Le titre est le seul raccourci que j’aie trouvé pour résumer la séquence de vendredi à lundi. On en fera ce qu’on voudra, mais les maniaques du complot qui, paraît-il, se déchaînent déjà sur la vraie-fausse mort de Ben Laden, pourraient également s’emparer de cette troublante conjonction d’événements. La béatification de Jean-Paul II, prise en sandwich entre le mariage princier de Londres et le raid sur Ben Laden au Pakistan, fait presque figure de fête paroissiale. Rome n’est pas resté plus de 24 heures le centre du monde. Si ça n’est pas un complot anti-catholiques ourdi par les Anglo-Américains, ça… Il n’est pas certain que cela m’empêche de parler plus longuement, mais plus tard évidemment, de Jean-Paul II. En attendant, je veux bien payer mon tribut à la marche forcée de l’histoire en rédigeant un billet-express. Dans l’ordre chronologique, le seul qui soit possible quand on essaye de dévaler l’escalier pour tenter de rattraper l’actualité.
William and Kate
L’évêque anglican de Londres, qui s’appelle M. Chartres, a trouvé dans son sermon le moyen de réjouir même les cœurs républicains, en rappelant cette profonde vérité sur la signification chrétienne du mariage :
« En un sens, tout mariage est un mariage royal, avec l’époux et l’épouse comme roi et reine de la création, faisant ensemble une nouvelle vie pour que la vie puisse à travers eux s’écouler dans l’avenir. »
Tout le sermon était très bien, d’ailleurs. J’ai bien aimé la citation, en moyen-anglais, sur l’instinct de domination qui fait fuir le Dieu d’Amour. L’évêque a trouvé Chaucer à son pied, on dirait.
Jean-Paul II
C’est un peu énervant, tous ces articles que j’ai lu sur la « stratégie » vaticane des canonisations, la « fabrication des saints », la « politique » d’exaltation systématique des papes par eux-mêmes. C’est le nouveau gri-gri pour faire malin, même si c’est avec vingt ans de retard : le livre du vaticaniste de Newsweek Kenneth Woodward, Comment l’Église fait les saints, date de 1990 (titre original : Making Saints : How the Catholic Church determines who becomes a saint, who doesn’t, and why). Avec sa subtilité coutumière, c’est Joaquin Navarro-Valls, l’ancien porte-parole du Saint-Siège, qui a fourni samedi dernier la meilleure critique de cette approche de demi-habile :
Le 8 avril 2005 [jour des funérailles de Jean-Paul II), lorsque la foule criait « Santo subito ! », j’ai pensé : « ils sont déjà en retard. Les saints, ou ils le sont de leur vivant, ou ils ne le seront jamais. L’Église ne fait pas les saints, elle ne fait que reconnaître une vie de sainteté. »
Ben Laden
Après l’intermède plein de soutanes et de chasubles de la place Saint-Pierre, les uniformes militaires ont repris place au premier plan. Moins chics, assurément, que les tenues d’apparat exhibées à Westminster, les tenues de combat des commandos américains doivent être plus pratiques pour se glisser dans les couloirs de la résidence de M. Ben Laden. Le plus grand mystère entoure l’unité d’élite qui a mené à bien l’opération. Ce qu’en dit un haut-gradé américain a tout de même de quoi faire naître quelques inquiétudes :
Un autre militaire, le général McCaffrey, a lui qualifié les hommes du Joint Special Operations Command (JSOC), le groupe qui chapeaute la Team Six, de “gens les plus dangereux sur la surface de la Terre”.
Je croyais que c’était Ben Laden, moi, le type le plus dangereux de la terre. Qui donc va gendarmer les gendarmes ?

3 mai 2011 at 22:15
Bonjour
ne vous laissez pas gâter la joie de la fête par les nouvelles qui ont précédé et suivi, et par les commentaires désobligeants !
Sinon, d’un point de vue théologique, je suis un peu gêné par "Les saints, ou ils le sont de leur vivant, ou ils ne le seront jamais".
La sainteté, par définition, est une vertu (ou une propriété, une caractéristique, quelque chose comme ça) qui n’appartient qu’à Dieu.
Donc n’est saint (par participation et non par nature) que quelqu’un qui L’a déjà rejoint.
A propos de L majuscule apostrophe ("L’a rejoint"), je suis resté indécis devant la lettre de Sarkozy à Benoît XVI à l’occasion de la béatification de Jean-Paul II, telle que diffusée par La Croix : il s’agirait du pape Paul II, et il y a une certaine irrégularité dans l’utilisation des majuscules pour les pronoms désignant Jean-Paul II.
D’où viennent les fautes ? de l’Elysée ou du journaliste ?
