Sex & GenderNon, ce blog n’est pas mort. Il dormait. Le blogueur était occupé ailleurs et autrement. Je reviens aux manettes pour livrer un nouvel épisode de la saga « Brève histoire du genre ». Certains l’attendaient, et ont même parfois poussé l’amitié jusqu’à me le faire savoir. À défaut de satisfaire leur attente, je mets du moins un terme à leur touchante impatience. (Car je dois à la vérité de signaler que je n’ai pas consacré les six derniers mois à la préparation de ce billet.) Bonjour à tous, en tous cas, et bonne rentrée !

La première formulation canonique de la distinction entre sexe et genre tient en une page du livre de Robert Stoller intitulé Sex and Gender (1968). Dans cet ouvrage, le grand psychiatre américain livre une première synthèse de dix ans de travaux sur l’hermaphrodisme et le « transsexualisme » (un terme que Stoller finira par juger sinon franchement trompeur, du moins dépourvu de pertinence clinique). Le principal intérêt du livre tient à la série de « cas » exposés et commentés par Stoller avec finesse et empathie. Sa formation de psychanalyste l’incite à préférer le suivi de trajectoires individuelles, insérées dans des histoires familiales complexes, aux vastes échantillonnages statistiques, forcément stéréotypés, qui nourrissent au même moment le travail de l’équipe de John Money à Baltimore (cf. l’épisode précédent). Par un curieux paradoxe, c’est pourtant Stoller, et non Money, qui va fournir à la notion de « genre » sa légitimité académique et, bientôt, militante.

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Lu à la télé.

Je voudrais commencer, dans ce billet, à faire le bilan de quelques mois de plongée dans le Gender. C’est une expérience qui, curieusement, est à la fois exaltante et décevante. Exaltante, parce qu’elle oblige à poser de façon radicale la question de la différence des sexes, question qui jusqu’à lors avait si bien été considérée comme un donné qu’il ne paraissait pas nécessaire de chercher vraiment à la comprendre. On pouvait se poser la question de savoir quoi faire de cette différence, quelles conséquences en tirer, éventuellement quelles améliorations on pouvait apporter à la manière dont elle était vécue : mais avoir à la justifier, à en rendre raison, paraissait superflu. On ne peut faire mieux ici que de citer le vœu final du Deuxième sexe (1949), de Simone de Beauvoir : « … que par delà leurs différenciations naturelles hommes et femmes affirment sans équivoque leur fraternité. » Songer que ce livre, il est vrai touffu et souvent contradictoire, a pu paraître en son temps révolutionnaire, permet de mesurer le chemin depuis parcouru – et pas toujours dans le bon sens. Et pourtant, l’expérience d’une lecture assez intensive d’ouvrages bâtis autour du concept de genre est en même temps assez décevante.

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En annonçant, il y a de cela désormais plusieurs mois, une réflexion sur le « genre », j’étais certes conscient de risquer une fois encore de ne pas être à la hauteur de mes annonces. Je n’envisageais pas, cependant, que la polémique autour des manuels de SVT (« Sciences de la vie et de la terre », héritières des austères « Sciences nat’ » de mon époque) prendrait à la faveur de l’été une ampleur nationale. Plus difficile encore aurait été de mesurer par avance l’ampleur des embarras où cette réflexion pouvait me plonger. D’où un long silence, dont je ne m’extrais aujourd’hui, je le crains, que pour tenter de partager mes perplexités. À s’approcher des gender studies sans esprit polémique, on éprouve en effet un « trouble » qui, pour être assez différent de celui que prétend provoquer une Judith Butler lorsqu’elle annonce son projet de « subvertir l’identité », n’en résiste pas moins durablement aux efforts de clarification.

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