Je dois être victime du « malaise républicain » dont j’annonçais quelque peu imprudemment l’analyse dans le billet consacré au multiculturalisme : le fait est, en tous cas, qu’il m’en coûte de mener à bien cette réflexion. Je préfère laisser mûrir, en espérant pouvoir livrer la suite avant la fin de la semaine.

En attendant, quelques lectures instructives ou édifiantes méritent le détour. En vrac, il est question de l’encyclique de Benoît XVI, du sport considéré comme objet philosophique (moins fatigant, mais pas forcément moins intéressant que le sport considéré comme activité physique), d’un éventuel droit au mariage des homosexuels et de la sécularisation des sociétés occidentales.

À tout seigneur… : Gérard Leclerc, qui est sans doute l’un des essayistes catholiques les plus pertinents aujourd’hui, entame ici une réflexion sur la nouvelle encyclique de Benoît XVI, Caritas in veritate. Je compte moi-même y revenir durant l’été, idéalement sous la forme d’un libre commentaire de chacun des chapitres de ce document dense et stimulant, mais dont l’accès n’est pas forcément aisé.

La transition est moins brutale qu’il n’y paraît : des « Essais de philosophie du sport », parus récemment chez Vrin, reçoivent un compte-rendu fort élogieux dans La Vie des Idées. La transition avec l’encyclique, disais-je, n’est pas si brutale, car le titre complet de l’ouvrage est : Activités physiques et exercices spirituels… Dirigé par les philosophes nantais Denis Moreau et Pascal Taranto, ce volume ne recule devant rien : non seulement il hisse le sport à la hauteur d’un « objet philosophique », mais il en aborde franchement la dimension mystique, moins par le biais commode de la « ferveur » des supporters (ou du « chemin de croix » des cyclistes du mont Ventoux) que par le truchement de saint Paul – qui fit de la boxe et de la course à pied des images privilégiées du combat spirituel.

Dans la liste interminable des « choses à faire » (ce qu’on appelle simplement en latin agenda), je pointe également vers ce long article de l’excellente philosophe américaine Martha Nussbaum, grande spécialiste de la philosophie antique, mais aussi intellectuelle engagée. Sa défense d’un « droit au mariage » des homosexuels mérite une lecture attentive, ne serait-ce que parce qu’elle est probablement l’argumentaire le plus élaboré qu’on puisse lire aujourd’hui sur la question. Le propos me semble grevé d’un certain nombre de raccourcis ou de mises en perspectives discutables, mais l’exercice de la confrontation devrait être fructueux. So help me God, en tous cas !

Ceux qu’une lecture en anglais décourage d’avance pourront peut-être se délasser en écoutant de l’anglais : le philosophe canadien Charles Taylor, dont le nom est souvent mentionné sur ce blog, a fait une remarquable conférence dont la vidéo est en ligne, ici. Taylor est, à certains égards, « le » philosophe du multiculturalisme, dont il proposa la théorie dans un essai stimulant intitulé précisément Multiculturalisme. Mais Taylor, qui est catholique, mène également depuis des années une réflexion approfondie sur la place de ce qu’il est convenu d’appeler « le fait religieux » dans la modernité. Son dernier livre, A Secular Age, prend avec une rigueur et une culture impressionnantes le contrepied de la thèse commune voulant que la modernisation de l’Occident aille dans le sens d’une sécularisation croissante. La conférence en ligne est consacrée à cette passionnante question, qui rejoint par bien des aspects celles qui sont régulièrement agitées entre nous. Les plus récalcitrants à l’anglais, même parlé, pourront au moins juger rapidement à quel point Taylor est un homme extraordinairement chaleureux et sympathique.

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