Une bonne chanson vaut souvent mieux qu’un long discours. Nous, nous sommes prêts à passer trois heures devant la télévision pour écouter les candidats. Je ne sais pas si le même genre d’émission existe aux États-Unis, mais ce n’est peut-être pas nécessaire : il y a des artistes pour faire passer les messages. On sait qu’Obama lui-même ne dédaigne pas de pousser la chansonnette, et qu’en cas d’extinction de voix il pourra compter sur le coffre de Bruce Springsteen. Jusque là, tout est normal : Obama est sympa, et en plus il est Noir, donc il chante du gospel ; le Boss est un artiste, donc il a une conscience, donc il a le cœur à gauche. Il est plus intrigant de découvrir que les candidats républicains inspirent également d’audacieuses compositions. On ne chante pas que The battle hymn of the Republic, dans les meetings des primaires. On peut entendre aussi des trucs comme « Oh! l’espoir renaît pour notre nation / Pour la première fois peut-être depuis Ronald Reagan ». Ou encore : « Mauvaise nouvelle pour vous / Maintenant on prend les noms / On vous attend au jour du Jugement dernier ».
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12 mars 2012
Interlude : la bande-son des primaires US
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26 décembre 2011
Credo quia absurdum : ce sont probablement les trois mots qui reviennent le plus souvent lorsqu’on veut illustrer l’irrationalité de la foi chrétienne. « Je crois parce que c’est absurde ». Le mot, généralement attribué à Tertullien (fin du IIe s.), dirait le fond de l’attitude du croyant. Il est donc cité comme témoin par tous ceux qui rejettent comme des balivernes les dogmes du christianisme. L’incroyant seul est raisonnable, puisqu’il refuse de croire ce qui est absurde. Quant aux bons chrétiens, un peu embarrassés par l’excès de la formule, ils prennent habituellement leur distance avec elle en taxant Tertullien de fidéisme ou d’irrationalisme. La position orthodoxe serait de dire que ce qu’on croit n’est pas « absurde », mais tout au plus au-delà des possibilités démonstratives de la raison.
La crédulité, cependant, n’est pas forcément où l’on pense. Avant de calomnier Tertullien, le grand écrivain africain qui est aussi le premier des géants intellectuels du christianisme latin, il faudrait en effet s’assurer qu’il a bien tenu ce propos qu’on lui prête. (en savoir plus…)
19 décembre 2011
Václav Havel et la vie dans la vérité
Posted by Philarête under Politique, Uncategorized | Tags: Vaclav Havel |[10] Comments
La mort de Václav Havel m’a fait ressortir les notes prises, dans les années 1990, sur ses essais et discours politiques qui commençaient à être publiés en français. Je constate avec un peu de surprise que ces lectures ont dû être assez importantes pour moi, puisque je trouve dans mes notes des idées qui n’ont cessé depuis de me tenir à cœur. Peut-être parce que Havel – différent en cela d’un Soljenitsyne (pour qui il professait la plus grande admiration) – écrit pour ainsi dire de l’intérieur de l’occident, et que les questions qu’il discute ont toujours été aussi les nôtres. Il y a chez Havel une modestie, une ironie qui doit être assez typique de la culture « Mittel Europa », car on la retrouve chez son compatriote Kafka ou chez les satiristes viennois comme Karl Kraus ou Lichtenberg. Havel n’a jamais été un homme de système, il n’a pas voulu jouer au « penseur » : au plus fort de son affrontement avec le régime tchèque – l’un des plus conservateurs du bloc soviétique après 1968 – comme une fois porté au sommet du nouvel État, il ne s’écarte pour ainsi dire jamais de sa vocation unique d’écrivain. Mais il entend celle-ci comme une singulière exigence : celle de scruter sans cesse les profondeurs de l’homme et de la vie sociale pour en exprimer « la vérité » à la fois banale et éthiquement exemplaire. De là, chez lui, un certain détachement vis-à-vis de l’efficacité politique à court terme, mais aussi la conviction que cette vérité-là représente aussi l’enjeu politique par excellence, aussi bien lorsqu’on vit au sein de ce qu’il appelait « le système post-totalitaire » (en gros, celui des pays de l’Est après la période stalinienne) que dans le confort des démocraties occidentales. On peut, je crois, faire de cette exigence de vérité le fil conducteur de sa vie. Plus modestement, j’en ferai le fil conducteur de ce petit hommage que j’espère dépourvu de prétention.
