Revue de presse


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To Kill a Mockingbird (1962)

À l’enseigne de L’esprit d’escalier, on entre en 2013, comme il se doit, à reculons : le regard tourné vers 2012, embrassant sans nostalgie, mais non sans un arrière-goût de trop peu, le cimetière des billets qui auraient pu voir le jour durant l’année passée. À défaut de ressusciter les morts, je veux tenter de ranimer quelques sujets encore un peu frais, comme on dépose sur le paillasson, avant de pousser la porte, les mottes de terre ramassées au creux des chemins. Je profite de ce liminaire pour souhaiter une très bonne année à tous les lecteurs de ce blog, avec une mention spéciale pour ceux qui se sont déchaînés en commentaires sous les derniers billets. Mais sans omettre pour autant les lecteurs silencieux, les discrets, les timides, les scrupuleux peut-être, qui ont sûrement d’excellentes raisons pour ne pas se manifester, mais dont la fidélité ne cesse de m’honorer et, plus encore, de m’obliger.

Au menu de ce jour, trois billets pour le prix d’un, sortis des limbes de 2012 : retour sur un débat lancé en Italie par un groupe d’intellectuels proches du Parti démocrate ; sur une enquête publiée dans The Atlantic à propos de la campagne en faveur du mariage homosexuel aux États-Unis ; enfin sur un vieux film qui m’a décidément marqué cette année, et dont j’aurais peut-être hésité à parler s’il n’avait si bien « fonctionné » avec mes étudiants – comme quoi il ne faut désespérer ni de la jeunesse, ni d’un bon film en noir et blanc. J’ai mis pas mal d’images, pour faire avaler ce gros billet gigogne. Elles accompagnent le texte sans forcément l’illustrer.

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J’ai passé l’été avec Mao. C’est un encombrant compagnon, même sous les espèces, relativement portatives, de la biographie parue en 2005 – un peu plus de 800 pages dans l’excellente traduction publiée l’année suivante chez Gallimard. Au demeurant, lecture parfaite pour les vacances : chaque page apporte une révélation apte à nourrir les conversations languissantes des après-midi de canicule. Côté meurtres et crapuleries, ça vaut les meilleurs polars, et les intrigues concurrencent avantageusement les feuilletons politiques de l’été. Et quand le Président Hollande déserte l’actualité sous prétexte qu’un président normal a droit aux vacances, le Président Mao, lui, est capable de vous captiver jour et nuit pendant trois semaines. Voire plus : certains sont restés captifs trente ans.

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Rien de tel qu’un titre belliqueux pour signaler au chaland que le bistrot est ouvert. En fait de claques, autant préciser tout de suite qu’il s’agira de celles qu’on distribue et non de celles qu’on prend. Personne ne m’a brutalisé durant ces vacances, qui furent excellentes, et mon envie de distribuer des tartes est elle-même maîtrisée, voire mollissante. Mais tant que j’en suis au racolage, autant signaler que c’est après quelques journalistes que j’en ai. La dernière fois que je me suis laissé aller à ce plaisir facile (mais inépuisable), j’ai été récompensé par tout un billet d’Aliocha, sous lequel s’était déroulé une conversation si animée et instructive qu’elle invite inexorablement à la récidive. J’ai hâte d’aggraver mon cas.

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Comme il est, décidément, plus facile de trouver le temps de lire que celui d’écrire, le billet d’aujourd’hui fera, une fois de plus, état de lectures récentes – de celles dont j’espère parfois, avec sans doute assez de présomption et une indéracinable naïveté, qu’elles nourriront un jour des travaux d’écriture un peu plus personnels. Il était impossible de ne pas continuer à lire ce que d’autres écrivent, avec leur science et leur expérience, sur les bouleversements du monde arabe. Ma sélection comprend un article évoquant la possibilité d’une « guerre chiite à venir » et un échange instructif entre deux analystes politiques américains sur le thème inévitable de la religion dans ses rapports avec la démocratie. Dans un registre parfaitement différent, j’évoque aussi la discussion sur l’avenir des humanités, récemment nourrie par un essai de la philosophe Martha Nussbaum.

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Il est sans doute trop tôt pour parler de « révolution » à propos des bouleversements en cours dans le monde arabo-musulman. La surprise et l’admiration suscitées par le courage des manifestants qui ont déjà obtenu le débart de Moubarak et de Ben Ali, le disputent logiquement à l’inquiétude face à la possible main-mise des islamistes sur ces pays. Mais cette inquiétude ne dispense pas d’enregistrer d’abord ce fait majeur : en Tunisie comme en Égypte, l’intégrisme musulman n’est pas à l’origine des émeutes. Ce qui veut dire aussi que, pour la première fois depuis longtemps, un événement capital du monde arabe ne peut être relié d’aucune manière au spectre d’Al Qaida. Il est difficile de sous-estimer la valeur exemplaire de ces événements pour l’ensemble des musulmans du monde, et notamment de ceux qui vivent en Europe.

