Je viens de découvrir qu’il est désormais possible à un blogueur lambda d’insérer des vidéos dans ses billets, sous WordPress. Avant, c’était compliqué, voire payant (je n’ai jamais réussi à tirer ça au clair). Las! les thèmes de mes billets se prêtent en général assez peu à l’utilisation de la vidéo (sauf précédent remarquable dû à une intervention déjà récréative et néanmoins profonde d’Irénée).
Cependant, cependant. Il n’est pas interdit de regarder la vidéo ci-dessous et de réfléchir à ce qui m’apparaît comme sa singulière efficacité. Les messages de la prévention routière, ces derniers temps, ont cédé à l’escalade du trash (ça rime avec crash). Le problème avec l’escalade, c’est qu’on s’habitue tellement à la violence, aux crissements de pneus, au sang qui gicle, aux hurlements, que les avertissements les plus salutaires finissent par devoir concurrencer les films d’horreur. Tout cela est bien connu, je n’insiste pas.
Merci à la prévention routière du Sussex de prouver que la surenchère n’est pas la seule issue. Less is more, comme on dit par là bas.
Je veux bien la même pour les cyclistes.
7 mai 2010 at 12:03
magnifique !!.
d’ailleurs, on pourrait repense au changement dans les pubs pour les hypermarchés qui massacraient les prix, il y a 10 ans, et qui maintenant les apprivoisent. cette orientation va à contrario de nos gouvernants qui nous regnent par la peur (insécurité, violence…)
pour la vidéo dans wordpress, c’est assez facile maintenant, les plugin gratuits sont nombreux, et le simple lien youtube suffisent ou la balise .
7 mai 2010 at 12:08
et je me suis permis de mettre le lien sur facebook, avec celui de l’esprit de l’escalier, bien sur.
7 mai 2010 at 17:45
Hello Philarête, je vous rappelle que vous devez par contre rétablir manuellement l’horaire d’été, faute de quoi, j’ai l’impression de vous écrire depuis Londres.
:-)
Je trouve qu’en ces temps d’accélération de l’histoire, une heure de retard ce n’est pas un bénéfice à négliger — mais bon, j’ai mis le blog à l’heure d’été… Merci de votre vigilance!
7 mai 2010 at 20:24
Si tu fais le cycliste, qui fera le casque ?
C’est ce qui s’appelle “une question prise de tête”!
7 mai 2010 at 20:25
Le com. 4 commentait :
“Je veux bien la même pour les cyclistes.”
J’avais compris… Elle est excellente quand même!
8 mai 2010 at 21:50
Très émouvante, en effet.
C’est moi, ou on peut faire une lecture chrétienne de cette pub ?
Faites, faites. Pour ma part, j’en suis resté au fait que le clip parle résolument de vie et d’amour, plutôt que de mort et de peur — cela suffit à m’émouvoir… Mais il y a bien une sorte d’ange gardien dans l’histoire — un ange gardien peut-être trop consensuel pour être facilement annexé!
10 mai 2010 at 21:58
Merci pour cette pub qui est vraiment très belle.J’aime bien l’idée que l’amour des autres nous donne une responsabilité vis-à-vis de nous mêmes,peut-être que c’est la meilleure voie pour faire avancer ceux qui ont l’air de se moquer de leur propre vie ?
11 mai 2010 at 14:00
Bonjour Philarête,
Si on combine la douceur (du discours ou de la démonstration) et la violence (de la vie ou de la situation qu’on veut décrire), on obtient des effets assez détonnant.
Ce clip par exemple, décrit de façon très douce, très tendre, très privée, un événement brutal, violent, aliénant et potentiellement mortel. Il est effectivement à rebours de la mode actuelle en matière de prévention: pour nous inviter à adopter des comportements plus doux, qui à terme nous permettront en principe de vivre dans une société plus douce, moins violente, les autorités s’adressent à nous de façon brutale et violente, dans le désir de nous impacter.
