui donnent les coups. Elle peut être neutre, elle l’a été dans une large mesure d’ailleurs, mais aux côtés de celui qui donne les coups.”
Il y a pour moi une incompatibilité totale entre “être neutre” et “être aux cotés de celui qui donne les coups”.
Il est tentant d’accuser un pays neutre de favoriser implicitement le vainqueur. Mais la neutralité de l’église n’est pas de cette ordre-là, me semble-t-il : elle consiste à combattre la guerre et la violence. De ce fait, je ne peux pas souhaiter que l’église prenne position pour l’un ou l’autre des belligérants dans un conflit, parce qu’un conflit ne se déroule jamais entre quelqu’un qui reçoit des coups et quelqu’un qui en donne. Il se déroule entre deux adversaires qui cherchent à s’anéantir l’un l’autre. L’un sort vainqueur, mais aux yeux de l’église, ce sont les deux qui perdent.
Si vous considérez, par exemple, qu’en Espagne l’église a été “du côté qui donne les coups”, c’est tout simplement parce que Franco a gagné et qu’il avait déclaré sa sympathie pour le camp catholique. Je connais trop mal l’histoire de la guerre civile espagnole pour savoir si l’épiscopat espagnol, par exemple, avait pris une position symétrique. C’est possible, mais encore une fois j’aimerais en être assuré par des documents. Pas par le simple constat que l’église a survécu dans l’Espagne franquiste et que donc elle est coupable.
Et je pense qu’on pourrait citer des dizaines et des dizaines de cas où l’église est du côté de celui qui reçoit les coups. Notamment dans tous les pays, et ils sont nombreux, où elle ne représente aujourd’hui qu’une minorité, composée de citoyens “de seconde zone”, parce que chrétiens.
Et une autre question, annexe : à supposer que Pie XII ait voulu, en utilisant votre vocabulaire “ne pas être neutre”. Quels moyens avait-il de le faire qu’il n’ait pas déjà mis en oeuvre ? J’ai tendance à considérer que la condamnation du nazisme (antérieure à la guerre) et de la persécution antijuive (1942 ; on peut ergoter sur le fait que les Juifs ne sont pas nommés, mais ils n’étaient pas non plus les seuls à être visés par la persécution) étaient des gestes non neutres. D’où d’ailleurs la grande sympathie qu’Hitler a manifesté au Vatican. Quant à envoyer les gardes suisses charger les troupes de l’axe, je ne suis pas sûr que cela aurait été un geste très chrétien. Ni très efficace.
@ eps : merci pour cette analyse très éclairante : la Shoah comme nouvel étalon de la définition du bien et du mal, et donc de la vertu et de la sainteté, je n’y avais pas songé mais c’est lumineux.
8 janvier 2010 at 15:58
À Physémon,
Je pensais à moi, pas à toi! Et bien sûr je souscris à ton diagnostic. L’Eglise a fermement condamné, dès les premières années du XXe siècle notamment, la haine et la violence contre les Juifs (notamment en 1916 et en 1928), ainsi que les théories racistes.
8 janvier 2010 at 18:08
Ah, cher Philarête ! Quand tu te flagelles, je me sens atteint !
8 janvier 2010 at 22:20
à eps:
“Où était Dieu à Auschwitz?”
— Ben… à Auschwitz ?!
à Fantômette:
“Où était Dieu à Rome ?”
— Ben … à Rome ?!
(Pour cette plaisanterie vraiment exécrable : Pardon! Pardon! Pardon ! Pardon! Pardon! Pardon ! Pardon!!!!!!!!!!)
11 janvier 2010 at 11:31
pour ce qui est de la question de la présence de Dieu à Auschwitz, il est évidemment difficile de répondre, et le silence est peut-être la réponse la plus appropriée. Une remarque cependant: ce qui frappe dans la littérature concentrationnaire (du type Primo Levi, mais aussi les témoignages chrétiens, comme celui d’Edmond Michelet), c’est combien l’inhumain s’y mele malgré tout, envers et contre tout, à l’humain. Dieu aurait été pu être absent à Auschwitz s’il n’y avait eu la bas que de l’inhumain, que du mal. Mais il y a aussi eu de l’humanité. La nature n’avait pas tant disparu que le surnaturel, qui comme chacun sait perfectionne la nature, n’ait eu un petit point de départ pour faire son oeuvre.
11 janvier 2010 at 11:40
Bonjour Irénée,
Vous savez, la question des moyens, plus exactement celle de l’efficacité qu’ils auraient pu avoir, restera sans réponse, car il est un fait certain que les moyens dont pouvait disposer l’église pour atteindre un résultat précis – qui soit conforme à l’attente rétrospective que vise eps dans son com – n’ont pas été mis en œuvre.