(précisons d’emblée qu’en général, quand je relève des fautes d’autrui, j’en fais trois fois plus en même temps donc je pressens que ce commentaire n’en sera pas exempté…)
4 mai 2011 at 09:26
Je lisais sur Twitter cette excellente formule: "la jolie roturière qui épouse le prince charmant, le gentil béatifié et le méchamt tué: votre week and vous a été présenté par Disney"
4 mai 2011 at 09:38
Je l’ai vu aussi :-)
Ainsi que :
"Mariage royal, béatification, cadavre déclenchant la liesse patriotique… j’ai dû changer d’heure trop vite je suis passée au XVIe siècle".
4 mai 2011 at 09:52
@ Novice
Good point. Vous avez, je pense, théologiquement raison. Donc vous avez raison. Je crois que ce que voulait dire Navarro Valls, c’est que tout est joué ici-bas. Soit vous avez mené une vie telle qu’à votre mort vous rejoignez Dieu pour être comblé de sa sainteté, soit c’est loupé. L’Église ne pourra, en un sens, rien faire pour vous, et surtout pas « fabriquer » votre sainteté post mortem. L’Évangile est plein de suggestions qui vont dans ce sens. La parabole des vierges folles et des vierges sages, celle du figuier stérile, celle des talents, etc. Il y a un moment où c’est trop tard, où les dés sont jetés.
On peut néanmoins ajouter aussi qu’il serait impossible d’être ainsi rempli de la sainteté de Dieu si nous ne possédions pas déjà, de notre vivant, un germe de cette sainteté – et c’est la grâce du baptême. Il faut avoir déjà une petite accointance avec cette sainteté, une parenté, sans quoi la présence de la sainteté divine nous détruirait d’un coup. Les saints sont ceux qui ont su faire s’épanouir ce germe dans leur vie, l’ont laissé prendre toute la place. C’est pourquoi, je pense, les Pères grecs parlent volontiers de la « divinisation » de l’homme. Nous sommes appelés à devenir des dieux, à nous laisser entièrement transformer par la vie divine reçue au baptême. Les saints sont ceux qui se sont si bien laissés transformer qu’au moment de la mort, il ne reste en rien plus rien à purifier, plus rien à diviniser (pour ainsi dire). Et l’Église en déclarant quelqu’un bienheureux ou saint ne fait que constater, avec un jugement humain (enquête sur la vie et les vertus) et un jugement divin (le miracle), que cette personne est manifestement parvenue à un tel état.
NB. Ce petit cours de caté ne vous est pas spécialement destiné - je ne fais que profiter de l’occasion pour essayer de formuler ça pour moi-même.
4 mai 2011 at 10:00
Tiens c’est curieux… j’aurais juré que c’était le premier mai, ce week-end…
Mais si, vous savez bien… les luttes sociales, le prolétariat dans la rue, les cortèges, les manifs, la menace adressée au(x) Pouvoir(s) que s’il continue à ne favoriser que ses propres poches, les prochaines descentes du peuple dans la rue se feront avec des armes, et tout ça…
C’est curieux, on n’en a pas parlé… Ou alors… Non ! ne me dites pas que le calendrier a été préparé à l’avance ! Les Etats-Unis, l’Angleterre et l’Italie se seraient liguées pour que nul n’évoque la lutte des classes ? Jusqu’où va la collusion, hein ?
Comme si, en plus, le fait qu’un jour férié tombe un dimanche ne suffisait pas à en faire disparaître la porté…
Vous croyez qu’on commémorera le centenaire d’Octobre 1917 ? Vous allez voir qu’on nous le fera oublier…
4 mai 2011 at 10:07
>L’évêque a trouvé Chaucer à son pied, on dirait.
J’ai ri ! :)
Qui nous gardera de nos gardiens ? Pas la France, assurément, qui applaudit des deux mains quand un Etat applique la peine de mort (mais je croyais qu’on avait dit que c’était pas bien, nous ?) dans un autre pays (mais je croyais qu’on avait dit que la souveraineté des Etats c’était bien, nous ?) sans procès (mais je croyais…) et ne permets pas l’autopsie ou l’identification du corps (mais…).
Quant au mariage, eh bien… je suis obligé de reconnaître que pour une fois, je suis d’accord avec la télé de papa : ON S’EN FOUT !
4 mai 2011 at 15:10
Suis-je le seul à ne plus voir le billet, et seulement les commentaires ?
Pour revenir à vos remarques, Philarête, sur la sainteté post- ou pre-mortem : je suis tout à fait d’accord avec les explications que vous en faites, mais
1. être tâtillon sur le fait qu’on ne peut être saint que mort, c’est être un peu moins fâché avec les protestants, en étant d’accord avec eux sur le fait que Dieu seul est saint (mais qu’Il aime bien partager, d’où la position des catholiques)
2. en disant que c’est à l’instant de la mort (et pas avant) qu’on peut enfin être "sûr" de la sainteté de quelqu’un, je me réfère, non pas aux vierges sages et folles, mais aux ouvriers de la dernière heure (ou à la légende de Julien l’Hospitalier par Flaubert, c’est selon) : l’idée magnifique (et extrêmement difficile à admettre pour nombre de "bons catholiques") est qu’on peut mener une vie détestable, et pourtant en être pardonné pour peu que le repentir en soit complet et sincère au moment de la mort.
