Ce pape qui a tant fait pour nous conforter dans les certitudes essentielles est aussi celui qui aura le plus fait pour nous aider à nous dépouiller des certitudes inessentielles. Il nous a confortés dans la foi. Il nous aide, jusqu’au bout, à ne pas confondre la foi avec l’habitude, les vœux pieux, les idées bien arrêtées et ce qui n’est pas simplement vrai mais seulement « hautement probable ». Jusqu’à hier, je ne pensais pas assister jamais à la renonciation d’un pape. Voilà qui est fait.
Qu’un pape élu meure pape, cela faisait partie, jusqu’à hier, du petit cortège des certitudes inessentielles dont je me plais à entourer, en cercles concentriques, les seules vérités qui importent absolument. Ce qui est désagréable, c’est de s’apercevoir que les certitudes inessentielles ont, sur les autres, cet avantage de répondre en quelque sorte à notre inclination personnelle et aux lumières de notre esprit – et que c’est justement pour cela qu’elles ne sont pas essentielles. Ce pape enseignant, comme on l’a souvent dit, enseigne généralement avec une grande suavité. Cette fois, la leçon qu’il administre a la rudesse et l’âpreté des vérités plus grandes que l’homme. Elle est déroutante, presque angoissante au premier choc. Devient savoureuse et apaisante une fois qu’on est bien forcé de la mastiquer.
N’ayant d’autres indices que ce que le pape a déclaré lui-même pour expliquer sa décision, je suis bien forcé de me confronter à ce qu’il a dit. « Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude… » En latin – puisqu’il l’a dit en latin – cela donne : conscientia mea iterum atque iterum coram Deo explorata. Je retrouve là l’homme qui a béatifié le cardinal Newman, et qui avait longuement médité sur la fameuse formule que celui-ci opposait à Gladstone : « Je lève mon verre au Pape, si vous le permettez, mais d’abord à la conscience, et ensuite au Pape ». Joseph Ratzinger commentait, en 1991 :
Par contraste avec les jugements de Gladstone, Newman voulut clairement faire allégeance à la papauté. Et par contraste avec des formes erronées d’ultramontanisme, Newman embrassait une interprétation de la papauté qui n’est correctement conçue que lorsqu’elle reliée au primat de la conscience – une papauté qui n’est pas en opposition au primat de la conscience mais fondée sur lui et le garantissant.
Pour Benoît XVI, la conscience est capable d’atteindre la vérité, au-delà de la simple certitude subjective. « La centralité du concept de conscience… est liée à la centralité première du concept de vérité et ne peut être comprise que par rapport à celle-ci. » C’est manifestement ce qui donne au pape cette assurance désarmante. Nous ne pouvons qu’imaginer la force morale, l’engagement total de sa personne, la confondante humilité qui sont impliqués dans la décision inouïe qu’il a prise. Quelque chose qui rappelle inévitablement la parole de Jésus-Christ au moment suprême : « Que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne ». Le mystère de la conscience, révélé dans ce pouvoir qu’elle a de s’incliner devant une volonté clairement reconnue comme autre.
Benoît XVI avait déclaré, dans les entretiens avec Peter Seewald publiés sous le titre Lumière du monde, au lendemain d’une phase paroxystique de la crise provoquée par les abus sexuels dans l’Église, que de telles circonstances interdisaient la pensée de se retirer : « Quand le danger est grand, il ne faut pas s’enfuir. » Mais il avait ajouté aussitôt :
On peut se retirer dans un moment calme, ou quand tout simplement on ne peut plus (…). Quand un pape vient à reconnaître en toute clarté que physiquement, psychiquement et spirituellement il ne peut plus assumer la charge de son ministère, alors il a le droit et, selon les circonstances, le devoir de se retirer. (Lumière du monde, Bayard, 2011, p. 51).
Nous étions donc prévenus. Et je suis convaincu que le pape n’a pas voulu hier exercer un droit, mais accomplir un devoir.
La déclaration a été rendue publique le 11 février, fête de Notre Dame de Lourdes. Mais elle a été faite le 10, cinquième dimanche du Temps ordinaire, jour où l’Évangile de la messe est celui de la vocation de Pierre. Je ne lirai plus jamais de la même façon le dialogue entre le Christ et Simon, lorsqu’il lui dit de jeter les filets quand lui, le Christ, le dit, et non selon les vues bien arrêtées de Simon, qui s’y connaissait a priori mieux que Jésus en matière de pêche au filet.
On tend à abuser un peu, dans les milieux catholiques, de l’adjectif « prophétique ». Nous voyons des paroles et des gestes « prophétiques » un peu partout, et c’est souvent pour nous une manière d’adhérer à ce qui, dans l’action de l’Église et de ses représentants, est plutôt mal vu ou mal compris par « le monde ». Nous voilà devant un cas où le « geste prophétique » nous prend totalement au dépourvu. Pourtant, c’est un sentiment largement partagé, je crois, que ce geste est, après tout, bien dans le style de ce pape. Granitique sur l’essentiel, extraordinairement libre sur tout le reste.
Il a énoncé maintes fois la priorité absolue de son pontificat : « Mettre avant tout en lumière la priorité de Dieu. » Il l’a fait au cours de presque huit ans de pontificat d’une richesse exceptionnelle. Il a fixé un cap, mis en route des réformes, accompli, finalement, la mission qui lui a été confiée. Manifestement, Benoît XVI est quelqu’un qui estime qu’il est important pour l’Église d’avoir un pape, mais qu’il importe peu que ce pape soit lui ou un autre. Plus exactement, il semble penser qu’il importe que le pape soit aujourd’hui une personne en pleine vigueur, et juge qu’il n’est pas cette personne-là. C’est une façon de dire encore que la seule priorité est celle de Dieu. Et de le dire, comme le firent parfois les prophètes de l’Ancien Testament, non par des paroles seulement mais par un geste, par un acte solennel.
Il a écrit, dans son premier livre sur Jésus, quelque chose qui semblera de plus en plus, dans la lumière en quelque sorte définitive que son renoncement jette sur son pontificat, une clé fondamentale de sa pensée de l’Église :
La vigne ne peut plus être arrachée, elle ne peut plus être livrée au pillage, disions-nous. Mais elle a toujours à nouveau besoin d’être nettoyée, purifiée (…). Cette purification, l’Église, l’individu en ont sans cesse besoin. Les processus de purification, aussi douloureux que nécessaires, traversent toute l’histoire ; ils traversent la vie des hommes qui se sont donnés au Christ. Dans cette purification, le mystère de la Mort et de la Résurrection est toujours présent. L’exaltation propre à l’homme et aux institutions doit être émondée. Ce qui a trop poussé doit être à nouveau ramené à la simplicité et à la pauvreté du Seigneur lui-même. C’est seulement à travers ces processus de mort que la fécondité se préserve et se renouvelle. (Jésus de Nazareth I, Flammarion, 2007, p. 287).
Benoît XVI est quelqu’un qui a poussé très loin la conscience de la distinction entre sa propre personne individuelle et les diverses charges, fonctions, honneurs dont il a été, contre son sentiment le plus profond, successivement investi. Comme saint Augustin, il a dit souvent : « Pour vous je suis évêque, mais avec vous je suis chrétien » – confus devant la charge, mais affermi par la pensée de sa condition commune de baptisé. Jamais autant que depuis hier je ne sens ce pape comme l’un d’entre nous : le pape, ce pape, Benoît, Joseph – mon prochain, merci.
12 février 2013 at 12:04
Approbo totum !
12 février 2013 at 12:58
Merci Philarete
Je retiens de Benoit XVI ses qualités incroyables de pédagogie.
Le dialogue foi/raison avait été déjà largement travaillé avant lui, mais il me semble que nul autre que lui (pas Jean-Paul II en tout cas) n’avait atteint cet art de tenir un discours philosophique dense de façon aussi simple et éclairante (pour la conscience de tout homme de bonne volonté).
Je crois qu’une partie de cette clarté vient de l’honnêteté avec laquelle il reprend les positions divergentes, condition indispensable pour expliquer en quoi elles ne lui semblent pas correctes/ pas complètes du moins.
La lecture exégétique qu’il déploie dans ses 3 livres sur Jésus est un bon exemple.
Mais aussi le début de ce fameux discours sur "vérité et christianisme" (1999, Sorbonne), qui m’a durablement marqué et que je reprends ici au cas où il puisse intéresser des lecteurs de ce blog, irrités par cette prétention à la vérité des chrétiens.
Il faut ensuite lire la suite, qui est de la même veine, mais porteuse d’une immense espérance pour l’homme :
http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1348914
"L’homme ne peut se résigner à être et rester pour l’essentiel un aveugle-né. L’adieu à la vérité ne peut jamais être définitif."
12 février 2013 at 14:55
Nous devons être nombreux à éprouver le même sentiment.
Merci Philarête.
12 février 2013 at 15:20
Eh bien Philarête, j’espère que vous n’avez pas peur du débat théologico politique dont les nuages noirs s’annoncent déjà dans le ciel pour l’instant clair de cette note. Car force est de constater dans les commentaires des notes précédentes, que ce blog est fréquenté à la fois par des théologiens et des anticléricaux. Et si, tout le monde débat ici de façon souvent très cordiale, contrairement à d’autres sites internet, on ne peut pas dire que la pensée de tout le monde converge vraiment dans la même direction.