Ou en tout cas, pas avec l’ampleur et la détermination que les événements exigeaient. Certes, on peut en discuter: l’église aurait elle dû et pu s’engager aux côtés des Alliés contre Hitler? Mais dans le fond, c’est stérile: cela ne s’est pas produit.
Je crois que nos discussions montrent assez bien que nous avons tous compris que l’église n’était pas dans le camp des vainqueurs.
Elle n’était pas non plus dans le camp des vaincus.
Alors où était elle?
Elle était dans le camp de cette neutralité engagée qui permet de survivre à tous les événements de l’histoire. Le camp des girouettes, dont on dit qu’elles ne tournent pas: c’est le vent qui tourne.
Le discours qui est tenu sur ce blog par les chrétiens qui l’animent est un peu jésuite. Dans le fond, il ne s’agit toujours que de reprendre le bon côté des choses et le mettre en avant, en oubliant le reste.
On a l’impression d’un discours similaire à celui tenu par une hiérarchie cléricale qui explique lamentablement pourquoi elle a couvert des prêtres pédophiles, alors qu’on est en plein procès, pour ensuite se confondre en plates excuses pour les actes commis, mais pas pour pour les raisons qui ont rendu possible la commission des actes.
On met en avant la foi, la spiritualité, les bonnes intentions, la théologie, la complexité de la structure de l’église, la diversité du peuple des croyants, la dureté des événements au moment où ils se produisent, la vision rétrospective qu’on peut en avoir bien plus tard, et d’une façon générale tout ce qui permet d’oblitérer un constat: les héritiers du Christ sont des irresponsables.
Il n’y a jamais aucun responsable dans cette turne. C’est toujours la faute à quelque chose d’autre.
C’est ça le résultat de la spiritualité?
Avoir des plumes de canard? L’eau glisse sur le plumage sans jamais mouiller le corps?
Maintenant, puisque vous y tenez, comparons les moyens, ou plutôt les hommes: Hitler, combien de divisions en 1923? Et combien en mai 40?
De Gaulle, combien de divisions en juin 40? Et combien en mai 45?
Eux se sont donnés les moyens. Ils n’en avaient aucun, ils les ont réunis. L’église les avait tous, elle les a perdus.
Pie XII arrive à la table de poker de l’histoire avec un jeu magnifique dans les mains. A la fin de la partie il lui reste tout juste sa chemise.
Pas besoin de refaire l’histoire, il suffit juste de refaire les comptes.
C’est un looser. D’accord, ça le rend sympathique et il mérite sans aucun doute notre sympathie.
Le problème, en ce qui me concerne, c’est que rétrospectivement, je n’attends rien de l’église. Je ne lui reproche rien. Elle a produit un résultat qui est conforme à mes attentes.
je veux d’une église nulle à chier, je l’ai eue. Et en vous disant cela, je ne m’inscris absolument pas dans cette religion de la Shoa, telle que la décrit eps – avec son corolaire: une attente frustrée et vindicative envers une église qui nous aurait déçue (à ce tarif, plutôt que nous référer à une religion de la Shoa, nous aurions pu tout aussi bien nous présenter comme des déçus du communisme, si cette discussion avait eu lieu dans les années 90; mais c’est passé de mode).
Alors bon, le pape d’aujourd’hui veut faire un saint d’un type qui a été un mélange entre Daladier et Pétain: mou pendant la montée des périls, impuissant dans la lutte.
Le pape fait ce qu’il veut, mais il ne faut pas que cela conduise à relativiser l’histoire.
Il ne faut pas que la critique des travers de notre époque nous conduise à refaire l’histoire en fonction du crédo actuel du Vatican qui, sur ce chapitre, a une vision extrêmement relativiste des choses (seule une vision relativiste permet la canonisation de Pie XII).
Alors qu’elles ne le sont pas. 40 millions de morts, c’est pas relatif comme truc.
Que le Vatican fasse sa propagande, libre à lui, mais qu’on se laisse prendre aussi facilement que cela aux pièges de son discours, par charité pour un homme comme Pie XII, qui la mérite sans doute, je le répète, c’est une autre paire de manches.
11 janvier 2010 at 13:30
à eps,
mon intervention précédente (de très mauvais goût) avait pour but de prendre un peu de distance avec la question de “l’absence de Dieu à Auschwitz”, souvent mal posée, et que je vous remercie d’avoir fort bien posée.