J’allais oublier la parabole du fils prodigue, qui va dans le même sens
(si j’ai le temps, je vous conterai bien une histoire drôle narrée en chaire par l’évêque auxiliaire de Lisieux, du temps des JMJ de Paris).
Donc si ce que vous dites est vrai pour ceux qui sont saints "depuis tout p’tit", faudrait voir à ne pas exclure les autres, chez qui c’est un appel tardif, pour lesquels l’absolution tardive nous semble souvent le contraire de la justice (sur la justice, c’est par là).
4 mai 2011 at 15:51
Bon, le billet est "réapparu"…
4 mai 2011 at 17:00
@Novice,
Je me permets d’ajouter un autre exemple, qui est celui du Bon Larron: exemple paradigmatique pour montrer seule la foi confère la sainteté, et ce quelque soit le moment où elle est reçu. A l’instant de sa mort, après avoir accompli bien peu "d’oeuvres", le bon larron, s’élève vers le Salut qu’offre Jésus crucifié.
Et j’ajoute une remarque: Dieu est plus large que nous, qui ne conférons la sainteté qu’après examen détaillé de la vie du candidat (qui passe paraît-il devant "l’avocat du diable", admirable institution, preuve du réel désir de vérité de l’Eglis). Alors que Dieu, qui a il est vrai cet avantage de sonder les reins et les coeurs, peut conferer la sainteté au condamné.
5 mai 2011 at 17:04
Si la sainteté est source de bonheur, alors Dieu veut que nous sanctifier le plus vite possible ! Et d’ailleurs le baptême fait de nous des saints.
Que par ailleurs Dieu mette tout en oeuvre pour rattraper au dernier moment ceux qui, pour mille raisons dont nous n’avons pas à juger, ont un peu tardé à répondre à son amour, certes, mais pourquoi serait-il impossible d’être saint avant la dernière seconde ?
5 mai 2011 at 21:57
Je n’ai pas le souvenir de vous avoir déjà croisé en ces lieux, cher Aristote, et vous souhaite donc la bienvenue.
(Et oui, je squatte aussi ici !)
L’équipe s’étoffe.
5 mai 2011 at 23:29
à Aristote, Novice et Theopol…
Avant de vous étriper pour savoir si on peut être un saint dès ici bas ou si l’on peut devenir un saint après avoir mené une vie de patachon, vous feriez bien de définir précisément ce que vous entendez par "être un saint" ou "être un bienheureux". Vous verriez alors que vos points de vue sont tout à fait conciliables.
Dans l’absolu, un "bienheureux" ou un "saint", c’est celui qui voit Dieu face à face dans l’éternité. Pour cela, il faut être passé par la mort car "nul ne peut voir Dieu sans mourir". C’est le cas non seulement de tous ceux que les catholiques appellent "saints" et "bienheureux" et plus généralement de tous ceux qui sont parvenus "au paradis".
D’un point de vue canonique, l’Eglise appelle bienheureux" ou "saint" des personnes dont elle a l’assurance qu’elles sont déjà au Ciel (et pas en Enfer ni au Purgatoire) et que par conséquent nous pouvons leur adresser des prières d’intercession.
J’insiste sur ce point: un saint n’est pas d’abord "un bon exemple" que l’Eglise propose aux fidèles. Ce ne serait pas le cas du Bon Larron, dont les actes ne doivent certainement pas être imités ! Il est d’abord un intercesseur, quelqu’un à qui nous pouvons confier nos prières à Dieu.
Par ailleurs, même si la "béatitude parfaite" ne peut pas être goûtée dès ici-bas , nous pouvons néanmoins dès ici-bas vivre la béatitude imparfaite: cela signifie être en état de grâce, c’est-à-dire être habité par l’Esprit-Saint et en laisser croître en nous les fruits, plus spécialement les vertus de foi, d’espérance et de charité. Il est évident que si nous vivons en état de grâce jusqu’à l’heure de notre mort nous sommes promis à la vie éternelle. Ensuite, il se peut que notre réception de l’Esprit-Saint ne soit pas pleine et entière, d’où la nécessité d’une purification post-mortem qui achève le travail de la grâce commencé sur terre: c’est ce qui s’appelle le purgatoire. Par conséquent, il y a des degrés dans l’accomplissement ou non de notre sanctification au cours de la vie terrestre: c’est ce qui fait la différence ente ceux qui vont au Ciel directement après leur mort et ceux qui doivent patienter encore avant de parvenir à la béatitude parfaite.