Je parie que dans moins de 10 jours, les commentaires sur cette note auront déjà quitté le sujet initial – à savoir Benoit XVI en particulier – pour partir dans un vaste débat sur la nature de l’Eglise catholique en général. Mais bon, parfois, il faut avoir le courage de réaliser une note de blog tout en sachant qu’inévitablement les commentaires vont partir dans une autre direction (d’ailleurs n’est-ce pas ce que je suis en train de faire ?). Donc bravo pour cette note courageuse, et advienne que pourra.
12 février 2013 at 20:38
Moi, aussi,Philarête, je vous dis merci pour ce beau mot, dont je partage complètement les termes,
Bravo à Stanislas pour le choix de sa citation, excellent.
A cette annonce…stupeur…tristesse…et confiance…je le partage ici…il était trop au-dessus de son époque et de l’ église en convalescence d’aujourd’hui. Sa pensée et sa pastorale, d’ une adaptation quasi-divine aux besoins de notre époque, n’était pas diffusée, très peu étudiée…son retrait, je crois, facilitera l’ étude plus accueillante de ses écrits et de sa pensée qui sont fait pour le long terme…il a pris sur lui comme on n’ imagine pas, il n’aimait que le travail de fond…un génie inspiré du travail de fond, voilà comment je le vois….et bien sûr cette harmonie intérieure qui lui donnait cette alliance de douce bonté et de fermeté face au mal et aux erreurs….merci Seigneur des signes que tu dessines dans nos ciels d’ orage…parfois on voudrait faire comme lui, se retirer; mais non! il nous a donné un exemple de cette vertu de force.dont notre époque a tant besoin…Vicenzo
12 février 2013 at 22:33
Une chose me touche tout particulièrement chez Benoît XVI, c’est son humilité.
On n’a peut-être pas suffisamment souligné qu’avant de devenir le premier pape moderne à renoncer à sa charge, il a été aussi le premier, sauf erreur de ma part, à reconnaître publiquement les erreurs qu’il avait pu commettre dans l’exercice de ses fonctions. Souvenez-vous : après toutes les affaires médiatiques qui ont émaillé sont pontificat (affaire de Ratisbonne, affaire du préservatif affaire Williamson, affaire des prêtres pédophiles d’Irlande…), il a reconnu sa part de responsabilité, responsabilité à vrai dire sans la moindre mesure avec les accusations ignobles dont il avait pu faire l’objet.
Ce qui me touche dans l’acte qu’il vient de poser, c’est qu’il a dû avoir l’intime conviction que s’effacer maintenant était un service à rendre à l’Eglise : il aura estimé qu’un pape plus jeune pourrait mieux que lui exercer sa charge dans les circonstances présentes.
Il y a un côté Jean-Baptiste chez lui : il accepte de décroître pour qu’un autre croisse.
A moins que ce ne soit son saint patron, Saint Joseph, qui l’ait familiarisé avec l’idée de se considérer soi-même comme un second rôle même quand il fallait assumer les responsabilités de chef de famille !!!.
Sans compter qu’il a toujours été d’un dévouement exemplaire. S’il avait suivi ses inclinations personnelles, il serait resté occupé à ses chères études et aurait édifié patiemment une de ces oeuvres monumentales dont les théologiens allemands ont le secret, avec plein de notes en bas de pages… Mais il a préféré obéir aux appels qu’il a reçus. Appel de Jean-Paul II à prendre en charge la Congrégation pour la doctrine de la foi, appel du Conclave à exercer le ministère de saint Pierre… Nul doute que s’il renonce à sa charge maintenant, ce n’est pas pour son confort personnel mais parce qu’il s’y sent appelé par le Seigneur.
Béni soit-il !
13 février 2013 at 08:36
[...] Ce pape qui a tant fait pour nous conforter dans les certitudes essentielles est aussi celui qui aura le plus fait pour nous aider à nous dépouiller des certitudes inessentielles. Il nous a confort… [...]
13 février 2013 at 10:01
@ stanislas
D’autant plus émouvant pour moi de lire votre longue citation qu’elle est tirée d’une conférence qui fut donnée en français par le cardinal Ratzinger en l’an 2000, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, à l’occasion d’un mémorable colloque sur le thème «2000 ans après quoi?».
J’entends encore la voix douce et ferme de celui qui était alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, parlant devant un parterre d’intellectuels de haut niveau et un public nombreux d’étudiants et d’universitaires.
C’est la seule occasion où j’ai pu approcher le futur Benoît XVI, lui parler, et être saisi, comme tous ceux qui ont fait la même expérience, par son humilité et sa gentillesse.
Le texte de cette conférence a été recueilli dans le volume des actes du colloque paru en 2002 au Livre de Poche, sous le titre Christianisme: héritages et destins (dir. Cyrille Michon).
PS. Je retrouve les actes du colloque: avaient participé aussi, entre autres, Jean-Luc Marion, Alain Finkielkraut, Julia Kristeva, Gianni Vattimo, Michel Henry, Rémi Brague, Charles Taylor, Eric Fuchs, Alain Besançon, George Steiner… Tous là pour parler du christianisme, et dialoguer entre eux et avec Ratzinger. Un moment vraiment exceptionnel!
13 février 2013 at 10:28
[...] Mon prochain, pape [...]
13 février 2013 at 15:08
@Philarête
"2000 ans après quoi ?" Conférence pronocée en novembre 1999 en Sorbonne à Paris.
Ce fût aussi pour moi une véritable révélation que d’assister à la lecture d’une voix ferme et douce de la thématique de la vérité du Christianisme. Joseph Ratzinger n’avait pas craint de se confronter à LA question fondamentale. Je me souviens d’avoir vu ensuite celui qui a partagé le prix Ratzinger décerné en 2012 foncer sur nous et s’écrier : "il y a un pilote dans l’avion !". Cette manière prosaïque d’indiquer que Joseph Ratzinger montrait la direction et prenait en charge la fonction révélatrice du Verbe indique on ne peut mieux la puissance de sa parole. Et comme chacun peut le constater en lisant les livres aussi bien que les prises de parole de celui qui est devenu ensuite Benoît XVI, qu’il a toujours eu le souci de rapporter les mystères de la foi et de l’Église pérégrine aux interrogations des hommes de bonne volonté. Et puisque l’Église est confrontée aujourd’hui comme hier à la puissance du scepticisme, il est bon de se souvenir de la manière dont la conférence de Joseph Ratzinger s’était achevée, à propos des théories biologiques de l’évolution : "l’Église a besoin de ses adversaires pour être questionnée"..
13 février 2013 at 17:24
[...] tout a été dit sur le sujet (v. not. sur des registres très différents Edmond, Pneumatis et Philarête). Même l’aspect juridique qui aurait pu être négligé a été finement traité par le P. [...]
13 février 2013 at 23:39
N’en jetez plus et gardez-en pour son oraison funèbre, quand même.
Nan parce que là, on sent qu’il y en a qui trichent: ils font un copier/coller avec la fiche nécro qu’ils ont préparé au moment de son élection.
A ceux-là je dis: soyez prévoyants et gardez-vous des biscuits pour plus tard.
14 février 2013 at 20:01
[...] Mon prochain, pape [...]
15 février 2013 at 12:00
@ tschok
Nous avons la ferme espérance que BXVI, qui n’est pas mort, nous surprendra encore. Il y aura d’autres choses à dire pour sa nécro. :-)
15 février 2013 at 14:26
à Aristote
Je crains fort que Benoît XVI n’ait la ferme intention de se murer dans le silence… pour ne pas faire d’ombre à son successeur.
En tout cas, il est vraisemblable qu’il s’interdira toute déclaration orale en public et qu’il ne publiera aucun écrit sans l’imprimatur du nouveau pape.
Donc, à mon avis, il n’y aura pas grand chose à ajouter dans sa nécrologie.
17 février 2013 at 23:12
@ Physdémon,
Se murer dans le silence pour ne pas faire de l’ombre.
Je la garde!
18 février 2013 at 13:42
à tschok,
Ne réveillez pas les métaphores qui dorment…
Elles risquent de se carapater avec les pieds du lit.
27 février 2013 at 19:36
Ca devient compliqué pour moi:
- d’abord contrairement à pas mal de gens convaincus seulement aujourd’hui de l’humilité de Benoit XVI, j’avais reçu très bien son élection; car c’est par son action comme préfet pour la congrégation pour la doctrine de la foi qu’il m’avait semblé humble, ne serait-ce que par le mépris solide qui sied à cette mission y compris parmi de nombreux catholiques. Tant il est vrai, et là je rejoins ce qui est dit, que la défense de la Vérité est tenue, y compris dans le catholicisme contemporain européen, pour une monstruosité pré-humaniste. A tout prendre, pape, c’est quand même plus simple à assumer. Donc je n’ai pas eu d’éblouissement émotif du type du centurion au pied de la croix, je ne suis pas dans le "vraiment celui là était un grand pape". J’étais confiant.
-Ensuite, c’est pas drôle de constater ne pas pouvoir ressentir ou comprendre là où des gens qu’on estime fortement sont, eux, au diapason, je pense à l’auteur de ce blog mais aussi à Thomas More et Koz, notamment. Je me dis; allons fais un effort ils ont raison, d’habitude tu es d’accord, tu sens bien les choses, qu’est-ce qui te prend?
