Un conte indien extrait des Twenty Jakata Tales, de Noor Inayat Khan, dont il est question ici.

Au loin, très loin dans le désert de sable, il y avait une petite oasis de palmiers et de fleurs. Et dans cette oasis, en ermite solitaire, vivait un éléphant, un éléphant magnifique. Il se nourrissait du fruit des arbres, et buvait au petit ruisseau qui coulait entre les rochers. Il était heureux, dansant parmi les bananiers, et regardant le jour et la nuit s’étendre sur le désert.

Mais un jour, tandis qu’il était en train de danser, il entendit dans le lointain des voies étranges. « Que sont ces voix ? », se demanda-t-il. « Ne serait-ce pas des voix d’hommes, et d’hommes affligés ? Qui sont-ils, et pourquoi traversent-ils le désert ? Ils doivent être perdus, ou peut-être sont-ils en proie à une terrible souffrance. »

Telles étaient les pensées du bel éléphant, tandis qu’il marchait en direction des voix. Il marchait depuis un moment sur le sable brûlant, lorsqu’il rencontra une grande foule d’hommes qui se tenaient blottis aux portes de la mort, et à cette vue pitoyable ses yeux, pour la première fois dans sa vie heureuse, se remplirent de larmes.

« Ô voyageurs », leur dit-il d’une voix tendre, « d’où venez-vous, et où allez-vous ? Avez-vous perdu votre chemin dans le désert ? Répondez-moi, ô hommes, que je puisse essayer de vous venir en aide. »

Si heureux furent les hommes d’entendre ces paroles amicales, qu’ils tombèrent à genoux devant lui. « Ô très-beau », dirent-ils, « nous avons été chassés de notre pays par notre Roi, et nous avons erré dans le désert pendant des jours et des jours. Nous n’avons pas trouvé une goutte d’eau à boire, ni aucune nourriture pour nous donner de la force. »

« Viens à notre aide, ô ami », imploraient-ils, « viens à notre aide. » « Combien êtes-vous ? » demanda l’éléphant. « Nous étions un millier », répliquèrent-ils, « mais beaucoup ont péri en chemin ». L’éléphant promena sur eux son regard. L’un suppliait qu’on lui donnât à boire, l’autre demandait à manger.

« Vous êtes épuisés, ô hommes », dit-il, « et la prochaine cité est trop lointaine pour que vous puissiez l’atteindre sans rien manger ni boire. Marchez donc en direction de la colline qui est devant vous. À ses pieds vous trouverez le corps d’un grand éléphant qui vous sera une nourriture, et tout près coule un ruisseau d’eau pure. » Ayant ainsi parlé, il courut sur le sable brûlant, et disparut comme il était venu.

« Où donc est parti l’éléphant ? Et pourquoi courait-il si vite ? »

Vers la colline il fila droit, la même colline qu’il avait indiquée aux hommes ; mais il prit un autre chemin, pour que les hommes ne puissent pas voir où il allait. Il monta jusqu’au sommet de la colline, et puis, de son point le plus haut, dans un saut puissant, son corps magnifique s’écrasa en bas sur le sol.

Lorsque les hommes parvinrent à l’endroit, ils regardèrent la forme gigantesque et une grande crainte s’empara d’eux. « N’est-ce pas notre cher éléphant ? », s’écria l’un d’entre eux. « Ce visage est le même visage ; les yeux, bien qu’éteints, sont les mêmes yeux », dit un autre. Et tous s’assirent sur le sable et pleurèrent amèrement.

Après quelque temps l’un d’entre eux pris la parole. « Compagnons », dit-il, « nous ne pouvons manger cet éléphant qui a donné sa vie pour nous ». « Non point, mes amis, » dit un autre, « si nous ne mangeons pas cet éléphant, son sacrifice aura été inutile, et nous périrons avant d’avoir atteint une autre cité. Alors nous resterons sans secours, et le souhait de notre éléphant ne sera pas exaucé. »

Les hommes ne parlaient plus, mais courbaient la tête vers le sable brûlant et les yeux pleins de larmes ils mangèrent la chair. Et elle les rendit forts, très forts, si bien qu’ils furent capables de traverser le désert et de gagner une ville où prirent fin leurs souffrances. Ils n’oublièrent jamais le grand éléphant, et ils vécurent toujours heureux.

Note : texte traduit par mes soins à partir du texte anglais accessible ici.

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