Un peu comme un père qui éduque son enfant, pour en faire un être civilisé, à la base, mais qui lui gueule dessus et lui colle des claques (“espèce de p’tit con, tu va finir par comprendre qu’on met pas les coudes sur la table?” et vlan! une claque).
Bizarrement, les gens qui veulent nous imposer des comportements plus doux usent de moyens symboliquement violents et semblent très contents d’eux-même, puisqu’il parait que les chiffres leur donnent raison: ces campagnes de communication sur le mode violent (je t’en mets plein la gueule histoire que tu comprennes, tête de con! Tu vas changer, hein? tu vas arrêter de roules vite, de battre ta femme, de fumer, de boire et de bouffer du sucre) auraient plus d’effet que celles qui étaient conduites sur un mode plus doux, nous dit-on.
Mais à voir se clip, on pourrait en douter: la douceur, après tout, a peut être finalement plus d’effet que la brutalité.
En fait, la douceur peut être quelque chose d’absolument terrifiant: par exemple, ce colonel nazi, dans “Inglorious Bastards”, joué par cet acteur assez sensationnel (Christoph Waltz) est un type extérieurement très doux, ce qui rend tout ce qu’il dit plus effrayant encore.
Mais effrayer les gens est-il l’effet qui doit être recherché? Sur ce plan, constater que la violence et la douceur font jeu au moins égal laisse un goût amer.
En revanche, si on établit un autre distinguo, en partant de cette idée qu’une campagne de com doit faire réfléchir, on peut opposer la réflexion à la peur et dire que la douceur est plus efficace que la violence. C’est je crois, Philarête, à peu près ce que vous dites.
Et là, on retombe sur nos pieds en nous replaçant sur le terrain d’un jardin connu: la violence abrutit, la douceur féconde. Les systèmes doux sont civilisés, les systèmes violents sont appauvrissant. C’est un axiome éternel finalement.
Le plus étonnant n’est alors plus ce clip, qui rompe avec ce que l’on voit habituellement en matière de com; le plus étonnant est qu’on ait pris l’habitude de nous satisfaire de messages violents, précisément pour ne pas nous faire réfléchir et nous accoutumer à l’idée d’avoir peur. Et de trouver ça très efficace et très bien.
Alors que cette idée de choquer les gens pour les forcer à changer en suscitant un sentiment de peur est un concept révolutionnaire dont on connait les capacités destructrices assez phénoménales.
C’est totalement régressif.
Et le propre d’une régression, c’est qu’on trouve ça très bien: celui qui régresse est très content de régresser, il est même fier de lui. Sa seule frustration vient de ce qu’il en veut toujours plus et qu’à partir d’un moment on ne peut plus régresser sans taper dans les parties dures de la civilisation.
Le régressif devient transgressif.
La civilisation ne se laisse pas faire et elle proteste: pour la faire taire, le régressif devient encore plus agressif. La violence symbolique peut alors s’interpréter comme le symptôme d’un processus qui s’auto alimente dans le pire: plus la société proteste parce qu’on va taper dans des valeurs qui lui sont chères, plus le régressif devient violent.
Notre société est prise dans une mécanique infernale de ce genre: ce n’est plus seulement la tentation de faire peur, l’envie de choquer, qui ont toujours exister et avec lesquelles nous sommes tous plus ou moins habitués à faire avec, c’est une dynamique qui est bien ancrée dans notre façon de penser et qui dépasse et de loin la simple sphère des campagnes de com.
Mais la civilisation n’a pas dit son dernier mot et elle peut encore produire des clips comme celui-ci: sa vertu n’est pas seulement de nous parler en douceur d’une situation violente pour nous faire comprendre qu’il est de notre intérêt de prendre les précautions minimales pour l’éviter. Sa vertu principale, je crois, est de casser le cercle vicieux de la peur.
Si l’idée est classique (c’est la figure de l’oxymore, en fait: utiliser la médiation de la douceur pour parler d’un truc violent )l’employer pour mettre en scène une situation traumatisante dans une campagne de com est géniale.