Il me prend d’abord de voir que si de nombreux catholiques sont en phase avec cette décision, absolument tous les anticathos sans aucune exception l’approuvent; c’est certes insuffisant pour bouder, mais ça me jette un froid d’emblée, et on aura beau ensuite expliquer que leur façon d"agréer est mauvaise, cette unanimité pour louer la modernité de la décision m’alarme plus que ne me rassurent les explications des partisans éclairés.
Il me prend en outre que la dernière expression publique de Benoit assimilant sa situation à celle de Pierre dans la barque s’en remettant à Dieu pourtant candide pêcheur ne colle pas, rien à faire. On ne voit pas Pierre demander à quitter la barque, et la dernière parole de Jésus au premier pape résonne en moi, on te mettra la ceinture pour aller là où tu ne veux pas aller; c’est précisément ce qui me gêne: Benoit s’assimilant à Pierre alors même qu’il fait le contraire. Car il est clair qu’entre ne pas être crucifié et être crucifié (choix s’offrant à Pierre dans cette parole de Jésus) et entre mourir en moine et mourir en pape, le côté cornélien du choix ne me parle pas du tout. Lorsque Benoit soutient hier dans ses derniers propos publics qu’il ne lâche pas la croix en allant se retirer au monastère, non, je ne parviens pas à l’entendre. Je ne vois pas en quoi mourir en ermite quand il est de notoriété publique qu’il a aspiré à cela si longtemps n’est pas pour Benoit le repos convoité par Joseph. Où est la croix dans ce départ?
Enfin, et c’est le principal, contrairement à ce malheureux Louis XVI par exemple, lorsqu’un pape meurt, son successeur peut refuser de servir: au moment de son élection, il peut tout autant estimer qu’il peut refuser d’être pape par les mêmes arguments qu’il a choisis pour ne plus l’être aujourd’hui. Il pouvait là aussi estimer que Dieu lui demandait acceptation ou refus. D’ailleurs la procédure prévoit bien que l’élu peut refuser, on lui demande s’il accepte, c’est donc qu’il peut refuser quand bien même le conclave est censé voir se manifester l’Esprit par sa décision. Dire qu’il a suivi Dieu en acceptant et qu’il suit Dieu en partant ne me persuade pas d’une quelconque logique, or c’est pourtant le plus fin logique de nos théologiens.
Lorsque Benoit est choisi, il sait qu’il est physiquement peu apte, d’ailleurs son frère ne s’en cache pas et manifeste son inquiétude immédiatement. Jean-Paul en revanche, alors dans une condition physique comparable à celle d’un jeune senior multipliant les grands treks, sait qu’il a toutes les chances d’en prendre pour des décennies, (encore faut-il préciser que l’attentat a sérieusement raccourci son espérance de vie en bon état en brisant son hygiène de vie sportive). Il n’a pas à peser ce que vont être les conditions de sa santé. Lorsqu’il entre en agonie, il sait que partir avec le même raisonnement que celui de Philarête est plus exact que pour Benoit: ne pas laisser l’institution sans responsable. Car au moins, Jean Paul pouvait dire avoir eu le temps de servir et avoir accompli sa tâche. Il me semble donc très difficile de soutenir qu’approuver la décision de l’un comme répondant à l’appel de Dieu est aussi valider l’appel de l’autre comme répondant à l’appel de Dieu. Une agonie douloureuse après un quart de siècle ce n’est pas une très grande fatigue après 8 ans. A ce compte là, absolument toute décision de tout pape face à la perte définitive de ses forces répond à l’appel de Dieu. Dès lors défendre l’existence de la Vérité en général devant les appels de Dieu devient très compliqué dans mon esprit.
Dit autrement, par son choix, Benoit me semble définitivement relativiser le concept de Vérité auquel il a consacré le meilleur de lui-même. Il incarne un visage du relativisme. Un comble.
J’ai conscience de l’énorme prétention de mes propos alors même que je ne suis pas au niveau des intervenants de ce blog en philosophie, je ne demande qu’à voir brisé ce ressenti par des contradicteurs!
2 mars 2013 at 22:59
à Bruno Lefebvre,
je crois que vous avez bien fait de mettre le pied dans le plat car, après s’être fait un devoir de justifier pendant des années le refus de Jean-Paul II de démissionner, beaucoup de catholiques se trouvent dans l’embarras de devoir faire volte-face aujourd’hui en justifiant la renonciation de Benoît XVI…
Mais peut-être est-ce faire preuve de trop de déférence envers le Saint Père que de vouloir toujours lui donner raison. Pour ma part, j’ignore si la décision de Benoît XVI a été une bonne décision. J’ignore également si la volonté de JPII d’occuper la chaire de saint Pierre fut une bonne décision. Mais ce qui m’importe est que leurs décisions, bonnes ou mauvaises, ont été investies de toute l’autorité que le Christ a conféré à leur charge. Je les accueille donc avec confiance, parce que j’ai confiance en l’action providentielle du Sauveur à la tête du gouvernement de l’Église.
Par ailleurs, convaincu de la profonde piété de B XVI et de JP II, je n’ai aucun scrupule à leur faire crédit d’avoir suivi l’un comme l’autre l’inspiration de l’Esprit Saint.
Mon problème n’est donc pas de savoir si l’un a bien fait de ne pas démissionner et l’autre mal fait de renoncer, mais de comprendre en quoi ces deux décisions pontificales contribuent à nous édifier.
JPII a montré que le pape était proche de toutes les personnes souffrantes à travers le monde et témoigner par là que le mystère de la croix est au coeur du mystère chrétien.
BXVI, me semble-t-il, nous rappelle que la charge de successeur de Pierre ne doit pas être confondue avec la personne qui l’exerce. En renonçant à la chaire de saint Pierre, il montre que celle-ci importe plus que les hommes qui l’ont occupée.
Il n’y a pas de contradiction entre ces positions. Chacune est venue en son temps, en son heure, dans des circonstances différentes… Pas de raison de voir là un quelconque "relativisme". Car s’il est vrai que la vérité est, en revanche les bonnes décisions sont multiples : il y a de nombreuses manières d’agir bien… Aussi bien, dans des circonstances différentes, le bien prend-il souvent des figures différentes…
3 mars 2013 at 15:18
Je vous remercie de la bienveillance de votre réponse.
Là où je me trouve perdu face à ce que je ressens comme du relativisme, vous manifestez la confiance dans l’Esprit capable de susciter, dans le cadre d’une Vérité, plusieurs attitudes, chacune (la manifestation de la souffrance visible même au sommet du pouvoir ou le respect de la continuité de l’exercice solide du pouvoir sur la chaire de st Pierre) étant en effet une manifestation différente de l’Esprit, et vous précisez à juste titre "dans des circonstances différentes".
Là est en partie mon trouble: car ces circonstances différentes poussaient davantage J Paul II à partir et Benoit XVI à rester: le maintien en état de fonctionnement de la chaire de St Pierre a, on l’a assez dit, été bien plus remis en question par l’agonie au pouvoir de Jean Paul (et de quelques autres) que par la retraite de Benoit à un moment où les circonstances sont loin d’imposer le retrait au motif que le pouvoir deviendrait défaillant.
En effet, l’unanimité des commentateurs et des journalistes se fait sur la lucidité des dernières interventions publiques de Benoit avant de redevenir Joseph. Mais cette lucidité même plaide paradoxalement contre l’incapacité à diriger l’essentiel, ce qui n’exclut nullement un ralentissement du rythme de vie d’un pape fatigué par l’âge. A l’âge du télétravail, il est possible plus qu’autrefois de diminuer drastiquement les déplacements et les positions debout d’un vieillard bien équipé médicalement, et certains actes sont délégables. Le maintien au pouvoir d’un homme diminué est bien moins malaisé aujourd’hui qu’hier contrairement à la vulgate qui veut qu’en 2013 ce serait plus dur qu’un siècle plus tôt. La réalité impose de dire le contraire, et d’ailleurs non seulement on vit en moyenne plus longtemps, mais la durée de vie sans décrépitude a augmenté plus vite encore.
J’aurais donc beaucoup plus de facilité à comprendre les arcanes de l’Esprit s’il avait conseillé à J Paul mourant le retrait pour éviter les sempiternelles querelles autour du lit du pape agonisant, et poussé Benoit à rester tant qu’il manifestait la belle intelligence publique dont il a rayonné lors même de son départ. Dit autrement, c’est autant la précocité apparente de sa démission que la démission elle-même qui m’a gêné.
Cependant, concernant la démission elle-même, je crains que la lecture que vous faites, qui se tient du point de vue de la liberté de l’individu seul, omette ce que j’appelle, faute de mieux, un effet de cliquet des innovations: le choix de Jean Paul ne changeait rien pour son successeur par son conservatisme même. Par son aspect inédit, le choix de Benoit fragilise inéluctablement l’autorité de tous ses successeurs: ceux qui critiquent tel ou tel pape n’allaient jamais jusqu’à invoquer une démission du pape parce qu’elle était impensable. Ceux qui, demain, seraient mécontents de tel ou tel pape pourront s’appuyer sur le précédent de 2013, et cette invocation du précédent ne se fera pas forcément pour suivre le message de l’Esprit, mais bien par haine, rancoeur, jalousie, paresse ou ambition. La chaire de Saint Pierre se trouve bien modifiée dans ce qu’elle est par ce choix de la quitter vivant. Peut-être cette transformation même est-elle véhiculée par l’Esprit et est-elle même consciemment souhaitée par Benoit. Pour ma part, je crains qu’elle ne donne un mauvais courage à tous ceux par exemple en Europe qu’un message ecclésial par trop exigeant poussera à ne pas se contenter de hausser les épaules mais à prendre une posture agressive de demande d’expulsion.