Donc quand l’Eglise béatifie ou canonise JPII, elle affirme sa conviction que celui-ci est déjà présent au Ciel d’où il peut intercéder en notre faveur.
Voilà pourquoi il importe qu’un miracle, c’est-à-dire un signe venu de Dieu, puisse être attribué à son intercession.
Mais le fait que Jean-Paul II soit allé directement au Ciel (Paradis etc) sans passer par la case Purgatoire s’explique par le fait qu’il s’est abandonné de toute son âme à l’Esprit-Saint, ce dont les oeuvres qu’il a accomplies au cours de sa vie sont une manifestation claire. D’où l’utilité de l’enquête canonique ouverte sur l’héroïcité de ses vertus etc.
En somme, JPII a été déclaré "bienheureux" dimanche dernier après être devenu bienheureux le jour de sa mort (2 avril 2005), et il est entré ce jour là dans la béatitude parfaite en vertu d’une acceptation entière de la grâce sanctifiante qui fut l’oeuvre de l’ensemble de sa vie et dont les actes qu’il a accomplis sont autant de manifestations : en quoi sa vie ici bas a bien été un chemin de sanctification.
Voilà qui devrait nous mettre d’accord !
5 mai 2011 at 23:53
à Philarête
A propos du mariage princier…
Tu as rappelé que c’était M. Chartres qui a prononcé l’homélie.
Mais tu as omis de dire que le prince William en personne s’est occupé de la Kate.
Du coup, il n’a pas recueilli plus de 120 livres.
Mais il ne s’est pas plaint: c’est son côté bonne poire…De toute façon, il avait assez de livres pour tourner la page.
Quant à M. Chartres, s’il a fait un sermon tellement supérieur à mes minables calembours, c’est pour une raison très simple: il l’avait beaucoup beaucé.
6 mai 2011 at 13:52
Physdémon, voyons…
Il me vient comme ça tout d’un coup une question, que je ne m’étais jamais posée auparavant, et qui me trouble ; la réponse est peut-être d’une simplicité évangélique, mais là comme ça je ne vois pas. Et donc, je suis troublé :
Quelle différence entre "bienheureux" et "saint", si la béatification est DÉJÀ la reconnaissance que la personne concernée est au Ciel ?
6 mai 2011 at 14:32
à PMalo
La différence entre un "bienheureux" et un "saint" ? A ma connaissance (je vous avoue que j’ai la flemme de vérifier),voici ce qu’il en est: en soi, c’est la même chose. Sauf que la reconnaissance de leur sainteté par l’Eglise n’a pas le même statut canonique (juridique). Les saints font l’objet d’un culte universel alors que la béatification peut faire l’objet d’un culte local. Et puis la canonisation engage davantage l’autorité de l’Eglise.
En gros c’est un peu comme la différence entre la roussette du Bugey VDQS et la roussette du Bugey AOC. C’est le même vin, avec les mêmes qualités (maudit soit quiconque méprise la roussette du Bugey!) mais une appellation est mieux contrôlée que l’autre.
(…)
Finalement, j’ai trouvé une mise au point sur ce site de l’Eglise catholique gabonaise:
http://www.eglisecatholique.ga/fr/index.php?option=com_content&view=article&id=1076:saint-e-bienheureux-se-des-procedures-en-saintete&catid=82:theologie&Itemid=133
Si vous voulez leur téléphoner pour avoir plus de précisions, vous pouvez toujours essayer. Mais je dois vous prévenir qu’ils m’ont répondu : "il n’y a pas de Gabonais au numéro demandé"!
6 mai 2011 at 18:57
Merci !
Mais… (je chipote, hein)
Dernières lignes de la page donnée en lien :
"Les bienheureux (ses) font l’objet d’un culte public réduit à certains diocèses ou communautés religieuses.
Les Saint(e)s peuvent être fêtés dans l’Église universelle. Ils sont inscrits au calendrier liturgique de la prière publique de l’Église, pour être fêtés et priés à un jour déterminé."
D’accord. Et pour un pape, on fait comment ? Quelle communauté religieuse particulière ou quel diocèse précis a le privilège de pouvoir lui rendre un culte ? ;o)
(Ne vous sentez pas obligé de répondre…)
6 mai 2011 at 18:58
Merdalors !
Je viens de comprendre votre ultime boutade, juste au moment où j’allais vous demander ce que vous vouliez dire par là.
Vil fifrelin.
6 mai 2011 at 20:37
Bon assez rigolé.
L’affaire du meurtre de Ben Laden mérite qu’on s’y attarde. Je viens de lire une horreur dans France Catholique, journal pour lequel j’ai par ailleurs beaucoup d’estime.
Serge Plenier, p. 7, s’y réjouit du meurtre de Ben Laden sans autre forme de procès.
