Ce titre misérable n’a d’autre raison d’être que d’éviter la confusion avec les billets précédents qui s’appellent déjà « revue de presse ». Inutile de me dire que ce n’est pas du bon anglais, je ne le sais que trop, mais ça donne tout de même, superficiellement, une petite touche de classe.

  • On a beaucoup parlé, évidemment, des déclarations du pape sur le préservatif. Je compte d’ailleurs y revenir bientôt, sans me presser. En attendant, quelques articles d’humeur m’ont semblé échapper à l’unanimité déprimante de la bonne conscience effarouchée. François Miclo, «philosophe et éditeur», s’est lâché avec pas mal de verve chez Causeur, sur le thème «Le monde s’est inventé un grand satan tout blanc». Dans un registre moins soutenu, Eric Favereau, de Libération, s’en prend lui aussi au «dogme de la capote». Tout cela va sans doute un peu dans le même sens, mais j’avoue avoir cherché en vain un article vraiment sérieux et original qui expliquerait pourquoi le pape a eu vraiment tort. Je suis preneur, évidemment, des suggestions.
  • Ceux qui pensent que le latex n’épuise pas les problèmes de l’amour pourront faire une cure d’ethnographie urbaine avec ce passionnant compte rendu de l’ouvrage d’Isabelle Clair sur Les Jeunes et l’amour dans les cités. La première partie de l’article, qui résume bien le livre, rappellera beaucoup de choses à ceux qui ont déjà vu La Journée de la jupe. Elle vaut surtout comme un rappel toujours bienvenu de certaines réalités déroutantes des rapports de sexe dans les cités. Mais la fin du compte rendu soulève des questions de méthode qui me semblent très pertinentes, d’autant plus qu’elles pointent vers des défauts largement répandus:

Après d’autres, l’auteur a adopté un point de vue qui ne semble percevoir les normes en matière de sexualité, les limites qu’on lui pose, que comme des « entraves » (p. 122), négativement donc : comme si la situation normale (ou naturelle) devrait être celle de la pleine liberté et identité des hommes et des femmes. Il nous semble que ce jugement de valeur implicite empêche de rendre compte justement des rapports de genre dans les cités.

  • J’apprécie beaucoup la manière dont la philosophe canadienne Margaret Sommerville parvient à aborder les questions éthiques d’une façon très «inclusive», sans partir de principes tranchés mais en réfléchissant à partir de nos perceptions morales communes. Son article (en anglais) sur l’euthanasie suggère avec beaucoup de finesse et de subtilité ce qu’il y a à apprendre auprès des malades et des mourants.
  • Baptiste Touverey rend un juste hommage à la collection «Bouquins», qu’on appelle parfois la Pléiade du pauvre, mais qui est bien plus que cela. Guy Schoeller était un esprit libre qui a pris le risque de faire découvrir au public des chefs d’œuvre oubliés que la très respectable Pléiade n’oserait publier. Et la longue série des Dictionnaires est un monument de qualité. En ce moment, je navigue entre le Journal de Léon Bloy et le précieux Dictionnaire des Lumières.
  • Dans la Boston Review, Evgeny Morozov s’interroge sur la question de savoir si l’Internet est susceptible de faire progresser la démocratie en Chine, en Russie ou ailleurs. Il offre quelques bons arguments pour ne pas céder trop vite l’optimisme.

L’internet rend l’action collective ou individuelle moins coûteuse, plus rapide et plus fluide. Mais la logistique n’est pas le seul déterminant de l’engagement civique. Quel est l’impact de l’Internet sur nos motifs d’agir? Cette question est particulièrement importante dans le contexte des Etats autoritaires, où les élections et les occasions d’actions collectives spontanées sont rares. La réponse dépend, dans une large mesure, de la façon dont l’Internet stimule l’envie d’agir sur la base d’informations nouvelles. Savoir si l’Internet augmente ou diminue cette envie est une question critique qui reste en suspens.