Dans un entretien publié dans La Croix de vendredi, le P. Lombardi, directeur de la salle de presse du Vatican, revient sur la communication déficiente qui a entouré la levée de l’excommunication des quatre évêques intégristes.

Le P. Federico Lombardi

Le P. Federico Lombardi

Quand on y réfléchit, c’est assez paradoxal : « lever une excommunication », cela veut dire au fond « rétablir la communication », puisqu’il s’agit de faire cesser une rupture de « communication ». Certes, l’Eglise préfère aujourd’hui parler de « communion », pour désigner ce qui est supprimé par l’« excommunication » : mais le mot est le même, comme le prouve le fait que le verbe correspondant à « excommunication » est « excommunier», et non pas, par exemple, l’inexistant « excommuniquer ».

 

Bref, l’Eglise a du mal à communiquer lorsqu’elle rétablit la communication. Le paradoxe, évidemment, n’est qu’apparent. Il manifeste seulement la différence parfois énorme qui existe entre les mots que l’Eglise utilise et ceux que le monde comprend. L’affaire de ces excommunications est emblématique: télescopage foudroyant de deux logiques, de deux langages, de deux univers. L’Eglise emploie un terme antique, aux contours théologiques et juridiques soigneusement définis, un mot à tous égard «codifié». Mais ce qui est «codifié» pour l’Eglise est simplement codé, pour l’opinion publique, codé et, il faut croire, indécodable.

Dans un premier temps, les media ont traduit, tant bien que mal, la «levée de l’excommunication» par «réintégration», voire «réhabilitation». Effort louable, mais aux effets désastreux, dès lors qu’un des évêques «réintégrés» venait de se signaler par des propos négationnistes. Par un sophisme assez banal, la «réintégration» d’un évêque qui se trouve être négationniste est vite devenue la «réintégration d’un négationniste», elle-même vite comprise comme la «réhabilitation du négationnisme» – en attendant la proclamation du négationnisme comme nouveau dogme par Benoît XVI, que certains bons apôtres ont fait mine d’entrevoir.

Pour couper court au scandale, les Pasteurs se sont empressés de faire des mises au point qui, sans doute, auraient pu accompagner d’emblée la diffusion de la première nouvelle. C’est ce que reconnaît d’ailleurs le P. Lombardi dans l’article mentionné plus haut. Mise au point, donc : la levée de l’excommunication ne signifie en aucun cas une «réintégration». Il ne s’agissait, de la part du Saint-Siège, que de lever un «obstacle au dialogue» qui reste à engager avec les évêques ci-devant excommuniés, en vue de leur «retour à la pleine communion». Dont acte. Reste que le distinguo, qui emprunte un vocabulaire compréhensible du grand public, n’est pas entièrement satisfaisant.

Les évêques ci-devant excommuniés n’ont pas à être «réintégrés» dans l’Eglise, car à strictement parler, ils n’ont jamais cessé d’en faire partie, du fait qu’ils ont été validement baptisés. C’est en effet par le baptême que l’on devient membre de l’Eglise, et le baptême ne peut être ni perdu, ni effacé, ni renié. L’Eglise n’est pas comme un parti politique, qui peut exclure à son gré les membres indignes, gênants ou factieux. Pour user d’une autre analogie, on dira que l’Eglise ne peut, comme un Etat, déchoir quiconque de sa «nationalité» : l’appartenance à l’Eglise est proprement inamissible, et aucun pouvoir n’en peut priver quiconque.

Dans un prochain billet, je me propose d’aller plus loin en faisant une petite mise au point canonique sur la nature exacte de l’excommunication. Ce sera, si l’on veut, un petit coup de (droit) canon.