Un reste d’honnêteté, hélas!, m’oblige à préciser d’emblée que le titre de ce billet est dépourvu de sous-entendus. Il ne fait que mentionner les deux premiers thèmes de cette revue de presse subjective et aléatoire.

Nul besoin d’être affamé de terreur et de sang pour en faire le constat : les films d’horreur prolifèrent. Aux marges du fantastique et de la science-fiction, l’épouvante fait recette, et les couloirs du métro, kiosques et autres colonnes Morris affichent à l’envi leurs propositions de frissons sanglants. Autant que je me souvienne, le genre était, dans ma jeunesse, plutôt confidentiel. Au lycée, ce qu’on n’appelait pas encore le cinéma gore semblait réservé aux camarades qui, de l’avis général, relevaient de la catégorie des bizarres.

Aujourd’hui, un vaste public semble se repaître de ces scénarios rigoureusement typés. Il y a les histoires de traque – la bande de jeunes en virée, décimée par un maniaque qui découpe, tranche, écrabouille et dépèce, à l’aide de toutes sortes d’outils réservés, dans les bonnes maisons, au bricolage dominical. Les histoires de terreur technologique – la vidéo qui tue, le spam qui décime, le répondeur qui rend fou, la webcam qui dévore, le sèche-cheveux qui carbonise, etc. Les histoires de petite fille au regard inquiétant. Les histoires de serial killer sadique. Et le recyclage infini des bons vieux vampires, des zombies plus ou moins exotiques et des produits dérivés de Frankenstein.

Le phénomène semble principalement américain, mais un spécialiste que je viens d’interroger m’affirme que les européens (français et espagnols, indique-t-il) apportent également leur contribution, et que les asiatiques (japonais et coréens, tranche mon expert) sont en pointe depuis longtemps, inspirant même de nombreux remakes produits aux États-Unis. Il se passe donc quelque chose. Comme le public attitré de ces spectacles paraît être celui des adolescents – aux normes actuelles, cela fait une large tranche de 12 à 25 ans – l’émergence de l’horreur comme courant majeur ne peut que susciter la réflexion.

Celle-ci pourrait commencer par cette intéressante analyse proposée par David P. Goldman, dans une livraison de la revue First Things récemment mise en ligne. Extrait :

Les gens regardent quelque chose au cinéma parce que cela résonne avec quelque chose d’extérieur à la salle. Regarder la représentation cinématographique de l’horreur peut être effrayant, mais le spectateur sait qu’il ne risque rien. Et le sentiment de sécurité que nous dérivons du spectacle de choses illusoires nous aide à supporter la perspective d’événements réels. Qu’est-ce qui, dans le monde présent, nous horrifie le plus ? L’horreur qui entoura la guerre du Vietnam eut des effets culturels immenses, alors même que pas un coup de feu n’avait été tiré sur le territoire américain. Aussi bien devons-nous nous attendre à ce que l’attaque sur le Word Trade Center et ses suites ait de semblables conséquences…

La suggestion est intéressante. Il me semble cependant assez typique d’une analyse émanant d’un conservateur américain qu’elle privilégie dans son explication les facteurs externes aux États-Unis. Même lorsqu’il évoque « des actes de terreur frappant au hasard », c’est au terrorisme islamique qu’il pense, non aux fusillades qui surviennent régulièrement sur les campus. Au Vietnam même, c’est « l’ennemi », dit Goldman, qui s’attaquait indistinctement aux populations civiles…

Je me demande si la consommation d’horreurs en tous genre ne doit pas s’expliquer également par les facteurs anxiogènes internes à la société moderne : entre les troubles du couple et de la filiation, la peur des armes à feu, et l’usage de la torture et des bombardements aveugles par les gouvernements, il y a tout de même de quoi nourrir quelques terreurs « maison », me semble-t-il. D’ailleurs, ne faudrait-il pas distinguer les films qui jouent sur la peur de l’ennemi extérieur – type Alien – qui peuvent servir d’image aux fantasmes des époques de guerre froide, et ceux qui, au contraire, utilisent la panique de l’ennemi intime – l’autochtone, le voisin et, pourquoi pas, la petite fille qui joue dans le salon ?

Je serais curieux de recueillir ici l’opinion de ceux qui ont plus d’expérience que moi en matière de terreur cinématographique : mon dernier frisson de cinéma remonte à la scène du cimetière, dans La Mélodie du bonheur, revu en famille après Noël.

