Quelques remarques au fil du clavier sur la tribune présidentielle, qui me distrait un peu de la passion anglicane de ces dernières semaines.

C’est, incontestablement, un texte très « sarkozien ». On y retrouve notamment le talent du président pour formuler le sentiment des « vraies gens » face aux doctes leçons dispensées par des « élites » forcément coupées du peuple. Cela s’accompagne de l’inévitable pathos qui avait, semble-t-il, paru si séduisant lors de la campagne électorale : lorsqu’il parle au nom des vraies gens, Nicolas Sarkozy ne peut s’empêcher de prononcer le mot « souffrance », de parler de « violence », de dramatiser à l’extrême. C’est le ton de l’époque.

Le texte est également très sarkozien dans son mélange baroque d’appels à la tradition républicaine et d’invocation du nécessaire « métissage ». Un coup de chapeau à Jaurès, un appel du pied aux bobos, le salut au drapeau d’un côté, la fripe « ethnique » de l’autre. « Nation » fait plaisir à Guaino, « métissage » rassure Carla. Le mélange n’est pas forcément très stable, mais il est de nature à satisfaire beaucoup de monde et, en l’occurrence, ce n’est pas forcément un défaut.

(suite…)

Les débats se disputent en ce moment les colonnes des journaux. Les minarets suisses, le changement climatique, l’identité nationale, les primes de Domenech, la réforme du lycée, le Nobel d’Obama, la guerre d’Afghanistan, l’Église irlandaise face aux abus… Difficile de savoir où donner de la tête, plus difficile encore de prétendre se faire une opinion sur chacune de ces questions. C’est déjà fatigant de faire face à celles qui se posent au citoyen français, le statut de citoyen du monde devient, quant à lui, proprement intenable. Je livre ici mon petit parcours subjectif des points de vue de la semaine qui m’ont semblé éclairants sur quelques uns de ces sujets, ceux sur lesquels je n’ai pas totalement renoncé à me forger petit à petit un point de vue.

(suite…)

«Vos papiers!», une certaine idée de l'identité nationale…

«Vos papiers!», une certaine idée de l'identité nationale…

Une tribune opportunément parue dans Le Monde du 12-13 juillet me donne l’occasion d’aborder la question délicate de « l’identité nationale ». Cela nous fait à peine dévier de la discussion entamée sous le précédent billet, et il serait dommage de ne pas marquer la Fête nationale – avec juste le retard qui sied aux adeptes de l’esprit d’escalier.

En cette veille de 14 juillet, donc, Le Monde fit paraître une tribune au titre provocateur : « La France sans terre ni mort ». L’auteur, Marcel Detienne, est un savant réputé, anthropologue et helléniste, qui enseigna longtemps à l’École pratique des hautes études. Avec l’apparente légèreté dont seuls sont capables les hommes de haute culture, il propose sa propre généalogie de la notion d’identité collective, en partant du cas français, qu’à juste titre il estime exemplaire. C’est à peu près mon seul point d’accord avec lui.

(suite…)

Le discours de Gambetta à Annecy, évoqué précédemment, exprime avec une vigueur exemplaire la caractéristique paradoxale d’une certaine « identité française » : celle par laquelle le Français se singularise, au milieu des autres peuples européens, par le sentiment d’incarner l’universel. Peut-être n’y a-t-il qu’un Français, du moins à pareille époque, pour parler comme Montesquieu :

Si je savais une chose utile à ma nation qui fut ruineuse à une autre, je ne la proposerais pas à mon prince, parce que je suis homme avant d’être français, ou bien parce que je suis nécessairement homme et que je ne suis français que par hasard. (Montesquieu, Pensées, n. 350)

Il faudrait juste ajouter que, dans la conscience nationale, le « hasard » qui nous a fait naître Français est généralement vécu comme une grâce insigne, un privilège dont nos voisins sont misérablement dépourvus. (suite…)