Je déteste en effet que la question de “l’absence de Dieu” soit instrumenatlisée par un débat philosophico-théologique ou théologico-politique pour soutenir des thèses du style : on ne peut pas croire en Dieu après Auschwitz. Quand j’entends ce type de propos, je songe toujours à un prêche du grand rabbin de Paris, il y a quelques années, où celui-ci rendait hommage aux nombreux rabbins qui sont morts dans les camps en récitant les psaumes. J’en ai gardé la convivtion que prêter une oreille complaisante à l’argument athée “si Auschwitz a été possible, c’est que Dieu n’existe pas” conduit indirectement à donner raison aux persécuteurs contre les persécutés. Certes, la vision du monde nazie était moins un athéisme qu’un panthéisme néopaïen, il n’en reste pas moins que le nazisme aspirait à la haine du Dieu des juifs. Par conséquent, je ne peux m’empêcher de soupçonner la récupération athée de la mémoire d’Auschwitz d’oeuvrer inconsciemment à une revanche posthume des idéologues du nazisme.
C’est pourquoi je vous suis très reconnaissant, eps, de déconstruire la mythologie qui entoure aujourd’hui la mémoire du génocide et en instrumentalise la signification au profit d’une idéologie contemporaine qui veut s’émanciper de la morale juive aussi bien que de la morale chrétienne, les deux étant indissociables.
Néanmoins, la question de l’absence de Dieu à Auschwitz est une question que je prends très au sérieux comme je prends très au sérieux la plainte de Job ou la plainte du pasaume 22 reprise par le Christ sur la croix. Mais je crois qu’on gagnerait beaucoup à maintenir cette question dans les limites d’une interrogation théologique, le problème de l’absence de Dieu n’étant problème que pour celui qui croit à l’existence de Dieu.
11 janvier 2010 at 14:02
à Tschok
Vous dites:
“nous avons tous compris que l’Eglise n’était pas dans le camp des vainqueurs”.
Sur la neutralité du Saint-Siège pendant la guerre, je vous ferais observer qu’on peut assez bien la comparer à celle de la Croix-Rouge. Si le Saint-Siège est demeuré neutre, ce n’est pas parce que les camps étaient équivalents à ses yeux sur le plan idéologique (il avait condamné explicitement le nazisme et le communisme en 1937), mais parce qu’il a jugé, à tort ou a raison, que sa neutralité aurait été plus profitable au monde que son engagement pour le meilleur des trois camps en présence. Aurait-ce été une bonne chose que la Croix-Rouge soit privée de tout moyen d’action humanitaire en Allemagne?
Cela dit, à propos de la Croix-Rouge, on peut préférer le principe de la guerre totale (cf Goebbels); et à propos du Saint-Siège, on peut préférer que le Saint-Siège appelle à mener une lutte armée au nom des principes de la foi chrétienne : cela s’appelle une croisade…
Ensuite, sur la responsabilité de l’Eglise et dans l’Eglise :
J’imagine que l’avocat que vous êtes connaissez suffisamment la complexité du problème de la responsabilité des personnes morales pour concéder que la question de la “responsabilité de l’Eglise” n’est pas simple à conceptualiser. Sans compter qu’aux yeux d’un chrétien, l’Eglise a une dimension mystique qui échappe à une compréhension purement juridique.
Du même coup, plutôt que de parler globalement de “responsabilité de l’Eglise”, ne croyez-vous pas qu’il vaudrait mieux sérier les problèmes et parler de la “responsabilité de Pie XII”, de celle du Saint-Siège, de celle du Vatican, de celle de tel ou tel évêque ou prêtre dans l’exercice de sessfonctions (ou en dehors de l’exercice de ses fonctions)?
J’ai l’impression qu’intenter un procès à l’Eglise dans son ensemble est peu pertinent, moralement et juridiquement parlant, car on se tient à un tel niveau de généralité que l’on ne sait plus à qui adresser tel ou tel reproche.
C’est un peu comme si l’on intentait un procès à l’Etat chaque fois qu’un de nos concitoyens nous cause un préjudice.
En revanche, je suis tout à fait d’accord avec vous pour dire que lorsqu’il se fait quelque chose de mal dans l’Eglise, il y a des responsables que l’on doit pouvoir nommément désigner,en déterminant aussi clairement qu’il se peut la nature le degré de la faute. Je suis d’autant plus enclin à le croire que, en raison d’un acte de foi que j’ai la faiblesse de tenir pour surnaturel et que je comprends qu’autrui qualifie d’absurde, je me garderai d’imputer la responsabilité des péchés commis dans l’Eglise à l’action invisible que son fondateur continue d’exercer en elle…
11 janvier 2010 at 14:07
Dites, Physdémon, vous êtes vraiment sûr que c’est un argument athée?