Dénouer ce qui relève de l’Esprit ou du Malin dans cette décision et ses conséquences reste à faire à mon sens. Nous verrons si mon pessimisme est celui de la peur et votre optimisme celui de l’espérance. Je souhaite que Benoit et vous ayez raison.
3 mars 2013 at 21:19
à Bruno Lefebvre,
A propos du refus de JPII de renoncer au Saint Siège, je crois qu’il ne faut pas considérer la situation des dernières années mais celle du moment où il a fait savoir fermement qu’il resterait en place jusqu’à sa mort. Si mes souvenirs sont bons, son choix remonte aux années 90. Je crois donc que votre argument de la fin difficile du pontificat de JPII n’est pas recevable dans les termes où vous l’avez formulé. JPII a choisi de rester en place avant de vivre sa douloureuse agonie : il n’a fait ensuite que s’en tenir à une décision antérieure.
En revanche, la décision de Benoît XVI ne doit pas prendre en considération seulement la situation de 2013. Benoît XVI me semble avoir préparé la chose depuis plusieurs années, cf. le geste de déposer son pallium sur le tombeau de Célestin V.
A mon avis, Benoît XVI s’est toujours considéré comme un "pape de transition", jugeant qu’il avait moins de capacité que d’autres à exercer la fonction de pape. Je crois que sa renonciation est lié à une volonté d’entreprendre des réformes que lui-même ne pourrait pas mener à bien. Et je pense qu’il a en vue deux ou trois "dauphins" en qui il a entièrement confiance pour assumer mieux que lui-même la charge qui lui avait été confiée.
D’autre part, dans la perspective de réformes futures, la présence d’un "pape émérite" à proximité du nouveau pape peut avoir une grande utilité pour l’Eglise : l’approbation des réformes par celui qui incarnait la volonté de garder le lien avec la tradition peut faciliter leur interprétation dans un esprit de continuité avec la tradition de l’Eglise.
Parmi les causes des malheurs qui ont frappé l’Eglise au siècle dernier, je vois trois choses : le premier est que Pie XII n’ait pas eu la santé de convoquer un concile comme il l’avait envisagé. Le deuxième est que Jean XXIII soit mort trop prématurément pour le mener à son terme. Le troisième que l’autorité de Paul VI ait pu sembler éclipsée par celle du concile Vatican II du fait qu’il ait été élu après son inauguration. Tout cela a entretenu une certaine confusion dans la réception du concile, les intégristes et les progressistes se référant à des représentations fantasmées de Pie XII et de Jean XXIII pour contester l’autorité de Paul VI.
Maintenant, supposons que le prochain pape engage des réformes de fond, le simple fait que le pape émérite affirme sa totale soumission à son autorité permettra de prévenir tout rébellion conservatrice susceptible d’entraver son action et permettra également de prévenir une surinterprétation moderniste de leur signification.
Par exemple, supposons que le prochain pape ouvre la possibilité d’ordonner des hommes mariés de plus de cinquante ans, par exemple, la soumission de BXVI à cette décision (malgré ses réticences personnelles) renforcerait l’autorité du nouveau pape et contribuerait à en réfréner les mésinterprétations modernistes ou intégristes.
BXVI a suffisamment insisté sur la nécessité de comprendre l’enseignement du concile Vatican II dans le cadre d’une herméneutique de la continuité pour voir dans son geste de renonciation une façon de favoriser cette continuité. Ajoutons que sa mise à distance actuelle a sans doute pour but de laisser la plus grande liberté au Conclave, de façon qu’on ne puisse pas l’accuser de tirer les ficelles d’un conclave qui, selon toute vraisemblance, choisira celui que Ratzinger désirait voir succéder à Jean-Paul II…
Un dernier point : je ne crois pas que la décision de BXVI affaiblisse à l’avenir l’institution pontificale, précisément parce qu’avant Benoît XVI un pape beaucoup plus prestigieux que lui a pris la décision contraire, alors même que beaucoup l’invitaient à démissionner. Les papes futurs auront donc toute liberté pour suivre l’exemple de l’un ou de l’autre…
3 mars 2013 at 23:26
[...] Mon prochain, pape | L'esprit de l'escalier [...]
4 mars 2013 at 18:46
@ Logopathe,
Je ne sais pas si vous suivez ce fil de dial. Dans l’ignorance, je lance.
Observez le com 21 de Physdémon:
"Parmi les causes des malheurs qui ont frappé l’Eglise au siècle dernier, je vois trois choses : le premier est que Pie XII n’ait pas eu la santé de convoquer un concile comme il l’avait envisagé. Le deuxième est que Jean XXIII soit mort trop prématurément pour le mener à son terme. Le troisième que l’autorité de Paul VI ait pu sembler éclipsée par celle du concile Vatican II du fait qu’il ait été élu après son inauguration. "
Développement: 3 causes, toutes personnelles.
- La santé défaillante de Pie XII: il n’a pas eu la force de convoquer un concile. Plus la force de tirer la langue pour coller les timbres. Ca arrive, même aux meilleurs.
- La mort de Jean XXIII: prématurée, forcément. C’est la mort, quoi.
- L’autorité de Paul VI: éclipsée par celle du concile Vatican II. C’est l’autorité. On en manque tous au moment où il nous en faut.
Les plaies de l’Égypte réduites à des causes personnelles: santé/mort/autorité.
Gros manque de bol. Concours de circonstances.
Toujours-est-il que le critère personnel, attaché au chef, tient, dans cette énonciation, un grande importance.
C’est un caractère propre à Physdémon: les causes des malheurs de l’Eglise sont des contingences.
Il se peut qu’elles soient stratégiques.
4 mars 2013 at 19:27
Tschok,
J’ai écrit :
"Parmi les causes des malheurs qui ont frappé l’Eglise au siècle dernier…"
Relevez le mot "parmi" : je n’exclus donc pas qu’il y en ait d’autres…
D’autre part, n’est-il pas normal que je m’intéresse aux causes touchant à la "personne" des papes puisque ce qui était en question était une possible remise en question de l’autorité pontificale due à une impression de discontinuité dans l’enseignement des papes, impression à mon avis en grande partie illusoire ou tout au moins très exagérée…
D’autre part, je crois qu’au delà du "manque de bol" il y a une providence…
Il y a donc du bon à retirer des crises que traversent l’Eglise, surtout si elles sont dues à "pas de bol"…
6 mars 2013 at 18:00
@ Physdémon,
Qu’est ce que vous entendez par " ce qui était en question était une possible remise en question de l’autorité pontificale due à une impression de discontinuité dans l’enseignement des papes"?
6 mars 2013 at 19:23
tschok,
ok, stylistiquement, ce n’est pas du Flaubert.
Mais l’idée n’est pas très compliquée :
Depuis Vatican II, les intégristes ont eu fâcheusement tendance à se rebeller contre l’autorité de Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI en prétendant que jamais Pie XII n’aurait modernisé l’Eglise comme ils l’ont fait.
De même, depuis Vatican II, les progressistes n’ont cessé de se référer au "bon pape Jean" pour dénoncer les prétendus "trahisons" de l’esprit du concile ourdies par Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI.
Bref, progressistes et intégristes partagent l’impression à mon avis fausse qu’il y a eu de profondes discontinuités dans l’enseignement des papes.
Pour ma part, j’ai plutôt le sentiment que malgré des différences de pastorale et de gouvernement notables, il y a une continuité, continuité qui n’exclut pas des "développements", mais continuité qui fait que chaque pape se retrouverait mieux dans la doctrine de ses successeurs que dans celle de ses thuriféraires….
Est-ce plus clair ?
8 mars 2013 at 08:53
Merci à vous tous de remuer nos neurones
Un Papy
8 mars 2013 at 11:25
@ Physdémon
" mais continuité qui fait que chaque pape se retrouverait mieux dans la doctrine de ses successeurs que dans celle de ses thuriféraires…."
Belle variation sur le thème de "Gardez-moi de mes amis…"
:-)
8 mars 2013 at 12:44
@ Physdémon,
Ah oui, je comprends mieux. Merci.
8 mars 2013 at 14:45
à Aistote
Platon aurait dit sans doute : "gardez-vous de vos disciples"… :-)
13 mars 2013 at 21:16
Habemus Papam !
L’Esprit-Saint déjoue tous les pronostics. Le Seigneur est parfois taquin!!!
Nous voici sous l’autorité d’un disciple de saint Ignace de Loyola patronné par saint François d’Assise. En tant que jésuite, le premier pape américain est donc aussi un "pape noir"…
Vive François Ier !
Philarête, seras-tu son chevalier Bayard ?
13 mars 2013 at 21:16
Bon, les amis, ce soir, c’est la catho pride !
13 mars 2013 at 22:05
Vive François: le changement, c’est maintenant!
13 mars 2013 at 22:35
Les jésuites, j’en ai fait treize ans, plutôt content d’en reprendre pour un bail.
14 mars 2013 at 08:24
François Ier : beau nom pour un pape de renaissance…
Et puis, on peut espérer qu’il aura une position bien Assise sur la chaire de saint Pierre.
14 mars 2013 at 17:34
François,…, il y a aussi une harmonique chinoise.