Parce qu’il est tout à fait génial de faire réfléchir en faisant naître une émotion: l’émotion et la réflexion sont deux trucs qui marchent pas ensemble. Parvenir à les combiner pour que l’une engendre naturellement l’autre en mettant au passage en court circuit tout message de peur est un discret tour de force qui déploie toute sa puissance dans les soubassements de notre pensée rationnelle: quelque chose en nous comprend que notre émotion est intelligente. Ce petit déclic change tout.
Cerise sur le gâteau: l’émotion est le support de la mémoire. Donc, en plus, on va s’en souvenir. N’est ce pas le but de toute campagne de com digne de ce nom?
Ce clip est donc un petit bijou et je me félicite qu’une équipe de cerveaux ait pu le réaliser.
13 mai 2010 at 11:56
[...] – pseudonyme « Philarète » – n’est pas un geek – cf. son dernier post dans lequel il s’aperçoit qu’on peut embedder une vidéo dans un post sous WordPress [...]
13 mai 2010 at 23:04
à tschok,
Il y a quand même quelque chose qui cloche dans ce film:
les airbags…
Manifestement, l’épouse salvatrice n’a pas compris qu’il faudrait les placer DEVANT le conducteur….
Bon, maintenant, je vais reprendre ma lecture de Denis Moreau. Où en étais-je ? Ah oui ! La luxure… C’est quoi ça, déjà? Un péché qu’on peut commettre en pensée et en parole comme en action?.. Pour l’omission, il faudra que je revois un récent billet de Philarête auquel je n’ai rien pané. Mince me voilà mal parti pour sauver mon âme et élever ma pensée…
14 mai 2010 at 01:14
[...] This post was mentioned on Twitter by J-Baptiste Bourgoin. J-Baptiste Bourgoin said: très belle pub pour la sécurité routière : http://is.gd/c6g82 [...]
14 mai 2010 at 13:46
Quel fripon ce Physdémon !
14 mai 2010 at 19:59
à PMalo,
Eh oui ! ça doit être le physdémon de midi…
Blague mise à part, je me rappelle qu’à l’époque de l’invention des airbags, avant même que l’argot ne reprenne le terme à son compte, c’était devenu un lieu commun de comparer l’airbag au sein maternel.
J’ai entendu je ne sais plus quel psychanalyste dire que le moelleux de l’airbag suscitait un sentiment de sécurité évquant celui du nourrison pressé sur le sein maternel.
A une époque où l’efficacité technique des airbags paraissait encore douteuse, l’engouement du public pour cette innovation coûteuse pouvait donc s’expliquer par son aptitude à réveiller le vieil instinct infantile qui entretient dans notre “inconscient” la nostalgie de la protection maternelle.
Or ce qui me frappe dans ce film, sans pousser trop loin la psychanlayse sauvage, c’est que la femme apparaît comme celle qui sécurise l’homme en l’attachant au foyer. La sécurité, c’est la chaude présence d’un corps de mère. (L’épouse est d’ailleurs présentée comme mère de l’enfant, une fille forcément, car le foyer est identifié symboliquement à la féminité.)
Tout ça fait un détour un peu laborieux pour rendre à peu près présentable mon fantasme d’une version fellinienne de ce film !!!!!!
18 mai 2010 at 17:34
@ Physdémon,
Moi, je viens de terminer la mort et j’en reste au dasein de Heidegger.
Ensuite, j’entre dans la luxure (§13). Mais avant, n’oublions pas la gloutonnerie et l’avarice.
Pour moi, la gloutonnerie se présente sous la forme d’une côte de boeuf (avec des patates…) et l’avarice sous la forme d’un menu à 5 euros.
Il importe de rappeler que l’avarice n’a pas de pluriel (les varices, c’est autre chose) comme si ce péché se suffisait à lui-même. Il est unique, comme avare de lui-même. Dès qu’on en parle, on commence à le compter, pour le réduire à un essentiel qui ne vaut pas grand chose, mais coûte tant.
Mais, je n’en suis pas là.
Dasein!
(le boche, c’est vraiment une langue pour donner des ordres)