C’est un argument imbécile, naïf, superficiel, diront les uns. Fondamental, essentiel, subtil diront les autres.
Personnellement, en tant qu’athée (non dogmatique) je ne ressens aucun copyright là-dessus. Je n’en ferais pas un “argument athée”.
Je trouve l’interrogation assez universelle, mais aussi assez banale et peu pénétrante, en tant que telle.
C’est un bon “détonateur” de la pensée.
Je vois bien que vous avez mis les réserves d’usage.
Mais dans le fond, en fin de com, vous tirez la couverture à vous: l’absence de dieu dans l’extermination de son prochain (ou de Dieu, acceptons la majuscule, ce qui n’est pas simplifier les choses) est pour vous une question de croyants, à la résolution de laquelle les athées ne sont pas conviés.
Vraiment?
Ben non.
11 janvier 2010 at 14:47
Physdémon,
Vous n’êtes pas pareil que cette église là, qui était antijudaïque et antisémite et qui a payé ses fautes au prix de ses négligences (ce qui est un immense privilège: elle n’a pas payé ses errements bien cher, finalement).
Il émerge depuis deux générations environ un catholicisme intelligent et lucide.
Ne confondez pas les soldes d’hier avec les soldes d’aujourd’hui, comme vous y invite le pape, qui veut faire passer Pie XII pour un saint à travers la colonne “pertes et profits”.
Ce serait gâcher ce catholicisme intelligent et lucide, humaniste et courageux, qui me semble avoir acquis une vigueur neuve à la lumière des fautes commises par l’église, et dont nous avons tous besoin.
je vous dis cela en tant qu’athée non dogmatique. Mais si vous devez vous faire le porte voix d’une église conservatrice et réactionnaire, qui se resserre sur ses valeurs sûres et s’invente une nouvelle Jeanne d’Arc à travers la figure médiocre d’un Pie XII, vous vous heurterez à mon vieux fond anticlérical.
Bien sûr qu’il ne rendra pas justice à l’institution que vous aimez.
Mais c’est tout ce que vous aurez.
Alors, ne vous plaignez pas que les Musulmans soient conquérants.
11 janvier 2010 at 18:12
à tschok
com. 31
un argument athée n’est pas forcément un argument retenu par n’importe quel athée. Il y a des arguments stupides en faveur de l’athéisme comme il y a des arguments stupides en faveur du théisme etc. Je suis bien sur persuadé qu’un athée intelligent ne tient pas compte des mauvais arguments en sa faveur.
com. 32
Vous savez, des catholiques intelligents, lucides, etc. on en a trouvé à diverses époques. Thomas More, ce n’est pas tout neuf, François de Sales non plus.
Et puis même les plus intelligents peuvent avoir de la peine à discerner comment agir dans des périodes troublées…
13 janvier 2010 at 13:34
Certes Physdémon,
Mais vous ne m’enlèverez pas de l’esprit que depuis deux générations au moins l’antisémitisme – pudiquement qualifié d’antijudaïsme – n’est plus la clef de voûte de l’édifice religieux.
Ce verrou a sauté et a permis l’évolution de nouvelles générations de chrétiens vers quelque chose qui me semble plus évolué dans tous les domaines: les mœurs, la politique, les sciences, la philosophie…
Ce n’est pas rien tout de même.
Dès lors, la figure d’un Pie XII est décalée par rapport à ce qu’on lui demande aujourd’hui.
C’est comme si vous demandiez à Clément Ader d’être l’inventeur du Rafale.
Le relativisme naturel des choses ne doit pas empêcher de comprendre que des étapes ont été franchies et qu’à moins d’un miracle, qui n’a pas eu lieu, on ne peut faire d’un pape d’hier un saint d’aujourd’hui.
Il faut bien convenir qu’il manque ce miracle.
Mais si on se situe sur le terrain de la communication, tout est possible.
On a eu un pape communiquant.
L’église va t’elle inventer le “saint communiquant”? Comme la rançon qu’elle doit verser au monde moderne pour lui survivre?
Avouez que de la part d’un Benoit XVI, conservateur au possible, ce serait assez drôle, non?
13 janvier 2010 at 17:08
à tschok
vous dites:
“l’antisémitisme – pudiquement qualifié d’antijudaïsme – n’est plus la clef de voûte de l’édifice religieux”.