14 mars 2013 at 18:36
J’apprends qu’il faut dire "François" tout court et non pas "François premier". Tant pis pour les jeux de mots faciles qui ne nous seront plus permis…
A vrai dire cela m’a étonné sur le moment : je ne voyais pas l’adjectif numéral ordinal comme une composante du nom du souverain pontife, comme l’a laissé entendre le porte-parole du Saint-Siège. En effet, si Benoît XVI était le seizième pape du nom de Benoît, c’est parce que le numéral "XVI" ne faisait pas partie de son nom. Sinon, il aurait fallu dire que Benoît XVI était le premier pape du nom de Benoît XVI ce qui aurait fait de lui "Benoît XVI, premier du nom" ou "Benoît XVI Premier" !!! J’en déduis que dans l’expression "Benoît XVI" le nom du pape est "Benoît" et non pas "Benoît XVI".
D’autre part, quand on parle du roi de France "François Premier", François Premier est le premier roi du nom de François dès lors que nul autre n’a porté ce nom, peu importe de savoir s’il a eu un successeur du même nom. De même, Jésus est "premier-né" de Marie quand même Marie n’a pas eu d’autres enfants puisqu’un fils premier-né est premier-né même s’il demeure ensuite fils unique.
Bref, les arguments de Federico Lombardi me paraissent assez spécieux pour justifier d’appeler notre pape François tout court plutôt que Fançois Ier.
Cela dit, je veux bien croire que la coutume est de ne pas donner de numéro à un pape premier du nom comme me semble-t-il à un roi premier du nom. Ainsi, personne en Angleterre ne parle de la reine Victoria Ière, mais bien de la reine Victoria tout court. Je note au passage que du même coup on se trouve obligé de préciser "reine Victoria" alors qu’on se contente de parler d’Edouard VII, Georges V ou Elizabeth II… Mais cet usage ne me paraît pas plus logique que celui qui consisterait à ajouter au nom du pape ou au nom d’un roi un adjectif numéral pour faire comprendre qu’en nommant une personne par un simple prénom le locuteur parle non d’un de ses familiers mais d’un personnage occupant un trône pontifical ou royal. D’ailleurs j e crois me souvenir que de son vivant Jean-Paul Ier était appelé "Jean-Paul Ier" et non le pape Jean-Paul…
Enfin, je me joins à Aristote pour espérer que saint François Xavier et saint François de Sales se joindront à saint François d’Assise pour patronner le Saint Père.
Saint François Xavier pour poursuivre l’évangélisation de l’Extrême Orient, un des grands enjeux du siècle prochain pour l’Eglise.
Saint François de Sales parce qu’il est le patron des journalistes qui n’ont guère ménagé son prédécesseur…
14 mars 2013 at 18:39
J’ai oublié de livrer la référence du site qui m’a dessillé les yeux :
http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/03/13/francois-un-nom-comme-un-symbole-d-humilite_1847476_3214.html
16 mars 2013 at 01:20
oui bon, les gars.
C’est un Américain du sud.
Un Argentin!
Vu votre chrono historique, il a des points communs avec votre esprit vielle France:
- Il vient d’un pays qui a perdu la dernière guerre qu’il a menée;
- Contre l’Anglais;
- Croissance éco plutôt faible par rapport au groupe auquel il appartient;
- A connu une dictature militaire;
- Prégnance d’un catholicisme façon vieux cons.
Bon, ok c’est un mec qui vous plait. J’ai printé.
Et, cerise sur le gâteau: c’est un jésuite!
Cooool.
Allez, essayez de dire un truc positif. Moderne, quoi.
Je vais essayer.
Un Argentin, qui sort du lot, aérien, idée de truc qui coule, Malouines. Exocet.
Trouvé!
"Avec vous jusqu’au bout de l’enfer".
Ce pape est avec vous, jusqu’au bout de l’enfer.
Premier parmi ses pairs, comme il se doit dans un telle circonstance.
16 mars 2013 at 01:21
L’Exocet.
16 mars 2013 at 08:41
à tschok,
Ah bon ? Le pape est Argentin ?
Je croyais qu’il était Vaticanais ?
Quant au surnom que vous voulez donner au Saint-Père, c’est un voeu qu’il n’appartient qu’à la Providence d’exocet…
Et puis j’aime bien votre formule : "prégnance d’un catholicisme façon vieux cons".
Cela veut dire qu’il peut y avoir un catholicisme façon jeunes cons….
Vous êtes ma fontaine de jouvence, cher tschok !
:-)
16 mars 2013 at 14:12
Je ne lui trouve qu’un défaut, c’est sa passion pour le foot. Moralement j’ai du mal avec ce sport dont les règles facilitent la sournoiserie. Surtout que le foot argentin, rien à faire, ça m’évoque :
-1978 et les centres de tortures à deux pas de certains stades ainsi que la récupération par le régime
-ou la triche énorme justifiée théologiquement par un addict complet
Mais bon, à prendre un pape extra-européen, il fallait bien en trouver un qui ait des liens avec l’Italie en dehors de sa grand-mère…(C’est aussi pour ça que des Canadiens et des Etats-Uniens ne sont pas prêts d’être évêque de Rome). S’il pouvait aller voir certains clubs ultras pour leur expliquer l’amour du prochain (et notamment des arbitres) je pourrais peut-être envisager de retourner voir des matchs de foot sans avoir l’impression d’être aux jeux du cirque. Après tout, Jésus est venu pour les pécheurs!
Et c’est vraiment le seul défaut que je lui trouve (en dehors du fait d’avoir été responsable d’un ordre religieux durant les débuts de la dictature de Videla, époque où l’Eglise a reconnu qu’elle n’avait pas été vraiment à la hauteur en se contentant de tenter d’arracher quelques opposants au coup par coup aux griffes de bourreaux se prétendant défenseurs de la chrétienté en Argentine sans jamais avoir été officiellement démentis). Pourvu qu’il aille plus loin dans son règne que Jean-Paul 1er (et si c’était aussi pour conjurer le sort qu’il en restait à François?) car s’il n’était pas dans les favoris, c’est aussi à cause de son âge. Le conclave m’a surpris heureusement en persistant à prendre le risque de nommer un "vieux" malgré la démission du précédent pour épuisement; à première vue François semble en bien meilleure forme que Benoît (mais avec un seul poumon…). Touchons du bois de croix.
16 mars 2013 at 15:34
@ Bruno Lefebvre
Sur l’Argentine, on peut espérer que nous aurons un jour accès à un travail sérieux sur l’attitude de Bergoglio pendant la période noire. Des éléments que j’ai pu pêché sur le net, rien d’infamant a priori pour le responsable d’un ordre travaillé et par les tenants de la théologie de la libération et par les opposants à celle-ci tentés par la manière forte.
Il est frappant cependant de voir que les trois derniers papes sont passés à travers l’épreuve d’une dictature, même deux pour JP II. Ceux qui n’y ont pas laissé leur âme en sont probablement sortis affermis et lucides sur les promesses du politique, qu’il soit progressiste ou réactionnaire…
16 mars 2013 at 21:41
Ah Tschok ! Heureusement que vous êtes là pour animer ce blog (je dis cela sans rire : sans vous, on s’ennuierait).
En fait, ce qui prédomine depuis mercredi soir chez mes copains cathos en général et chez moi en particulier, c’est un sentiment tout simple (et, notons-le, hautement évangélique) : la joie.
Joie d’avoir un pape, qu’il ait été vite et donc bien élu, qu’il semble de prime abord sympa, humble, chaleureux et même drôle, qu’il soit réputé comme défenseur des démunis, qu’il ait trouvé des mots qui nous ont touchés lors de ses premières prises de parole, qu’il ait choisi pour prénom celui d’un saint qui représente ce que le catholicisme a pu donner de mieux au monde
Bref, depuis mercredi, nous sommes spécialement joyeux.
Alors bon, après les histoires d’Exocet, de vieux cons etc, ça me passe un peu au dessus de la tête.
Ce pape a l’air cool. Il envoie du bois. Je sens qu’on va bien s’amuser (avec vous, entre autres).
A bientôt donc pour de nouvelles aventures…
16 mars 2013 at 22:23
à Wendrock,
Tout à fait d’accord avec toi.
Sauf sur un point :
Je ne le trouve pas si "cool", Papy François, parce que je perçois son choix de vie dans la pauvreté comme un exemple très exigeant…
Avec un pape comme lui, il va être difficile de ne pas prendre très, très au sérieux certaines paroles de l’Evangile comme :
"Il est plus difficile à un riche d’entrer au Royaume des Cieux que de passer par le chas d’une aiguille"
ou
"le Fils de l’Homme ne possède même pas une pierre où reposer sa tête"…
Du coup, chaque fois que je vois le pape François, je me demande si je ne suis pas un peu radin, côté efforts de carême, et je pense avec angoisse aux courriers d’associations caritatives qui s’empilent sur mon bureau depuis quelques semaines.
Heureusement, le Saint-Père respire la bonté, la douceur, la simplicité évangélique…. L’aimer va être facile; suivre son exemple, ça va être autre chose, du moins en ce qui me concerne…
17 mars 2013 at 07:16
@ Physdémon
Oui, tu as raison, et moi j’aurais dû préciser mon concept de coolitude (ce que faisait un peu dans mon esprit la caractérisation de François comme "envoyant du bois").