Je cite :
"Oussama Ben Laden a été abattu plutôt que capturé et c’est sans doute tant mieux. Un procès en règle lui eût offert une tribune dangereuse et sa condamnation en aurait fait un martyr ou un prisonnier par trop encombrant."
Qu’un catholique se réjouisse de la mort d’un homme, passe encore : nous ne sommes que trop habitués aux contre-témoignage en matière de charité chrétienne. Mais se réjouir que le meurtre se substitue à l’exercice de la justice me paraît la négation pure et simple de tous les principes de droit et de morale professée par l’Eglise.
L’hétérodoxie l’auteur de l’article est encore plus manifeste si on lit la suite du propos :
"Et puis n’oublions pas que dans les années 1980, le leader terroriste fut un allié objectif des Américains lors de la lutte contre la mainmise soviétique en Afghanistan. Monter en épingle telle ou telle complicité ponctuelle (car il y en a forcément eu en cette période de guerre froide) n’aurait apporté qu’une confusion inutile."
C’est me semble-t-il chercher à excuser ce qui est probablement un crime en en dévoilant le mobile ! A ce compte-là, on peut justifier n’importe quelle crime de guerre puisqu’il devient permis de commettre un crime pour éviter les conséquences désavantageuses que pourrait entraîner une stricte observance des règles de morale et de justice ! Belle moralité !
Je n’ai évidemment aucune sympathie pour Ben Laden. J’admettrais très bien que des soldats, dans le cadre d’une mission périlleuse, l’ait abattu si celui-ci, en se défendant, mettait leur vie en péril : ceci n’aurait été que légitime défense.
Mais on peut craindre que Ben Laden ait été exécuté froidement, c’est-à-dire assassiné, précisément pour éviter la tenue d’un procès, comme semble l’indiquer un faisceau d’indices convergents.
Les informations contradictoires sur les circonstances de sa mort sont en effet alarmantes puisqu’il semble que Ben Laden ait été tué désarmé.
Or l’assassinat d’un assassin est toujours un assassinat, un acte "intrinsèquement mauvais" pour reprendre la terminologie de Jean-Paul II dans Veritatis Splendor et Evangelium Vitae. Si le meurtre de Ben Laden a été prémédité,il n’y a vraiment pas de quoi se réjouir de la façon dont les Américains se sont vengés des attentats du 11 septembre, surtout quand on écrit dans un journal appelé France Catholique.
Dans cette hypothèse, le machiavélisme avec lequel aurait agi en l’administration Obama procède de la même mentalité utilitariste que son acceptation des expérimentations sur les embryons. Lorsque l’intérêt du plus grand nombre est en jeu, tout devient permis. En quoi Obama est un digne successeur de Harry Truman.
6 mai 2011 at 22:26
Bien d’acord avec vous, Physdémon.
Toute cette affaire pue, par quel bout qu’on la prenne. Et attise toutes les théories du complot imaginables !
Les débats font rage sur la blogosphère catholique, et ce sont hélas souvent ceux qui clament leur "catholicité" le plus fort qui tiennent les positions les plus incohérentes au vu de la foi qu’ils professent.
Leur fascination pour le "dernier pays de la liberté" les aveugle certainement.
7 mai 2011 at 19:16
Après l’intermède plein de soutanes et de chasubles de la place Saint-Pierre, les uniformes militaires ont repris place au premier plan.
Philarête, mais que faites-vous des Gardes suisses? On en a aperçu quelques-uns autour du cercueil de Jean-Paul II. Certes, avec leurs hallebardes, ils n’ont pas l’air aussi redoutables que les hommes de la Team Six.
Quant à la troublante conjoncture d’événements que vous soulignez, Alan García, le président du Pérou, n’a pas hésité à en faire une synthèse partielle. Je lisais dans El Diario Vasco qu’il avait déclaré publiquement que "la mort de Ben Laden [était] le premier miracle de Jean-Paul II"!
Physdémon, croyez-vous vraiment qu’Obama soit "un digne successeur de Harry Truman"? il me semble que Truman avait défendu lors de la conférence de Potsdam, notamment face à Churchill, l’idée d’un grand procès pour juger les criminels de guerre nazis. Et le procès de Nuremberg est quand même difficilement comparable à une exécution sommaire, non?
7 mai 2011 at 19:20
Mince, à vouloir jouer avec les italiques, je me suis emmêlé les pinceaux… Il aurait refermer la balise après Diario Vasco>/i>. Désolé.
Et moi, navré d’avoir tardé à faire le ménage. J’étais loin du clavier.
7 mai 2011 at 19:25
Décidément. Il aurait FALLU refermer la balise après Diario Vasco. Doublement désolé. Philarête, pouvez-vous corriger tout cela et supprimer ces messages inutiles? Merci d’avance.
