Trop de travail en ce moment pour peaufiner la revue de presse de la semaine, je vais donc livrer en vrac les trouvailles intéressantes. C’est 100% anglo-saxon, malgré ce que les Anglais viennent de nous faire à Twickenham. Sans rancune.

  • Commençons par un président qui sait parler de l’éducation — ça dépayse. Obama a fait un important discours cette semaine (le 10 mars), sur le thème « l’avenir appartient à la nation qui éduque le mieux ses citoyens ». Le discours porte la marque de fabrique Obama: savant mélange de lyrisme, d’humour (teinté de gravité, d’après la vidéo), d’exemples concrets et d’audace. Discours fédérateur et extraordinairement enthousiasmant, qui met au défi les Etats où l’éducation est négligée de relever drastiquement leurs exigences, qui met au défi les jeunes de sortir de la torpeur et du fatalisme, tout en insistant sur la responsabilité de tous face au retard éducatif des couches les moins favorisées de la population. Je relève aussi l’éloge appuyé des initiatives privées qui donnent l’exemple de l’innovation pour remédier aux difficultés spécifiques de certains élèves, et le renvoi dos-à-dos des démocrates qui pensent que tout se réglera avec plus d’argent, et des républicains qui pensent que ce sera seulement à coup de réformes. Avec au cœur du discours le rappel bienvenu de cette vérité première:

For every dollar we invest in these programs, we get nearly $10 back in reduced welfare rolls, fewer health care costs, and less crime.

Pour la bonne bouche, je cite juste le passage qui parle des profs, histoire de suggérer que, lorsqu’on veut promouvoir des réformes, il y a mieux à faire que d’humilier ceux qui, au premier chef, devront les porter:

So let there be no doubt: The future belongs to the nation that best educates its citizens — and my fellow Americans, we have everything we need to be that nation. We have the best universities, the most renowned scholars. We have innovative principals and passionate teachers and gifted students, and we have parents whose only priority is their child’s education. We have a legacy of excellence, and an unwavering belief that our children should climb higher than we did.

Pour ceux qui risquent de trouver le discours trop long, il y a des extraits bien choisis ici. Et ceux qui veulent plutôt améliorer leur anglais peuvent regarder la vidéo du discours ici.

  • Dans la revue Dissent, le philosophe Michael Walzer livre une réflexion sur ce que c’est qu’une «bonne société». Article intéressant et très suggestif. J’aimerais avoir le temps de le discuter, même si je le trouve dans l’ensemble assez convaincant.
  • Dans la série des choses à faire, il faut aussi inscrire la discussion du livre de Christopher Hitchens, Dieu n’est pas grand, qui vient d’être traduit, après avoir fait un certain tabac aux Etats-Unis. Le livre de Hitchens est sans doute un des plus mauvais de ceux qui sont parus en anglais dans la vague « néo-athée » dont notre Michel Onfray est ici le porte-drapeau. C’est un livre qui, à défaut d’être drôle, n’est même pas sérieux. J’entends par là qu’il est tellement saturé d’erreurs factuelles — certaines sont à la limite du mensonge éhonté — qu’on a souvent envie de balancer le livre purement et simplement. La seule excuse de Hitchens est qu’il est sérieusement inquiet de la montée des fondamentalismes, et principalement de l’islamisme. Mais son livre tendrait à prouver que la peur ne rend pas spécialement lucide.
  • Je lirai avec plus d’intérêt le dernier livre d’Anthony Kenny, From Empedocles to Wittgenstein, dont on peut trouver une longue recension ici. Dommage que je n’ai pas le temps de rappeler qui est Kenny.