Par "cool", appliqué à la personne du Pape François, je n’entend donc pas molasson ou peu exigeant. Il est bien comme tu le décris. Il place haut la barre de la charité, il va nous en demander beaucoup et nous faire sentir tout ce que nous avons encore à faire pour parvenir au Royaume : c’est cool !
17 mars 2013 at 19:19
à Wendrock
En tout cas, voir une personne portant le pseudonyme de Wendrock (c’est le pseudo d’un janséniste, n’est-il pas ?) rendre hommage à un jésuite, c’est aussi amusant que de voir un pape jésuite promouvoir la spiritualité franciscaine…
Papa Francesco semble avoir un charisme particulier pour renforcer l’unité de l’Église. Trop cool !
17 mars 2013 at 21:41
@ Physdémon
Wendrock est effectivement le pseudonyme (déjà…) que choisit l’ami de Port-Royal (je préfère cette description à "janséniste") Pierre Nicole lorsqu’il traduisit en latin les" Provinciales" de Blaise Pascal.
Après, dans "Wendrock", il y a aussi "rock". C’est important : Matthieu, 7, 24, bâtir non sur le sable, mais sur le rock.
Quant à Papa Francesco, à première vue, il a un côté "que votre oui soit un oui" qui semble assez éloigné des outrances casuistiques qu’on a pu reprocher à ses prédécesseurs jésuites du XVIIe siècle. C’est un des aspects de sa coolitude.
Mais il faut clarifier tout cela. Je vais activer mes contacts au Vatican pour suggérer que la première encyclique du pontificat soit consacrée à la question du "cool".
19 mars 2013 at 22:40
à Wendrock,
Oui, Papa Francesco n’a pas trop l’air du genre jésuite casuiste laxiste: j’ai remarqué qu’il a cité Léon Bloy dans une de ses premières interventions.
D’ailleurs je me demande si ce n’est pas une première de la part d’un Souverain Pontife… du moins dans un discours officiel car je présume que Paul VI n’a pas manqué de parler de lui en privé avec Jacques Maritain…
22 mars 2013 at 01:23
@ wendrock,
Il faut dire que j’ai acquis avec le temps et la persévérance un solide formation de clown d’entreprise.
23 mars 2013 at 15:54
@ Tschok, message précédent.
Ce n’est pas sous cette description-là que je pense à vous.
Plutôt quelque chose comme "le malin génie de l’escalier".
Et derechef : de mon point de vue, c’est tout bénéf. pour l’Escalier et ses lecteurs que le hasard/la nécessité/le destin/la fortune/la providence (rayez les mentions inutiles) vous ait mis sur leur chemin
12 avril 2013 at 00:49
@ Physdémon,
J’ai besoin de vous. Christiquement.
J’ai envie que vous me parliez du grand rabbin de France.
Si, si. Celui qui a mis les pieds dans le plat au moment du débat sur le mariage homo.
Il faut tout m’expliquer.
Pourquoi vous êtes tombé amoureux d’un con pareil.
Un dur, un tatoué en philo. Une carrure. Un mec, quand on essaye de le faire passer dans un porte, c’est la porte qui cède.
Une réussite, quoi.
J’ai besoin, vous dis-je donc, christiquement, que vous m’expliquiez pourquoi ce type – dont on se rend compte à quel point il est vulgaire – a tant compté pour vous, par rapport au mariage des pédés.
Le tout christiquement, cela va sans dire.
12 avril 2013 at 20:50
Cher Tschok
je vous laisse le choix entre la Justice du Christ …:
"C’est sur la chaire de Moïse que sont assis les scribes et les Pharisiens ; faites donc ce qu’ils disent et observez tout ce qu’ils pourront vous dire, mais ne vous réglez pas sur leurs actes, car ils disent et ne font pas." (Mt 23, 2-3)
Puis un peu plus loin: "Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui ressemblez à des sépulcres blanchis : au dehors ils ont belle apparence, mais au-dedans ils sont plein d’ossements et de toute sorte de pourriture; vous de même, au dehors, vous offrez aux yeux des hommes l’apparence des justes, mais au-dedans vous êtes plein d’hypocrisie et d’iniquité." (Mt, 23, 27-28)
… et sa Charité :
"que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre." (Jn, 8, 7)
Dans les deux cas, assurément, c’est christique.
Mais n’oubliez pas non plus ceci avant de juger :
"Ne jugez pas afin de n’être pas jugés; car du jugement dont vous jugez, vous serez jugé , et de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous. Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’oeil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton oeil à toi, tu ne la remarques pas ! Ou bien comment vas-tu dire à ton frère: "laisse-moi ôter la paille de ton oeil", et voilà que la poutre est dans ton oeil ! Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton oeil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l’oeil de ton frère." (Mt, 7, 1-5)
Autre formulation : "Montrez-vous miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés; pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et l’on vous donnera; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on versera dans votre sein ; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour." (Lc, 6, 36-38)
Pour ma part, j’ai été consterné de l’attitude de Gilles Bernheim, précisément parce que j’avais et j’ai toujours de l’estime pour sa personne. J’ai été moins affligé par les plagiats et l’usurpation du titre d’agrégé, que par ses piteux mensonges pour nier les faits ou les minorer.
Au passage, je tiens à faire remarquer que ses péchés n’ont pour ainsi dire fait de tort à (presque) personne, sinon lui-même : car, après tout, ses plagiats n’ont rien enlevé aux auteurs plagiés, et lui-même n’a retiré aucun avantage matériel de son usurpation du titre d’agrégé…
Quant aux avantages symboliques, comme le peu de gloire qu’il retirait de telles entorses à la morale, ils étaient infimes par rapport à ce qui faisait par ailleurs sa bonne réputation. Ainsi, il n’était pas agrégé, certes, mais il avait manifestement le niveau pour l’être : comme l’agrégation est un concours de recrutement, pas un diplôme, la réussite en dépend largement du nombre de postes ouvert l’année où vous la passez. Du coup, il y a des gens qui n’ont pas le titre et qui auraient mérité plus de l’avoir que d’autres qui l’ont, selon qu’ils ont passé le concours une année de vaches grasses ou une année de vaches maigres. Dans ces conditions, avoir laissé les autres lui attribuer le titre d’agrégé était donc de la part de Gilles Bernheim une faiblesse humaine, trop humaine, mais ô combien humaine.
De plus, on peut dire qu’il a plagié quelques auteurs mais le type de plagiat qu’il a commis est fort peu préjudiciable aux auteurs plagiés. Il aurait suffi de les paraphraser en prenant soin de les citer dans quelques notes en bas de pages pour être en règle avec le droit, sinon avec l’éthique. C’est ce que font parfois des universitaires médiocres qui n’apportent pas grand chose à la recherche et sont avant tout des compilateurs. Malheureusement, dans un ouvrage de vulgarisation, ce procédé passe moins bien parce que les éditeurs répugnent aux notes infrapaginales. De plus, si le travail est sous-traité par des "assistants rédactionnels", autrement dit des nègres, ceux-ci peuvent bâcler le travail ou tout simplement égarer les notes en bas de page au cours d’opérations de mise en page. Aussi ce type de plagiat est-il d’une triste banalité dans les ouvrages de vulgarisation publiés par nombre de personnalités en vue, tout simplement parce que celles-ci bâclent ces travaux largement sous-traités par des nègres. (Cf. Jacques Attali, etc).
Tout cela n’est évidemment pas glorieux mais n’a rien à voir avec ce que serait par exemple un plagiat réalisé pour obtenir un titre universitaire, chose qui relève de la pure et simple escroquerie.
Bref, en ce qui concerne rabbi Bernheim, péchés véniels… sauf les mensonges… Et encore…
Cela dit, il ne serait pas anormal qu’il soit sanctionné pour le préjudice moral qu’il a tout de même infligé indirectement à la société, dans la mesure où son exemple pourrait encourager la banalisation du copier-coller dans l’édition et l’usurpation du titre d’agrégé. Mais je pense que le ridicule de la situation dans laquelle il s’est mis constitue en soi une sanction suffisante…
16 avril 2013 at 13:39
@ Physdémon,
Pas mal!
C’est une belle plaidoirie, dans le style mansuétude christique.
Après l’avoir lue, j’ai presque envie de lui faire des excuses.
Accessoirement, le plagiat est tout de même un délit (une infraction pénale punie d’emprisonnement, comme le vol). Et l’usurpation d’un titre universitaire porte atteinte à la confiance du public dans ses institutions: si n’importe qui peut se prétendre agrégé de philo, alors les agrégés de philo sont "n’importe qui".
Comme on dit aujourd’hui, ça "démonétise" la fonction professorale. L’allusion à la fausse monnaie n’est d’ailleurs pas idiote: il y a cette idée que le faux titre porte atteinte au cours légal du vrai et le pervertit.
En bref, le péché n’est pas si véniel que cela et le rabbin n’a pas porté tort qu’à lui-même en agissant frauduleusement: il a bien fait des victimes (les personnes dont l’œuvre a été plagiée) et il a causé un trouble à un intérêt public.
Du reste, si vous réfléchissez bien, ses actes ne lui ont pas porté tort, puisqu’il en a tiré un bénéfice durant tout le temps où il a pu se parer de vertus qui n’étaient pas les siennes pour se construire un statut social avantageux lui ayant procuré un accès à des fonctions honorifiques.
En revanche, les actes de tiers, ceux qui ont découvert la supercherie, lui ont porté tort en rétablissant la vérité que sa fraude avait dissimulée.
