Religion


Barque de Pierre (c. 1200)Ce pape qui a tant fait pour nous conforter dans les certitudes essentielles est aussi celui qui aura le plus fait pour nous aider à nous dépouiller des certitudes inessentielles. Il nous a confortés dans la foi. Il nous aide, jusqu’au bout, à ne pas confondre la foi avec l’habitude, les vœux pieux, les idées bien arrêtées et ce qui n’est pas simplement vrai mais seulement « hautement probable ». Jusqu’à hier, je ne pensais pas assister jamais à la renonciation d’un pape. Voilà qui est fait.

Qu’un pape élu meure pape, cela faisait partie, jusqu’à hier, du petit cortège des certitudes inessentielles dont je me plais à entourer, en cercles concentriques, les seules vérités qui importent absolument. Ce qui est désagréable, c’est de s’apercevoir que les certitudes inessentielles ont, sur les autres, cet avantage de répondre en quelque sorte à notre inclination personnelle et aux lumières de notre esprit – et que c’est justement pour cela qu’elles ne sont pas essentielles. Ce pape enseignant, comme on l’a souvent dit, enseigne généralement avec une grande suavité. Cette fois, la leçon qu’il administre a la rudesse et l’âpreté des vérités plus grandes que l’homme. Elle est déroutante, presque angoissante au premier choc. Devient savoureuse et apaisante une fois qu’on est bien forcé de la mastiquer.

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To Kill a Mockingbird (1962)

À l’enseigne de L’esprit d’escalier, on entre en 2013, comme il se doit, à reculons : le regard tourné vers 2012, embrassant sans nostalgie, mais non sans un arrière-goût de trop peu, le cimetière des billets qui auraient pu voir le jour durant l’année passée. À défaut de ressusciter les morts, je veux tenter de ranimer quelques sujets encore un peu frais, comme on dépose sur le paillasson, avant de pousser la porte, les mottes de terre ramassées au creux des chemins. Je profite de ce liminaire pour souhaiter une très bonne année à tous les lecteurs de ce blog, avec une mention spéciale pour ceux qui se sont déchaînés en commentaires sous les derniers billets. Mais sans omettre pour autant les lecteurs silencieux, les discrets, les timides, les scrupuleux peut-être, qui ont sûrement d’excellentes raisons pour ne pas se manifester, mais dont la fidélité ne cesse de m’honorer et, plus encore, de m’obliger.

Au menu de ce jour, trois billets pour le prix d’un, sortis des limbes de 2012 : retour sur un débat lancé en Italie par un groupe d’intellectuels proches du Parti démocrate ; sur une enquête publiée dans The Atlantic à propos de la campagne en faveur du mariage homosexuel aux États-Unis ; enfin sur un vieux film qui m’a décidément marqué cette année, et dont j’aurais peut-être hésité à parler s’il n’avait si bien « fonctionné » avec mes étudiants – comme quoi il ne faut désespérer ni de la jeunesse, ni d’un bon film en noir et blanc. J’ai mis pas mal d’images, pour faire avaler ce gros billet gigogne. Elles accompagnent le texte sans forcément l’illustrer.

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L’histoire bégaie, et nous avec. Il y a tout juste deux ans, Terry Jones, « pasteur » auto-proclamé (en Amérique, c’est presque un pléonasme) semait une vaste pagaille en annonçant son intention de brûler des corans. Cette année, la débilité choisie pour fêter le 11 septembre fut un « film », lui aussi auto-proclamé (on n’en connaît que des extraits, nul ne sait si le film a jamais été monté). Et le pétard a fait son effet, avec le concours d’une télévision arabe et celui, jamais en reste, des media occidentaux (sur ce chapitre, Christophe Ayad, dans Le Monde, a écrit, à mon avis, ce qu’il fallait.)

Le scénario, cependant, ne serait pas complet sans un bon effet de miroir. Il y a deux ans, les pulsions pyromanes de Terry Jones avaient été concomitantes avec la remise solennelle d’un prix pour la liberté de la presse au caricaturiste danois qui avait représenté Mahomet. Cette année, Charlie Hebdo s’est porté candidat à la palme du martyre, au risque de concurrencer l’événement éditorial du jour : la parution mondiale des mémoires de Salman Rushdie, qui devaient faire la Une des suppléments littéraires.

