Ce pape qui a tant fait pour nous conforter dans les certitudes essentielles est aussi celui qui aura le plus fait pour nous aider à nous dépouiller des certitudes inessentielles. Il nous a confortés dans la foi. Il nous aide, jusqu’au bout, à ne pas confondre la foi avec l’habitude, les vœux pieux, les idées bien arrêtées et ce qui n’est pas simplement vrai mais seulement « hautement probable ». Jusqu’à hier, je ne pensais pas assister jamais à la renonciation d’un pape. Voilà qui est fait.
Qu’un pape élu meure pape, cela faisait partie, jusqu’à hier, du petit cortège des certitudes inessentielles dont je me plais à entourer, en cercles concentriques, les seules vérités qui importent absolument. Ce qui est désagréable, c’est de s’apercevoir que les certitudes inessentielles ont, sur les autres, cet avantage de répondre en quelque sorte à notre inclination personnelle et aux lumières de notre esprit – et que c’est justement pour cela qu’elles ne sont pas essentielles. Ce pape enseignant, comme on l’a souvent dit, enseigne généralement avec une grande suavité. Cette fois, la leçon qu’il administre a la rudesse et l’âpreté des vérités plus grandes que l’homme. Elle est déroutante, presque angoissante au premier choc. Devient savoureuse et apaisante une fois qu’on est bien forcé de la mastiquer.