3 mai 2011
Le titre est le seul raccourci que j’aie trouvé pour résumer la séquence de vendredi à lundi. On en fera ce qu’on voudra, mais les maniaques du complot qui, paraît-il, se déchaînent déjà sur la vraie-fausse mort de Ben Laden, pourraient également s’emparer de cette troublante conjonction d’événements. La béatification de Jean-Paul II, prise en sandwich entre le mariage princier de Londres et le raid sur Ben Laden au Pakistan, fait presque figure de fête paroissiale. Rome n’est pas resté plus de 24 heures le centre du monde. Si ça n’est pas un complot anti-catholiques ourdi par les Anglo-Américains, ça… Il n’est pas certain que cela m’empêche de parler plus longuement, mais plus tard évidemment, de Jean-Paul II. En attendant, je veux bien payer mon tribut à la marche forcée de l’histoire en rédigeant un billet-express. Dans l’ordre chronologique, le seul qui soit possible quand on essaye de dévaler l’escalier pour tenter de rattraper l’actualité.
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21 mars 2011
À peine le travail me laissait-il un peu de répit, après quelques semaines intenses, pour m’occuper de nouveau du blog, que les événements japonais me coupèrent le sifflet. On est sans voix, face à certaines images. Les mots semblent dérisoires, et l’on se trouve aussi incapable de parler d’autre chose que de risquer des platitudes. Que pourrait-on dire, d’ailleurs, alors que le singulier effroi qui nous saisit face aux catastrophes qui s’enchaînent au Japon depuis le 11 mars tient largement à l’éloquence inégalable des images ?
Cela, c’est une platitude, certes, mais je l’assume car elle semble particulièrement à propos. Au moment de parler quand même, un peu, du Japon, je me sens obligé de rappeler que, loin des caméras et des appareils photos, une répression assez brutale semble se dérouler au Yémen et à Bahrein – avec le soutien actif de l’Arabie Saoudite.
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24 décembre 2010

Fragment du Papyrus Bodmer (début IIIe siècle) contenant le prologue de l'Évangile de saint Jean en grec. La phrase « Et le Verbe s'est fait chair » commence au bout de la deuxième ligne (cliquer pour agrandir)
La fête de Noël concentre tellement d’aspirations du cœur humain qu’il est impossible d’espérer en déployer la richesse en quelques mots. Dans le monde tel qu’il va, c’est au moins une sorte de saut hors du temps saturé de l’actualité. Nous savons qu’à partir de ce soir, et pour quelques vingt-quatre heures, les tueries, les épidémies, les coups d’État, les coups fourrés, les grèves, les embarras climatiques… tout cela passera à l’arrière-plan. Les regards habituellement tournés vers l’extérieur, vers le vaste monde auquel nous cherchons, plus ou moins désespérément, à trouver un sens, se dirigeront vers l’intérieur. On ferme les fenêtres, peut-être même que l’on éteint la télévision, et le foyer redevient, pour quelques heures, le centre des attentions. Ce ne sont plus les enfants qui regarderont les adultes pour tenter d’apprendre d’eux la vie qu’ils auront à mener : ce sont les adultes qui se pencheront sur les enfants – songeant peut-être à celui qu’ils ont été, – pour saisir dans leurs yeux extasiés un peu de l’innocence et de la simplicité dont la vie nous a trop dépouillés.