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Certains observateurs sagaces auront peut-être remarqué que ce blog est en panne. Le dernier billet date d’avant le deuxième tour de la présidentielle, et ça m’ennuierait qu’on puisse penser que l’élection de François Hollande m’a rendu coi. C’est simplement la fin de l’année : il y a les examens, les copies, les réunions, et surtout l’empilement des engagements qu’on a cru malin, une fois de plus, de repousser aux mois de mai et juin, en croyant qu’on serait plus tranquille au printemps suivant. Quelques billets sont dans les tuyaux, dont la suite de l’histoire des idées sur le « genre », mais rien n’est à ce jour présentable. Histoire de garder le contact, je couche donc quelques notes qui permettront peut-être de remettre un peu d’animation sur le blog. On va causer radio, mormonisme et anthropologie, dans l’ordre inverse. (suite…)

Aris-tote Prési-dent !

À J.-N. D.

Au risque d’aggraver mon cas ou de m’enfoncer un peu plus dans la perplexité, j’aimerais revenir sur les questions soulevées par le précédent billet. Je m’y sens poussé par la lecture du spectaculaire et brillant exercice auquel s’est livré l’illustre blogueur Koz : appliquer à quatre des candidats à l’élection présidentielle les « éléments de discernement » proposés par les évêques de France. Il a retenu 14 chapitres, et placé, sous chaque intitulé, les positions affichées par les candidats Bayrou, Hollande, Le Pen et Sarkozy. Pour perfectionner le système déjà testé par Rue89, il a affecté à chaque rubrique un coefficient, de « Environnement » ou « Banlieues et cités » (coeff 2) à « vie naissante » ou « fin de vie » (coeff 5), en passant par l’éducation, la famille, l’Europe, etc. Le but de la manœuvre ? Établir, sur la base des résultats obtenus, ce que Koz appelle la « catho-compatibilité » des candidats notés. Résultat : Bayrou en tête, encore une fois, avec une bonne longueur d’avance sur Sarkozy, et qui met carrément dans le vent Marine Le Pen et François Hollande.

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Fête de la Toussaint, Jour des morts… Diverses circonstances ravivent le souvenir d’Émile Perreau-Saussine, l’un de ceux dont j’espère avec confiance qu’il jouit au Paradis de l’éternel bonheur des saints. Je pense à sa famille qui connaît en ce moment de grandes épreuves et de grandes joies, mystérieusement mêlées. Son œuvre continue, pendant ce temps, de féconder la grande conversation intellectuelle sur la démocratie et ses fondements. À défaut d’un billet qui tarde (un de plus) à voir le jour, je signale quelques textes récemment apparu sur le Web à propos de son livre posthume, Catholicisme et Démocratie (publié au Cerf il y a quelques mois). Chacun de ces textes témoigne à sa façon de l’originalité des analyses proposées par Perreau-Saussine : elles sont de celles qui font « bouger les lignes », obligent à réviser des certitudes trop rapidement acquises, tout en s’offrant honnêtement à la discussion par leur caractère circonstancié.

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Lettre de Catherine de Sienne à Stefano Maconi

Il faut se méfier des apparences. Ce titre, par exemple, est évidemment un piège, sur les raisons duquel je ne vais pas m’attarder. J’ai mon petit scoop à moi, et même s’il ne sera pas question du F.M.I., par exemple, j’ai la faiblesse de croire que la petite enquête dont je présente les résultats contribuera davantage à l’édification générale que d’autres affaires plus bruyantes.

Vous vous souvenez de ce mariage princier, dont il fut abondamment question il y a deux semaines ? J’avais dit alors tout le bien que je pensais du sermon de l’évêque de Londres, et je ne me dédis pas. Cependant – esprit d’escalier, tu es là ! – j’aimerais ajouter aujourd’hui un détail savoureux. Ce sermon, apparemment d’une parfaite respectabilité anglicane, et certainement d’une haute tenue chrétienne, contenait en réalité une citation de Jean-Paul II. Et, caché à l’intérieur, un manifeste en faveur du pape de Rome. Dans la bouche d’un évêque anglican. À Londres, devant la Reine, suprême gouverneur de l’Église d’Angleterre, devant un prince héritier et tout le gratin. Devant des millions de témoins qui suivaient avidement la cérémonie à la télévision. À deux jours de la béatification du même pape Jean-Paul II – dont on a cru un moment qu’elle avait été programmée pour faire de l’ombre au mariage du siècle (à moins que ce ne fut le contraire). Je le tiens, mon complot.

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