Donc, c’est fait, mais je laisse ces messages. Ça permet aux autres de comprendre à quel point il faut savoir INSISTER sans complexe pour obtenir “réparation" (au sens bricolage du terme).
Pour l’anecdote, il semble que vous ayez bien refermé la balise après Vasco, mais pour en ouvrir une nouvelle aussitôt — d’où la mise en italiques de toute la suite.
Philarête
7 mai 2011 at 22:11
Aux efflorescences,
Ma sortie sur Truman était polémique. Vous avez mille fois raison de relever qu’il était partisan d’un droit international du type "procès de Nuremberg". Mais vous me concèderez, je pense, qu’Obama lui aussi croit aux vertus du droit international, du moins dans la plupart des cas…
Mon rapprochement entre Obama et Truman était un clin d’oeil à Philarête au sujet d’un article retentissant d’Elizabeth Anscombe qui s’était opposée à l’attribution d’un doctorat honoris causa à Truman, l’accusant d’avoir commis un crime de guerre à Hiroshima et Nagasaki.
Je ne doute pas que Truman ait été un homme très respectable par ailleurs. Quoi qu’il en soit de sa personne, il a commis l’erreur, à mon sens, de raisonner en termes conséquentialistes-utilitaristes pour prendre ses décisions politiques les plus graves.
Je crains qu’Obama ait commis la même faute. A moins que les membres du commando aient tué Ben Laden par légitime défense..
8 mai 2011 at 00:23
Physdémon, soyons sérieux, vous y croyez, vous, à votre dernière phrase ?
Les "gens les plus dangereux sur la surface de la Terre" ont abattu un vieillard sénile comme de vulgaires truands.
Ce scenario n’est même pas digne d’une série de seconde zone ; quel dommage, Hollywood ne pourra jamais en faire un film, même mauvais.
8 mai 2011 at 11:38
Philarête, merci pour le bricolage (un concept lévi-straussien que j’affectionne particulièrement).
Physdémon, d’après les derniers communiqués de la Maison-Blanche, il semble que Ben Laden n’était pas armé au moment de l’assaut. Cela contredit la première version, sans doute plus hollywoodienne, en effet, qui affirmait que Ben Laden s’était défendu et qu’il avait activement participé "aux échanges de feu", utilisant même l’une de ses femmes comme "bouclier humain". Toutes ces informations contradictoires ont hélas alimenté le doute et font évidemment le bonheur de tous les obsédés du complot, lesquels réclament maintenant que les images du cadavre soient publiées. Comme si, d’ailleurs, des images ne pouvaient pas être truquées…
"Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru… "
8 mai 2011 at 16:45
à PMalo et Les Efflorescences,
Certes, certes…
Mon doute vient de ce que même si Ben Laden n’était pas armé, ceux qui l’ont tué ont pu croire qu’il l’était.
Ben Laden n’était pas un vieillard; à 54 ans, il était tout à fait apte à utiliser un magnum, une kalachnikov ou des grenades. Or les joujoux de ce genre se cachent assez bien dans un tiroir ou sous une djellaba…
Dans une opération d’enlèvement en territoire étranger, tout se passe très vite : les intervenants sont soumis à des décharges d’adrénaline qui peuvent leur faire mal interpréter le moindre geste…
Ce qui m’intéresse n’est donc pas tant de savoir ce que les soldats du commando ont fait que de savoir quels ordres ils ont reçus…
C’est là qu’on aimerait que les médias américains fassent leur boulot questionnant Obama sans complaisance…
Il nous faudrait une nouvelle Dorothy Day pour alerter les consciences américaines…
8 mai 2011 at 22:43
Oui, j’ai peut-être un peu forci le trait sur le "vieillard sénile". Mais des rumeurs circulaient il y a quelques années à propos d’une dialyse quotidienne, le bonhomme ne devait pas être au top de sa forme, même armé, comparé aux supermen US surentraînés surgonflés surarmés surprotégés.
Si "la meilleure unité d’élite de la meilleure armée du monde, comprenant les mecs les plus dangereux du cosmos entier", n’est pas capable de désarmer quelqu’un et de l’enlever proprement sans lui placer une balle dans la tempe, où va-t-on…
C’encore la faute à la dérive socialisante d’Obama, tiens, faudrait privatiser l’armée !
J’ai lu quelques bouquins, dans ma rêveuse jeunesse, sur nos unités d’élites françaises, GIGN, RAID et autres commandos d’élite. A moins qu’on m’ait menti, ils auraient certainement mieux fait le travail.
Non il n’y a pas eu bavure, ni précipitation, ni affolement, ni mauvaise interprétation de quoi que ce soit : il a été froidement abattu.
Cette affaire pue, depuis trente ans elle pue, et elle se poursuit dans la puanteur. (J’allais écrire "s’achève", mais non : ce n’est pas fini.)
