J’ai presque des scrupules à publier un nouveau billet, alors que la discussion sous le précédent se développe de façon si instructive. Chacun est libre de poursuivre le débat autour des bibliothèques du futur, pendant que je vide ici mes poches de quelques aperçus glanés récemment au hasard de mes navigations…

L’anniversaire des attentats du 11-septembre, outre des articles commémoratifs assez standards, a permis aussi à quelques réflexions de fond de voir le jour. Parmi celles-ci, je retiens le passionnant compte-rendu de La vie des idées d’un livre sur les images du 11-septembre. L’ouvrage analysé s’interroge sur « ce que nous avons vu » des attentats : sur les images, les photos de presse qui ont façonné notre perception de l’événement. L’auteur, Clément Chéroux, historien de la photographie et conservateur au Centre Pompidou, part du constat que les images offertes au public ont été remarquablement stéréotypées – essentiellement des vues des tours percutées ou en flammes – pour avancer ce premier diagnostic :

Ce que nous avons vu du 11-septembre, ce fut avant tout du béton, de l’acier, de la fumée, des flammes, des nuages de poussière : une catastrophe urbaine avant d’être humaine.

Le compte-rendu suit le développement du livre, avec sa fine analyse des « images-type » et des différences entre la représentation américaine et la représentation européenne de ce qui s’est passé. Il permet de réfléchir sur les codes visuels et culturels de l’image de presse et les effets de la globalisation sur le traitement médiatique de l’actualité.

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À propos de divorce…, et pendant que le Pèlerin alimente à sa manière la réflexion sur la place dans l’Église catholique des divorcés-remariés, je lis avec un intérêt plus soutenu cette étude sur l’état du divorce aux États-Unis. Elle met en évidence ce que certains sociologues appellent désormais le marriage gap ou le divorce divide dans ce pays : en substance, si le taux global de divorce aux États-Unis tend récemment à diminuer, après avoir atteint 40% des couples mariés dans les décennies précédentes, le divorce affecte de plus en plus lourdement les catégories sociales les moins favorisées.

Les chiffres sont frappants : les Américains qui ont fait des études supérieures ont vu leur taux de divorce baisser de 30% depuis le début des années 1980, tandis que les Américains sans diplôme universitaire ont vu leur taux de divorce augmenter d’environ 6%.

Actuellement, la première catégorie d’Américains a deux fois moins de chance de divorcer que la seconde. Et l’étude se poursuit en analysant les conséquences sociales du divorce, notamment sur les enfants. C’est un angle de réflexion qui ne paraît  pas encore très acclimaté chez nous. À sa manière, le Pèlerin contribue à privilégier une approche essentiellement moralisatrice et, pour tout dire, assez sentimentale. Le magazine pointe vers l’injustice dont seraient victimes, dans l’Église, les divorcés-remariés, au moment où il devient plutôt urgent de s’interroger sur le coût social du divorce et l’injustice qu’il représente bien souvent pour (au moins) l’un des conjoints et pour les enfants nés du mariage.

Le sujet est évidemment sensible et on aimerait avoir des gants de velours pour en parler sans heurter quiconque mais, comme tous les sujets sensibles, il gagne sans doute à être abordé en partant de faits solidement documentés plutôt que des vagues suggestions de la sensibilité. En l’occurrence, l’Église ne me semble pas jouer le plus mauvais rôle quand elle persiste contre vents et marées à soutenir que le mariage est une affaire essentiellement sérieuse, et le divorce une affaire essentiellement grave, et je ne vois pas ce qui empêche de considérer que, ce faisant, elle ne sert pas seulement ses dogmes et ses interdits, mais le bien de la société tout entière.

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D’Amérique toujours… C’est sans doute un cliché français sur les États-Unis : ce pays est à nos yeux marqué par une violence civile que nous ne connaissons pas. Mais, comme tous les clichés, il doit contenir sa part de vérité… Pour preuve, une série d’articles (ici et ici, par exemple) du Chicago Sun-Times consacrés à la violence des jeunes. Durant la dernière année scolaire, 37 jeunes gens de Chicago ont trouvé la mort lors de rixes, de règlements de compte entre bandes rivales ou d’agressions gratuites, et la peur d’être assassiné semble hanter une bonne partie de la jeunesse de la ville. Une étude a ciblé 1200 jeunes dont le « profil » social et affectif fait des victimes potentielles de cette violence (sans surprise : des garçons, noirs, sans foyer et en situation d’échec scolaire…), et préconise la mise en place d’un suivi personnalisé. La solution proposée est coûteuse et semble s’attaquer davantage aux symptômes qu’aux racines du problème, mais du moins témoigne-t-elle d’une prise de conscience significative. Là encore, une approche sociologique plutôt que moralisatrice — qui serait hantée par la crainte de désigner clairement une «population à risque» – semble favoriser la décision politique.