Au sommaire cette semaine : un enfant de chœur sort du bois sacré, l’éditeur d’une encyclopédie du christianisme trouve son encyclopédie trop chrétienne, Maître Eolas taille des croupières à Luc Besson, et on se bagarre autour de l’Opération Walkyrie.

Dans la série des conversions improbables (elles le sont toujours plus ou moins), Hollywood vient de frapper un grand coup, avec une belle histoire « à l’américaine » de déchéance et rédemption. Le nom de Joe Esztheras ne vous dit probablement rien. Mais si des films comme Basic Instinct, Flashdance ou Showgirls vous disent quelque chose, vous imaginez sans peine que leur scénariste n’est pas précisément un enfant de chœur, et qu’Hollywood n’a rien du « bois sacré » que suggère son nom.

crossbearerEh bien, c’est faux. Joe Esztheras, le scénariste, est justement un enfant de chœur. Pour être exact, il le fut dans son enfance, et voilà qu’il l’est redevenu. C’est ce qu’il raconte dans son livre Crossbearer: A Memoir of Faith. « Crossbearer » c’est, littéralement, le porte-croix, le servant de messe qui porte la croix en tête des processions. Après une longue plongée dans l’alcool, le sexe et les stupéfiants en tous genre, après un cancer de la gorge qui a failli le laisser sur le carreau, Joe est revenu à la foi de son enfance et, tous les dimanches, il porte la croix processionnelle dans sa paroisse de Cleveland.

Le livre autobiographique qui raconte cette conversion est analysé ici, sur le site du National Catholic Reporter. Ce qui est intéressant dans cette histoire, c’est à la fois le rôle décisif de la confrontation avec la mort et la souffrance (La Passion du Christ de Mel Gibson a visiblement « parlé » à ce pro du cinéma-choc), et le regard porté par le fils prodigue sur cette Eglise qui est redevenue pour lui sa « maison ». Extrait de l’article de James Carroll :

… Si fortement qu’Esztheras veuille recouvrer l’innocence de la foi de son enfance, il ne le peut pas. Il a changé, et l’Eglise aussi. Esztheras découvre que le pasteur des Saints-Anges [sa paroisse] et même le nouvel évêque de Cleveland sont personnellement impliqués dans le scandale des prêtres pédophiles — le premier comme accusé, le second comme complice. Esztheras note des signes d’antisémitisme chez ses nouveaux amis chrétiens, et il est choqué par les idées de l’Eglise sur l’homosexualité ou la place des femmes. Il y a de la tolérance et un discours positif, certes, mais il y a aussi de l’autoritarisme arrogant, des sermons creux et des jugements catégoriques, et puis… et puis…

Confronté au péché dans sa propre vie, Esztheras doit affronter le péché dans la vie de l’Eglise à laquelle il est retourné. Il n’est pas étonnant qu’il s’y trouve chez lui. En cela cet homme repentant entre dans le plus grand mystère de la foi : comment le pardon est si glorieusement disponible dans une communauté qui est elle-même si ostensiblement en besoin de pardon. Joe Esztheras nous a donné une version contemporaine de l’histoire du Fils prodigue, pour découvrir à la fin que ce qui a été si réellement prodigue depuis le début, c’est l’amour qui absout de Celui qui l’accueille.

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