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Au menu de cette revue de presse : la refondation toujours aussi nécessaire, et toujours aussi peu avancée, de notre système universitaire ; trois dialogues bien différents mais qui ont en commun de concerner trois grandes figures vivantes de la philosophie de langue anglaise – Noam Chomsky, Alasdair MacIntyre et Peter Hacker ; et pour commencer, quelques idées glanées de ci de là autour de l’affaire de Wikileaks…

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Pascal Bruckner a fait paraître récemment une sortie véhémente contre la notion d’« islamophobie ». Il écrit notamment :

Le terme d’islamophobie remplit plusieurs fonctions : nier pour mieux la légitimer la réalité d’une offensive intégriste en Europe, attaquer la laïcité en l’assimilant à un nouveau fondamentalisme. Mais surtout faire taire les musulmans qui osent remettre le Coran en cause, en appellent à l’égalité entre les sexes, au droit à l’apostasie et aspirent à pratiquer paisiblement leur foi sans subir le diktat de doctrinaires ou de barbus.

Et de rappeler qu’« en France et de façon révélatrice, c’est un “Collectif contre l’islamophobie” qui soutient juridiquement les femmes verbalisées pour port du voile intégral ». (suite…)

Nota bene : Cet article a été mis à jour quelques heures après sa publication (voir ci-dessous).

Il est 11h30, ce 2 novembre (jour des morts), et je cherche toujours en vain, sur le site du journal Le Monde, une information quelconque sur la tuerie survenue à Bagdad durant une messe, dimanche dernier. Libération titre «58 morts après le carnage d’Al-Qaeda dans une église à Bagdad». La Croix fait sa Une d’aujourd’hui sur cet événement sanglant. Le Monde n’a pas l’air au courant qu’il s’agit d’un des épisodes les plus meurtriers du long calvaire des chrétiens d’Irak dont la communauté, depuis l’invasion américaine de 2003, s’est réduite d’un tiers — conséquence de l’exode provoqué par la persécution dont ils sont victimes.

Petit rappel grâce à La Croix:

Bien antérieure à l’islam, la communauté chrétienne irakienne est considérée comme l’une des plus anciennes du Moyen-Orient.
Aujourd’hui, on estime que les chrétiens d’Irak ne représentent plus que 3 % de la population, soit environ 600 000 personnes. À la fin des années 1980, ils étaient 1,2 million, sur 23 millions d’habitants. Ce qui signifie que la moitié d’entre eux ont fui depuis les années 1990 à cause de l’embargo infligé au temps de Saddam Hussein, puis du fait des violences déclenchées par l’invasion anglo-américaine de l’Irak en 2003.

(…) La plus importante communauté est celle des chaldéens (environ 350 000 fidèles). Catholique, sa langue liturgique est l’araméen [la langue du Christ, précise le blogueur].

La communauté syrienne-catholique, meurtrie par l’attentat de dimanche 31 octobre, est de taille plus modeste, environ 40 000 membres, héritière du schisme nestorien, avec les syriens-orthodoxes (30 000 en Irak).

Le silence du Monde est une bien triste métaphore de celui d’une large partie de l’Occident sur le sort de ces chrétiens. Comme s’il était déjà admis qu’ils n’ont vraiment rien à faire dans ce Proche-Orient où sont pourtant une partie de nos racines.

Mise à jour à 17:50: l’information semble bien s’être trouvée sur le site du Monde, dès le 31 octobre, hélas d’abord recouverte par d’autres nouvelles, avant de recevoir le traitement qu’elle mérite. L’éditorial du Monde daté du 3 octobre est consacré à l’exode des chrétiens d’Irak. Je laisse mon billet pratiquement en l’état, d’abord parce qu’il contient tout de même quelques informations avérées, ensuite parce qu’il témoigne, pour ma confusion, du risque de réagir «à chaud» – sans laisser l’esprit de l’escalier fonctionner à son rythme… Merci à Physdémon et Gwynplaine de leur promptitude à me corriger.

Ce matin, j’écris pour oublier un peu le malaise éprouvé hier en parcourant les rues du centre-ville de Lyon, saccagées par ceux que Chevènement appelait naguère des sauvageons. Ce n’était pas la « guerre civile », non, ni « l’insurrection » ou la « guerilla urbaine », comme j’ai entendu des journalistes le dire aux informations. Cette phraséologie révolutionnaire paraît singulièrement déplacée pour qualifier ce qui ressemble plutôt à une explosion nihiliste sans objectif ni revendication. À part la vision affligeante des abribus effondrés et des vitrines cassées, je retiens deux images de cette curieuse journée.

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En guise de récréation, je tente depuis quelques instants de comprendre le sens d’un texte publié par Michel Onfray dans Le Monde du 19 septembre. Cela s’appelle « Lire la nature ». Et même si la nature est plutôt un gros livre, le billet de Michel Onfray, lui, peut se lire assez vite : l’occasion de me confronter à la pensée du grand homme, sous une forme concentrée, et de tenter d’y voler quelques éclats de sagesse.

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