Au menu de cette revue de presse : la refondation toujours aussi nécessaire, et toujours aussi peu avancée, de notre système universitaire ; trois dialogues bien différents mais qui ont en commun de concerner trois grandes figures vivantes de la philosophie de langue anglaise – Noam Chomsky, Alasdair MacIntyre et Peter Hacker ; et pour commencer, quelques idées glanées de ci de là autour de l’affaire de Wikileaks…

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ancient-philosopherTournant résolument le dos à une actualité tourmentée, je reprends le fil interrompu d’une réflexion sur le rôle de la philosophie dans le débat public. Le soleil radieux qui baigne la ville entre Saône et Rhône invite à prendre du champ, à respirer l’air pur du concept, à tenir à distance les passions sociales ou politiques… Je ne suis pas fâché de m’éloigner enfin des questions religieuses qui ont peut-être accaparé trop de place dans les précédents billets. Et puisque certains des propos qui s’annoncent témoigneront d’un relatif scepticisme à l’égard du «droit à la différence», rendons lui au moins cet hommage en usant du privilège qui l’accompagne, et parlons résolument d’autre chose.

La contribution de Vincent Descombes au débat sur la réforme de l’Université, signalée dans un précédent article, me semble un exemple remarquable de ce que la philosophie peut apporter au débat public. Ceux qui ont lu ce texte ont pu remarquer qu’il ne contenait ni mots d’ordre, ni slogans, mais fournissait en revanche des outils conceptuels pour analyser correctement une situation et bien en repérer les enjeux. Le philosophe intervient au moment où se fait jour une perplexité, face à un phénomène inattendu — en l’occurrence, la mobilisation massive des universitaires contre un projet de réforme, alors que cette corporation est habituellement discrète et portée au légalisme. Le rôle du philosophe n’est pas de dicter des solutions: celles-ci sont du ressort des autorités constituées et, plus largement, doivent en quelque façon émaner des citoyens eux-mêmes. Pourtant, le philosophe est parfois utile pour éclairer les décisions, si besoin en en rendant manifestes les présupposés voilés ou les conséquences prévisibles. Il ne décharge pas les citoyens de leur responsabilité, en leur indiquant avec autorité le « sens de l’histoire » ou en prétendant parler « au nom de l’humanité ». Au contraire, son travail propre de philosophe tend à restituer aux acteurs de la vie politique une responsabilité plus entière. Comment le fait-il ? Principalement, en dissipant des flous conceptuels, en déjouant certains pièges larvés dans le langage de la « conversation civile ». (suite…)