Citation du jour


Alors que nous en sommes réduits à des spéculations sur le sens et le contenu de la « morale laïque » que Vincent Peillon veut voir de nouveau enseigner à l’école, les Chinois de Hong Kong, eux, n’ont guère de doute : le programme d’« éducation morale et nationale » que veut leur imposer Pékin serait l’équivalent d’un « lavage de cerveau ». C’est une délicieuse coïncidence, et loin de moi l’idée d’en tirer des conclusions sur les intentions de notre nouveau ministre de l’éducation nationale (et morale ?). La mauvaise foi a des limites. Mais puisque j’ai parlé de Mao dans le dernier billet, cette information du Daily Telegraph ne pouvait qu’attirer mon attention :

(suite…)

Publicités

Il y a trois cents ans, le 28 juin 1712, naissait Jean-Jacques Rousseau. On organise par ici (dans la région dite « Rhône-Alpes »), pour commémorer l’événement, des « pique-niques républicains ». Festivus mène le bal. Je suppose qu’il entend ainsi rendre hommage au chantre de la vie rustique et de la bonté naturelle de l’homme. Il n’est pas sûr, pourtant, que ce genre d’initiatives contribue notablement à la connaissance de l’auteur du Contrat social. On pourrait donc améliorer le dispositif en diffusant par haut-parleur la lecture de quelques extraits de ses œuvres, pour l’édification des pique-niqueurs républicains. La mastication des sandwichs bio s’en trouverait enrichie par la méditation de quelques fortes maximes. J’en propose ci-après quelques unes, sélection libre et intempestive, dont on rêverait qu’elle soit de nature à troubler quelque peu la fête. Rousseau n’est pas si digeste, me semble-t-il, et il est probablement plus facile de le célébrer que de se mettre à sa rude école.

(suite…)

Le regard politique est la preuve, s’il en était besoin, qu’un livre d’entretiens peut faire un très bon livre. Pierre Manent, guidé par les questions de Bénédicte Delorme-Montini, donne en quelques pages parfaitement lisibles un aperçu profond de sa biographie intellectuelle et du développement de sa pensée. Le lecteur ne peut qu’être séduit par la simplicité et la clarté des propos, le sens de la formule bien frappée qui résume un argument, autant que par la singulière bonhomie, faite d’humilité et en même temps de courage tranquille, qui rend si attachante la figure de Manent. Il me tarde de trouver le temps de revenir sur un ou deux développements qui m’ont permis de mieux comprendre mes points de perplexité à l’égard du type de science politique pratiqué par l’auteur de La Cité de l’homme et des Métamorphoses de la cité. En attendant, j’aimerais partager un long passage où Manent parle du Moyen Âge. Ce qu’il dit me semble parfaitement juste, et en même temps très important parce que, précisément, ce n’était pas aussi clair avant que Manent ne le dise. L’impression suscitée par ce développement, c’est la « reconnaissance » : on reconnaît d’un coup quelque chose d’exact qui n’était pas apparu tel jusque là, on reconnaît dans l’auteur du propos quelqu’un dont on a beaucoup à apprendre, qu’on ne va pas quitter de si tôt – même si c’est pour le contester sur tel ou tel point, et la clarté reçue suscite évidemment la reconnaissance, la gratitude intellectuelle qui n’est pas une chose si fréquente qu’on puisse craindre de la gaspiller.

(suite…)

Rousseau, qui avait sans doute beaucoup de défauts, mais pas celui d’être un incorrigible optimiste, adressait en son temps cet avertissement aux Polonais, qui n’est pas forcément dépourvu d’actualité à l’heure des révolutions arabes… et de « l’indignation» mondialisée :

Je sens la difficulté d’affranchir vos peuples. Ce que je crains n’est pas seulement l’intérêt mal entendu, l’amour-propre et les préjugés des maîtres. Cet obstacle vaincu, je craindrais les vices et la lâcheté des serfs. La liberté est un aliment de bon suc mais de forte digestion, il faut des estomacs bien sains pour le supporter.

Je ris de ces peuples avilis qui, se laissant ameuter par des ligueurs, osent parler de liberté sans même en avoir l’idée, et, le cœur plein de tous les vices des esclaves, s’imaginent que pour être libres il suffit d’être des mutins.

Fière et sainte liberté ! Si ces pauvres gens pouvaient te connaître, s’ils savaient à quel prix on t’acquiert et te conserve, s’il sentaient combien les lois sont plus austères que n’est dur le joug des tyrans, leurs faibles âmes, esclaves des passions qu’il faudrait étouffer, te craindraient plus cent fois que la servitude ; ils te fuiraient avec effroi comme un fardeau prêt à les écraser.

Rousseau, Considérations sur le gouvernement de Pologne, [6.], « Question des trois ordres »

Lettre de Catherine de Sienne à Stefano Maconi

Il faut se méfier des apparences. Ce titre, par exemple, est évidemment un piège, sur les raisons duquel je ne vais pas m’attarder. J’ai mon petit scoop à moi, et même s’il ne sera pas question du F.M.I., par exemple, j’ai la faiblesse de croire que la petite enquête dont je présente les résultats contribuera davantage à l’édification générale que d’autres affaires plus bruyantes.

Vous vous souvenez de ce mariage princier, dont il fut abondamment question il y a deux semaines ? J’avais dit alors tout le bien que je pensais du sermon de l’évêque de Londres, et je ne me dédis pas. Cependant – esprit d’escalier, tu es là ! – j’aimerais ajouter aujourd’hui un détail savoureux. Ce sermon, apparemment d’une parfaite respectabilité anglicane, et certainement d’une haute tenue chrétienne, contenait en réalité une citation de Jean-Paul II. Et, caché à l’intérieur, un manifeste en faveur du pape de Rome. Dans la bouche d’un évêque anglican. À Londres, devant la Reine, suprême gouverneur de l’Église d’Angleterre, devant un prince héritier et tout le gratin. Devant des millions de témoins qui suivaient avidement la cérémonie à la télévision. À deux jours de la béatification du même pape Jean-Paul II – dont on a cru un moment qu’elle avait été programmée pour faire de l’ombre au mariage du siècle (à moins que ce ne fut le contraire). Je le tiens, mon complot.

(suite…)

En lisant cette analyse du rôle joué par la chaîne Al-Jazira dans les actuels événements qui secouent le monde arabe, j’ai pensé à une page de Tocqueville sur la manière dont les journaux rendent possible « l’action commune » :

« Lorsque les hommes ne sont plus liés entre eux d’une manière solide et perma­nente, on ne saurait obtenir d’un grand nombre d’agir en commun, à moins de persuader à chacun de ceux dont le concours est nécessaire que son intérêt particulier l’oblige à unir volontairement ses efforts aux efforts de tous les autres.

Cela ne peut se faire habituellement et commodément qu’à l’aide d’un journal ; il n’y a qu’un journal qui puisse venir déposer au même moment dans mille esprits la même pensée.

(suite…)

« Croire que l’autorité juste est celle qui instaure un ordre juste en tous points est le chemin de la plus dangereuse des folies : l’autorité est juste lorsqu’elle donne l’exemple de la justice dans toutes ses démarches propres : ce qui est bien difficile déjà. Les illusions que l’on nourrit débouchent logiquement sur l’absurdité d’une Société où tout serait juste sans que personne eût à l’être. »

De la Souveraineté, Paris, Médicis, 1955, , p. 211

(suite…)

Page suivante »