Les actes qui lui ont porté tort et qui sont les siens, indubitablement, ne tiennent que dans sa façon de réagir à la révélation publique de sa fraude: il a d’abord accusé celui qu’il a plagié de l’avoir plagié, puis a mis en cause son "nègre", puis, en désespoir de cause, en a été réduit à fournir laborieusement des explications assez métaphysiques qui ont achevé de le discréditer.
Il faut donc bien distinguer trois moments: la fraude, sa révélation par des tiers et la réaction du fraudeur.
La fraude est le fait du fraudeur: l’usurpation et le plagiat, qui sont des actes dommageables.
La révélation de la fraude, qui n’est pas le fait du fraudeur, mais le fait de tiers: il ne s’agit donc pas d’un acte de pénitence provenant d’un pécheur qui regrette son geste et l’avoue publiquement, mais d’une découverte, d’une révélation qui place un menteur dans l’obligation de faire quelque chose pour se défendre. Comme Cahuzac, quoi.
La réaction du fraudeur: faire quelque chose pour se défendre d’une accusation oblige à opérer un choix. Soit continuer dans le mensonge, soit s’arrêter là et se mettre à table, comme on dit trivialement. Le rabbin a fait le choix de continuer à mentir. Les tiers qui ont pris intérêt à la révélation de la fraude ont donc continué leurs investigations… et le piège s’est refermé sur le tartuffe.
Il n’y a dans cette réaction aucune intention de repentir ni volonté de confession: le rabbin s’est fait acculer dans un coin, si je puis dire, comme une bête traquée qui ne peut plus trouver de refuge dans la poursuite du mensonge, devenu impossible.
C’est un échec et mat, non pas la reconnaissance spontanée d’un tort.
Mais, en tout cas, j’ai trouvé votre réponse très convaincante.
Un petit détail m’a toutefois troublé. Dans votre propos introductif, vous avancez l’idée, il me semble, que "juger c’est mal". L’idée emprunte trop au relativisme, que vous détestez, pour vous ressembler vraiment. Là, j’ai vu la ficelle de l’exercice de style. Mais sinon, c’était très bien.
Vous devriez vous faire avocat.
16 avril 2013 at 18:10
Vos conclusions sur l’affaire Bernheim me paraissent très convaincantes.
Je me dévêts donc de ma toge et me soumets à votre verdict.
Vous devriez devenir juge…
Par ailleurs, l’Evangile ne dit pas qu’il est mal de juger. Mais que seul Dieu, à proprement parler, est en droit de juger et est apte à le faire. Ce qui est en jeu ici est l’articulation de la justice et de la charité. Pour traiter la chose à fond il faudrait relire la Parabole du débiteur impitoyable.
Mais j’y reviendrai une autre fois !!!
17 avril 2013 at 09:51
@ Physdémon
Sur la parabole du débiteur impitoyable, j’ai trouvé très éclairant le commentaire du Père Frédéric Louzeau sur la demande de pardon dans le Notre Père, dans son récent livre : "La prière du mendiant : L’itinéraire spirituel du Notre Père".
17 avril 2013 at 21:11
Je crois que je ferais un très mauvais juge.
Le débiteur impitoyable… Késako cet engin là?
17 avril 2013 at 21:47
à tschok,
La parabole du débiteur impitoyable, c’est ici :
http://www.aelf.org/bible-liturgie/Mt/Evangile+de+J%C3%A9sus-Christ+selon+saint+Matthieu/chapitre/18
A rapprocher du Notre Père institué au chapitre 6 du même évangile selon saint Matthieu.
Voir aussi les versets qui suivent immédiatement, v. 14-15, qui commentent la cinquième demande du notre Père :
"Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; si vous ne les pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos offenses".
En résumé, quand vous êtes chrétien, vous croyez que Dieu vous pardonnera tout vos péchés à l’unique condition que vous-mêmes pardonniez, du fond du coeur, toutes les offenses que vous aurez subies.
Cela ne pousse pas à être rancunier et vindicatif…
C’est pourquoi quand vous êtes chrétien et que vous avez de la rancune contre quelqu’un, vous êtes très, très ennuyé : car le refus de pardonner est bien plus périlleux pour le salut de votre âme que, par exemple, l’amour immodéré des galipettes,et bien d’autres choses. Je peux vous assurer, et je suis loin d’être seul dans ce cas, qu’il m’est arrivé en certaines circonstances de ma vie de garder en travers de la gorge la susdite cinquième demande du Notre Père :
"Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés".
On retrouve une idée du même style dans Jean chap. 8, au sujet de la femme adultère… (Beau texte que je vous laisse retrouver par vos propres soins…)
18 avril 2013 at 17:26
@ Physdémon,
Hum…
Il s’agit de vendre du pardon dans une chaine de Ponzi, quoi.
J’ai des doutes.
Qui paye à la fin?
Les Juifs, les Arabes ou les Roms?
Ou les pédés?
Ou la femme adultère?
Qui est le débiteur ultime?
18 avril 2013 at 18:07
tschok,
C’est le Christ, mon gars, le seul innocent, le seul qui n’a rien à se reprocher ni vis-à-vis de Dieu, ni vis-à-vis d’aucun de ses prochains. C’est donc lui qui éponge la dette.
Dans le langage d’Isaïe et de saint jean, éponger la dette se dit : "porter le péché du monde".
C’est ce qu’évoque Isaïe dans le chant du serviteur souffrant (on y reviendra une autre fois).
Tous les hommes ont des dettes les uns à l’égard des autres. Ils ont tous une dette infinie à l’égard de Dieu. Mais au centre de tout, il y a Dieu fait homme, le Christ : en tant qu’ homme, il se trouve à l’extrémité de la chaîne des dettes que les hommes ont les uns à l’égard des autres, en tant que Dieu lui seul peut remettre les dettes envers Dieu.
Le nom de cette énorme opération financière (dans le langage de l’apôtre publicain Matthieu) est la "rédemption", le rachat des péchés.
18 avril 2013 at 19:02
@ Tschok
Physdémon m’a devancé.
A la question :
-Qui est le débiteur ultime?
La réponse est :
- le petit Jésus, mon cher, le petit Jésus. C’est lui qui est venu casser la mécanique infernale de la chaine-de-Ponzi-du-péché. Si, si, je vous assure.
18 avril 2013 at 20:40
Trois commentaires sur la nécessité pour un chrétien de pardonner pour être lui-même pardonné.
Dieu ne peut pas nous imposer son pardon. Toujours Il nous l’offre, mais si nous le refusons, Dieu ne passe pas en force. Mais comment marquer que nous consentons au pardon divin de nos fautes, si nous refusons, nous, de pardonner ?
Le pardon n’a rien d’une évidence dans la société des hommes, et il leur est très difficile de croire à un Dieu qui pardonne. L’image "humaine" de Dieu, c’est celle d’un Dieu vengeur. Si les chrétiens ne pardonnent pas, comment pourraient-ils témoigner auprès des non-chrétiens de l’existence d’un Dieu miséricordieux ?
Dans l’Ancien Testament, le pêcheur pour être pardonné n’a besoin que de se reconnaître pécheur. Ce n’est que pour les disciples du Christ qu’est formulée l’exigence de pardonner à leur tour.
19 avril 2013 at 22:18
@Physdémon,
Incroyable!
Le Christ a inventé la titrisation!
Si les traders savaient ça…
19 avril 2013 at 22:21
à tschok,
Votre comparaison avec la chaîne de Ponzi (si j’ai bien compris cette notion que je découvre) est extrêmement pertinente dans son impertinence.
Car vous avez mille fois raison de souligner qu’il pourrait y avoir quelque chose de crapuleux à prétendre faire oublier ses fautes en fermant les yeux sur celle d’autrui.
Cela me rappelle un vieil apologue :
Un jeune Français, blond et rose, est envoyé en coopération au fond de la brousse africaine. Un an après son arrivée, la plus jeune épouse du chef du village met au monde un joli bébé blond et rose. Furieux, son époux vient exiger la réparation sanglante de cet affront. Penaud, le jeune homme s’efforce d’échapper aux représailles :
— Je n’y suis pour rien, bredouille-t-il, je vous assure… L’hérédité est parfois capricieuse. Tenez : vos moutons sont tout blancs mais vous savez bien que parfois vos brebis donnent naissance à un agneau tout noir.
— Compris, dit le chef d’un air fin. Tu dis rien pour les moutons, je dis rien pour le bébé…
Cela, c’est la chaîne de Ponzi du péché : chacun se dédouane de ses responsabilités en invitant autrui à en faire autant. Les hommes s’entendent donc pour solder leurs dettes au détriment de toute justice. On a affaire à une escroquerie universelle. Et les exigences morales se nivellent par le bas.
Dans l’Évangile, il en va différemment. Car il y a bien un innocent en bout de chaîne qui éponge réellement les dettes. Sa position au bout de la chaîne, son innocence, sa volonté de pardonner sont les conditions requises pour que chacun puisse à son tour faire profiter son prochain de la grâce qu’il a reçue.
Dans ce régime de la grâce, la justice est respectée mais rehaussée au niveau de la charité : l’exigence de remettre à autrui sa dette quand on a soi-même bénéficié d’une remise de dette est bien une exigence de justice active à l’intérieur même de l’économie de la charité (dans tous les sens "d’économie"!!!).