"C’est là qu’on aimerait que les médias américains fassent leur boulot questionnant Obama sans complaisance…
Il nous faudrait une nouvelle Dorothy Day pour alerter les consciences américaines…" : farpaitement.
9 mai 2011 at 10:44
J’ai relevé l’affirmation que JP II ne serait pas passé par le "purgatoire".
Je ne soutiens pas la thèse inverse, mais qu’en sait-on ? En quoi le passage par le Purgatoire serait-il incompatible avec la sainteté ? il me semble au contraire qu’il prépare à la vision béatifique.
Pour ce qui est de la dimension "temporelle", combien de "jours" de purgatoire, on sait bien que nous vivons le temps sur un mode qui n’est pas celui de l’autre rive…
9 mai 2011 at 19:46
Il est regrettable sur le plan des principes que BL n’ait pas été jugé, mais il était "injugeable". La ville où se serait tenu le procès aurait été en état de siège pendant des mois. Les partisans de BL auraient commis attentats et prises d’otages pour obtenir sa libération. Ils s’en seraient peut-être pris à ceux qui, n’ayant pas de raison de se sentir concernés, n’auraient pas été sur leurs gardes. Dame, on est otage, ou on ne l’est pas! Quant à le laisser libre alors qu’il était possible de s’assurer de sa personne…
9 mai 2011 at 19:52
J’oublie la tribune qui lui aurait été offerte.
10 mai 2011 at 08:59
@XC : ce que vous dites très objectivement, c’est que Ben Laden a réussi à donner aux Etats-Unis un gouvernement terroriste.
N’était-ce pas toute la démarche des terroristes d’extrême-gauche de la fin du XIXe siècle, qui voulaient par leurs attentats contraindre l’Etat à dévoiler sa "vraie" nature répressive.
De souvenir (un peu lointain maintenant), le contenu de Fitna de Gilles Kepel ne donnait pas cet objectif parmi ceux d’Al Quaida. Serait-ce donc un bonus du destin (ou une règle incontournable dans l’histoire) ?
10 mai 2011 at 19:31
XC : vous avez hélas bien raison : Ben Laden était injugeable, et un procès aurait été une tribune incroyable pour un tel homme : on en aurait appris de belles sur certains qui avaient donc tout intérêt à ce que le bonhomme disparaisse sans laisser de traces…
C’est bien là que l’affaire pue. Depuis trente ans, qu’elle pue, cette affaire.
(N’hésitez pas à me le dire sincèrement, si cette répétition ad nauseam du verbe "puer" vous indispose.)
Mais la vérité triomphera un jour ou l’autre.
10 mai 2011 at 19:56
Pmalo, que pensez-vous que BL aurait pu dire ? Je suppose que vous en avez une petite idée ?
Novice, votre remarque nécessite que j’y réfléchisse, je ne voyais pas les choses comme ça. Mais plus le temps ce soir, désolé.
11 mai 2011 at 19:51
http://fr.wikipedia.org/wiki/Oussama_ben_Laden
Ce bonhomme richissime a mouillé dans toutes les guerres moyen-orientales depuis la fin des années soixante-dix.
Formé par les USA pour contrer les soviétiques en Afghanistan, il s’est retourné contre eux comme on l’a vu par la suite.
Il n’est pas besoin d’être grand clair pour dire qu’un procès en bonne et due forme aurait sans aucun doute dévoilé un bon nombre de choses sur les trois dernières décennies. Nos "maîtres du monde libre" en ont décidé autrement, mouillés qu’ils sont de toute part dans toutes ces affaires.
11 mai 2011 at 19:52
*grand CLERC, bien sûr.
11 mai 2011 at 20:28
@PMalo : Grand clerc-voyant, peut-être ?