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Voici une autre question qui m’angoisse particulièrement : la blogosphère est-elle globalement à droite ? Et quand je dis « à droite », j’entends « solidement » et, souvent, « intelligemment » à droite. Mon expérience est, là encore, aussi limitée que ma blogroll, et je me méfie de mes intuitions. Elles peuvent naître simplement, en la matière, du jeu des liens qu’on suit de blog en blog, le point de départ pouvant facilement fausser la perspective.

Quoiqu’il en soit, Le Monde fait, dans son édition de vendredi dernier, le portrait du blogueur britannique Paul Staines, plus connu sous son pseudo provocateur de Guido Fawkes – du nom du conspirateur catholique du fameux « complot des poudres », de 1605 (Remember, remember…). Cet article du Monde semble inspiré d’une discussion lancée récemment en Angleterre sur le thème : il est temps que la gauche se fasse entendre sur l’Internet. L’initiateur du débat semble tenir pour acquis que la première décennie du 21e siècle fut celle du blogage conservateur. Même impression d’écrasante domination, aux États-Unis, des chrétiens conservateurs, par rapport à leurs coreligionnaires de sensibilité « progressiste » (désolé de recourir encore une fois à ces labels : ils semblent parfaitement assumés, outre-Atlantique). Et en France ?

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Amérique toujours : on a peu parlé, ici, de la « déclaration de Manhattan », manifeste lancé par un groupe important de chrétiens américains, catholiques, évangéliques et orthodoxes. La cible en est claire : c’est l’administration Obama, et notamment son projet de réforme de l’assurance-maladie, dont la mouture initiale incluait des dispositions controversées sur l’avortement.

Sandro Magister, le chroniqueur religieux de L’Espresso, fait sur son blog l’analyse du document et de son contexte. Il souligne à la fois la signification œcuménique de la Déclaration et la manière dont elle s’inscrit dans la tradition américaine de séparation des Églises et de l’État : séparation qui, paradoxalement, encourage largement les prises de position publiques revendiquant explicitement leurs références chrétiennes.

D’après les plus récentes enquêtes, l’opinion publique américaine est en train de virer sensiblement vers une plus grande défense de la vie de l’enfant conçu.

De 1995 à 2008, toutes les études ont montré que les pro-choice étaient plus nombreux que les pro-life, avec un écart net entre les deux groupes : 49% pour le premier, 42% pour le second.

Mais aujourd’hui les positions sont inversées. Les pro-choice, descendus à 46%, sont dépassés par les pro-life, qui sont montés à 47%.

Les leaders religieux qui harcèlent Obama sur les terrains minés de l’avortement, du mariage entre homosexuels, de l’euthanasie, savent donc qu’une partie large et croissante de la société américaine est avec eux.

Le texte complet de la Déclaration (dont le blog de Magister donne un résumé en français) est disponible ici – en anglais, allemand et… finlandais. Il s’agit incontestablement d’un texte de haute tenue intellectuelle. Si les blogueurs cathos français sont aussi nombreux et alertes qu’il y paraît, nul doute qu’ils y trouveront une inspiration. Et pourtant, difficile de ne pas souscrire au diagnostic de Magister :

Le lancement de la « Déclaration de Manhattan » a eu un fort écho dans les médias américains, sans que personne n’ait protesté contre cette « ingérence » politique des Eglises.

Mais les Etats-Unis sont ainsi faits. Il y a depuis toujours une rigoureuse séparation entre les religions et l’Etat. Il n’existe pas de concordats et ils ne sont même pas concevables. Mais c’est justement pour cela que la liberté de parler et d’agir dans le domaine public est reconnue aux Eglises.

En Europe le paysage est très différent. Ici la « laïcité » est pensée et appliquée en conflit, latent ou explicite, avec les Eglises.

C’est peut-être un des motifs du silence qui en Europe, en Italie, à Rome, a accueilli la « Déclaration de Manhattan », vue comme un phénomène typiquement américain, étranger aux critères européens de jugement.

À lire aussi sur ce sujet : le long portrait de l’artisan principal de la « Déclaration de Manhattan », le philosophe catholique Robert P. George, publié dans le New York Times. Le journaliste cache difficilement son admiration. Je suis moi-même admiratif du niveau de l’article, qui n’hésite pas à restituer des pans entiers des arguments philosophiques de « Robby » George… Décidément, la France et l’Amérique, c’est pas pareil.