Bref, je vous invite à (re)lire l’évangile de saint Matthieu en étant attentif à la notion de dette : vous verrez qu’il s’y trouve une théorie de la rémission des dettes qui peut vous intéresser en tant qu’avocat.
La clef de voûte de toute cette opération de remise de dette est le statut de celui qui supporte le poids de la dette globale. S’il n’est pas parfaitement juste, s’il n’est pas Dieu fait homme, alors c’est un escroc. Mais s’il est Dieu fait homme, s’il est le sujet ultime de toutes les offenses humaines, alors lui-seul a le droit de pardonner tous les péchés.
Et se dire chrétiens, c’est croire qu’il l’a fait.
Philarête,
Pardonne-moi la blague graveleuse ci-dessus : c’est le meilleur apologue que je connaisse pour constituer le concept de solidarité dans le péché dans son opposition au concept de solidarité dans la grâce!
25 avril 2013 at 20:30
@ Physdémon,
Je ne suis pas très doué pour la lecture des évangiles.
J’ai essayé pourtant.
Le premier problème qui m’a préoccupé est la source (nan, pas Dieu, le texte, juste le texte).
Les différentes variantes disponibles permettent des écarts assez importants entre interprétations.
Rien de grave, mais cela perturbe la délivrance d’un message unique et sûr. Du coup, j’ai eu un réflexe classique: je me suis référé à un modèle unique et validé par le boss.
La bible de Jérusalem (alors que je travaillais sur le modèle de la bible des témoins de Jehova, réputée fidèle au texte originel, mais aussi très controversée).
5 mai 2013 at 21:55
à tschok,
Tout d’abord, concernant le texte lui-même du Nouveau testament, à ma connaissance, il n’a jamais fait l’objet de polémiques. Sil est vrai qu’en existent des variantes (les plus célèbres étant celle du Codex de Théodore de Bèze qui ne concerne que l’évangile selon saint Luc), le choix même de ces variantes n’a jamais été sujet à controverses entre les diverses confessions chrétiennes qui les admettent toutes.
Les polémiques sur le Nouveau testament n’ont donc jamais porté sur le texte lui-même, en grec, mais sur les traductions qui en sont proposées, lorsque certaines d’entre elles veulent promouvoir une théologie particulière. C’est d’ailleurs non sur les évangiles mais sur les épîtres de saint Paul et de saint Jacques que se portèrent ces controverses.
Mais ces débats sont de nos jours dépassés dans la mesure où il existe maintenant une Traduction Oecuménique de la Bible (TOB) reconnue aussi bien par les diverses églises protestantes francophones que par l’Eglise catholique. A ma connaissance, les historiens qui travaillent sur le Nouveau testament sont également satisfaits de cette traduction. Mais dans une perspective exclusivement laïque, on peut préférer se référer à la traduction de la Bible en Pléiade établie par des érudits indépendants de toute autorité ecclésiale.
Quant à la traduction des Témoins de Jehovah, elle a effectivement une réputation exécrable auprès des philologues parce qu’elle sollicite sans cesse le texte dans le sens de la théologie néo-arienne qu’elle veut justifier…
Mais le mieux évidemment est de savoir assez de grec pour se reporter au texte en cas de doute sur la traduction.
6 mai 2013 at 11:11
tschok relève à juste titre que " Les différentes variantes disponibles permettent des écarts assez importants entre interprétations.
Rien de grave, mais cela perturbe la délivrance d’un message unique et sûr."
En effet. Il y a des différences de traduction, mais aussi, plus profondément, des différences qu’on relève, ici ou là, entre les quatre évangélistes qui se complètent mais aussi, semblent parfois contradictoires. Un seul ex.: pourquoi Jean qui consacre plusieurs chapitres à la Cène omet-il l’institution de l’Eucharistie? N’est-ce pas que, pour lui, il s’agit peut-être de qch de moins important que ce que l’Eglise en a fait…?
Comme tschok, j’ai longtemps été gêné par le constat de ces variantes, et ce doute m’a longtemps troublé.
Et puis j’ai compris toute la fécondité de cette situation: cela garde les chrétiens contre toute lecture trop littérale et absolutiste de la Parole de Dieu.
C’est un des points qui marque le mieux la différence du christianisme par rapport aux autres monothéismes.
Contrairement à Moïse et ses tables de la Loi, contrairement à Mahomet et ses révélations, Jésus ne nous laisse pas un texte, des préceptes tout rédigés. Il nous laisse sa personne et son Verbe, qu’on peut sentir vibrer dans le "foisonnement" des écrits et des témoignages transmis par ceux qui l’ont connu.
Ainsi, un chrétien est "obligé" de recevoir Jésus comme une parole vivante, de le rencontrer comme une personne.
Je suis sincèrement étonné de voir tant de sociologues des religions passer à côté de ce fait crucial du christianisme, et s’ingénier à le dépeindre comme, intrinsèquement, une forme d’obscurantisme fanatique… Le chrétien met sa foi dans le Christ pas dans un livre.
6 mai 2013 at 13:21
@ Stanislas
Jean ne raconte pas l’institution de l’Eucharistie, mais un long passage de son évangile est consacré au discours de Jésus : "je suis le pain vivant descendu du Ciel, celui qui mange ma chair, etc…", discours qui scandalise bon nombre de ses auditeurs qui le quittent à cette occasion.
7 mai 2013 at 23:02
@ Physdémon,
Si la controverse ne portait que sur la traduction d’un texte originel (le nouveau testament),rédigé en grec, langue fort bien documentée même dans ses formes anciennes, ne croyez-vous pas qu’elle se serait limitée à une querelle de linguistes?
Or, j’ai cru comprendre que le problème était différent et s’était propagé à la sphère de la théologie, pour la dépasser largement au point d’atteindre le politique et devenir un fait historique.
Connaissant la complexité catho, je suppose que cette prise de position – puisque c’en est une – a une signification? Signification qui postulerait, si j’ai bien compris, que le texte originel ne doit pas donner lieu à interprétation (il existerait donc un langage premier), seules ses traductions le peuvent, et s’il existe par extraordinaire matière à controverse (ô horreur!) celle-ci n’est limitée en toute hypothèse qu’à certaines parties bien délimitées du texte en question (épitres St Paul et St Jacques).
Une proposition, disons le franchement, aussi ouverte qu’une tentative de réforme du Polit Buro soviétique en pleine Guerre Froide, à peu près équivalente au degré d’angle qu’offre les mâchoires d’un requin après avoir bouffé la cuisse d’un surfer.
Bon, je vais réfléchir à ça.
Mais si je vous réponds que je suis pas d’accord, prenez pas ça pour une attaque perso.
8 mai 2013 at 15:18
tschok,
Je crois que vous auriez besoin de suivre un jour un bon cours d’initiation à la philologie… La philologie classique a mis au point depuis la Renaissance des méthodes assez fiables pour établir le texte des oeuvres antiques par comparaison des diverses traductions manuscrites. Tous les philologues conviennent que les textes bibliques qui nous ont été transmis sont d’excellente qualité et que les variantes entre manuscrits, bien repérées et signalées dans les éditions savantes, sont beaucoup moins significatives que dans les oeuvres profanes qui nous sont parvenues.
Concernant le Nouveau Testament, il n’y a jamais eu de controverse majeure concernant l’établissement du texte grec, c’est-à-dire de controverse mettant en jeu des divisions confessionnelles ou pouvant être prétexte à une remise en question radicale de la foi chrétienne. Bref, rien d’équivalent par exemple au problème des "versets sataniques du Coran".
Je présume que vous confondez le point dont je vous parle avec un autre. Ce qui est sujet à controverse depuis une trentaine d’année, c’est l’idée que les évangiles qui nous sont parvenus en grec pourraient être des traductions de l’hébreu ou de l’araméen: cette hypothèse a été soutenue initialement par l’abbé Carmignac et le philosophe catholique Claude Tresmontant, qui ne prétendaient nullement mettre en doute la validité du dogme catholique.
Sur ce sujet, l’Eglise n’a jamais pris la moindre position et, à mon avis, ne prendra jamais position car elle se prononce sur l’interprétation qui est faite des textes pas sur leur contenu, qu’elle se contente de recevoir et de transmettre même sur certains points qui ne l’arrage pas forcément (ex: les passages des évangiles mentionnant les "frères de Jésus"). Si étonnant que cela soit, s’il est vrai que l’Eglise a statué sur les livres figurant au canon de la Bible (au Concile de Trente), s’il est arrivé que l’Eglise désigne une traduction comme texte de référence pour l’enseignement magistériel (la Vulgate de Saint Jérôme), elle n’a jamais statué sur le texte même de la Bible. Bref, ce que l’Eglise désigne comme les Saintes Ecritures est une donnée qu’elle reçoit par la médiation de traditions humaines.
8 mai 2013 at 15:21
Oups : au lieu de "sur certains points qui ne l’arrage pas forcément", lire "sur certains points qui ne l’arrangent pas forcément"…
10 mai 2013 at 12:26
Discussion passionnante mais qui cache l’essentiel: que devient Philarète? Il y a trois mois que nous n’avons plus aucun billet de sa plume…
10 mai 2013 at 12:35
Philarête existe (toujours) : je l’ai rencontré (dimanche dernier) !
16 mai 2013 at 20:14
@ Physdémon,
Je dis pas non au savoir philologique, mais là, tout de suite, j’ai du mal à trouver une solide motivation.
M’enfin bon, je vous remercie quand même pour votre réponse.