Ah bon? Parce que l’antisémitisme a été la “clef de voûte” du christianisme d’antan? Vous ne croyez pas que vous exagérez un peu tout de même?
Qu’il y ait eu de l’antisémitisme dans le christianisme, c’est vrai. Mais de là à en faire la “clef de voûte” d’une théologie quelconque…
Pour ma part, je ne vois pas à quel(s) théologien(s) vous faites allusion…
19 janvier 2010 at 15:54
Physdémon,
Si les théologiens faisaient les religions, il n’y aurait ni bûchers, ni inquisition, ni guerres de religions.
Il n’y aurait même pas de religion, à vrai dire.
Il n’y aurait que la foi, innocente, et la méditation, transcendantale. Des temples perdus dans la montagne ou des abbayes royales avec de belle tuiles, qu’on visite. Avec un guide, de préférence architecte (aaah que de bons moments en perspective!)
Mais la religion n’est pas qu’affaire littéraire.
Elle est ancrée dans une réalité brutale qui lui est consubstantielle: le Christ sur sa croix n’est pas une image qui, aujourd’hui, franchirait la censure.
Regardez les images du tsunami de 2004 filmé par les touristes: un type est surpris par la vague et comme n’importe qui il dit: “oh shit!” (oh merde!).
Au visionnage on comprend qu’il va y avoir des gens sous la vague, des morts donc, et le seul truc que ceux qui ont mis cet enregistrement en circulation n’est pas de nous dire: “on va pas vous montrer les morts” c’est de nous dire: “il est insupportable qu’on dise des grossièretés en public”.
Donc censure. Donc “Tuuuut!”
Et vous n’entendrez donc pas le type dire: “oh shit!” mais vous l’entendre dire “oh Tuuuuut”.
Alors qu’il à la moitié de l’océan indien qui lui tombe sur le coin de la gueule, que lui ne va pas y rester mais que tous les gens qui sont avant lui vont y rester (sauf miracle).
Et en voyant les images, vous comprenez ça.
Et le seul truc qu’on trouve à faire c’est “Tuuuut”.
Pour moi les théologiens c’est des “Tuuuut”.
Le pape est un “Tuuuut”.
Et ce qui se passe dans le monde est un “Tuuut”.
C’est “Tuuuut” quoi :)
Alors, pour moi, le rôle de la théologie aujourd’hui c’est “Tuuuuut”.
Et encore, chuis poli.
19 janvier 2010 at 16:25
Et, pour bien que vous me compreniez:
On parle de l’islam de la rue (les masses arabes). Celui qui nous fait les attentats et les burqas, non référencées par les RG.
Il serait temps qu’on parle aussi du christianisme de la rue.
Il n’est pas tendre. Lui non plus.
La théologie est un petit doigt derrière lequel on peut se cache pour se rendre vertueux.
Mais comment, à ce jeu là, interdire la burqa?
Ces musulmans portent ce qui les cachent sur eux (donc on peut les identifier par ce qui les cache, d’où le développement des méthodes d’identification invasives: le trou du cul, l’empreinte digitale ou ADN, la nudité, l’œil, la signature infrarouge). Mais nous, on intellectualise. On se cache derrière des idées.
Et en plus, on ne les respecte pas forcément.
La burqa est dominatrice: elle est cash.
La théologie est hypocrite dans l’usage qu’on en fait (allez vous nier que le christianisme du XIXième siècle a été antisémite, jusqu’à l’orée du XXIième siècle? Ah oui vraiment? Et anti pédés aussi. Et anti tout? – tout ce qui représente un progrès qui peut dégager l’homme de ses souffrances, à part le robot mixer, et encore. Sérieusement?)
On se cache derrière notre petit doigt et c’est con parce qu’on ne comprend pas que ça gêne pour voir.
Un doigt dans l’œil, c’est une poutre.
Ca gêne vraiment pour voir.
Je les ai vus défiler ce week end à Paris, toujours aussi nombreux et toujours aussi cons et je me suis dit: “bon ben maintenant, nous aussi on a nos ayatollahs”.
OK.
Il nous manque juste un deuxième porte avions.
C’est la vie.
Et en plus ils sont pour la paix ces cons là. Ils préparent la guerre (sans la prévoir), mais ils veulent la paix (sans l’organiser).
Tout pour perdre.
Ah putain!
19 janvier 2010 at 23:15
à tschok,
après vos deux dernières interventions, je crois qu’il ne me reste plus qu’à mettre le poisson sous respirateur artificiel…
21 janvier 2010 at 15:03
Le hareng?
En banc?
Surtout ne le débranchez pas.