13 mai 2011 at 17:42
Je ne suis pas d’accord pour dire que Ben Laden était injugeable. Tout comme Israël a pu juger Eichmann alors ses crimes ne relevaient pas du tout du droit d’un pays, les Etats-Unis auraient pu le juger, même si dans les deux cas un tribunal spécial international aurait été la meilleure solution. Ils ne l’ont pas fait, et sa mort est la plus parfaite expression du pouvoir executif dont dispose un Etat, mais elle ne peut pas être l’expression de la justice, comme l’a dit Obama car la justice, pour être valide en tant qu’idée en soi, doit répondre à un idéal d’autorité et d’autonomie dont ne dispose pas le pouvoir souverain d’un Etat. L’Arabie Saoudite aurait très pu le réclamer, en tant que citoyen saoudien, mais je doute qu’elle l’aurait fait. Supposons que quelque part dans le monde, d’une haine générale envers la France, des Français soit assassinés et que les assassins arrivent en France d’une manière ou d’une autre (y compris par l’enlèvement). Un tribunal d’ici serait-il incompétant pour les juger ? D’un point de vue juridique on appelle cela "le princie passif des nationalités" : le pays dont font partie les victime détient juridiction ; à la différence du principe actif des nationalité selon lequel l’Arabie Saoudite aurait eu la juridiction ou du principe territoriel selon lequel presque le monde entier aurait le droit de se charger d’un tel procès. De plus je ne pense pas que la tribune qu’il aurait pu avoir n’aurait pas fait une si grande impression dans le monde. Même si ça aurait donné des idées à d’autres fanatiques qui de toute manière s’en passe déjà très bien, elle lui aurait moins conféré un statut de martyr qu’à convaincre le monde entier qu’il était fou, surtout s’il avait été jugé par un tribunal international. Il me semble pour ma part qu’il est dans la nature du droit du droit que les seuls instruments dont nous disposions soient ceux de la loi pour juger et condamner ce que ni les concepts juridiques ni catégories politiques ne permettraient de représenter de façon adéquate. La question qui se pose est en serait-il autrement si nous avions des lois contre les hostes humani generis tels que le sont Ben Laden et consorts, et pas seulement contre les assassins et autres criminels de cette sorte ? Avec les procès de Nuremberg et de Jerusalem, on a créé les concepts juridiques pour pouvoir juger les crimes comme ceux du terrorisme (y compris le terrorisme d’Etat d’ailleurs) alors utilisons les pour que la justice puisse rester l’autorité capable de défendre le droit.
14 mai 2011 at 13:43
à Philarête,
C’est quand même terrible. Tu nous fait un billet sur ce qui fait la une des journeaux, et pas une intervention de journaliste.
T’aurais dû sortir un appeau à Aliocha!
Un truc à l’emporte-pièce du genre : "les journalistes, y racontent n’importe quoi (surtout les filles journalistes) etc."
Ou alors, vu qu’il était question quand même d’une affaire de meurtre, tu aurais pu sortir l’appeau à Fantômette. Dur genre: comment résister à la tentation de l’exécution sommaire des terroristes quand on est relativiste (doit y avoir moyen de tourner l’idée de façon plus sexy, mais ch’sais pas y faire : ch’tiens pas d’blog, moi!)
Elles sont où Aliocha et Fantômette ?
Car franchement, ça manque de girls sur ce fil.
Des girls, des girls, j’veux des giiirls!!!!
14 mai 2011 at 13:44
Des journaux, sans "e". Shame on me !
14 mai 2011 at 18:06
Bien sûr qu’il aurait fallu que Ben Laden soit jugé, peut-être par un tribunal international, je ne me fais pas l’avocat des méthodes états-étasuniennes !
Je voulais juste dire par là (en reprenant une phrase de XC) que son procès n’aurait pas vraiment servi les intérêts US (Ben Laden est une création américaine, faut-il le rappeler), qui en ont donc décidé autrement : on l’abat froidement à un moment qui nous paraît opportun (approche d’élections, par exemple ?), en en faisant tout un cirque, et, summum de la mise en scène, sans images !
A propos, il paraît qu’il a été jeté à la flotte selon le rituel musulman : Allah une, Allah deux, Allah trois.
15 mai 2011 at 11:49
Juger Ben Laden était préférable sur le plan des principes, mais, à mon sens, aurait multiplié les inconvénients. Un procès, nécessairement public, sinon il aurait été inutile, lui aurait offert une tribune pour se présenter en martyr et appeler l’ensemble des Musulmans au Djihad. Ses partisans se seraient livré à un chantage à la prise d’otages et à l’attentat pour le faire libérer. Il y aurait eu la difficile question de savoir s’il fallait le condamner à mort. Je ne crois pas qu’il détenait des secrets gênants. Pourquoi ne les aurait-il pas dévoilés plus tôt, par exemple pour contrarier les interventions en Afghanistan ou en Irak? Et puis, qu’Obama pouvait-il craindre de ces secrets ? Il a hérité d’une situation qu’il n’a pas créée. Il n’est pour rien dans ce qui était le sort de BL avant sa liquidation. Je ne crois pas que BL ait été tué en vue des élections US, il me semble qu’elles sont trop lointaines. Si BL avait des secrets, nous le saurons sans doute un jour, il les aura probablement confiés à un de ses partisans pour qu’il les révèle en temps utile.
@Toc: Eichmann n’avait personne d’autre que ses avocats pour le défendre. Comme je tente de l’expliquer, un procès Ben Laden aurait eu bien d’autres implications que n’en a eu le procès Heichmann.
@Novice: de quelque façon qu’on prenne les choses, BL était prévenu qu’il devait s’attendre aux pires ennuis de la part des USA. Il aurait dû s’abstenir de leur nuire. Les américains ont répliqué à une aggression, on peut discuter de la méthode, mais cela n’en fait pas des terroristes.