John Allen est probablement l’un des meilleurs chroniqueurs religieux du monde. L’analyse qu’il fait, dans le National Catholic Reporter, de la nouvelle situation faite aux anciens anglicans dans l’Église, est un modèle du genre : bien informée, pondérée et limpide. Il attire à juste titre l’attention sur le fait que les détails de la Constitution apostolique annoncée ne sont pas encore connus : et pour cause, celle-ci n’étant pas encore publiée. Il est donc trop tôt pour se livrer à des spéculations sur l’avenir de cette décision. Ce qui n’empêche pas Allen de dresser une liste convaincante des points qu’il sera intéressant d’observer. Du point de vue de l’avenir du dialogue œcuménique, Allen écarte intelligemment le soupçon d’« uniatisme » que M. Kubler, dans La Croix, a cru bon de relayer. Tout l’article d’Allen mérite, à la vérité, d’être lu. J’en sélectionne cependant un passage particulièrement heureux, qui concerne le changement manifeste de la communication vaticane.

Cette fois-ci, en effet, une conférence de presse a été convoquée avant la publication de la Constitution apostolique, qui doit instituer une nouvelle structure ecclésiastique non prévue dans le droit canon. D’après les sources du journaliste, le document n’est sans doute même pas entièrement rédigé, même s’il est à l’étude depuis trois ans. Alors que nombre de commentateurs ont voulu feindre la surprise, et parlent même d’une précipitation suspecte – vieille technique qui permet de créer l’événement et de conforter l’image d’un pape encore plus réactionnaire qu’on n’osait imaginer, John Allen trouve l’innovation plutôt magistrale :

Pourquoi procéder ainsi ?

Je ne connais pas la réponse, mais je peux au moins pointer vers deux conséquences (peut-être involontaires) du délai.

Premièrement, il donne aux officiels du Vatican une chance de sonder la réaction publique et d’estimer le genre de question que les gens vont poser, repérant les malentendus potentiels et identifiant des failles dans les nouvelles règles. De cette manière, il sera possible que certains des trous soient réparés avant la publication du document.

Deuxièmement, la façon dont les choses se sont déroulées représente quelque chose comme un coup de maître en matière de relations publiques.

Dans le passé, le Vatican a parfois lancé des documents ou des décisions qui prenaient le monde de court, sans beaucoup d’explications. Quand les officiels du Vatican se décidaient enfin à mettre les choses en perspective, leurs explications étaient trop tardives et trop courtes (voir la levée de l’excommunication d’un évêque négationiste, et l’autorisation d’une célébration plus large de l’ancienne liturgie latine, contenant une prière du Vendredi saint pour les Juifs).

Dans ces cas-là, les parties extérieures susceptibles d’être affectées étaient prises en traître, de sorte que leurs premiers commentaires étaient souvent amers et négatifs. Cette fois-ci, le Vatican a mis dès le début l’archevêque de Cantorbéry de son côté (je ne me souviens pas d’un autre cas où une annonce majeure du Vatican aurait été assortie d’une déclaration d’approbation d’un dignitaire religieux non-catholique).

En d’autres mots, le Vatican a inversé la séquence normale : il a donné l’explication d’abord, en gardant les détails pour la suite.

L’avenir dira combien de temps tiendra la stratégie apaisante de Rome – et notamment si elle résistera à l’apparition de la Constitution apostolique. Pour une fois, en tous cas, le Vatican ne se retrouve pas en train d’essayer de désamorcer une bombe qui a déjà explosé.