7 mai 2010
Je viens de découvrir qu’il est désormais possible à un blogueur lambda d’insérer des vidéos dans ses billets, sous WordPress. Avant, c’était compliqué, voire payant (je n’ai jamais réussi à tirer ça au clair). Las! les thèmes de mes billets se prêtent en général assez peu à l’utilisation de la vidéo (sauf précédent remarquable dû à une intervention déjà récréative et néanmoins profonde d’Irénée).
Cependant, cependant. Il n’est pas interdit de regarder la vidéo ci-dessous et de réfléchir à ce qui m’apparaît comme sa singulière efficacité. Les messages de la prévention routière, ces derniers temps, ont cédé à l’escalade du trash (ça rime avec crash). Le problème avec l’escalade, c’est qu’on s’habitue tellement à la violence, aux crissements de pneus, au sang qui gicle, aux hurlements, que les avertissements les plus salutaires finissent par devoir concurrencer les films d’horreur. Tout cela est bien connu, je n’insiste pas.
Merci à la prévention routière du Sussex de prouver que la surenchère n’est pas la seule issue. Less is more, comme on dit par là bas.
Je veux bien la même pour les cyclistes.
23 mars 2010
Fragments d’un tombeau
Posted by Philarête under Uncategorized | Tags: Emile Perreau-Saussine |[15] Comments
Consulter les mises à jour à la fin de ce billet.
Il y a un mois jour pour jour que mon ami Émile est mort. Il y a eu une messe de funérailles à Cambridge, et une autre à Paris, et il repose désormais en terre normande, près de son père.
J’hésite à en parler encore, ou déjà. Je me trouve pourtant incapable de passer à autre chose sans revenir d’abord sur ces dernières semaines. Ce blog n’existerait pas sans les encouragements insistants de mon ami, et je me rends compte que bien souvent, dans mes billets, j’étais stimulé par la pensée qu’il me lirait. Faute de pouvoir organiser mes pensées, je livre quelques fragments de réflexion et d’hommage qui, je l’espère, ne manqueront pas de la pudeur qui était une des éminentes qualités d’Émile Perreau-Saussine.
29 septembre 2009
La discussion annoncée dans le dernier billet sur « Internet et la démocratie » va devoir attendre un peu. Je suis un peu trop accaparé en ce moment par d’autres tâches qui relèvent toutes de ce qu’on appelait avant mes « devoirs d’état », et qui doivent par conséquent passer avant le plaisir. Demain, peut-être… Au moins pour un début. Je ne saurais être trop prudent, de toutes façons, avant d’aborder de front (ou même de biais) un sujet aussi épineux, et pour lequel je me sens d’ailleurs assez peu armé. Il me faut donc rassembler mon courage pour me décider à étaler ma naïveté…
17 juin 2009
Ce que le public doit connaître des acteurs
Posted by Philarête under Uncategorized | Tags: Amadeus, art, Dieu, King Lear, Paul Scofield |[12] Comments

Paul Scofield dans Un homme pour l'éternité (1966)
Petite pause dans la réflexion en cours… Le temps me manque pour élaborer quoi que ce soit de présentable, aujourd’hui, pour nourrir le débat qui voit s’entrecroiser l’interrogation sur l’Europe, l’universalisme français, la nature de la démocratie et son rapport avec la nation. J’aimerais notamment prendre le temps de lire ou d’écouter certaines des contributions proposées, autour de ces thèmes, par La Vie des Idées, qui recoupent largement nos propres interrogations.
Si d’autres que moi veulent profiter de cette pause pour s’aérer l’esprit, je signale un remarquable documentaire de la BBC consacré à l’acteur Paul Scofield, décédé en 2008, et mondialement connu pour son interprétation de Thomas More dans le film A Man for All Seasons, réalisé en 1966 par Fred Zinnemann à partir de la pièce de Robert Bolt. Le documentaire est visible en 6 parties sur YouTube – j’espère que c’est légal, parce que c’est vraiment un régal…

