Le titre est le seul raccourci que j’aie trouvé pour résumer la séquence de vendredi à lundi. On en fera ce qu’on voudra, mais les maniaques du complot qui, paraît-il, se déchaînent déjà sur la vraie-fausse mort de Ben Laden, pourraient également s’emparer de cette troublante conjonction d’événements. La béatification de Jean-Paul II, prise en sandwich entre le mariage princier de Londres et le raid sur Ben Laden au Pakistan, fait presque figure de fête paroissiale. Rome n’est pas resté plus de 24 heures le centre du monde. Si ça n’est pas un complot anti-catholiques ourdi par les Anglo-Américains, ça… Il n’est pas certain que cela m’empêche de parler plus longuement, mais plus tard évidemment, de Jean-Paul II. En attendant, je veux bien payer mon tribut à la marche forcée de l’histoire en rédigeant un billet-express. Dans l’ordre chronologique, le seul qui soit possible quand on essaye de dévaler l’escalier pour tenter de rattraper l’actualité.

William and Kate

L’évêque anglican de Londres, qui s’appelle M. Chartres, a trouvé dans son sermon le moyen de réjouir même les cœurs républicains, en rappelant cette profonde vérité sur la signification chrétienne du mariage :

« En un sens, tout mariage est un mariage royal, avec l’époux et l’épouse comme roi et reine de la création, faisant ensemble une nouvelle vie pour que la vie puisse à travers eux s’écouler dans l’avenir. »

Tout le sermon était très bien, d’ailleurs. J’ai bien aimé la citation, en moyen-anglais, sur l’instinct de domination qui fait fuir le Dieu d’Amour. L’évêque a trouvé Chaucer à son pied, on dirait.

Jean-Paul II

C’est un peu énervant, tous ces articles que j’ai lu sur la « stratégie » vaticane des canonisations, la « fabrication des saints », la « politique » d’exaltation systématique des papes par eux-mêmes. C’est le nouveau gri-gri pour faire malin, même si c’est avec vingt ans de retard : le livre du vaticaniste de Newsweek Kenneth Woodward, Comment l’Église fait les saints, date de 1990 (titre original : Making Saints : How the Catholic Church determines who becomes a saint, who doesn’t, and why). Avec sa subtilité coutumière, c’est Joaquin Navarro-Valls, l’ancien porte-parole du Saint-Siège, qui a fourni samedi dernier la meilleure critique de cette approche de demi-habile :

Le 8 avril 2005 [jour des funérailles de Jean-Paul II), lorsque la foule criait « Santo subito ! », j’ai pensé : « ils sont déjà en retard. Les saints, ou ils le sont de leur vivant, ou ils ne le seront jamais. L’Église ne fait pas les saints, elle ne fait que reconnaître une vie de sainteté. »

Ben Laden

Source : © El País

Après l’intermède plein de soutanes et de chasubles de la place Saint-Pierre, les uniformes militaires ont repris place au premier plan. Moins chics, assurément, que les tenues d’apparat exhibées à Westminster, les tenues de combat des commandos américains doivent être plus pratiques pour se glisser dans les couloirs de la résidence de M. Ben Laden. Le plus grand mystère entoure l’unité d’élite qui a mené à bien l’opération. Ce qu’en dit un haut-gradé américain a tout de même de quoi faire naître quelques inquiétudes :

Un autre militaire, le général McCaffrey, a lui qualifié les hommes du Joint Special Operations Command (JSOC), le groupe qui chapeaute la Team Six, de “gens les plus dangereux sur la surface de la Terre”.

Je croyais que c’était Ben Laden, moi, le type le plus dangereux de la terre. Qui donc va gendarmer les gendarmes ?